lundi 7 janvier 2013

De Grauwe: De waarde van voorspellingen



DE MORGEN
• Eigenlijk weten we haast niets over de toekomst. Ook niet de economen. Wees dus gewaarschuwd als een econoom je komt vertellen wat er in 2013 zal gebeuren
Dit is de tijd van het jaar waarin ik gevraagd word voorspellingen te maken over 2013. Wat is de kans dat we in 2013 uit de recessie geraken? Zal Griekenland uit de Eurozone stappen? Wanneer journalisten mij die vragen stellen moet ik meestal erkennen dat ik het niet weet. Ik zeg het dan ook. Het ergste wat een econoom kan doen is zijn onwetendheid niet erkennen en dan maar een verhaal verzinnen. Helaas gebeurt dit al te vaak.
(...)Een vaag pessimisme in 2012 over de toekomst van de Eurozone, dat nu is veranderd in een iets minder intens pessimisme. Dat kan bij het minste ongeluk opnieuw omslaan. Die waarschijnlijkheden meten dus alleen de emoties van de voorspeller, met name zijn pessimisme of optimisme. En die emoties zijn onderhevig aan grote fluctuaties.
(...)Zo'n observaties hebben we niet over het fenomeen 'Grexit'. De muntunie in Europa is op zich een uniek historisch fenomeen, laat staan de uittrede van een land uit deze unie. Er kunnen hierover dus geen statistische observaties gemaakt worden die ons toelaten voorspellingen te maken over de mogelijke uittrede van Griekenland of Spanje.
(...)We zijn allen gefascineerd door de toekomst. Veel beslissingen die we moeten nemen zullen goed of slecht uitdraaien naargelang van wat later gebeurt. We willen graag zo veel mogelijk weten over de toekomst. Maar eigenlijk weten we er haast niets over. Ook niet de economen. Onder druk van de intense bevraging door journalisten kunnen velen onder hen niet aan de verleiding weerstaan om grote verhalen te vertellen over de toekomst. Verhalen die verzonnen zijn en niets meer dan de interne gemoedsgesteltenis van de verteller weerspiegelen. Wees dus gewaarschuwd als een econoom je komt vertellen wat er in 2013 zal gebeuren.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA DICTATURE DU COURT TERME
Il n'est pas bon de vouloir prédire l'imprévisible nous explique le très sage professeur De Grauwe.
Les anciens interrogeaient les oracles, les pythies et le prophètes avec des résultats mitigés. Ces dernier payèrent souvent de leur vie leur prétendue clairvoyance. Il se rapporte que Hitler avait un astrologue et que Mitterrand et Chirac consultaient une voyante avant de prendre de grandes décisions. La célèbre Yaguel Didier est connue pour conseiller les célébrités, qu'elles soient vedettes de la télévision ou du cinéma, hommes politiques ou membres d'une royauté. Selon une légende qui a la vie dure, elle aurait prédit spontanément l'assassinat de John F. Kennedy (1963) alors qu'elle n'avait que 21 ans. Il n'y aurait pas grand risque à prédire aujourd'hui celui de Obama, quand celui-ci décide de s'attaquer aux privilèges du puissant lobby des armes dans son pays.

Le propre des "cygnes noirs" est précisément de se présenter à l'improviste, quand personne ne les attend. La théorie du "cygne noir", développée par le philosophe Nassim Nicholas Taleb, désigne un événement imprévisible qui a une faible probabilité de se produire mais qui se produit quand même. Edgar Morin évoque plus loin " l'affrontement des incertitudes".


"C’est arrivé demain" un film tourné par René Clair à Hollywood, pendant son exil aux Etats-Unis met en scène un jeune journaliste qui reçoit le journal du lendemain des mains du vieux documentaliste du journal. La morale de cette fable est qu’il n’est pas toujours bon pour un homme de connaître son avenir.
La seule chose qu'on puisse dire avec certitude du futur, c'est qu'il sera forcément différent. Ceci dit, on lira avec profit l'époustouflante analyse de Edgar Morin de la complexité de notre temps:
" Hélas, nos dirigeants semblent totalement dépassés : ils sont incapables aujourd'hui de proposer un diagnostic juste de la situation et incapables, du coup, d'apporter des solutions concrètes, à la hauteur des enjeux. Tout se passe comme si une petite oligarchie intéressée seulement par son avenir à court terme avait pris les commandes."
Cette dictature du court terme semble effectivement le propre de notre époque surevoltée. Encore faut-il que nous soyions capables d'en identifier les dictateurs qui tirent les ficelles. A moins qu'il n'y ait plus de pilote dans l'avion et que ce soit le système qui s'embale tout seul et nous précipite au chaos.
"Dans une société bien réglée, le citoyen authentique est celui qui choisit la décision favorable, non à lui même, ni aux petits groupes corporatistes dont il pourrait faire partie, mais à l'ensemble de la communauté." ( Raymond Trousson: Rousseau p. 208).
Plus ça change et plus c'est la même chose.
MG

"Ik verwijt het systeem net dat het allemaal maar bezig is met programmapunten, en niet meer met methode en lange-termijn politiek. Het gaat allemaal om strategie:hoe bewaar je binnen bepaalde structuren de macht? Inhoud komt altijd op de tweede plaats. Dat is toch vreselijk?" (Rik Torfs in de Morgen)

EN 2013, IL FAUDRA PLUS ENCORE SE MEFIER DE LA DOCTE IGNORANCE DES EXPERTS
LE MONDE
Par Edgar Morin, sociologue et philosophe

. Dans une tribune publiée dans "Le Monde", le philosophe estime que le président Hollande est désormais "condamné à un 'en avant'" pour dépasser le vide de la pensée politique qui touche les Etats. | Olivier Laban-Mattei / Neus pour Le Monde
"Hélas, nos dirigeants semblent totalement dépassés : ils sont incapables aujourd'hui de proposer un diagnostic juste de la situation et incapables, du coup, d'apporter des solutions concrètes, à la hauteur des enjeux. Tout se passe comme si une petite oligarchie intéressée seulement par son avenir à court terme avait pris les commandes." (Manifeste Roosevelt, 2012.)
"Un diagnostic juste" suppose une pensée capable de réunir et d'organiser les informations et connaissances dont nous disposons, mais qui sont compartimentées et dispersées.
Une telle pensée doit être consciente de l'erreur de sous-estimer l'erreur dont le propre, comme a dit Descartes, est d'ignorer qu'elle est erreur. Elle doit être consciente de l'illusion de sous-estimer l'illusion. Erreur et illusion ont conduit les responsables politiques et militaires du destin de la France au désastre de 1940 ; elles ont conduit Staline à faire confiance à Hitler, qui faillit anéantir l'Union soviétique.
Tout notre passé, même récent, fourmille d'erreurs et d'illusions, l'illusion d'un progrès indéfini de la société industrielle, l'illusion de l'impossibilité de nouvelles crises économiques, l'illusion soviétique et maoïste, et aujourd'hui règne encore l'illusion d'une sortie de la crise par l'économie néolibérale, qui pourtant a produit cette crise. Règne aussi l'illusion que la seule alternative se trouve entre deux erreurs, l'erreur que la rigueur est remède à la crise, l'erreur que la croissance est remède à la rigueur.
L'erreur n'est pas seulement aveuglement sur les faits. Elle est dans une vision unilatérale et réductrice qui ne voit qu'un élément, un seul aspect d'une réalité en elle-même à la fois une et multiple, c'est-à-dire complexe.
Hélas. Notre enseignement qui nous fournit de si multiples connaissances n'enseigne en rien sur les problèmes fondamentaux de la connaissance qui sont les risques d'erreur et d'illusion, et il n'enseigne nullement les conditions d'une connaissance pertinente, qui est de pouvoir affronter la complexité des réalités.
Notre machine à fournir des connaissances, incapable de nous fournir la capacité de relier les connaissances, produit dans les esprits myopies, cécités. Paradoxalement l'amoncellement sans lien des connaissances produit une nouvelle et très docte ignorance chez les experts et spécialistes, prétendant éclairer les responsables politiques et sociaux.
Pire, cette docte ignorance est incapable de percevoir le vide effrayant de la pensée politique, et cela non seulement dans tous nos partis en France, mais en Europe et dans le monde.
Nous avons vu, notamment dans les pays du "printemps arabe", mais aussi en Espagne et aux Etats Unis, une jeunesse animée par les plus justes aspirations à la dignité, à la liberté, à la fraternité, disposant d'une énergie sociologique perdue par les aînés domestiqués ou résignés, nous avons vu que cette énergie disposant d'une intelligente stratégie pacifique était capable d'abattre deux dictatures. Mais nous avons vu aussi cette jeunesse se diviser, l'incapacité des partis à vocation sociale de formuler une ligne, une voie, un dessein, et nous avons vu partout de nouvelles régressions à l'intérieur même des conquêtes démocratiques
Ce mal est généralisé. La gauche est incapable d'extraire de ses sources libertaires, socialistes, communistes une pensée qui réponde aux conditions actuelles de l'évolution et de la mondialisation. Elle est incapable d'intégrer la source écologique nécessaire à la sauvegarde de la planète. Les progrès d'un vichysme rampant, que nulle occupation étrangère n'impose, impose dans le dépérissement du peuple républicain de gauche la primauté de ce que fut la seconde France réactionnaire.
Notre président de gauche d'une France de droite ne peut ni retomber dans les illusions de la vieille gauche, ni perdre toute substance en se recentrant vers la droite. Il est condamné à un "en avant". Mais cela nécessite une profonde réforme de la vision des choses, c'est-à-dire de la structure de pensée. Cela suppose, à partir d'un diagnostic pertinent, d'indiquer une ligne, une voie, un dessein qui rassemble, harmonise et symphonise entre elles les grandes réformes qui ouvriraient la voie nouvelle.
Je dégagerais ce que pourrait être cette ligne, cette voie que j'ai proposée aussi bien dans La Voie que dans Le Chemin de l'espérance, écrit en collaboration avec Stéphane Hessel (Fayard, 2011).
Je voudrais principalement ici indiquer que l'occasion d'une réforme de la connaissance et de la pensée par l'éducation publique est aujourd'hui présente. Le recrutement de plus de 6000 enseignants doit permettre la formation de professeurs d'un type nouveau, aptes à traiter les problèmes fondamentaux et globaux ignorés de notre enseignement : les problèmes de la connaissance, l'identité et la condition humaines, l'ère planétaire, la compréhension humaine, l'affrontement des incertitudes, l'éthique.
Sur ce dernier point, l'idée d'introduire l'enseignement d'une morale laïque est à la fois nécessaire et insuffisante. La laïcité du début du XXe siècle était fondée sur la conviction que le progrès était une loi de l'histoire humaine et qu'il s'accompagnait nécessairement du progrès de la raison et du progrès de la démocratie.
Nous savons aujourd'hui que le progrès humain n'est ni certain ni irréversible. Nous connaissons les pathologies de la raison et nous ne pouvons taxer comme irrationnel tout ce qui est dans les passions, les mythes, les idéologies.
Nous devons revenir à la source de la laïcité, celle de l'esprit de la Renaissance, qui est la problématisation, et nous devons problématiser aussi ce qui était la solution, c'est-à-dire la raison et le progrès.
La morale alors ? Pour un esprit laïque, les sources de la morale sont anthropo-sociologiques. Sociologiques : dans le sens où communauté et solidarité sont à la fois les sources de l'éthique et les conditions du bien-vivre en société. Anthropologiques dans le sens où tout sujet humain porte en lui une double logique : une logique égocentrique, qui le met littéralement au centre de son monde, et qui conduit au "moi d'abord" ; une logique du "nous", c'est-à-dire du besoin d'amour et de communauté qui apparaît chez le nouveau-né et va se développer dans la famille, les groupes d'appartenance, les partis, la patrie.
Nous sommes dans une civilisation où se sont dégradées les anciennes solidarités, où la logique égocentrique s'est surdéveloppée et où la logique du "nous" collectif s'est "sous-développée". C'est pourquoi, outre l'éducation, une grande politique de solidarité devrait être développée, comportant le service civique de solidarité de la jeunesse, garçons et filles, et l'instauration de maisons de solidarité vouées à secourir les détresses et les solitudes.
Ainsi, nous pouvons voir qu'un des impératifs politiques est de tout faire pour développer conjointement ce qui apparaît comme antagoniste aux esprits binaires : l'autonomie individuelle et l'insertion communautaire.
Ainsi, nous pouvons voir déjà que la réforme de la connaissance et de la pensée est un préliminaire, nécessaire et non suffisant, à toute régénération et rénovation politiques, à toute nouvelle voie pour affronter les problèmes vitaux et mortels de notre époque.
Nous pouvons voir que nous pouvons commencer aujourd'hui une réforme de l'éducation par introduction de la connaissance des problèmes fondamentaux et vitaux que chacun doit affronter comme individu, citoyen, humain.

Le philosophe Edgar Morin et le candidat François Hollande, le 10 mars à Paris au siège de campagne socialiste

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