mardi 8 janvier 2013

Édito : Bart De Wever, l’Intouchable

Francis Van de Woestyne (Libre Belgique)
Il est donc devenu interdit, verboden, de toucher à un cheveu de Bart De Wever. Il est devenu une icône en Flandre. Une sorte - pardon pour eux - d’abbé Pierre, de mère Thérésa, de Gandhi, d’Aung San Suu Kyi, de Nelson Mandela : intouchable. Le problème est que le dieu de la Flandre profère régulièrement des énormités. Séparatisme ? On cache. Vive le confédéralisme ! C’est quoi ? On vous le dira plus tard. Mais c’est mieux. N’importe quoi ! Dès lors, il nous semble, à nous francophones - oh, en toute modestie - intelligent de dénoncer les dangers de son discours, les hypocrisies, les mensonges puisque, au nord du pays, là où il (sé)vit, personne ne parvient à le contrer.
(...).
Puisque quand les francophones critiquent Bart De Wever, ils le renforcent, nous essayerons, à l’avenir, l’autre voie. Certes, un tantinet hypocrite mais que ne ferait-on pas pour aider les partis flamands CD&V, Open VLD, SP.A ?
Oui, finalement, Bart De Wever, avec ses allures de jeune premier, ses costumes cintrés, ses pompes pointues, sa coupe parfaite, ses régimes amincissants, oui, finalement, Bart De Wever est peut-être l’homme qu’il faut au pays. Vous pourriez pas nous le prêter pour remettre la Wallonie en ordre ?
Le plus drôle, c’est qu’on connait certains patrons wallons qui en rêvent...

LA SURVIE DU PAYS, LA LEGITIMITE DU PREMIER MINISTRE
Beatrice Delvaux
Éditorialiste en chef Le Soir

Mais que dire de la N-VA ? Faut-il le dire ? Et comment, et qui ? Faut-il se taire, ou démasquer le confédéralisme, ce cache-sexe du séparatisme ? Bien malin qui sait répondre à ces questions.
Pour nombre de Flamands pourtant, cela paraît simple : les francophones doivent… la fermer. Patrick Janssens, alors bourgmestre d’Anvers, nous avait mis en garde ; ses collègues dans tous les partis, en ce compris la N-VA, ne disent pas autre chose : toute critique émise par un francophone, journaliste ou homme politique, sur « saint Bart » ne fait qu’engraisser son audimat. Si le Premier ministre socialiste s’y met, c’est carrément bingo. Et si le Roi s’épanche, on explose le baromètre de popularité.
Alors, quoi, se taire pour empêcher le président de la N-VA de jouer la victime ?
La réalité force à constater que cette technique, longtemps utilisée par le Premier et les membres de son gouvernement, n’a rien donné. La cote de De Wever a continué à grimper, celle de son parti aussi, et le costume de Calimero est plus que jamais revêtu.
A dix-huit mois d’élections capitales car potentiellement fatales pour le pays, la seule bonne réponse pour chacun, est d’adopter l’attitude, qui lui donne le sentiment d’assumer ses responsabilités.
Qu’un Premier ministre estime devoir dire que la N-VA est très dangereuse, car elle veut la fin du pays, paraît normal pour un homme dont le job est précisément d’assurer la survie et l’avenir de ce pays. Di Rupo refuse ainsi de laisser la petite musique confédérale du parti nationaliste, gagner en douce les esprits flamands, voire francophones. Guy Verhofstadt et Eric Van Rompuy ne font pas autre chose.
Le Premier ministre, francophone, devrait-il laisser à d’autres le soin de porter ce discours ? Peut-être serait-ce plus efficace tactiquement. Mais peut-il prendre le risque de continuer à « jouer tactique » ? Pourra-t-il se regarder dans la glace dans dix-huit mois, s’il voit le pays se déchirer et se séparer, la sécurité sociale et Bruxelles être marchandées, sans avoir la conviction d’avoir dit les choses lorsqu’elles devaient être dites ? Affirmer que la N-VA est dangereuse pour le pays car elle menace son existence ne relève pas d’une volonté de dénigrer ou choquer l’opinion publique flamande. C’est juste lui dire une vérité. Vaudrait-il mieux lui mentir, pour préserver une popularité de toute façon hypothétique ? C’est tout aussi périlleux à assumer.
(...)Le Belge n'est pas habitué à gérer des contextes de crise tels que celui rencontré actuellement. Il n'a jamais cru que l'impensable pouvait arriver bien qu'il soit annoncé depuis les années nonante. Or, l'impensable, comprenez l'éclatement du pays à moyen terme, frappe à notre porte. Demain, ce scénario pourrait devenir réalité alors qu'il y a moins d'un an, il était stratégiquement de bon ton de miser sur un tassement des intentions de vote de la NVA avant 2014. Beaucoup, parmi les politiques, ne croient pas encore à cette fin et s'égarent dans des déclarations boiteuses pour mieux masquer la peur d'un futur hautement incertain. Pourquoi ont-ils peur ? Parce qu'ils n'ont pas de projets. En tout cas, nous ne le voyons pas.
(...)Nous assistons impassibles depuis plus de 5 ans à un feu nourri de questions et réponses dirigé principalement vers la NVA. Hier encore politologues et philosophes occupaient les manchettes de la presse et se posaient une fois de plus la même question : que veut la NVA ? Stupide dans la mesure où cette formation politique, dite démocratique, reste bien la seule à présenter un programme qui ne demande pas 36 interprétations. Il conduit très clairement à la disparition du pays. Manifestement, tout le monde ne l'a pas encore compris. Ces questions soumises à l'appréciation des donneurs de leçons ne changeront strictement plus rien.
Comme dans les années trente, devrons-nous attendre 1940 avant de déclarer la guerre au fascisme? Espérons que notre connaissance de l'histoire nous ouvrira les yeux bien avant.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"LA SEULE BONNE REPONSE POUR CHACUN, EST D’ADOPTER L’ATTITUDE, QUI LUI DONNE LE SENTIMENT D’ASSUMER SES RESPONSABILITES."
Chiche!
Selon Di Rupo, ce parti est dangereux.
Son leader BDW ne cesse de faire monter la pression et les enchères au risque de faire exploser la marmite. Il a annoncé la couleur, il veut lancer le débat sur le confédéralisme mais demeure dans le flou quant au modus operandi. Il se garde d'en parler et de préciser que c'est le plus court chemin vers le séparatisme et l'indépendance de la Flandre. Ca c'est pour la stratégie. Et la tactique? Elle se résume par la doctrine Maddens (Bart Maddens idéologue de la NVa et prof à la de la KU Leuven) qui vise à rendre la partie opposée (les francophones de Belgique) demandeurs quand ils n'ont eu de cesse de répéter qu'ils n'étaient demandeurs de rien.
Elle se résume en quatre points:​
• utiliser toutes les arcanes juridiques possibles pour créer un système politique flamand parallèle et autonome en Flandre,
• assécher les ressources de l’Etat fédéral et donc tarir les ressources financières wallonnes et bruxelloises,
• puis échanger de nouvelles compétences pour la Flandre contre un refinancement des niveaux fédéral, régional wallon et bruxellois.
En un mot, l’indépendance flamande s’achèterait grâce à l’impécuniosité et la mauvaise gestion chronique francophones.
Le moins qu'on puisse dire c'est que les francophones foncent dans le piège comme Napoléon à la Bérézina ou von Paulus dans les tenailles de Stalingrad. De demandeurs de rien, ils en viennent à exiger Wallobrux et à multiplier les plans B.
On le sait tous, la Belgique serait scindée depuis longtemps s'il n'y avait un gros pépin au coeur du fruit: Bruxelles que les nationalistes flamands refusent de regarder comme une région à part entière.
Et voilà que le N-VA évoque à travers la bouche de Sigfried Braecke (ex journaliste vedette de la VRT, autrefois connoté à gauche) un plan pour Bruxelles qualifié de "acceptable" par ce dernier mais sans rien dévoiler de palpable.
Deux jours après, Johan Van den Driessche conseiller N-VA bruxellois et homme d'affaires connu à ce qu'on dit, publie dans le Standaard un article surprenant où il clarifie des pistes intéressantes et assez neuves. On y reviendra.
Que cela nous choque ou non, la plupart de nos maux bruxellois proviennent du laxisme du Ps et de ses alliés qui pratiquent depuis des décennies un enseignement au rabais et un assistanat social sous forme d'un clientélisme communautariste (qui booste l'islamisme) pour se hisser et se maintenir, coûte que coûte, au pouvoir. Ils n'ignorent certes pas que cette aide sociale massive est financée en grande partie par la dette (comme en France) et les transferts financiers venus de Flandre.
Pour comprendre la mentalité d'une certaine élite flamande, je me suis donné la peine de lire les vingt pages de commentaires que cet article a inspirés au lectorat du Standaard. Edifiant. Ils y tracent en effet un portrait de Bruxelles assez négatif que ne sauraient démentir tout à fait mes observations de flâneur critique.
Je me rends compte que le Bruxellois mosan, d'origine vaguement flamande, que je suis est capable d'entendre tous les points de vue, mais qu'en finale il se range plus facilement derrière les arguments très pragmatiques des commentateurs flamands que derrière la vulgate socialiste ou les rodomontades de celui qui aimerait passer pour le Bart Wallon: Olivier Maingain.
J'ai passé une demi journée à Malines pour aller voir une petite expo des oeuvres de mon cher Rik Wouters. J'en ai profité pour flâner dans les rues du centre d'où l'automobile est bannie, comme à Gand et partiellement Anvers.
J'ai erré dans les deux béguinages complètement réinvestis par de nouveaux Malinois jeunes et ouverts. Ce n'est pas tout à fait aussi réussi que Gand mais c'est épatant quand même.
A Bruxelles le centre est abandonné à la bagnole et transformé en ghetto que les Bruxellois de souche, continuent à fuir pour la périphérie. Plonger dans le métro c'est découvrir Babel en temps réel.
Que conclure? Comme la plupart des Bruxellois, nous sommes dans un abîme de perplexité.
On ne voit pas en effet comment cette ville qui incontestablement a des atouts va s'en tirer? Comment elle va "réenclencher le phénomène urbain."
Et voilà que je découvre dans la version papier du Soir de ce WE une fascinante interview de Magnette, le nouveau bourgmestre socialiste de Charleroi, 41 ans trilingue parfait (je l'ai entendu en anglais et en néerlandais il est très fort), européen convaincu, une sorte de Verhofstadt jeune et progressiste, bref un mec surprenant qui se découvre une vocation de municipaliste.
Son article volontariste vaut son pesant de start ups. Surtout et je l'ai signalé déjà, il veut s'inspirer du modèle gantois (il a invité Termont à visiter Charleroi et à lui faire remarques critiques et suggestions, il faut oser) pour métamorphoser sa ville. Le seul défaut de ce professeur ulbiste -un nouveau Spitaels- (il enseigne les sciences politiques et est spécialisé en affaires européennes) est, selon nous, de ne pas être candidat à la succession Picqué. Sa stratégie s'inspire de celle de De Wever: conquérir Charleroi avant de se rendre maître du Ps après l'ère Di Rupo.
Que nous dit-il?
« On a plusieurs faiblesses, et je pense en premier à la dynamique urbaine : les Flamands ont retrouvé le plaisir de faire du vélo en ville, je veux dire d’y habiter, ils ont redécouvert tout cela, et nous on est encore à discuter du Cwatup, des bassins de vie, des noyaux d’habitats… Alors qu’on devrait rapidement se mettre d’accord sur tout ça pour réenclencher nous aussi le phénomène urbain ; tous les économistes qui font de la géographie économique vous le diront.
. La Flandre a produit une nation notamment au travers de ses médias, elle met ses gens en valeur. Nous, on a des talents extraordinaires dans l’architecture, le design, la mode, la gastronomie, et on ne les met pas en valeur.
Je songeais à tout cela en me promenant dans Malines ville rendue aux piétons et aux cyclistes. Charles Quint a passé sa jeunesse dans cette ville autrefois rivale de Bruxelles et de Louvain et il parlait brabançon. Décidément on est tous des zinnekes cosmopolites sauf nos politiques qui jouent volontiers la carte mono ethnique.
Le delta d'or qui va de Dunkerke à Amsterdam était et demeure un îlot de prospérité depuis un demi millénaire. Son atout principal: l'interférence latine et germanique et le cosmopolitisme culturel et social.
De Wever, comme Hitler avant, lui ne rêve que de purification ethnique quand Di Rupo s'aligne comme un caméléon sur le paradigme de Hollande.
Le politique est en train de nous perdre.

MG

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