mardi 1 janvier 2013

Édito : Dépasser l’angoisse

L'éditorial de Vincent Slits
La Libre belgique
L’année 2012 est sur le point de se clôturer. Une année sombre marquée dans le monde par la crise, économique, sociale et environnementale. Le prolongement en fait de 2011, 2010, 2009 et 2008, déjà plombées par les effets d’une crise au départ bancaire mais qui aura fini par déstabiliser l’ensemble du système économique mondial. Peut-on encore d’ailleurs parler de "crise" ? Ne devrions-nous pas plutôt parler de "mutation" ou de "transition", tant la violence des chocs des dernières années incitent à penser que quelque chose de fondamental a changé et qu’une remise à plat du "système" s’impose au-delà des ajustements douloureux que nous subissons. Le foin autour de la prétendue fin du monde est à ce titre très révélateur : il résonne comme une espèce de catharsis collective, comme un moyen de catalyser toutes les peurs de l’époque, toutes les angoisses du moment. Peur face à la mondialisation, face à la précarité grandissante, face au délitement de nos industries, face à la perception d’impuissance du politique, face aux présumés "dangers" d’une société multiculturelle... La peur et l’angoisse. Deux mauvaises conseillères. Deux sentiments qu’exploitent à l’envi les courants radicaux et extrémistes. Prenons garde : cette "mutation" résonne comme une mise à l’épreuve pour nos démocraties. Dans ce monde déboussolé, il est urgent d’ouvrir des perspectives, de tracer un chemin. Autre que celui du repli sur soi, de l’égoïsme, du rejet de l’autre. Il n’y a pas de solutions miracles. Mais des formes nouvelles de solidarité doivent être explorées en Europe et dans le monde.
Nous vous souhaitons de très belles fêtes de fin d’année.

METAMORPHOSE

Si on en croit Edgar Morin, la "polycrise" que nous traversons actuellement ne débouchera ni sur une réforme, quoique celle-ci soit nécessaire, ni sur une révolution, qui pourtant devrait nous inciter à vivre radicalement autrement si nous voulons survivre, mais elle donnera naissance à ce qu'il appelle une "métamorphose". Et cette métamorphose qui "combine conservation et transformation" aurait, selon lui, déjà commencé.

Il s'agirait d'une véritable mue du vivre ensemble calquée sur le schéma Goethéen du "stirb und werde": meurs et deviens!

Schumpeter enseignait que les crises ne sont pas de simples ratés de la machine économique ; elles sont salutaires et nécessaires au progrès économique. Les innovations surgissent en grappes, presque toujours au creux de la vague "dépressionniste", parce que la crise bouscule les positions acquises et rend possible l'exploration d'idées nouvelles et ouvre des opportunités. C'est là précisément ce que nous vivons actuellement.
L'histoire culturelle européenne avance elle aussi par bonds. Elle évolue de métamorphose en métamorphose comme si l'âme d'Europe, d'apollonienne au temps de la Grèce et de Rome, avait mué doucement en son avatar faustien (Oswald Spengler)
Il arrive que les grandes cultures (ou simplement les communautés culturelles) vivent côte à côte comme les pièces de mosaïque séparées par un ciment rigide qui les rendent imperméables les unes aux autres même si elles renvoient, en principe, à une image commune. C'est ce qu'on observe dans les sociétés dites multiculturelles. Il peut se produire que sous l'influence de personnalités créatrices et téméraires, des artistes la plupart du temps, les hommes et les cultures se mettent à dialoguer. C'est alors que se produit le miracle interculturel. On assiste à cela dans le film Il Gusto qui raconte les retrouvailles après 40 ans de séparation de musiciens algériens et de leurs homologues pieds noirs, juifs pour la plupart qui durent quitter l'Algérie au moment de la révolution de 1962 "la valise ou le cercueil"
Selon Huntington, on observe désormais un "choc des civilisations". Huntington estimait que suite à l'effondrement de l'empire soviétique, notre monde contemporain se divisait en neuf civilisations concurrentes et antagonistes ( occidentale, latino-américaine, africaine, islamique, chinoise, hindoue, orthodoxe, bouddhiste et japonaise) définies en termes de religion, de langue, d'histoire, de valeurs, d'habitudes, d'institutions et d'identités. Pour Huntington, les conflits de l'avenir seront d'ordre culturel bien plus que idéologique ou économique. L'occident n'est plus omnipuissant : depuis la chute du communisme soviétique, la politique internationale est devenue multipolaire et multicivilisationnelle.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
PROMESSE DE METAMORPHOSE
Edgar Morin, distingue cinq principes d’espérance dans son « Eloge de la métamorphose », publié dans Le Monde daté du 10 janvier 2010
En revoici les lignes de force.
"Quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, il se dégrade, se désintègre ou alors il est capable de susciter un meta-système à même de traiter ses problèmes : il se métamorphose. Le système Terre est incapable de s'organiser pour traiter ses problèmes vitaux : périls nucléaires qui s'aggravent avec la dissémination et peut-être la privatisation de l'arme atomique ; dégradation de la biosphère ; économie mondiale sans vraie régulation ; retour des famines ; conflits ethno-politico-religieux tendant à se développer en guerres de civilisation.

(…) Le probable est la désintégration. L'improbable mais possible est la métamorphose. Qu'est-ce qu'une métamorphose ? (…) L'idée de métamorphose, plus riche que l'idée de révolution, en garde la radicalité transformatrice, mais la lie à la conservation (de la vie, de l'héritage des cultures). Pour aller vers la métamorphose, comment changer de voie ? Mais s'il semble possible d'en corriger certains maux, il est impossible de même freiner le déferlement techno-scientifico-économico-civilisationnel qui conduit la planète aux désastres. Et pourtant l'Histoire humaine a souvent changé de voie. Tout commence, toujours, par une innovation, un nouveau message déviant, marginal, modeste, souvent invisible aux contemporains.

(…) Nous en sommes au stade de commencements, modestes, invisibles, marginaux, dispersés. Car il existe déjà, sur tous les continents, un bouillonnement créatif, une multitude d'initiatives locales, dans le sens de la régénération économique, ou sociale, ou politique, ou cognitive, ou éducationnelle, ou éthique, ou de la réforme de vie.

Ces initiatives ne se connaissent pas les unes les autres, nulle administration ne les dénombre, nul parti n'en prend connaissance. Mais elles sont le vivier du futur. Il s'agit de les reconnaître, de les recenser, de les collationner, de les répertorier, et de les conjuguer en une pluralité de chemins réformateurs. Ce sont ces voies multiples qui pourront, en se développant conjointement, se conjuguer pour former la voie nouvelle, laquelle nous mènerait vers l'encore invisible et inconcevable métamorphose.

(...) Il ne suffit plus de dénoncer. Il nous faut maintenant énoncer. Il ne suffit pas de rappeler l'urgence. Il faut savoir aussi commencer par définir les voies qui conduiraient à la Voie. Ce à quoi nous essayons de contribuer. Quelles sont les raisons d'espérer ? Nous pouvons formuler cinq principes d'espérance.

1. Le surgissement de l'improbable.

2. Les vertus génératrices/créatrices inhérentes à l'humanité. Il existe en tout être humain, en toute société humaine des vertus régénératrices, génératrices, créatrices à l'état dormant ou inhibé.

3. Les vertus de la crise. En même temps que des forces régressives ou désintégratrices, les forces génératrices créatrices s'éveillent dans la crise planétaire de l'humanité.

4. Ce à quoi se combinent les vertus du péril : "Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve." La chance suprême est inséparable du risque suprême.

5. L'aspiration multimillénaire de l'humanité à l'harmonie

Aujourd'hui, la cause est sans équivoque : il s'agit de sauver l'humanité."

"The prospects of peace in the contemporary world may well lie in the recognition of the plurality of our affiliations and in the use of reasoning as common inhabitants of a wide world, rather than making us into inmates rigidly incarcerated in little containers.
What we need , above all, is a clear-headed understanding of the importance of the freedom that we can have in determining our priorities."(A. Sen)
La métamorphose serait donc bien la métaphore qui exprime le mieux les innombrables avatars de la culture européenne eux-mêmes induits par la dynamique de la destruction créative, chrysalide qui se métamorphose en papillon.
MG

EDITO : 2013, CE SERA L’ANNEE OU...
Vincent Slits

L’année où Barack Obama, galvanisé par sa réélection aux Etats-Unis et soucieux de rentrer dans les livres d’histoire, aura eu le courage politique de s’attaquer au lobby des armes, forçant un consensus politique pour briser la spirale de violences qui mine la société américaine. L’année où le locataire de la Maison-Blanche aura aussi pris une initiative diplomatique majeure pour poser les jalons d’un dialogue - c’est déjà cela - entre Israéliens et Palestiniens, ouvrant la voie à un véritable processus de paix dans la région. L’année où les dirigeants européens auront eu l’audace de surmonter leurs divisions et leurs agendas électoraux au profit d’une Europe revivifiée, renforcée et réconciliée avec les citoyens. L’année d’une prise de conscience planétaire, après le fiasco de Doha, de l’urgence d’un plan d’action mondial pour préserver notre planète, à bout de souffle. L’année de la fin du sinistre régime syrien et du calvaire de sa population, l’année de réelles avancées démocratiques dans les pays arabes, après les premiers bourgeons d’un printemps prometteur mais trop lent à concrétiser ses promesses. L’année du coup d’envoi sous l’égide d’une "Conférence mondiale contre la pauvreté" d’une solidarité Nord-Sud inédite avec l’objectif d’éradiquer la famine dans le monde d’ici dix ans. L’année où la Belgique aura enfin tourné le dos aux mesquineries communautaires. L’année où, l’année où Et si c’était vrai ? Bon allez, cet édito est évidemment, vous l’avez compris, de la pure fiction. Mais une fois n’est pas coutume, en ce 31 décembre et à l’aube d’une nouvelle année, on peut se laisser aller à rêver un peu Que 2013 réponde à toutes vos espérances.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
SURTOUT QUE 2013 SOIT L'ANNÉE DE LINTERCULTUREL
Paul Valéry nous avait mis en garde :"Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles". Cette phrase souvent citée est tirée de « La crise de l'esprit », paru au lendemain de la première guerre mondiale, guerre qui outre le fait qu'elle occasionna plus de huit millions de morts provoqua une profonde crise de la conscience européenne. Métamorphose.

C'est que les civilisations et les cultures, comme les plaques tectoniques, se frottent les unes aux autres et parfois très brutalement. Mais quelquefois aussi en se fécondant mutuellement, donnant naissance à des métissages surprenants tel que le jazz ou la musique arabo-andalouse, le Chaabi: métamorphoses. On songe également aux visages du Bouddha de la province indienne du Gandhara,qu'atteignirent les cavaliers d'Alexandre le Grand qui lui léguèrent leur silhouette et leur vêtement aux plis à la grecque.
On évoque volontiers aussi, au-delà de l'exemple du jazz, les demoiselles d'Avignon de Picasso qui subira comme beaucoup de créateurs de sa génération l'influence de l'art nègre. On évoque aussi très volontiers le miracle andalou où il fit bon vivre pendant quelques décennies entre une mosquée, une église et une synagogue; le pluralisme ethno-culturel de l'empire austro-hongrois, celui plus transculturel de l'empire ottoman.
On observe ici une phase intéressante de la grande métamorphose des cultures induite par une dynamique interculturelle,laquelle peut déboucher dans le meilleur des cas sur un avatar transculturel.
Cet adjectif combinant le préfixe latin "trans" et la notion de culture(s) provient du terme transculturation, un concept élaboré par l'anthropologue et ethnologue cubain Fernando Ortiz Fernández. Il désigne des contacts, des interactions, entre plusieurs cultures. Comme le suggère le préfixe trans, l'approche transculturelle se situe au-delà des cultures: elle permet d'accéder à un méta niveau, propice à une plus-value interculturelle, il aura tendance aussi à générer des identités culturelles plurielles. Métamorphose: creative destruction.
Comme l'a parfaitement montré Amartya Sen dans "Identity & Violence": Identity can be a complicated matter. (...) we are diversely different. In our normal lives, we see ourselves as members of a variety of groups we belong to all of them. Nous appartenons pratiquement tous à plusieurs groupes sociaux, parmi lesquels on peut citer par exemple la famille, le cercle d'amis, l'association, l'école, la région, l'Etat-nation, etc., bien que les groupes concernés ne soient pas les mêmes pour tous. C'est dire que nous possédons tous des identités plurielles. Damien Ehrhardt parle d'"identité transculturelle" lorsqu'un individu s'identifie à des groupes sociaux de même niveau et qu'il ne parvient plus à distinguer sa propre culture de celle de(s) autre(s)
La transculturalité caractérise notre monde d'aujourd'hui, dans lequel des médias comme internet ou la télévision et les moyens de communication modernes contribuent à promouvoir les contacts et les mélanges entre les cultures. Il en résulte une plus grande diversité culturelle au sein d'une même "nation", mais aussi un renforcement de la "compétence interculturelle".
La société transculturelle (transkulturelle Gesellschaft- Wolfgang Welsch) désigne une culture à laquelle tout le monde peut prendre part, quelle que soit sa nationalité..Au stade ultime de cette métamorphose, on aboutit au cosmopolitisme, un mélange de plusieurs identités qui nous donne le sentiment d'être un citoyen du monde au-delà des nations, sans être arrimé à l'une d'elles.
Le cosmopolitisme est à distinguer du multiculturalisme, de l'interculturel et du métissage. Il en est comme l'ultime métamorphose.
« Le cosmopolitisme, qui implique qu’on appartienne profondément à une seule culture et que, par un patient travail, on amène cette culture au point d’universalité où elle peut rencontrer les autres, est le contraire exact du multiculturalisme qui consiste en une simple juxtaposition de réalités hétérogènes. Si on lisait bien Hofmannsthal, on y trouverait bien une Europe cosmopolite et non pas multiculturelle. » Jean-Yves Masson

HERSTEL DE HOOP
Auteur: Bart Sturtewagen (De Standaard)
Welke telling je ook gebruikt, we zijn een dozijn jaren ver in deze eeuw en in dit millennium. Er kan bezwaarlijk worden beweerd dat de hoge verwachtingen zijn ingelost. De demonen van de twintigste eeuw zijn ons blijven achtervolgen. Onze modellen werken niet meer en het vooruitgangsgeloof is aangetast. Het gevoel dat het uiteindelijk toch telkens weer beter wordt, kwijnt.
Op het einde van het tweede millennium was de aarde vlak geworden. Geld was er in overvloed. Muren vielen, grenzen verdwenen. Handel omspande de wereldbol. Technologie fungeerde als motor van ontwikkeling. Het bleken even zovele illusies.
Beschavingen die voorheen gescheiden leefden, kwamen nu met elkaar in botsing. De geldregen droogde op en liet een woestenij van schulden achter. De globale handelsstromen veroorzaakten hyperconcurrentie, met verslechterende arbeidsomstandigheden, uitputting van grondstoffen en verhitting van het klimaat. De technologische vooruitgang die ons dichter bij elkaar zou brengen, sloot ons op in een wereld van gelijkgestemden.
Dat het anders moet, is wellicht de meest gedeelde overtuiging van het moment. Zo kan het niet verder. Het roer moet om. Maar hoe? En onder wiens leiding? En ten koste waarvan? Ondanks de tegenspoed van de jongste jaren, is de groei immers voortgezet. We zijn rijker geworden, we voelen ons alleen armer. We hebben bronnen aangeboord die niet onuitputtelijk bleken te zijn. Een na een komen ze droog te staan.
Het besef dat de bomen niet meer tot in de hemel groeien, drijft de concurrentie op. Het verleden heeft ons geleerd dat fundamentele en duurzame vooruitgang slechts op samenwerking en solidariteit kunnen worden gebaseerd. Maar de vrees voor de toekomst duwt die wetenschap naar de achtergrond. Hoe breder de kloof wordt, hoe meer het erop aankomt aan de goeie kant ervan te staan.
De machtsverschuiving van het oude Westen naar het jonge Oosten. De hoogspanning tussen rijk en arm in de Europese Unie. De begrotingsoorlog in de Verenigde Staten. Telkens is er de keuze tussen het model van samenwerking en dat van conflict. Samenwerking is moeilijk, conflict is helder. En helderheid werft.
De hoop van het einde van de twintigste eeuw was dat we de weg van het conflict niet meer zouden moeten gaan. Het overstijgen van het conflict bleek helaas veel harder werk dan gedacht. Maar al zijn ze fragiel, de verworvenheden van dat harde werk zijn nog niet stuk. Laat 2013 daarom het jaar worden waarin het geloof dat het beter kan, wordt hersteld. De Standaard wenst al zijn lezers van harte dat herstel van de hoop toe.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CONFLIT OU COOPERATION SOLIDAIRE?
Excellente analyse à laquelle manquent les conclusions.
Au global, bien sûr, il va falloir vivre autrement et le modèle risque de s'apparenter davantage au style de Gandhi qu'à celui de Depardieu et consort.
On le sait, et en même temps, en ces temps d'huitres exquises et de foie gras, on n'aime pas trop l'entendre.
Surtout en Flandre et du côté des Tea parties et des très gros revenus.
Il est clair que le succès de de Wever s'explique d'une formule: "centenpopulisme". C'est à dire l'obsession des Flamands qui ont accumulé du bien pendant trois générations de labeur ardu "à l'américaine" de le protéger de l'inflation et surtout des velléités de solidarité redistributrice des socialistes wallons et bruxellois dispendieux et grand distributeurs d'allocations sociales en tous genres.
De fait il y a de l'excès mais l'excès s'observe de part et d'autre.
Ce CVP devenu ensuite CD&V veilla pendant des décennies à assurer un consensus entre les excès des uns et celui des autres. Depuis Yves Leterme, il a perdu toute crédibilité au profit de son allié d'alors, la N-VA. Ceux qui pensent qu'une nouvelle aliiance (sans jeux de mots) pourrait se conclure entre la N-VA et le CD&V sont sans doute dans le vrai.
Gelukkig Nieuwjaar et Bonne Année


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