mercredi 9 janvier 2013

Que peut-on espérer de 2013 ?


Paru dans L'Express | Publié dans Macro Economie
Il est bien plus facile de prévoir les bonnes nouvelles que les mauvaises ; car les premières se produisent rarement par hasard et sont le plus souvent le résultat de longs efforts ; même si on ne peut en général rien dire de la date de leur avènement, on sait en général longtemps à l’avance qu’un évènement heureux peut survenir. Les seules bonnes nouvelles vraiment imprévisibles, sans doute les plus importantes, sont les œuvres d’art. Et encore.
Tandis que les mauvaises nouvelles, (parfois prévisibles, comme les licenciements, certains conflits, ou famines) surviennent en général par surprise, sans préavis : il est plus facile de détruire que de construire ; de faire du tort que du bien ; de tuer que de donner la vie. Enfin, les bonnes nouvelles pour les uns (des avantages sociaux) sont parfois de mauvaises pour d’autres (des impôts).
Et pourtant, nous sommes bien plus fascinés par les dangers que par les promesses ; par les menaces que par les espérances. Parce que les mauvaises nouvelles sont des informations ; tandis que les bonnes sont en général énonçables longtemps à l’avance : la mise en service d’un pont, d’un immeuble, d’une ligne de TGV, ou la mise en application d’une loi sont connus longtemps à l’avance. Un tsunami, un attentat, une maladie, ne le sont pas.
Pour en rester aux bonnes nouvelles, celles qui sont probables en 2013 ne sont pas tres nombreuses.
Pour le monde, on peut s’attendre à d’innombrables nouvelles versions des objets nomades qui ont envahi nos vies ; à la baisse du prix du pétrole et du gaz, en raison de l’exploitation des gaz de schiste ; à l’ouverture du nouveau World Trade Center à New York ; à la mise en service d’un formidable nouveau train à grande vitesse au Japon ; à l’ouverture d’un premier tunnel ferroviaire sous le Bosphore, à Istanbul, reliant l’Europe et l’Asie. Il n’est pas non plus tout à fait exclu qu’un progrès puisse être enregistré dans la lutte contre les maladies non transmissibles, (aujourd’hui les plus meurtrières) , dans la maitrise des émissions de gaz à effet de serre ou dans celles des cœurs nucléaires de Fukushima. Pas non plus impossible d’espérer que puissent s’interrompre les tragiques guerres civiles en Syrie, au Kivu et ailleurs ; que l’Iran évolue, après ses élections en juin, dans une direction plus pacifique ; et que progresse une reconnaissance réciproque d’Israël et de la Palestine.
Pour l’Europe, les efforts en faveur de sa consolidation peuvent déboucher dès 2013 sur un renforcement politique de l’eurozone ; et une baisse de l’euro peut y favoriser la croissance.
Pour la France, une reprise de la croissance en fin d’année n’est pas à exclure ; un accord sur la flexibilité du travail peut conduire à la remise en cause les gaspillages dans la formation permanente et à une inflexion du chômage. Il n’est pas non plus interdit d’espérer qu’on comprenne les formidables potentiels que représentent, s’ils sont exploités de façon écologiquement raisonnables, les gaz de schiste qui sont sous nos pieds. Enfin, quelques réformes sociales, non couteuses, portant sur les mœurs, sont possibles.
Pour que ces bonnes nouvelles se réalisent, beaucoup de travail est encore nécessaire. Et beaucoup d’audace : avoir le courage de semer, même si les fruits se font attendre, serait surement la meilleure nouvelle de 2013.
j@attali.com

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
2013
Lapalisse n'aurait pas dit autre chose.
On s'étonnera que Attali ne s'exprime pas sur les mouvements et comportements dits alternatifs et coopératifs qui apparaissent un peu partout, sur l'économie verte qui, dit-on progresse, sur la troisième révolution industrielle qu'annonce Rifkin.
Qu'il ne se risque pas au moindre pronostic sur l'évolution du printemps arabe dont beaucoup d'observateurs pensent qu'il vire à une glaciation islamiste. Qu'il se taise sur les perspectives ouvertes ou non par le second mandat présidentiel d'Obama.
Bref, une fois n'est pas coutume mais cette fois le grand homme nous donne l'impression de brasser des lieux communs. En revanche son "Gérard Depardieu, miroir des Français" est irrésistible.


GERARD DEPARDIEU, MIROIR DES FRANÇAIS
Paru dans L'Express | Publié dans Art et Culture
Gérard Depardieu est mon ami. Depuis plus de vingt-cinq ans. Et il le restera toujours. Quoi qu’il dise. Quoiqu’il fasse. C’est ma conception de l’amitié: irréversible, elle ne se marchande pas.
Nous avons parlé de tout. Nous avons travaillé ensemble, quand il a voulu tenir, si magnifiquement, le premier rôle d’une de mes pièces, que je n’avais même pas osé lui faire lire, parce qu’il n’avait pas remis les pieds sur les planches depuis plus de quinze ans.
Gérard est la démesure même. Gérard déteste les frontières, les limites, les interdits. Il suffit qu’on prétende lui défendre de faire telle ou telle chose pour qu’il en ait une envie irrésistible.
Gérard est mille personnes. Il est tous les rôles qu’il a tenu, dont il garde la vie en lui. Et tous ceux qu’il tiendra. Il est toutes les vies qu’il a eues. Et qu’il a encore. Parce que, faute de pouvoir vivre mille vies successives, il les vit simultanément.
C’est pourquoi, la question de sa nationalité n’a aucun sens : il est, bien sûr, français, plus que tout autre ; et bien mieux que la plupart de ses détracteurs ne le seront jamais. Et il le restera, quoi qu’il veuille ; même s’il tente de s’échapper à lui-même. Même s’il prend provisoirement un autre passeport belge, russe, azerbaïdjanais ou vénézuélien. Car il ne lui appartient pas d’en décider: il est un acteur français. Il porte en lui la musique de la langue française et d’aucune autre. Il ne serait rien sans le cinéma français, donc sans les contribuables français, qui le financent largement. Il est aussi un paysan, un entrepreneur, un commerçant français.
Mais il est aussi bien autre chose. Un citoyen du monde, libre, provocateur, curieux de tout, détestant la médiocrité, ne supportant donc pas, en particulier, d’être qualifié de « minable » parce que ce mot constitue pour lui la pire des insultes: minable renvoie à minuscule. Pas ça. Pas lui.
Et si son histoire fascine tant, si on en parle dans tous les médias du monde, c’est que Gérard Depardieu est bien plus que lui-même : Il est le nom qu’on donne aujourd’hui au mal-être français. Et même, plus largement, à celui de la condition humaine.
Il est d’abord le révélateur d’un peuple mal à l’aise avec lui-même : en France, les riches sont mécontents, parce qu’ils sont dénigrés, montrés du doigt. Les pauvres le sont aussi, parce qu’ils sont au chômage ou menacés de l’être. Tous sont tentés de partir et l’admirent pour l’oser. Il est celui que tous voudraient être: multiple, insaisissable, refusant toute hiérarchie. Tout à la fois Gavroche et Jean Valjean.
Il est aussi, comme la plupart des êtres humains, incapable de se satisfaire d’une seule vie. Tentant dramatiquement d’en vivre plusieurs à la fois, réelles et virtuelles.
Gérard Depardieu est donc aussi le nom qu’on peut donner à la tragédie de l’être humain, incapable d’échapper à son enveloppe charnelle. Et qui, malgré tous ses subterfuges, malgré le divertissement de soi et des autres, sait qu’il reste mortel.
Et comme presque tous ceux qui ont cette lucidité-là, il se déteste de se savoir mortel. Et il accélère ce qu’il redoute, pour ne pas avoir à l’attendre.
C’est cela qu’il faut le plus apprendre de Gérard Depardieu. Et c’est de cela qu’il faut le plus se méfier: que la fascination d’un peuple pour un homme, qui le représente si bien, ne le pousse pas à s’autodétruire.


Aucun commentaire: