jeudi 28 février 2013

Débat Stéphane Hessel et Jean Daniel : "Insurgeons-nous!"


Lors des journées du "Nouvel Observateur"" aux Bernardins, l'auteur d'"Indignez-vous !" et le fondateur do Nouvel Obs avaient confronté leurs analyses sur l'actualité.

Dialogue entre Jean Daniel et Stéphane Hessel... par LeNouvelObservateur

JEAN DANIEL, VOUS AVEZ PLACE CETTE JOURNEE DE DEBATS ORGANISEE PAR "LE NOUVEL OBSERVATEUR" SOUS LE SIGNE DE LA REVOLUTION TUNISIENNE. STEPHANE HESSEL, VOUS AVEZ ETE COREDACTEUR DE LA "DECLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L'HOMME" DE 1948. QUE VOUS INSPIRE, TOUS DEUX, CETTE REVOLUTION ET PROUVE-T-ELLE L'UNIVERSALITE DES DROITS DE L'HOMME TANT MISE EN CAUSE DANS LE MONDE ARABO-MUSULMAN ?
- STEPHANE HESSEL Je m'associe à ce qu'a écrit Jean Daniel sur la révolution tunisienne. Ce qui vient de se passer est extrêmement important et neuf. Nous avons tous deux vu au cours de notre longue vie des événements historiques, mais ce qui se passe en Tunisie est très particulier car, pour une fois, c'est le peuple qui a décidé qu'il en avait assez d'être dirigé d'une façon aussi brutale et corrompue. Rappelons-nous que la charte des Nations unies commence par "Nous, peuples des Nations unies". C'était déjà l'idée qu'il revenait aux peuples eux-mêmes de décider comment ils voulaient être gouvernés. Nous avons hélas peu d'exemples dans les soixante dernières années de peuples ayant pris d'eux-mêmes la décision d'être gouvernés autrement qu'ils l'étaient. La Tunisie est un exemple d'une libération démocratique et d'insurrection pacifique. Je fais le vœu que ce qui se passe soit le début d'un élan démocratique dans le monde, ce dont nous avons tant besoin.
- JEAN DANIEL : La révolution tunisienne n'est pas une révolte arabe à l'ancienne. Aujourd'hui, ce peuple que j'ai vu naître dans l'indépendance renaît dans la liberté, même si elle est encore fragile. Les conditions de cette révolution sont tellement particulières que l'émotion qu'elle procure, elle aussi, est inédite.
Quelles sont ses particularités ? C'est un peuple qui est l'un des plus éduqués du monde arabe et dont les femmes ont une égalité totale avec les hommes, ce qui n'existe pas chez ses voisins. Mais il y avait un Etat si policier qu'aucun des habitants ne se sentait à l'abri d'une surveillance menaçante, tandis qu'une famille de voyous prédateurs humiliait d'autant plus le peuple que la misère des déshérités faisait place à l'ancienne prospérité. C'est donc aussi une révolte contre l'humiliation qui restitue la fierté d'être tunisien.
Pourtant, ce peuple n'était pas le plus malheureux et opprimé de la terre, comparé à celui du Darfour, par exemple. Et c'est à cause de cela qu'il a pu réclamer de manière aussi profonde sa liberté sans laquelle pour lui il n'y a ni pain ni indépendance. Ce peuple nous a donné l'idée, mais aussi à la jeunesse d'autres pays, que tout n'est pas impossible. C'est le message le plus exaltant et contagieux. Peut-être davantage encore pour quelqu'un comme moi, qui suis né en politique avec l'accession à l'indépendance de la Tunisie et avec la rencontre de deux hommes : Mendès France et Bourguiba. C'est le combat anticolonialiste qui a marqué mon engagement et qui est né sous le parrainage incroyable de ces deux hommes qui ont inventé en politique le gradualisme, cette volonté de limiter l'affrontement, de parcourir des étapes pour résoudre un conflit.
- S. H. : J'ai eu le privilège d'être au cabinet de Pierre Mendès France, alors président du Conseil, pendant ces sept mois et dix-sept jours trop courts où il a été obligé de se consacrer aux problèmes internationaux alors qu'il aurait pu nous montrer la voie d'une démocratie en France, comme il le développera dans son livre "Pour une République moderne". A peine revenu de Genève, où il avait réussi à mettre fin à la guerre d'Indochine, il s'est tout de suite concentré sur l'Afrique du Nord et a engagé des négociations avec Bourguiba. Il a fait la preuve d'un courage et d'une imagination géopolitique remarquables. Il a eu la chance de tomber sur un partenaire extrêmement intelligent, acceptant d'aller par étapes afin de limiter les violences. C'est aussi cette non-violence, à laquelle je suis si attaché, que je salue dans la "révolution du jasmin".
DE GAULLE ET MENDES FRANCE SONT DEUX GRANDS HOMMES DE VOS PARCOURS RESPECTIFS. EN QUOI RESTENT-ILS OU NON DES MODELES POUR VOUS ?
- J. D. : J'ai été un admirateur inconditionnel de De Gaulle pendant la guerre : cet homme a réussi à me faire penser que l'Etat de Pétain qui m'avait enlevé la nationalité française n'était pas la France. Lorsque j'ai entendu la première fois son nom, je me suis émerveillé de sa musicalité. Il fallait un peuple peu ordinaire pour se donner un sauveur qui s'appelle de Gaulle ! Ce héros national est celui des grandes ruptures. Patriote, il a divisé la France. Militaire, il a divisé l'armée. Homme de droite, il a condamné le patronat collaborateur. Maurrassien, il s'est entouré de juifs. Mais mon admiration pour de Gaulle est proportionnelle au doute que j'ai sur le gaullisme. Je ne crois pas qu'il y ait un héritage de De Gaulle. Il disait lui-même qu'il n'avait pas de prédécesseur et ne voulait pas de successeur. D'ailleurs de Gaulle ne peut servir de modèle car il a changé sans cesse d'avis dans tous les domaines. Ce qui est normal pour un homme d'Etat qui doit s'adapter, voire mentir. Sur l'Algérie, il a menti à peu près à tout le monde. Les gaullistes d'aujourd'hui sont des usurpateurs : on n'imite pas de Gaulle.
- S. H. : Je suis d'accord. De Gaulle est un personnage plein d'ambiguïtés. Je ne me sens solidaire d'aucune équipe qui se proclame gaulliste aujourd'hui, mais je n'oublierai jamais qu'au moment où nous étions au nadir des démocraties en Europe, où elles paraissaient vaincues, où la France était à terre il a dit que le combat n'était pas fini, que nous devions le continuer et que nous finirions par gagner. C'est admirable ! Et quand je suis arrivé à Londres en mars 1941 et que je l'ai rencontré, on ne pouvait pas être plus ébloui que je l'ai été.
- J. D. : Mendès France incarnait pour moi la rigueur avec une authenticité simple, tranquille. Il n'avait aucune pose, aucune coquetterie, mais une incroyable confiance dans ses capacités de convaincre. Lui qui possédait cette vertu pédagogique se donnait un mal fou pour expliquer à chacun ses choix avec une clarté souveraine. De Gaulle est un mystique : il fascine. Mendès est l'incarnation de la raison : il convainc. Ces deux hommes ont une passion. L'un pour la vocation de la France, l'autre pour la dignité des Français.
TOUS DEUX AVEZ COMBATTU DANS LA FRANCE LIBRE ET SOUTENU LE PROGRAMME VISIONNAIRE DU CONSEIL NATIONAL DE LA RESISTANCE, QUI FUT LA MATRICE DE L'ETAT-PROVIDENCE DES TRENTE GLORIEUSES. EST-IL TRAHI AUJOURD'HUI ET FAUT-IL Y REVENIR ?
- S. H. : Mon petit livre commence en effet par un rappel des principes et des valeurs sur lesquels repose le programme du Conseil national de la Résistance adopté en mars 1944. Jean Moulin avait voulu un texte qui réunisse toutes les composantes de la Résistance et qu'on puisse envoyer à de Gaulle. C'était une manière de lui dire : "Nous, les résistants, c'est ça que nous attendons de vous, que nous reconnaissons comme notre chef et qui devez conduire la France à la libération."
Ce qui est écrit en quelques pages me paraît encore aujourd'hui essentiel. C'est tout ce socle des conquêtes sociales et démocratiques qui est aujourd'hui remis en cause par la domination des forces économiques et financières. Ce qui justifie de la part des citoyens une forme d'indignation. Les propositions du CNR auraient dû être maintenues contre les forces qui s'y opposent. L'intérêt général doit primer sur l'intérêt particulier, le juste partage des richesses créées par le monde du travail doit primer sur le pouvoir de l'argent. Ces principes sont bafoués aujourd'hui car le pouvoir de l'argent n'a jamais été si arrogant.
- J. D. : Jusqu'aux Trente Glorieuses, les principes du CNR ont été respectés. Mais c'est le choc pétrolier de 1973, les crises et aujourd'hui la mondialisation qui ont mis un point d'arrêt à l'Etat-providence, et qui provoquent les questions que la social-démocratie se pose sur ses compromissions avec le libéralisme. La Résistance avait voulu par l'Etat-providence une sorte de sanctuarisation du social. Elle souhaitait qu'à chaque progrès économique corresponde une volonté égale de produire et de répartir. Cette volonté s'est épanouie pendant le capitalisme rhénan. La cogestion en Allemagne atténuait la lutte des classes grâce la prospérité de tous.
Le succès du livre de Stéphane Hessel répond non seulement à un besoin d'indignation, mais à la révolte contre une logique d'échec présentée comme inéluctable par les forces économiques. Stéphane, votre mérite est de dénoncer la fatalité, mais votre insuffisance est de ne pas dire comment. Nous vivons dans un monde complexe, à la fois celui du "1984" d'Orwell et celui du "Meilleur des mondes" d'Aldous Huxley. Je ne sous-estime pas notre capacité de résistance, mais combattre la financiarisation de l'économie est un défi énorme.
VOUS ETES DEUX HOMMES DE GAUCHE, CRITIQUES DE LA FINANCIARISATION DE L'ECONOMIE ET DU POUVOIR DE L'ARGENT. QUE PEUT FAIRE LA GAUCHE EN FRANCE, FACE A LA MONDIALISATION, POUR TROUVER DE NOUVELLES VOIES PLUS JUSTES A L'AVENIR ?
S. H. : Si elle veut obtenir des résultats concernant les grands problèmes du monde, la gauche ne peut pas se contenter d'être seulement française. Elle doit s'allier étroitement avec les gauches d'autres pays. Nous ne pouvons plus rester divisés en petites nations individuelles en rivalité perpétuelle. La gauche française doit préparer notre pays à des combats communs sur des problèmes mondiaux, en particulier environnementaux. C'est pourquoi je soutiens le combat d'Europe Ecologie. La droite à l'évidence n'a pas apporté les réponses nécessaires. J'espère en une gauche assez courageuse pour dépasser ses divergences internes insupportables et confiante dans les valeurs fondamentales du CNR.
J. D. : Pour ma part, je me suis défini dans le sillage de Camus comme "un réformiste radical", c'est-à-dire que si je refuse l'utopie révolutionnaire avec ou sans violence, en revanche je combats de toutes mes forces la dérégulation et l'abandon par l'Etat de tout ce que veulent lui prendre les ultralibéraux. Cependant, je redoute que, sous le prétexte que la gauche se serait pervertie par une sorte de ralliement à l'économie de marché, nous devrions nous diriger vers une réhabilitation rampante du marxisme. Est-ce alors que tous nos combats antitotalitaires, notre refus du collectivisme, nos débats sur le matérialisme historique étaient illusoires ? Le scandale de la financiarisation de l'économie, qui mobilise à juste titre des citoyens dans le monde entier, nous ferait-il regretter ces luttes ?
Les financiers qui ont déclenché la crise ont cyniquement profité de l'aide qu'ils ont reçue des Etats pour la résoudre. Mais dans notre autocritique du ralliement de la gauche au libéralisme, il y a un vrai danger : celui de revenir à l'utopie malheureuse que nous avions combattue.
S. H. : Vous avez raison. La vigilance est nécessaire. Il ne suffit pas de s'indigner, il faut travailler en s'appuyant sur nos valeurs. Il faut se méfier des titres un peu trop accrocheurs tel "Indignez- vous !". Mais il est si triste pour des gens de ma génération de voir que les gouvernements successifs des grands Etats ne profitent pas de l'expérience de ceux qui les ont précédés. Nos valeurs fondamentales sont nées de durs combats. Quand elles sont oubliées ou rejetées au profit d'ambitions nationales étriquées, comme en Israël ou en Palestine, ça va forcément mal.
TOUS DEUX, QUI AVEZ TOUJOURS SOUTENU DEPUIS DES DECENNIES LA CAUSE PALESTINIENNE ET MILITE POUR LA PAIX ISRAELO-PALESTINIENNE, VOUS ETES AUSSI LA MEMOIRE LONGUE DE CE CONFLIT QUI NE TROUVE TOUJOURS PAS D'ISSUE. POUR VOS ENGAGEMENTS, VOUS AVEZ SUBI DE NOMBREUSES ATTAQUES ET DE PROCES DE LA PART D'UNE PARTIE DE LA COMMUNAUTE JUIVE EN FRANCE, ET ENCORE RECEMMENT POUR STEPHANE HESSEL. PARTAGEZ-VOUS AUJOURD'HUI LA MEME ANALYSE SUR ISRAËL, LA PALESTINE ET LE HAMAS ?
J. D. : Pour l'essentiel, je suis d'accord avec Stéphane Hessel et je trouve irréfutables les explications qu'il a données sur Gaza, après la publication de son livre. Soyons clair, nous défendons lui et moi l'existence de l'Etat d'Israël. Nous estimons légitime qu'Israël se préoccupe de sa sécurité. Nous sommes aussi vigilants que nos accusateurs sur la façon dont l'antisionisme peut être instrumentalisé par les antisémites. Un homme nous manque : mon ami Pierre Vidal-Naquet a adopté dans ces questions un comportement exemplaire. Il se battait tous les matins sur trois fronts : le combat contre le négationnisme - c'est lui qui a confondu Faurisson -, contre la torture en Algérie - c'est lui qui a dit la vérité sur le cas Audin -, et avec la même volonté pour la création d'un Etat palestinien et pour les droits de ce peuple.
Quant aux attaques dont nous sommes l'objet avec Stéphane Hessel, j'y répondrai avec d'autres arguments que les siens. A Gaza, les conditions de vie sont intolérables et il faut y mettre fin. Mais il faut avoir une philosophie rigoureuse sur l'évolution de l'Etat juif. Israël, c'est l'installation d'un rêve après des persécutions dans un pays déjà occupé par les Anglais. Sa création a suscité un refus arabe, long et injuste, et provoqué des guerres. Les victoires militaires israéliennes ont suscité un nationalisme qui est devenu religieux dans les deux camps. Le soutien à Israël est aussi devenu religieux aux Etats-Unis. Il y a un succès du providentialisme, théorie selon laquelle chaque fois qu'on a une victoire, c'est la volonté de Dieu qui s'accomplit.
Ainsi s'est déployé aux Etats-Unis un parti, un immense lobby pro-israélien qui pèse lourdement sur la politique étrangère américaine. Dernier exemple en date : la façon inexcusable pour moi dont les responsables israéliens ont saboté une providentielle offre de règlement du conflit par le président Obama, offre qui était pourtant le salut d'Israël.
S. H. : Au même moment qu'était votée à l'ONU la "Déclaration universelle des droits de l'homme", j'ai le souvenir de la joie que j'ai éprouvée lorsqu'à l'unanimité le Conseil de Sécurité a déclaré qu'enfin, après des siècles d'errance et de persécutions, les juifs allaient avoir leur Etat. C'était le seul aboutissement acceptable après l'horreur subie par les juifs lors de la guerre. Comme tous les partages, celui des territoires entre Israéliens et Arabes était contestable, mais il a été reconnu comme acceptable.
La victoire israélienne dans la guerre de Six-Jours a conduit les gouvernements israéliens successifs à une démesure. Ils ont cru que c'était le destin de Dieu qui s'accomplissait et non les desseins des Nations unies. Ce qui nourrit ma tristesse et quelquefois mon indignation, c'est qu'aucun des gouvernements israéliens successifs n'a pu convaincre son peuple de vivre à l'intérieur de ses frontières tout en permettant aux Palestiniens de créer leur Etat.
Chaque fois qu'on a cru avancer, on est revenu aussitôt en arrière. C'est le grand malheur de cette région. Nous avions l'espoir qu'Obama serait capable d'obtenir un règlement pacifique mais, en raison du blocage israélien, on en est loin. Voilà pourquoi quand je vais à Gaza - ce qui m'est arrivé au moins à cinq reprises au cours de ces quatre dernières années - je prends contact avec Ismaïl Haniyeh, le Premier ministre du Hamas, même si je sais parfaitement qu'il est islamiste, qu'il a pris des positions contestables et même criminelles. Mais je pense que ce serait une erreur de ne pas parler avec lui, car, quelles que soient les violences qu'il porte en lui, c'est quelqu'un avec qui il est possible de négocier. Comme on a négocié hier avec le FLN ou avec l'OLP, qualifiée jadis de terroriste. C'est ce que me dit John Ging, le directeur de l'Organisation des Nations unies pour les Réfugiés, qui assure l'éducation de plus de deux cent mille élèves à Gaza et les soins de santé de centaines de milliers de Palestiniens, et dont il faut saluer l'admirable travail. Je crois encore qu'aujourd'hui il n'est pas impossible qu'une ferme attitude de l'Europe et des Etats-Unis puisse pousser Netanyahou vers une vraie négociation.
J. D. : N'oublions pas que des dirigeants israéliens ont été porteurs de paix. Rabin m'a tenu ce langage : "Je veux négocier avec les Palestiniens comme s'il n'y avait pas de terrorisme et je veux combattre les terroristes comme s'il n'y avait pas de négociations avec les Palestiniens". C'était une leçon de clairvoyance et, avant d'être assassiné, il avait, par sa pédagogie, convaincu son peuple de faire la paix. Il faut se rappeler aussi que c'est à Tel-Aviv qu'il y a eu la plus grande manifestation au Proche-Orient contre les crimes de Sabra et Chatila. Il y a eu des moments privilégiés, des négociations entreprises, autant d'occasions manquées.
A partir du moment où le nationalisme arabe ou juif est devenu religieux des deux côtés, l'islamisation et la théologisation juive ont transformé toutes les données du problème. Mon pessimisme actuel vient du fait qu'on ne voit plus aucun progrès vers la paix de chaque côté. Ni des Palestiniens vers une islamisation moins violente, ni des Israéliens vers une acceptation franche d'un Etat palestinien. Quand je dis franche, je veux dire, par exemple, qu'on ne peut pas coloniser un bout de territoire palestinien au moment même où l'on négocie pour décider de son appartenance !
Débat animé par François Armanet et Gilles Anquetil-Le Nouvel Observateur
• Article publié dans "le Nouvel Observateur" du 22 février 2011.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CES PHARES QUI NOUS GUIDENT DANS LA NUIT
Il nous reste Jean Daniel, Edgar Morin et Helmut Schmidt et quelques autres grands vieillards éclairés.
Certes chez les plus jeunes des voix s'élèvent et clament leur indignation. Parmi ces rares résistants on pointera Daniel Cohn Bendit et Guy Verhofstadt grands militants européens.
Pour le reste nous sommes dirigés par des hommes et des femmes politiques certes intelligents et courageux mais sans vision ni ambitions et rien n'est plus débilitant pour les peuples en désarroi. D'où le succès des extrémistes, des populistes et des nationalistes de toute farine. Sale temps pour la démocratie.
MG

"Nous vivons dans un monde complexe, à la fois celui du "1984" d'Orwell et celui du "Meilleur des mondes" d'Aldous Huxley. Je ne sous-estime pas notre capacité de résistance, mais combattre la financiarisation de l'économie est un défi énorme." (J. D.)
"Nos valeurs fondamentales sont nées de durs combats. Quand elles sont oubliées ou rejetées au profit d'ambitions nationales étriquées, comme en Israël ou en Palestine, ça va forcément mal." (S.H.)


Jean Daniel et Stéphane Hessel le 22 janvier 2011 au Collège des Bernardins à Paris. (Camille Simon)a


mercredi 27 février 2013

Du cheval et du cochon dans le kebab


Le Monde
La Turquie aussi est attentive au scandale de la viande trafiquée qui s'étend dans toute l'Europe. Si la presse s'est demandée, comme dans d'autres pays, ce qu'il y avait réellement dans les "köfte suédois" vendus chez IKEA, elle s'intéresse surtout au contenu des fameux "döner kebabs", qui tournent autour d'une broche verticale, concept inventé en Allemagne.

Et que trouve-t-on dans ces kebabs censés être fabriqués à base de viande de mouton ? En Suisse, sur une vingtaine de points de vente dont la viande a été analysée, plusieurs contenaient du cheval et sept contenaient du porc en quantité infime. Le conseil central islamique suisse s'est déclaré choqué par ces résultats. En Allemagne également, 7 % des échantillons de döner contiendraient du porc. Ce qui n'empêche pas nombre d'entre eux d'afficher un certificat halal. L'Allemagne produit, selon le journal Milliyet, environ 400 tonnes de döner par jour ! Ces derniers sont ensuite en partie exportés vers l'Italie, l'Espagne, le Danemark, la Suède, la Finlande ou les pays baltes.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
HALAL PUR PORC?


Stéphane Hessel : il y a quelques jours encore, "un tel plaisir de débattre"


Le 14 février, "Le Nouvel Observateur" a réuni Stéphane Hessel et Daniel Cohn-Bendit pour un débat. Le député européen revient sur cette dernière rencontre.

IL Y A QUELQUES JOURS, VOUS DEBATTIEZ ENCORE AVEC STEPHANE HESSEL DANS LE CADRE D’UN DEBAT POUR L’OBS SUR LES PARTIS POLITIQUES. COMMENT REAGISSEZ-VOUS A SA DISPARITION ?

- Après ce débat, je lui ai parlé en tête-à-tête. Il m’a annoncé qu’il en avait assez, qu’il n’avait plus envie de sortir de chez lui. Il était conscient que ça devait en finir bientôt. Il m’a dit : "Ecoute, j’ai 95 ans. Jusqu’à il y a deux ou trois ans, j’étais en pleine forme. Mais là, mon corps me lâche, il est temps de lâcher tout". C’est pourquoi je ne suis pas surpris. C’était très lucide de sa part. Il a eu la chance d’avoir toute sa vie une énergie incroyable, de vivre ce qu’il a vécu. Il finit sa vie avec toute sa lucidité, son intelligence, sa clairvoyance et c’est ça qui est extraordinaire !
QU’EST-CE QUI VOUS A MARQUE LORS DE CET ENTRETIEN ?

- Il nous a reçu en pyjama, l’œil toujours pétillant et avec un tel plaisir de débattre. Il a mis toute sa vie au service de l’intelligence.
QUELS MESSAGES RETENEZ-VOUS DE STEPHANE HESSEL ?

- Celui de toujours questionner la réalité. D’essayer de trouver avec son intelligence des solutions, de combattre pour un monde meilleur. Comme il l’avait fait en participant à la rédaction de la charte des droits de l’homme de l’ONU ou en promouvant les objectifs du millénaire énoncés par l’ONU (éducation, lutte contre la pauvreté). Evidemment qu’on est triste aujourd’hui mais ce qui est formidable, c’est qu’il a été tellement présent jusqu’à la fin. C’est une personnalité qui avec son intelligence et sa douceur restera longtemps incontournable dans la vie politique. On continuera à débattre avec lui.

Stéphane Hessel et Daniel Cohn-Bendit ((BALTEL/LAMACHERE AURELIE/SIPA et BERTRAND GUAY / AFP)


mardi 26 février 2013

L’islam, "défi pour l’Europe", selon Valls


Christophe Lamfalussy

Manuel Valls voit dans l’islam radical une pensée totalitaire et plaide pour l’ordre.
Homme politique le plus populaire de France, à gauche comme à droite, Manuel Valls, 50 ans, le ministre de l’Intérieur, s’est bâti une réputation de "Sarkozy de gauche", comparaison qui l’amuse. Il était lundi soir l’invité des Grandes Conférences catholiques à Bruxelles. Peu avant, il a accordé cette interview exclusive à "La Libre Belgique".

LE PRESIDENT DU PARTI TUNISIEN D’ENNADHA, RACHED GHANNOUCHI, VOUS REPROCHE D’AVOIR PARLE DE “FASCISME ISLAMIQUE”…
Je n’ai pas vocation à polémiquer avec le leader d’un parti tunisien. C’est Jean-Pierre Elkabbach qui, le premier, a parlé de fascisme islamique.
MAIS VOUS L’AVEZ REPRIS A VOTRE COMPTE…
Bien sûr, parce qu’il y a des formes de totalitarisme. Quand au nom d’un islam radical dévoyé, on tue des responsables politiques, on nie la condition de la femme, on brûle des mosquées et des livres, comme à Tombouctou c’est une pensée totalitaire. Il ne faut jamais l’oublier : les musulmans sont les premières victimes de ce totalitarisme et de cet obscurantisme. Il faut que l’islam puise dans son histoire, dans ses valeurs, pour combattre ce radicalisme et cette violence qu’une minorité porte.
LA FRANCE EST-ELLE MENACEE PAR CE RADICALISME ?
La France, comme l’Europe, ont un défi tout à fait extraordinaire à accomplir. L’islam est devenu en quelques années la deuxième religion de notre pays, avec quatre à six millions de Français ou de citoyens résidant en France de confession musulmane. Nous comptons entre 2 200 et 2 300 lieux de culte. La France et l’Europe doivent faire la démonstration que l’islam est compatible avec la démocratie, les droits de l’homme, la condition de la femme et la séparation de l’Etat avec les Eglises. Il y a très peu d’exemples dans l’histoire de l’humanité où en aussi peu de temps une religion a pris son essor dans un pays. [ ] Il nous faut en peu de temps faire accepter cette religion, combattre les peurs et affirmer des règles pour que l’islam trouve sa place.
VOUS FAITES LE PARI QUE L’ISLAM EST SOLUBLE DANS LA TRADITION FRANÇAISE ?
Nous devons faire ce pari. Aujourd’hui une majorité de Français doutent.
COMMENT REUSSIR ?
D’abord, en luttant contre le racisme, les actes envers les musulmans et contre l’antisémitisme. C’est difficile en période de crise économique. Le rôle de l’éducation, la place de l’histoire des religions à l’école sont aussi importants. Il faut aussi que l’islam s’organise. Il faut créer les conditions d’un islam français, que nous formions des imams français qui parlent français dans nos universités, avec une influence de moins en moins étrangère. La question se pose aussi pour les lieux de culte. Je ne cache pas mon inquiétude sur des financements qui viennent du Maghreb et des pays du Golfe. Nous avons intérêt à avoir des financements qui viennent de France, qui gagnent en transparence.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ICI ON NE DIT RIEN DAUTRE
Valls a raison évidemment, chacun le sait mais ce n'est ni à la France,ni à l'Europe, de faire la démonstration que l'islam est compatible avec la démocratie, c'est à l'islam lui-même.
Il y a deux questions, d'abord celle de Arkoun : allons nous assister à l'slamisation de la modernité ou à la modernisation de l'islam?
C'est fondamental. La seconde: l'islamisme qui est une instrumentalisation de l'islam est il en train de supplanter l'islam?
On pourrait aussi se demander si les mouvements évangélistes ne vont pas se subsituer aux mouvements chrétiens.



"Même Moureaux n'a pas toujours été aussi loin" que Magnette


Jonas Legge

"Paul Magnette est vraiment sur un fil."
Ce jeudi, Paul Magnette n'y est pas allé par le dos de la cuillère. Dans une interview, il s'en est pris violemment au Mouvement réformateur, "ce parti sans valeur, sans idéal et qui défend les nantis", qu’il accuse de "dépenser sans compter pour faire des cadeaux fiscaux aux multinationales et aux riches", pendant que "la gauche assainit les finances". Évidemment, du côté libéral, les répliques ont fusé. Qualifié de "Che Guevara du pauvre" ou de "mangeur de caviar", le nouveau président du PS en prend pour son grade. LaLibre.be a interrogé Alain Raviart, spécialiste en communication politique.

Comment interprétez-vous une telle stratégie de communication?
C'est une technique bien connue où vous désignez ou critiquez un ennemi. Cette posture politique a, au moins, un double avantage : vous entrainez une situation où coexistent un gentil et un méchant, et le gentil est bien évidemment vous. Mais vous créez aussi une stratégie de la distraction: les caméras sont alors braquées sur un phénomène nouveau tout en faisant oublier d'autres paramètres.
Par exemple?
Dans ce cas, faire oublier que le PS et le MR gouvernent ensemble depuis 1999 au niveau fédéral. Le PS masque aussi certaines insuffisances, comme le fait qu'il n'arrive pas à imposer ses mesures au gouvernement fédéral qui est plutôt au "centre" voire au "centre droit". Le parti tente donc de désengager sa responsabilité puisque c'est le méchant qui est responsable.
Le MR n'a pas tardé à réagir. Didier Reynders, Denis Ducarme puis Charles Michel s'en sont pris au président du PS...
Le MR a réagi de la même manière, en ciblant le méchant PS. Et dans une certaine mesure, cela arrange Paul Magnette parce que, pour danser le tango, il vaut mieux être deux. C'est une vieille grosse ficelle de communication. Mais elle est agréable pour les téléspectateurs.
Finalement, peu importe qu'on parle de moi en bien ou en mal. L'essentiel, c'est qu'on parle de moi...
Il faut voir quels sont les objectifs. Si vous voulez rassembler votre matelas électoral, et dans ce cas-ci le peuple de gauche, c'est une bonne technique. Mais ici, en quoi cela peut apparaitre comme une bonne technique? En tant que Premier ministre, Elio Di Rupo tient un discours de rassemblement. Comme président du PS Paul Magnette doit donc s'en dissocier pour rassurer les électeurs de gauche. Mais aussi pour contrer l'éventuelle progression du PTB, du Mouvement de gauche, voire d'Ecolo.
Dans le cas présent, Paul Magnette critique ses anciens collègues du gouvernement, qu'il a quittés il y a à peine un mois. N'est-ce pas contradictoire et peu crédible?
Effectivement, il est dans la caricature. Même Philippe Moureaux n'a pas toujours été aussi loin. Mais avec une telle méthode, il réussit à se faire entendre, et pas qu'un peu. Il faut donc trouver le dosage pour émettre des critiques tout en restant crédible, et, dans ce cas, il est clair que Paul Magnette est vraiment sur un fil. Il suffirait d'un petit coup de vent pour qu'il perde l'équilibre.
Pensez-vous que ces attaques vont durer jusqu'aux élections de 2014?
"Il y a fort à parier que ça continue jusqu'à la cacophonie. Et à ce moment, Paul Magnette apparaitra comme l'agresseur puisqu'il a commencé et que personne ne va oublier que la première attaque est venue de lui jeudi, jour de manifestation contre la politique d'austérité du gouvernement."


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE MOUREAUX NOUVEAU EST ARRIVE: BOUCHE DE VITRIOL
C'est évident, la campagne électorale pour les régionales de 2014 bat son plein. Di Rupo a lâché des points à gauche son pullover rouge se détricote, il porte plus souvent le noeud paillon gris que le rouge. Dangereux. Cela grogne à gauche, les syndicats sont dans la rue, le PTB fulmine et Laurette en veste de cuir rouge monte au créneau avec sa suggestion de laisser filer le budget. Quant au fringant nouveau président socialiste, il mord la queue de Reynders et du MR pour faire la nique à De Wever qu'on fait passer pour allié potentiel des bleus.

"Manifestement peu sûr de lui s'il a besoin de jouer au dur comme un adolescent." commente un lecteur.
"Ces deux partis (Ps et MR) sont les meilleurs ennemis du monde, la preuve : ils ne se quittent plus..." ironise un autre.
Un coup d'oeil sur les sondages remettra les pendules à l'heure: la N-VA est à 40% et elle monte, monte, monte.
MG

L'EXTENUANTE CAMPAGNE DE BART DE WEVER
Le Vif, extraits)
Si Bart De Wever ne devient pas incontournable après les élections de 2014, il valsera dans l’opposition partout.

Il y a quelques mois, un parlementaire N-VA m’a dit, comme si c’était une évidence : "Bien sûr qu’au soir du 14 octobre 2012 la campagne de 2014 a déjà commencé". Apparemment, la ruée sur le pays a débuté le jour de l’éclatante victoire aux élections communales (anversoises). Et cela a été le cas, vu l’allure hyperrapide avec laquelle Bart De Wever et les siens font l’actualité ou s’y retrouvent depuis. Et c’est la règle de toutes les campagnes : la visibilité permanente. Ils vont devoir tenir encore pendant seize mois.

La question est de savoir si cette stratégie est bonne ou mauvaise pour la N-VA, et donc bonne ou mauvaise pour les autres partis. Johan Vande Lanotte semblait penser : "mauvaise pour nous", et a décidé de ne plus parler de la N-VA. Ses propos ont déjà été cités plus souvent que tous ses autres propos rassemblés. La N-VA reste branchée.

L’attaque contre la comptabilité de l’ACW a touché le mouvement chrétien ouvrier au cœur. Mais la N-VA a été plus loin que d’autres. Cependant, il en découle que le débat politique c’est rapidement "criminalisé" ou en tout cas "juridisé". La question se pose : la N-VA a-t-elle évalué les conséquences d’une telle stratégie?

Qui critique, doit pouvoir supporter les critiques. Qui critique vivement, et souvent et avec avidité, ne doit pas pleurnicher quand a lieu le retour du bâton donné avec la même régularité, empressement et précision. Bart De Wever ne doit donc pas prendre des airs dépités quand ses propos sont analysés à la loupe. C’est la rançon de la gloire, le prix payé par tout numéro un.


(...)De Wever, continue donc sur le chemin qu’il s’est choisi lui-même: la campagne, jusqu’en 2014. Encore et encore et encore. Et alors, on commet des petites erreurs. Ou des erreurs. C’est humain. Et à part la clique N-VA qui prend vraiment De Wever pour un demi-dieu, un hercule (lisez les réactions sur les forums flamands), on peut partir du principe que rien de ce qui est humain n’est étranger à Bart De Wever. L’erreur humaine non plus.

On se demande si De Wever se perçoit encore correctement. Il choisit de mener le peloton pendant seize mois. Un sprint de dix-mille mètres. Qui peut supporter cela pendant un an et demi ?

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lundi 25 février 2013

Pourquoi l'islam et le djihadisme s'étendent en Afrique


Le Vif
Source: L'Express.fr
Prises d'otages au Nigeria et au Niger, expansion de groupes djihadistes dans tout le Sahel... Ces événements soulignent l'essor de l'islam et de ses dérives extrêmes en Afrique. Quelles en sont les raisons ? L'analyse de Jean-François Bayart, directeur de recherche au CNRS.


Détention d'otages français au Nigeria, probablement aux mains de groupes islamistes armés, mais aussi au Niger, attaque dihadiste en Algérie; lntervention de la France au Mali pour déloger des groupes islamistes armés qui s'étaient emparés du Nord du pays. Ces événements mettent en relief l'essor de l'islam et de ses dérives extrémistes sur le continent africain. Pourtant, les choses sont plus complexes qu'il n'y paraît. Eléments d'analyse avec Jean-François Bayart, directeur de recherche au CNRS.

ASSISTE-T-ON A UNE PROGRESSION DE L'ISLAM EN AFRIQUE ?

Oui, incontestablement. Mais il faut relativiser cette expansion. L'Afrique connaît un véritable boom du phénomène religieux en général. Il y a également un net essor du christianisme, de diverses églises et sectes chrétiennes, en particulier du Pentecôtisme, mais aussi de différentes pratiques cultuelles "magiques", ce que l'on qualifie vulgairement de sorcellerie. L'islam n'est donc que l'un des aspects du retour ou plutôt de la puissance du religieux sur le continent.

Il faut par ailleurs distinguer les différentes variantes de l'islam présentes dans la région. Au Mali par exemple, on assiste à un conflit entre l'islam malékite, celui des confréries, et le salafisme. Le salafisme lui-même peut être quiétiste ou fortement politisé, voire combattant. Il y a quelques années, le Haut conseil islamique, organisme censé représenter les différentes tendances de l'islam, est passé sous le contrôle des wahhabites. Mais même quand on parle de wahhabites, il ne s'agit pas du wahhabisme tel qu'on l'entend en Arabie saoudite. Si elle se distingue de l'islam malékite, la pratique des wahabites est en fait un islam "réinventé", une symbiose formée à partir de ce qu'ont rapporté des commerçants locaux de retour du pèlerinage de La Mecque.

PEUT-ON DIRE QUE CET ISLAM WAHHABITE S'OPPOSE A L'ISLAM TRADITIONNEL EN AFRIQUE DE L'OUEST ?

L'islam des confréries lui-même ne peut pas être qualifié de traditionnel. Sa montée en puissance est indissociable du fait colonial. Au Sénégal par exemple, l'administration coloniale a rapidement compris son intérêt à composer avec l'islam; moyennant des avantages agraires, elle a coopté la confrérie des Mourides, ce qui lui a assuré la paix sociale et fourni un vivier de conscrits pour ses champs de bataille en Europe et en Méditerranée.

La confrérie des Mourides est complètement insérée dans son temps. Elle est une actrice globale du commerce international, et ses marabouts contractent des mariages entre disciples sur le web…

SI LE SALAFISME, UNE BRANCHE DE L'ISLAM PLUS RECENTE DANS LA REGION, A LE VENT EN POUPE AUJOURD'HUI, C'EST AU MEME TITRE QUE LE PENTECOTISME EST EN PROGRESSION VIS A VIS DE L'EGLISE CATHOLIQUE. CELUI-CI CONNAIT UNE TRES FORTE EXPANSION DANS LE GOLFE DE GUINEE, ce que l'on oublie souvent de rappeler quand on parle de l'essor du fait religieux en Afrique. Cette combinatoire entre salafisme musulman et pentecôtisme chrétien est particulièrement évidente au Nigeria.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier quand on parle des salafistes, que la plus grande majorité d'entre eux sont "quiétistes", et non révolutionnaires ou djihadistes. Rappelons d'ailleurs que le terme de djihad est lui-même ambivalent: il désigne aussi bien le combat armé que le combat que le croyant mène contre lui-même pour être un meilleur musulman. Le vrai risque politique serait de voir ou de favoriser l'alliance entre le salafisme armé et le salafisme quiétiste.

QU'EST-CE QUI EXPLIQUE SELON VOUS, CETTE PROGRESSION DE L'ISLAM ?

Il y a plusieurs facteurs en jeu. En Afrique, l'islam apporte une réponse à des problèmes sociaux. Il permet de dépasser les clivages liés à l'origine des individus. Les poids des castes ou de l'esclavage est encore très prégnant dans toute la région. Au début du 20e siècle, dans certaines régions du Mali, 50% de la population était captive. Aujourd'hui encore, tout le monde connaît les origines des uns et des autres, ne serait-ce que par le nom de famille. Au Sénégal, chacun disait qu'il allait à la forge lorsqu'il se rendait dans les bureaux du Premier ministre Habib Thiam, ce qui n'était pas aimable.

L'islam par ailleurs a servi de réponse aux conséquences des politiques d'ajustement structurel des années 1990 qui ont dévasté les systèmes sociaux: l'école et la santé publique en Afrique. Les populations se sont alors retournées vers les institutions de substitution financées par les monarchies du Golfe.

Enfin il faut savoir que la charia -on peut certes en contester les préceptes-, apporte une réponse juridique dans des pays ou des régions confrontés à la corruption, à l'arbitraire ou à l'absence de l'Etat: N'oublions pas qu'au Nigeria, l'armée et la police sont responsables d'un très grand nombre d'exactions à l'encontre de la population. Et dans le nord du Mali, une partie des habitants a dans un premier temps accueilli favorablement l'arrivée des groupes islamistes comme Ansar Eddine ou le Mujao.

Pour moi, les questions agraire et foncière sont plus graves que l'islam radical, en particulier dans le contexte des graves sécheresses qui frappent le Sahel et déstabilisent les droits d'usage de la terre ou de l'eau, notamment entre pasteurs et agriculteurs et entre les pêcheurs du fleuve Niger.

L'AFRIQUE SEMBLE QUAND MEME CONFRONTEE A UN ESSOR DES GROUPES ISLAMISTES ARMES ?


Je pense que les mouvements djihadistes finiront par se heurter à l'islam des confréries et de l'establishment, même s'ils ont pu bénéficier d'une vraie audience locale, qu'ils ont ruinée de par leurs excès. Au fond, l'islam est moins le problème que la solution, à terme.

POUR VOUS, LE DANGER VIENT D'AILLEURS...

En effet. Les djihadistes ne constituent qu'une petite partie des acteurs de l'instabilité régionale. Le banditisme est lui aussi en plein essor, y compris dans le Sud chrétien du Nigeria, notamment dans le delta du fleuve Niger, au détriment des compagnies pétrolières. D'où la difficulté d'interpréter la prise d'otages dans le nord du Cameroun. S'agit-il d'un acte politique imputable aux islamistes, ou d'un kidnapping purement crapuleux de la part des coupeurs de route qui y sévissent depuis des décennies, sont souvent en relation avec les autorités locales et qui, éventuellement, chercheraient à monnayer leurs prisonniers sur le marché de la violence djihadiste? Le business des otages, alimenté par les rançons payées par les Occidentaux, est en effet très florissant au sud du Sahara, sans qu'il soit politiquement ou islamiquement orienté. La même ambivalence se retrouve chez les pirates de Somalie par rapport aux chebab.


La politique de prohibition de la drogue menée par les pays occidentaux a échoué. Elle a créé une rente qu'exploitent tout naturellement des opérateurs économiques. Le risque est celui d'une "mexicanisation" ou d'une "colombanisation" de l'Afrique de l'Ouest: des réseaux criminels deviendraient paramilitaires et menaceraient de gangréner l'Etat, et des mouvements armés se transformeraient en organisations criminelles.

Certains Etats, comme la Guinée Bissau, sont déjà dans cette configuration, ce qui ne doit pas nous empêcher de nous interroger sur l'implication de la Mauritanie, du Maroc, de l'Algérie, du Sénégal. On a volontiers incriminé la collusion de l'ancien président malien "ATT" avec ces trafics. Peut-être. Mais cela nous a épargné certaines questions sur d'autres Etats. Remarquons enfin que notre politique ultra malthusienne en matière d'immigration engendre là aussi une rente dont profitent les trafiquants d'êtres humains. Le précédent du Mexique nous montre comment des réseaux narcotiques peuvent s'emparer du contrôle des flux migratoires. En matière d'immigration et de narcotiques, nous avons oublié le théorème d'Al Capone: toute prohibition engendre trafics et violence.

Catherine Gouëset

Jean-François Bayart est directeur de recherche au CNRS. Dernier livre paru: Sortir du national-libéralisme. Croquis politiques des années 2004-2012 (Karthala, 2012)

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE PHENOMENE RELIGIEUX
Le phénomène religieux progresse partout sauf en Europe où il recule face à la sécularisation en marche. Mais attention, les athées, les rationalistes laïques sécularisés qui tiennent le haut du pavé se reproduisent peu. Il suffira de deux ou trois générations pour qu'ils soient minorisés par une immigration croyante, féconde et rétive à toute forme de sécularisation.
MG

© AFP



Mixité sociale : c’est pas gagné


Christian Laporte
Une étude montre les limites des projets mais rien n’est perdu pour autant.
La mixité sociale Depuis au moins trois lustres, c’est sans conteste devenu une priorité pour l’action urbaine aussi bien à Bruxelles qu’ailleurs en Europe. Un thème politiquement très présent. Un mot d’ordre aussi qui renvoie en fait à une utopie déjà bien présente cent ans auparavant puisque déjà à la fin du XIXe siècle, on plaida pour des villes où cohabiteraient de manière harmonieuse les divers groupes sociaux. Comment en est-on arrivé à ce regain d’intérêt pour la mixité sociale dans les quartiers dits "en difficulté" ? Puis qu’est ce qu’il nous apprend des représentations et des valeurs contemporaines et cela plus particulièrement à Bruxelles ?
C’est sur ces interpellations que se penche le (déjà) 65e numéro des "Brussels Studies".
Emmanuelle Lenel, son auteure, est assistante en sociologie à l’Université Saint-Louis où elle prépare une thèse de doctorat sur les dynamiques ordinaires de mixité sociale dans les quartiers en "revitalisation" à Bruxelles.
Ce doctorat l’a amenée à descendre sur le terrain mais aussi à développer une intéressante analyse sémantique qui porte sur le lexique dominant et sur les notions associées aux mots ainsi que les registres du discours sur la mixité sociale. Et cela à partir d’un vaste échantillon de documents allant du Plan régional de développement, du Plan de développement international, des programmes de la Politique des Grandes villes aux contrats de quartier, aux programmes de la Société de développement régional de Bruxelles-Capitale. Emmanuelle Lenel a aussi étudié la "cohésion sociale" et même les programmes électoraux 2009 d’Ecolo et du PS sans oublier les déclarations du ministre-président de la Région.
Principal constat d’Emmanuelle Lenel : la mixité sociale occupe une place centrale dans le discours sur l’action urbaine à Bruxelles. D’abord grâce aux connotations positives de la notion mais également suite aux transformations sociales et politiques conjointes qui ont mis en bonne place le "problème" des territoires vulnérables comme principale source d’inégalités. "Le fait multiculturel, la ségrégation socio-spatiale, l’exclusion et la philosophie politique de l’action intégrée ont fait de certains quartiers bruxellois l’objet de l’incantation à la mixité sociale, alors qu’elle semble nettement moins invoquée pour les ‘beaux quartiers" explique la sociologue.
VULNERABLES ET MOINS ATTRACTIFS
"Telle que présentée dans les discours, la mixité sociale apporte des bénéfices mais on peut se demander lesquels exactement et il est du ressort des individus d’en tirer parti pour assurer leur ascension sociale. Sur le plan du discours politique, cette sémantique de l’intégration par le bas réunit la gauche, sans être contestée par la droite". Cependant si on si lit entre les lignes, "l’analyse du discours fait aussi ressortir que le problème des quartiers vulnérables, c’est d’être peu attractifs pour des ménages plus fortunés et des investisseurs, en raison de leur dégradation matérielle et d’un délitement présumé de l’ordre social" .
Emmanuelle Lenel se demande si "en ce sens, on ne peut pas voir aussi dans l’appel à la mixité, concentré sur les quartiers populaires, une légitimation de la volonté d’y redéployer investissements et ménages à plus haute capacité de contribution à l’impôt, ce dans un contexte d’effritement global du financement de Bruxelles par la voie fiscale directe."
Pour la chercheuse "le rapprochement des groupes dits vulnérables et des classes dites moyennes n’est pas sans danger. Car certaines concurrences se mettent en place, notamment sur le marché du logement. Et, implicitement, les valeurs et les pratiques de consommation des plus favorisés (financièrement et/ou culturellement) tendent à devenir la norme du quartier, ce qui n’est pas sans poser des problèmes de cohabitation "
Le texte est disponible sur www.brusselsstudies.be

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE MYTHE DE LA MIXITE SOCIALE
Le monde politique au pouvoir est persuadé que la mixité sociale ne peut s'installer que grâce à une mixité des publics scolaires. Il invente à cette fin des décrets complexes visant à mixer artificiellement les populations. Résultat d'une telle stratégie volontariste: la déstabilisation du tissu scolaire au détriment de l'ensemble des élèves.
La mixité sociale ne se décrète pas. Elle ne peut résulter que d'une mixité des quartiers par une politique volontariste de création de logements sociaux.
On en est très loin.
MG

vendredi 22 février 2013

Le niveau scolaire baisse, cette fois-ci c'est vrai !

LE MONDE

Une écolière du cours préparatoire réalise un exercice de lecture à l'école Arthur Rimbaud d'Andrézieux-Bouthéon, dans la banlieue de Saint-Etienne. | AFP/PHILIPPE DESMAZES
A force de crier au loup, c'est en vain qu'on appelle au secours s'il surgit... On a tellement dénoncé la baisse du niveau, alors qu'il montait, comme le montraient les évaluations faites à la veille du service militaire, lors des "trois jours", qu'aujourd'hui l'opinion ne s'alarme guère, alors qu'il baisse pour de bon.
Il faut pourtant sonner le tocsin. Tous les indicateurs sont au rouge. Dans les fameuses enquêtes PISA, la France est passée entre 2000 et 2009, pour la compréhension de l'écrit, du 10e rang sur 27 pays au 17e sur 33.
La proportion d'élèves qui ne maîtrisent pas cette compétence a augmenté d'un tiers, passant de 15,2 %, à 19,7 %. En mathématiques, nous reculons également et nous sommes dans la moyenne maintenant, alors que nous faisions partie du peloton de tête.
Ces chiffres gênent : on les conteste. Ce sont des évaluations de compétences à 15 ans, qui mesurent indirectement les acquisitions scolaires...
Et pour ne pas risquer d'être mal jugés, nous nous sommes retirés de l'enquête internationale sur les mathématiques et les sciences. Mieux vaut ne pas prendre sa température que de mesurer sa fièvre.
Mais cela ne l'empêche pas de monter. Les données s'accumulent.
Voici une autre enquête internationale qui, elle, fait référence aux programmes scolaires (Pirls). Elle porte sur les compétences en lecture après quatre années d'école obligatoire, donc à la fin du CM1.
En 2006, sur 21 pays européens, la France se place entre le 14e et le 19e rang selon les types de textes et les compétences évaluées.
Les enquêtes nationales vont dans le même sens. Le ministère a publié une synthèse des évaluations du niveau en CM2 de 1987 à 2007 (note d'information 08 38).
Si le niveau est resté stable de 1987 à 1997, il a en revanche nettement baissé entre 1997 et 2007. Le niveau en lecture qui était celui des 10 % les plus faibles en 1997 est, dix ans plus tard, celui de 21 % des élèves.
ENRAYER CETTE RÉGRESSION
La baisse se constate quelles que soient les compétences. A la même dictée, 46 % des élèves faisaient plus de 15 fautes en 2007, contre 21 % en 1997.
L'évolution en calcul est également négative. Le recul n'épargne que les enfants des cadres supérieurs et des professions intellectuelles, dont les enseignants.
Le dernier numéro (décembre 2012) d'Education et formations, la revue de la direction de l'évaluation du ministère, présente une étude sur le niveau en lecture en 1997 et 2007 : la proportion d'élèves en difficulté est passée de 14,9 %, à 19 %, soit une augmentation d'un tiers.
Un élève sur trois est faible en orthographe, contre un sur quatre dix ans plus tôt.
Il est urgent de réfléchir aux moyens d'enrayer cette régression. Les résultats convergents et accablants qui viennent d'être cités sont tous antérieurs à la semaine de quatre jours.
Qui peut soutenir qu'elle ait amélioré les choses ?
Cela dit, elle n'est pas seule en cause. Si l'on ne trouve pas les moyens de faire travailler plus efficacement les élèves, le déclin est inéluctable.
Le projet de Vincent Peillon donne opportunément la priorité au primaire, mais aucun ministre n'a de prise directe sur ce qui se fait dans les classes.
C'est aux professeurs des écoles et à leurs inspecteurs qu'il revient d'y réfléchir collectivement. Et le temps presse : nous avons un vrai problème de pédagogie qui ne se résoudra pas en un jour.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
SI L'ON NE TROUVE PAS LES MOYENS DE FAIRE TRAVAILLER PLUS EFFICACEMENT LES ELEVES, LE DECLIN EST INELUCTABLE.
"C'est aux professeurs des écoles et à leurs inspecteurs qu'il revient d'y réfléchir collectivement. Et le temps presse : nous avons un vrai problème de pédagogie qui ne se résoudra pas en un jour."
Il y a des années qu'on crie, qu'on hurle, que l'on clame que la situation est grave mais non désespérée. A bien lire ce texte qui concerne l'école française -pas la nôtre (la nôtre est dans une situation encore plus dramatique, surtout à Bruxelles), on se rend compte que la situation de l'école en France, en Belgique en Allemagne -sauf en Finlande- devient totalement désespérée.
Sans école efficace, il n'est point de société organisée et on fonce tout droit vers la barbarie. Laquelle s'empare de nos écoles, il suffit d'y observer la violence en cour de récréation pour s'en faire une petite idée.
MG


Une écolière du cours préparatoire réalise un exercice de lecture à l'école Arthur Rimbaud d'Andrézieux-Bouthéon, dans la banlieue de Saint-Etienne. | AFP/PHILIPPE DESMAZES



La Sûreté surveille les profs….


Deux professeurs d’Universités spécialistes de l’étude des religions affirment être surveillés de près par la Sûreté de l’Etat, au motif qu’ils entretiennent des contacts avec certaines « sectes ». La liberté académique est menacée. La carte blanche de Rik Torfs, professeur de Droit canon à la KUL et Anne Morelli, directrice du Centre Interdisciplinaire d’étude des religions et de la laicité (ULB).

Les « fuites » parues dans la presse à propos des personnes suivies par la Sûreté font notamment état de divers professeurs d’Université « suspects » car ayant des contacts avec les « sectes ».
Si cette information est exacte (mais nous avons de fortes présomptions de croire que le téléphone et le courriel de certains d’entre nous sont effectivement surveillés), elle pose de graves problèmes.
Les « sectes » sont, d’un strict point de vue sociologique, impossibles à délimiter et à séparer des « religions ».
Le candidat malheureux à la présidence des Etats-Unis, Mitt Romney, est – comme la majorité des habitants de l’Etat d’Utah – mormon. Est-il membre d’une « secte » ?
Les membres de l’Opus Dei ou les charismatiques font-ils partie d’une « secte » ? Les écoles Steiner (stigmatisées par la Communauté française comme « sectaires » mais reconnues et subsidiées par la Communauté flamande) émanent-elles d’une « secte » ?

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ET LA SECTE N-VA: SOUS ECOUTE EGALEMENT?
"Le mot secte a d'abord désigné un ensemble d'individus partageant une même doctrine philosophique, religieuse, etc. soit un groupe plus ou moins important de fidèles qui ont créé leur propre doctrine.
Cependant, ce terme a pris une dimension polémique, et désigne de nos jours un groupe ou une organisation dont les croyances ou le comportement sont jugés obscurs ou malveillants par le reste de la société."
N-VA secte ou parti politique? Chacun jugera selon ses propres critères.
Ce qui est sûr c'est que ni ce brave Torf ni la décoiffante Morelli n'ont de raison apparente d'être surveillés par la sureté.
On ne voit pas non plus, à dire vrai, pourquoi la N-VA, secte populiste et nationaliste devrait être dans le collimateur de cette sureté. La Vlaams Belang c'est autre chose.
C'est au parlement qu'il appartient de mettre un peu d'ordre dans cette officine au profil "apparemment" assez peu démocratique.
Il est vrai que leur modus operandi est la discrétion et que cela ne rime pas forcément avec transparence.
On aimerait connaître le curriculum de son grand patron. Juriste de formation? On peut l'imaginer, en tout cas le souhaiter.
MG


SECTES: 1.200 GROUPES ACTIFS EN BELGIQUE
Belga La Libre
"Et ce ne sont pas ceux qu'on croit qui ont le plus d'adeptes."
On dénombre actuellement plus de 1.200 groupements religieux ou philosophiques actifs en Belgique, un phénomène en augmentation, indique jeudi dans les pages de Sudpresse Eric Brasseur, directeur du Centre d'information et d'avis sur les organisations sectaires nuisibles (CIAOSN). "Et ce ne sont pas ceux qu'on croit qui ont le plus d'adeptes", souligne-t-il, faisant allusion à l'Eglise de Scientologie. "Ils font croire qu'ils ont des milliers d'adeptes dans notre pays mais c'est faux. Ils n'en ont que 300 dont la moitié sont des gens qui travaillaient déjà pour eux ailleurs et qu'ils ont fait venir en Belgique".
Un mouvement qui stagne par contre ce sont les Témoins de Jéhovah, qui seraient 25.000 en Belgique selon lui.
Par contre, les églises pentecôtistes et les groupes misant sur la santé et le bien-être prennent une ampleur considérable en Belgique, un phénomène "assez inquiétant" selon le directeur du CIAOSN.


Rik Torfs, professeur de Droit canon à la KUL. © René Breny.

Et Anne Morelli




jeudi 21 février 2013

Edito: il est déjà moins cinq à Anvers...

Par Christian Laporte (La Libre)

Trop is te veel. A force de vouloir gouverner durement, on se brûle les ailes. Quinze jours avant Noël, Bart De Wever avait le sourire en coin en présentant "sa" majorité pour Anvers au sommet du "Museum aan de stroom", lui-même beau symbole d’ouverture au monde. Il y avait expliqué que le fil rouge de sa majorité N-VA-CD&V-Open VLD était "le respect pour A", c’est-à-dire "le respect pour la ville et ses habitants". Ces derniers, nous avait-on dit, recevront des opportunités et un soutien social accru, mais ils auront aussi des devoirs. A savoir, saisir les opportunités qui leur sont données et apprendre le néerlandais pour pouvoir agir dans la société. Depuis l’installation de la nouvelle équipe au "Schoon Verdiep", on a surtout entendu parler, en dehors de mâles approches de la criminalité, de mesures visant les ressortissants étrangers et, depuis deux jours, du refus de continuer à aider les demandeurs d’asile qui à leurs difficultés d’intégration ajoutent la malchance d’être porteurs du virus du sida. Si on peut discuter jusqu’au bout de la nuit de l’opportunité d’augmenter la taxe d’inscription pour les nouveaux venus, il est totalement incongru de lier l’octroi d’antirétroviraux à la promesse de s’en retourner volontairement dans son pays natal. Car qui peut affirmer que ces candidats au retour y seront bien accueillis, voire tout simplement soignés ? Des réponses simplistes à des questions aussi complexes ne se règlent pas de la sorte, surtout quand on dit incarner "la force du changement". Puis pareilles décisions finissent toujours par nourrir le populisme et ici, qu’on se le dise, sans référence aucune aux fameuses années trente...


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA N-VA EST UN VLAAMS BELANG A VERNIS DEMOCRATIQUE
"Antwerpen waar de allochtoon niet thuis is."
C'est clair, le Collège dont le bourgmestre est N-VA est résolu à rendre la vie très déplaisante aux non Flamands en décrétant des mesures inspirées du programme de Vlaams Belang mais toujours badigeonnées d'une teinture et d'un vernis démocratique. A peine sec ce vernis craque déjà.
Et ce qui se profile de plus en plus nettement Anvers est un avant goût de ce qui demain sera la norme dans la Flandre tout entière si ce parti devait largement remporter les élections en 2014.
A vrai dire on ne voit pas bien ce qui pourrait empêcher son ascension de moins en moins résistible.
Le choix royal de désigner Elio Di Rupo comme formateur va de plus en plus se révéler comme une erreur de casting dont le Ps wallon risque de payer très cher les conséquences. Il fallait, nous l'avons dit haut et clair, laisser Vande Lanotte devenir chef de ce gouvernement et servir ainsi de paratonnerre en Flandre.
Il faut savoir à quel point le gouvernement papillon est honni en Flandre, qui le ressent comme marxiste, tandis que les syndicats de pensée socialiste regardent la politique de Di Rupo comme un dangereux dérapage vers la droite. Tout cela amuse beaucoup Bart de Wever dont le parti s'enrichit en dormant, selon un proverbe flamand souvent cité.
MG


mardi 19 février 2013

De quoi la «burqa pride» est-elle le nom?

Le Soir
Cette carte blanche évoque la tenue d’une conférence qui doit se tenir le 28 février prochain à l’ULB et qui a pour objectif de revenir sur l’événement « burqa-bla-bla ». « Notre objectif n’est pas de nous perdre dans de vaines querelles de personnes mais d’aborder la manière dont l’ULB permet d’être à la hauteur de son propre idéal de lieu de réflexion critique et d’espace public »

Etudiant administrateur de l’ULB, porte-parole de Quart d’X, un collectif anti-racisme, vice-président du Librex ou encore président des Etudiants socialistes de l’ULB… : ils sont une demi-douzaine à avoir rédigé une carte blanche intitulée « De quoi la burqa pride est-elle le nom ? ». Elle évoque la tenue d’une conférence qui doit se tenir le 28 février prochain à l’ULB et qui a pour objectif de revenir sur les événements d’il y a tout juste un an quand une conférence à laquelle participait Caroline Fourest avait été bruyamment interrompue. « Notre objectif n’est pas de nous perdre dans de vaines querelles de personnes mais d’aborder la manière dont l’ULB permet d’être à la hauteur de son propre idéal de lieu de réflexion critique et d’espace public, à une époque où on a plus que jamais besoin de lieux où une pensée critique puisse émerger », expliquent les organisateurs. C’est, disent-ils, cette question de fond que la conférence souhaite aborder.

DE QUOI LA BURQA PRIDE EST-ELLE LE NOM ?
Il y a un an, presque jour pour jour, un groupe de personnes chahutait Caroline Fourest à l’ULB en l’accusant de « représenter l’islamophobie de gauche » et en dénonçant la tribune laudative que les autorités accordaient une énième fois à cette intellectuelle médiatique dont le « progressisme » n’a jamais laissé indifférent à l’ULB.
Le lendemain, la presse se saisissait de l’événement, parlant d’un « attentat contre la démocratie » sous le cadrage contestable d’une remontée d’un communautarisme islamiste aux méthodes fascisantes. Une trop belle unanimité se dégageait ainsi pour donner à l’événement le statut d’un « mardi noir » auquel même le terrorisme pâtissier du plus célèbre des Belges n’avait pu avoir accès.
(...) Chacun a le droit et le devoir de se faire son opinion en tout indépendance, c’est bien le plus cher des idéaux de notre alma mater.
L’enjeu du débat qu’aujourd’hui nous voulons poser de manière dépassionnée est précisément la question de savoir quels sont les enjeux de cet événement et de ses suites ? Que révèle-t-il sur l’ULB et sur l’espace public en général ? Y a-t-il eu une « hystérie aux relents racistes et islamophobes » comme l’a soutenu très tôt le journaliste Olivier Mukuna ? L’ULB est-elle gangrenée par des logiques clientélistes comme l’affirme celui qui a dû subir le procès politique de son institution ?
(...) Sur le fond, il faut bien reconnaître que le problème que l’ULB a avec ses « valeurs » ne date pas tout à fait d’hier. Ainsi, il y a quelques années déjà, un « Chantier Valeurs » lancé par les autorités – en parallèle à un plan stratégique bien dans le ton de la novlangue néolibérale –, avait dû faire marche arrière suite à la levée de boucliers d’étudiants et de professeurs « Sans Valeurs » qui ne se reconnaissaient ni dans la logique du conflit de civilisation.
(...)La question de fond que nous voulons aborder avec toutes les sensibilités universitaires est la manière dont l’Université permet d’être à la hauteur de son propre idéal de lieu de réflexion critique, d’espace public le plus égalitaire possible dans une époque où nous avons plus que jamais besoin de lieux où une pensée critique, voire subversive, puisse émerger.
Lors d’une rentrée académique récente, un représentant des étudiants avait eu cette phrase un tantinet provocatrice : « L’ULB n’est pas (encore) une oasis d’intelligence dans un monde à la dérive. » Elle-même participe de logiques de fond qui doivent pouvoir être débattues. Est-il normal que la logique de management, de rationalisation, de concurrence, en un mot la logique de marché s’installe si confortablement en nos murs ? Qu’est-ce que l’ULB a fait de sa salutaire tradition de subversion ? Est-on à la hauteur de l’idéal libre-exaministe en rappelant simplement les heures de gloire de nos luttes passées (d’ailleurs équivoques pour qui veut bien relire l’histoire sans en faire un récit mythique) ou en affichant des posters de l’illustre Chaïm Perelman lors de la Nocturne de l’ULB ?
Ce que nous demandons, c’est que l’ULB puisse mettre sa propre démocratie interne, ses propres contradictions en débat.
(...)Qui a peur de ce débat ? Pourquoi est-ce que certains co-organisateurs se voient dissuadés de s’engager dans la voie d’un débat contradictoire alors que nombre de professeurs de l’ULB ont émis leur avis sur la question, à chaud au lendemain de « Burqa-bla-bla », notamment par voie de presse.
Et cette question même de la contradiction, ne fait-elle pas partie du débat ? Depuis quand les Autorités ont décidé que certains pouvaient bénéficier d’une tribune libre et élogieuse tandis que d’autres ne peuvent s’exprimer qu’à certaines conditions dont ces mêmes Autorités se prétendraient le seul juge.
Si nous voulons aujourd’hui un véritable débat contradictoire, ce n’est donc pas pour donner l’illusion que la vérité serait nécessairement au milieu de deux extrêmes, que l’honnêteté voudrait qu’on donne le même temps de parole à ceux qui défendent une thèse, qu’elle soit majoritaire ou minoritaire.
Si nous voulons un débat contradictoire en l’occurrence, c’est parce que nous pensons que les questions posées concernent réellement toute l’Université, et que c’est elle-même qui doit être capable de se thématiser réflexivement.
Aujourd’hui, alors qu’il est difficile de trouver des contradicteurs institutionnels de poids, nous demandons aux Autorités d’assumer leurs responsabilités. Nous demandons la participation d’intellectuels soutenant la position officielle de l’ULB, et qui par là même cautionnent les thèses de madame Fourest. Nous voulons un vrai débat sur des questions de fond et qui soit de haute tenue.
Quoi qu’il arrive ce débat aura lieu, il a déjà lieu. Trois intervenants ont déjà confirmé et nous avons également confiance en la capacité critique du public invité.
Comme a dit Jaurès : « Le courage c’est de chercher la vérité et de la dire, de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. » Faut-il préciser que personne n’est immunisé contre les « applaudissements imbéciles » ou les « huées fanatiques » ?
(...)Monsieur le Recteur, vous étiez si disert dans les médias, ne pensez-vous pas que votre participation vous honorerait ?

Pour Quart d’X, Collectif Anti-RacismeS,
Nathalie Mathieu, porte-parole de Quart d’X
Géraud Hougardy, ancien étudiant administrateur et vice-président du Librex
Pierre Farchakh, président des Etudiants Socialistes de l’ULB
Abdelilah El Mahsini, ancien président des Etudiants Socialistes de l’ULB
Mouhad Reghif, membre d’Egalité
Zaina Ait Ahmed, administratrice des Indigènes de Belgique
Jérome Lechien, étudiant administrateur de l’ULB


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CREVER L'ABCES

L'ULB libre-exaministe et antidogmatique fut fondée il y a 176 ans pour faire pièce au monopole que l'Eglise catholique dogmatique et autoritaire exerçait sur l'enseignement en Belgique. Depuis elle a formé de dizaines de milliers de cadres supérieurs et intellectuels critiques et indépendants pour la plupart.
Et voici qu'une poignée de crypto islamistes drapés dans un voile d'hypocrisie veulent à toute force faire entendre une parole inspirée du discours de Tarek Ramadan.
S'il faut débattre qu'on débatte, intellectuels contre intellectuels en veillant bien à ce que ne surgisse pas du public une chienlit de perturbateurs.
Depuis toujours, les débats publics de l'ULB attirent la lie des chahuteurs, ils furent souvent d'extrême gauche et d'extrême droite, voilà que de plus en plus il se revendiquent du symbole trouble de la burqua.
Et pendant que l'ULB écartelée entre son lobby judaïque et une poignée de chercheurs crypto islamistes à la Chichah qui rêvent d'en découdre, l'UCL sa concurrente ronronne dans son nouveau Campus au coeur des champs brabançons. Et l'on s'étonnera que ce dernier attire de plus en plus d'étudiants qui fuient Bruxelles et ses tensions?
L'ULB a besoin d'un sursaut, d'une fuite en avant qui rappelle au peuple Bruxellois qu'elle est un incubateur de cerveaux libres et indépendants.
Hormis le vaillant Hervé Hasquin qui s'est imposé ce soir-là comme le bouclier de l'ULB, la réaction au commando de la burqua fut lamentablement molle.
Il serait temps que les dirigeants de l'ULB fassent montre d'autorité pour défendre cette conquête précieuse des Lumières qu'est le libre examen. Le comble, c'est que l'UCL en prenant ses distances par rapport à Rome a adopté sans trop le dire les valeurs de l'esprit critique et scientifique. Elle va jusqu'à envisager de renoncer au "C" de "UCL"...
Il s'agit d'un débat dérisoire mais à haute valeur symbolique.
Un commentateur écrit: "Een kwart van de moslimjongeren vindt geweld tegen homo's gerechtvaardigd. En een op de drie Vlaamse jongeren staat uitgesproken negatief tegenover moslims." Comment nos bobos lobotomisés qui défendent les uns et les autres, vont-ils régler ce problème ? Le communautarisme prôné par les bienpensants de l'ULB nous mène droit au chaos."
On est loin du chaos selon nous, mais une riposte déterminée s'impose. Plus on la retardera plus l'abcès sera douloureux.
MG



"Le prochain Pape ? Un serviteur, pas un patron !"


Christian Laporte La libre belgique
(...) Quel Pape alors pour demain ? "Nous n’attendons pas un patron, mais un serviteur de Dieu qui nous rappelle que le Jeudi saint allie profondément l’annonce et le service : "Croire et servir", ou comme nous y invitait le cardinal Cardijn "voir, juger et agir ensemble". Ce doit être aussi "un homme qui n’ait pas peur du monde contemporain parce qu’il fait confiance à la force de l’Evangile et à l’engagement des autres chrétiens. Un homme qui écoute, qui rencontre, qui discerne et confirme en cherchant Dieu au cœur de la vie des contemporains, et rappelle aux leaders politiques, économiques et sociaux avec insistance que ce monde est fait pour les hommes et non pour leur exploitation crédule ou commerciale." Ce Pape-là doit aussi être "un homme de dialogue, de conciliarité, de synodalité, de respect de la diversité qui, mû par l’esprit de Dieu et de ses frères, les aide à trouver les mots, les gestes, les organisations simples et efficaces qui permettent de se parler, de s’unir, d’agir aujourd’hui et de se laisser mettre en mouvement".


COMMENTIRE DE DIVERCITY
LES CONTESTATAIRES
Pour ceux qui ont vu l'émission Mise au Point de dimanche, l'église catholique belge est partagée entre ses représentants officiels au discours mou et un abbé Ringlet qui n'a pas peur d'en découdre avec sa hiérarchie et rêve d'un christianisme libéré de la chape romaine lourde comme une tiare et écrasante comme une chasuble papale. On aimerait entendre la même détermination et la même sainte colère chez les représentants d'un islam anti islamiste. Mais ils se taisent dans toutes les langues. Pourquoi?
MG

vendredi 15 février 2013

Le Pape critique la vision des médias sur Vatican II


Christian Laporte
La Libre
Deux semaines avant son départ, Benoît XVI rappelle sa vision du Concile.
Les prises de parole publiques de Benoît XVI vont devenir de plus en plus rares, avec un agenda qui tient déjà compte de sa démission mais chacune de ses interventions vaudra d’être écoutée attentivement car ce seront autant d’indications quasi testamentaires ou, même si ce n’est pas très chrétien, de petits règlements de compte.
Contrairement à la coutume, Benoît XVI s’est livré à l’exercice de l’improvisation pour préciser le fond de sa pensée sur le concile Vatican II à la demande de ses visiteurs.
Benoît XVI, plutôt en verve, ne s’est interrompu qu’une fois pour boire un peu d’eau et a voulu transmettre son enthousiasme de cette époque où il accompagnait comme expert en théologie le cardinal de Cologne Josef Frings, l’un des prélats les plus réformateurs qui put compter notamment sur "notre" cardinal Léon-Joseph Suenens et sur les cardinaux Giacomo Lercaro et Julius Döpfner pour empêcher le blocage des ultra-conservateurs d’alors.
Benoît XVI y a mis l’accent aussi sur le fait que Vatican II avait œuvré pour que la liturgie soit vraiment un dialogue entre les prêtres et le peuple de Dieu. Aujourd’hui encore, les chrétiens ont besoin de formation pour que les textes liturgiques du Concile soient intelligibles. Le Pape a encore rappelé l’héritage conciliaire à travers les grands textes tels "Gaudium et Spes" ou encore "Nostra Aetate" dont il souligna l’importance d’un point de vue allemand puisqu’il scella un début de rapprochement avec le monde juif.
UN "CONCILE VIRTUEL"
Une vision donc plutôt positive. Mais, de manière assez surprenante, Benoît XVI a conclu en rappelant qu’il y avait aussi un autre concile parallèle, celui des médias. De très nombreux journalistes étaient alors présents à Rome pour répondre au défi de cet événement historique. Mais "il y avait une sorte de Concile virtuel qui devait rendre compte du Concile réel". Les médias présents firent donc leur "propre Concile", donnant une vision avant tout politique de ce qui était pour lui un moment spirituel. Mais aussi des points de vue biaisés qui créèrent "tant de calamités, tant de problèmes" comme "les couvents et séminaires fermés, la liturgie banalisée". Et de conclure, énigmatique : "aujourd’hui, on se rend compte que le Concile virtuel s’efface pour laisser apparaître le Concile réel".

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

"A l'époque du Concile, il fut vécu comme une immense promesse et comme un nouveau souffle... On peut espérer qu'un concile ou un nouvel esprit conciliaire voie à nouveau le jour !"

Et étrangement, cet effacement du Concile virtuel (ce concile rêvé) va de pair avec celui de ceux qu'on appelle parfois les cathos de gauche, qui sont pour un grand nombre d'entre eux passés de la religion à la politique.
"Aujourd'hui il semble bien que l'équilibre revient et que petit à petit le "Concile virtuel s'efface devant les réalités intangibles de la vie de L'Eglise.
La paix revient et les jeunes se mettent en marche vers l'essentiel:L'Evangile."


mercredi 13 février 2013

Un char SS-VA qui ne fait pas rire au carnaval d’Alost


Christian Laporte
La présence d’un char parodique de la déportation commence à susciter la polémique.
Incompréhension
Alost ne fait pas dans la dentelle en ce début d’année Après le coup d’envoi de la campagne très officielle de "renforcement du caractère flamand" de la cité - brrr - de la majorité N-VA (mais aussi CD&V et SP.A !) où l’on a éloigné les symboles (trop) belges de l’hôtel de ville, Albert II et Paola mais aussi le drapeau tricolore !, c’est le carnaval de la cité des "Ajoinen" qui (re)fait polémique. Plus que n’importe quel autre carnaval, celui de la deuxième ville de Flandre orientale est réputé pour son côté satirique et son esprit moqueur et ironique sans une once de réserve ou de retenue. Parmi les "classiques" d’"Oilsjt", il y a le défilé des "Voile Jeanetten", le jour du Mardi Gras où tout homme, jeune ou vieux digne de ce nom de la cité dendrienne se déguise en femme Pas nécessairement du monde. Cette approche décalée ne fut pas pour déplaire en haut lieu puisque depuis 2010, il est au patrimoine immatériel de l’Unesco... Avant d’entrer en Carême, on s’y lâche à travers toutes sortes de parodies.
Ces dernières années, la famille royale a été au cœur des railleries à plus d’une reprise mais le monde politique l’est encore davantage L’an dernier, les groupes locaux n’avaient pas loupé la bourgmestre de l’époque, rendue célèbre par la diffusion d’une vidéo la montrant dans une situation éminemment privée en Espagne.
Depuis quelques jours c’est le char du groupe de carnaval Eftepie qui pose très sérieusement question et a commencé à remuer les esprits dans les milieux d’anciens résistants ou de rescapés de la Shoah. Il représente en effet la SS-VA qui organise la déportation des francophones. Mais si on devrait y reconnaître Bart De Wever (en Hitler !) entouré du bourgmestre D’Haese et de l’échevin Van Overmeire, certains sont surtout heurtés de voir que ces pseudonazis porteront des seaux de Zyklon, triste référence aux chambres à gaz
Trop is te veel ? C’est l’avis du président de la Chambre, André Flahaut qui a twitté sobrement : "On ne peut pas rire de tout Une réaction s’impose." Et dans le courant de la journée d’hier, il nous est revenu que certaines associations de défense du devoir de mémoire étaient aussi prêtes à monter sur les barricades
Recadrons Il est intéressant de préciser que la N-VA, directement ciblée, n’a pas particulièrement apprécié de se retrouver dans son collimateur mais n’entend pas troubler la fête. Par contre, les promoteurs de l’initiative ne cachent pas que leur vrai objectif est vraiment de se moquer du parti nationaliste et plus encore de sa politique de flamandisation radicale à Alost : "Nous voulons ridiculiser le nationalisme flamand exacerbé de la N-VA. La manière dont ils s’efforcent dramatiquement de donner une touche flamande à tout ce qui est d’ici n’est plus de ce temps. Notre démarche est ludique mais aussi critique..."
Reste que la mise en scène aurait pu être atténuée. Mais allez expliquer ça aux Alostois Très au fait de l’actualité, le char-wagon de déportation des francophones dont les gardiens SS auront, paraît-il, un uniforme historiquement incontestable, aura aussi à bord un Elio Di Rupo avec un t-shirt aux couleurs de l’arc-en-ciel Rien ni personne n’est épargné à Alost.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ARRETE TON CHAR DE WEVER
Le moins qu'on puisse dire est que ce char a fait une percée et a déplacé des lignes.
On le voit on ne saurait se moquer de tout n'importe comment.
Certes l'initiative a fait mouche: maximum d'impact avec un minimum de moyens.
L'analyse de Christian Laporte, comme à chaque fois est d'un parfaite lucidité et ironie.
Mais attention ce genre d'initiative frappe de plein fouet les inconscients collectifs. Il n'est pas du tout impossible que ceci écorne l'image de la N-VA, même et surtout en Flandre.
A trop s'exposer aux feux de la rampe il risque de se brûler les ailes.
MG


LA DIRECTRICE DE L'UNESCO "CHOQUEE" PAR LE CHAR NAZI DU CARNAVAL D'ALOST
Le Vif
Source: Belga
La directrice générale de l'Unesco, Irina Bokova, s'est déclarée "profondément choquée" par le faux char nazi caricaturant la N-VA, qui a défilé dimanche lors du Carnaval d'Alost. Le Carnaval est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'Unesco et la directrice générale a donc contacté les autorités belges pour partager son indignation.

Dimanche, lors du Carnaval d'Alost, un char a caricaturé Bart de Wever et la N-VA, rebaptisée "SS-VA" pour l'occasion, avec des déguisements d'officiers nazis. "Je suis profondément choquée par cet acte inadmissible qui est une insulte à la mémoire des six millions de juifs morts durant l'Holocauste", s'insurge la directrice générale dans un communiqué publié mardi sur le site internet de l'Unesco. "Ce wagon nazi est contraire aux valeurs de l'Unesco pour la compréhension mutuelle, la tolérance et la paix entre les peuples."

Selon Irina Bokova, ce recours à l'Holocauste pour dénoncer une situation politique locale "témoigne d'une banalisation inquiétante de la Shoah et de la déportation au coeur même du continent où ce drame s'est produit." Elle condamne donc, "avec la plus vive fermeté", "le détournement" du Carnaval d'Alost, "dont la liberté et l'esprit de satire ne sauraient être un prétexte aux stéréotypes antisémites".

La directrice de l'Unesco a contacté les autorités belges pour leur faire part de son indignation.


A Alost ce dimanche.© Reuters

lundi 11 février 2013

JOSEPH RATZINGER VEUT REDEVENIR CARDINAL


"Qu'arrivera-t-il si le successeur de Benoît XVI, ce "pape théologien" qui incarne un catholicisme traditionnel, épouse les thèses de l'aile progressiste de l'Eglise, s'il remet en cause le célibat des prêtres et l'interdiction de l'ordination des femmes ou fait évoluer la position sur la contraception ou la lutte contre le sida ? La question n'est pas tranchée."

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
A QUAND LE PAPE DU VRAI DIALOGUE INTERRELIGIEUX
Le Nouvel Obs. relève le point essentiel, celui de l'avenir de l'Eglise catholique. Il ne suffit pas d'être bon théologien pour diriger la confédération des catholiques. Ce serait même plutôt un handicap.
Jean Paul II fut un pape politique énergique mais réactionnaire.
Sans doute l'Eglise attend-elle un pape énergique, réformateur, créatif et audacieux.
Un pape pour quoi faire?
Pour dynamiser et sortir du formalisme convenu le dialogue interreligieux.
Le retour du fanatisme religieux est avec celui du nationalisme le pire fléau du XXIème siècle.
Les leaders religieux sont impuissants contre cela quand ils ne l'instrumentalisent pas.
La désignation du pape polonais, habilement instrumentalisé par le président Reagan, a certainement largement contribué a déstabiliser le régime soviétique et participé à l'effondrement de l'empire communiste.
Il ne s'agit plus de déstabiliser mais de stabiliser notre monde où s'affrontent les convictions religieuses.
On peut imaginer que seul le dialogue ​franc et déterminé puisse y contribuer. A cet égard les initiatives de Benoît XVI furent aussi timides que prudentes et discrètes.
MG


DE PAUS BLEEF VASTHANGEN AAN EEN VISIE OP SEKSUALITEIT DIE SOMS HAAST CRIMINEEL WAS
(...)De behoefte aan geloof en zingeving blijft ondanks het instituut onverminderd, en nog steeds noemen velen zichzelf christelijk. Maar in het Westen lopen haast geen gelovigen meer rond die nog de autoriteit van het instituut kerk erkennen, en zijn er steeds meer die zich 'ondanks' nog als gelovig bestempelen.

Die evolutie was al ingezet voor de pantserpaus aantrad, maar hij heeft die niet kunnen keren. Integendeel, ook hij heeft weer meer gelovigen van hun kerk vervreemd. En aangezien hijzelf veel kardinalen naar eigen beeld en ideologie heeft benoemd in het college dat de volgende kerkleider moet kiezen, is het niet echt waarschijnlijk dat daar bij zijn opvolger veel verandering in zal komen.

Yves Desmet
Hoofdredacteur De Mogen


"SINDS PAULUS VI STUURT ELKE PAUS ZIJN KERK ÉÉN EEUW TERUG", schrijft Rik Devillé, priester en stichter van de werkgroep Mensenrechten in de kerk.
Met wiskundige zekerheid kan ik u voorspellen dat de volgende paus zijn uiterste best zal doen om weer een stapje dichter bij huis te raken: het Vaticaan der middeleeuwen



samedi 9 février 2013

"Voici le Bruxelles du futur"

Belga et La Libre Belgique

Le redécoupage de Bruxelles suivra quatre axes.
Le projet de Plan régional de développement durable (PRDD) en Région bruxelloise envisage de la redécouper à l'horizon 2020-2040 en six zones territoriales et une centaine de quartiers, rapporte vendredi Le Soir. "Le PRDD casse les logiques d'enfermement, tant communales, provinciales que régionales... Ici, on entre dans une ville multipolaire", commente le ministre-président bruxellois Charles Picqué, après avoir exposé ce plan jeudi à son gouvernement.
Le redécoupage suit quatre axes. Une dynamique de six territoires (Collines de l'Ouest, Bassin de la Senne, Centre, Sud, Plateaux de l'Est et Vallée de la Woluwe) poussera les 19 communes à collaborer davantage entre elles.
La Communauté métropolitaine (135 communes) instituée dans la 6e réforme de l'État reliera la Région à son hinterland socio-économique.
Troisième axe, une centaine de quartiers définis dans la Région-capitale devront permettre d'accéder aux équipements et services urbains essentiels dans un rayon de maximum un kilomètre.
Enfin, Bruxelles se verra stimulée au rang de ville internationale et capitale de l'Europe. A trois mois de son départ de la présidence du gouvernement bruxellois, Charles Picqué dit espérer que ce plan soit adopté avant la fin de la législature.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
TIRE TON PLAN LAURETTE
"Après 25 ans de plans, va-t-on commencer à gérer cette région ?
Il n'a rie fait durant sa présidence et maintenant il vient avec SON projet?"

"Un constat. Les Bruxellois n'ont plus de politiciens aptes a résoudre les problèmes de leur ville-région. La décadence est totale et cela dure depuis trente ans déjà."

Faux, il y a Bernard Clerfayt et DiverCity explique pourquoi.
Grauwels trouve le plan imbuvable, mais Grauwels...MR et FDF sont très critiques, écolo et CDH sont favorables.
Il est singulier que Picqué sorte son nouveau plan quelque mois avant de tirer sa révérence et se retirer dans ses terres saint gilloise: De Gaulle à Colombay.
Ce plan est un accouchement douloureux. Il laisse à Laurette Onkelinx un héritage pesant qui lui enlève toute marge de manoeuvre: tire ton plan Laurette.
Il faudra faire table rase et repartir sur des bases nouvelle. Les Etats Genaraux de Bruxelles ont montré la voie à suivre mais on le les a pas écoutés, jusqu'ici.
MG

Picqué heeft plan voor Brussel met zes zones

© brusselnieuws.be
Brussels minister-president Charles Picqué (PS) wil het Brussels Gewest opdelen in zes zones waarbinnen de gemeenten intensief samenwerken en op termijn zelfs mogelijk in opgaan. Dat staat in het Gewestelijk Plan voor Duurzame Ontwikkeling 2020-2040. [+kaart]

Het plan moet voor Picqué een eind maken aan “de logica van insluiting, zowel op gemeentelijk als op provinciaal en gewestelijk vlak, om te komen tot een multipolaire stad.”
Picqué legde het plan donderdag voor op de Brusselse ministerraad. De details staan te lezen in Le Soir.
Opvallendste kenmerk van het plan is het opdelen van het gewest in zes zones (zie kaart). Binnen elke zone worden de gemeenten tot samenwerking aangemoedigd. Op termijn kan dat “mogelijk” leiden tot fusies, zegt Picqué.
De zes zones zijn:
- Zone centrum: met het grootste deel van de Vijfhoek, de Europese wijk, de Noordwijk, de Louizawijk en delen van Sint-Gillis.
- Zone Zennevallei: de beide oevers van het kanaal, van Haren tot Anderlecht. Ook Kuregem en Thurn & Taxis horen hierbij.
- Zone Woluwevallei: de Woluwes en het Zoniënwoud.
- De Oostelijke plateaus: delen van Schaarbeek, Haren, Evere en Etterbeek. De Maalbeekvallei, Reyers, Delta, de VUB en de Josaphatzone vallen hieronder.
- De Westelijke heuvels: van Neder-Over-Heembeek tot Anderlecht, met onder meer Jette, Ganshoren, Sint-Agatha-Berchem en hoog-Molenbeek.
- Zone Zuid: met Vorst en Ukkel
Op kleinere schaal wordt de stad dan weer in een honderdtal wijken opgedeeld. Zo wil Picqué een zogenaamde ‘ville de proximité’ creëren, die op maat van de inwoners gemaakt is. Binnen de wijken moet een gemakkelijke toegang tot diensten en scholing gegarandeerd worden. Zo mag een kleuter- of lagere school niet verder dan 600 meter van de woning liggen. Groene ruimtes moeten binnen een straal van 300 meter liggen en een crèche binnen de 400 meter.
Picqué pleit ook voor een sterke samenwerking met het hinterland van Brussel. Hij ziet dat groots, niet minder dan 135 gemeenten maken deel uit van de metropolitane samenwerkingszone die ook vermeld wordt in de zesde staatshervorming. Het gaat om het gebied dat in de toekomst moet bediend worden door het Gewestelijk Expresnet, tot Brakel en Zottegem in het westen, Boom in het noorden, Tielt-Winge in het oosten en Pont-à-Celles in het zuiden.
Het plan versterkt ten slotte nog de status van Brussel als internationale stad en hoofdstad van Europa.
Voor Picqué is dit plan een afscheidssaluut. Hij verlaat in mei de stoel van minister-president om plaats te ruimen voor Rudi Vervoort. Het plan moet wel nog deze legislatuur goedgekeurd worden.
Vanhengel akkoord
Brussels minister van Financiën Guy Vanhengel (Open VLD) is alvast akkoord met het plan-Picqué. Hij ziet potentieel in de zes verschillende zones. “De filosofie ervan is onuitgegeven en lijkt vrij goed op wat wij bij herhaling bepleitten - de nood aan visie om het Brussels Gewest uit te bouwen”, benadrukt hij.
“We gaan niet meer uit van de administratieve grenzen van het Gewest en de metropolitane regio”, verduidelijkt Vanhengel. “Maar we vertrekken vanuit de geografische, sociologische, economische, ecologische, mobiliteits-technische realiteit en noden."


CD&V OVER PLAN PICQUÉ: 'NAAR ZES FUSIEGEMEENTEN IS ONAANVAARDBAAR'
© brusselnieuws.be

De Brusselse CD&V heeft vragen bij het voorstel van Brussels minister-president Charles Picqué (PS) om het Brussels Gewest in zes grote zones op te delen, die op termijn zes grote fusiegemeenten kunnen worden. Ook oppositiepartijen FDF en MR zijn niet onder de indruk.

Ministre-president Picqué legde donderdag een ontwerp van Gewestelijk Plan voor Duurzame Ontwikkeling voor aan de Brusselse regering. In het plan stelt Picqué voor om Brussel op te delen in zes samenwerkingszones en een honderdtal wijken (zie kaart in bijlage).
Over de opdeling in wijken en zones is de Brusselse CD&V positief. "Die beantwoordt volledig aan de CD&V-visie van Brussel als mozaïekstad", reageren minister Brigitte Grouwels en parlementsleden Bianca Debaets, Brigitte de Pauw en Walter Vandenbossche.
Op termijn tot zes grote gemeenten komen, zien ze echter niet zitten. "De bedoeling is duidelijk het versnipperde Brusselse gemeentelijke niveau om te smeden tot zes entiteiten die zich sterk kunnen maken tegenover het gewest. Dat is voor CD&V onaanvaardbaar”, klinkt het. "Met zes hertogdommen in de plaats van negentien baronieën belanden we van de regen in de drop."
“Ofwel praten we over een fusie van alle Brusselse gemeenten, zodat gewestelijk en gemeentelijk niveau in Brussel samenvallen. Ofwel praten we over een defusie, waarbij Brussel-Stad wordt opgesplitst en het aantal gemeenten tot boven de twintig stijgt. Voor de Brusselse gemeenten zien we in dat scenario nog een rol weggelegd dicht bij de burger, naar het voorbeeld van de Antwerpse districten."
CDH EN ECOLO AAN BOORD, KRITIEK VAN MR EN FDF
Bij de Franstalige regeringspartijen onderschrijven Ecolo en CDH het plan van Picqué. "Het klopt dat we hier vroeger mee hadden kunnen komen, maar er moesten bergen werk verzet worden. Meer dan 40 vergaderingen tussen de kabinetten", zegt minister van Economie Benoît Cerexhe (CDH) in Le Soir. "Maar ik geloof in dit plan. Ik heb wel enkele vragen bij de goede wil van onze Waalse en Vlaamse vrienden over de metropolitane gemeenschap."
Ook staatssecretaris Christos Doulkeridis (Ecolo) is positief. "We zijn niet met alles akkoord", zegt hij. "Maar dit plan vormt een goede basis."
Bij oppositiepartijen MR en FDF is men niet onder de indruk. "Dit plan biedt geen antwoord op de reële problemen op gebied van huisvesting en werkgelegenheid", zegt Vincent De Wolf (MR). "Bovendien zijn de zes zones artificieel. De Oostelijke Plateaus, waar ligt dat? In Siberië? Weinig ambitieus allemaal."
Didier Gosuin doet daar nog een schepje bovenop. "Picqué staat al sinds 1989 aan het hoofd van het Gewest", zegt hij. "Sindsdien is de werkloosheid verdubbeld, is er een huisvestingscrisis zonder voorgaande ontstaan en lijdt de stad onder een sterk verhoogde filedruk. Extra machtsniveaus creëren gaat dat alles niet oplossen."
Voor Picqué is dit plan het laatste grote dossier dat hij tot een goed einde wil brengen voor hij de fakkel als minister-president doorgeeft.

Clerfayt: "Bruxelles va très mal"

Mathieu Colleyn et Francis Van de Woestyne

"Bruxelles n’a pas les moyens d’avoir une politique de transports digne d’une grande capitale."
Bernard Clerfayt, député fédéral FDF et bourgmestre de Schaerbeek, souhaite se repositionner à l’échelon régional bruxellois où il sera candidat en 2014.
Les poids lourds des partis politiques seront candidats à Bruxelles : Reynders, Onkelinx, Milquet. Cela vous amuse, vous irrite ?
Qu’il y ait de l’intérêt pour Bruxelles, c’est une bonne chose. Pendant longtemps, il y a eu des hommes politiques bruxellois au gouvernement fédéral. Puis, plus rien. Maintenant, ils sont quatre : Reynders, Onkelinx, Milquet et Vanackere Je m’en réjouis, mais il faut veiller à ce que ceux qui s’exprimeront au nom de Bruxelles soient suffisamment ancrés dans les réalités régionales.
DIDIER GOSUIN DIT QUE BRUXELLES VA DANS LE MUR. LE FDF EST RESTE 15 ANS AU POUVOIR, VOUS ETES DONC EN PARTIE RESPONSABLE DES PROBLEMES BRUXELLOIS…
Nous avons participé à la mise en place du projet bruxellois. Mais depuis 10 ans, beaucoup de problèmes n’ont pas été bien gérés et se sont aggravés. Lors du premier plan régional du développement, Bruxelles souffrait de la perte de ses classes moyennes. C’était la priorité de Charles Picqué en 1994 et c’est toujours le cas aujourd’hui. Chaque année, Bruxelles perd des milliers de familles, environ 6 000 à 7 000, qui partent s’installer dans le Brabant wallon et flamand. Ce ne sont pas les plus pauvres qui s’en vont. Bruxelles continue à recevoir des populations qui viennent directement de l’étranger. Il y a un brassage permanent de population. Et une dualisation de la ville : restent les plus défavorisés et les couches les plus aisées. On est heureux de les accueillir, mais ce sont des gens qui, pour une partie, échappent à l’impôt.
BRUXELLES VA DONC SI MAL ?
Très mal, oui. Il y a trois problèmes majeurs : le chômage, le logement et la mobilité. En 20 ans, le taux de chômage a doublé : avant, nous étions à 11-12 %, soit le double de la moyenne nationale. Aujourd’hui, on est à plus de 20 %, le triple de la moyenne nationale. Le nombre de minimexés a triplé en 20 ans. On ne voit pas la fin de la crise du logement et Bruxelles est la 4e ville la plus embouteillée.
REPRENONS. L’EMPLOI. Y A-T-IL UN MANQUE D’EMPLOIS OU UN PROBLEME DE FORMATION ?
Bruxelles est la région de Belgique où il y a le plus d’emplois qualifiés. Bruxelles est une zone économiquement prospère qui crée beaucoup de valeur ajoutée. Le problème, c’est sa répartition. De plus, la dynamique bruxelloise s’essouffle fortement. Le taux de croissance des emplois est plus faible que dans les deux autres Régions : plus 6 % à Bruxelles, plus 11 % en Wallonie, plus 14 % en Flandre. Dans le même temps la population augmente partout, mais plus vite à Bruxelles qu’ailleurs. De plus, à Bruxelles, un emploi sur deux n’est pas occupé par un Bruxellois. Bruxelles est une ville prospère mais les pouvoirs publics sont pauvres. Les responsables politiques ne sont pas à la hauteur de l’ambition qu’il faut avoir pour Bruxelles. Il faut repenser et remettre à plat une série de ses politiques.
LESQUELLES ?
Les Régions ont reçu une série de compétences fiscales. Bruxelles est la dernière à les exploiter. En matière de précompte immobilier, de fiscalité automobile. Sur ces instruments, les deux autres régions ont pris des initiatives, Bruxelles n’en prend pas. Il faut repenser l’impôt au bénéfice des Bruxellois. Bruxelles doit trouver une stratégie fiscale qui arrête de taper sur les classes moyennes et qui permet de prélever un peu plus de recettes auprès de ceux qui travaillent ou vivent à Bruxelles sans y payer leurs impôts.
DE QUELS LEVIERS LA REGION BRUXELLOISE DISPOSE-T-ELLE ?
Le levier de l’immobilier. Les gens viennent à Bruxelles pour sa situation géographique extraordinaire. Il faut baisser les additionnels régionaux et communaux sur l’IPP et augmenter les recettes immobilières de la Région. On peut taxer autrement l’ensemble des fonctions exercées sur le territoire de la Région, notamment les bureaux, les zones d’activité industrielle. Il faut simplifier les choses et être créatif.
Autre Gros Problème : La Mobilité. On Est Au Bord De L’asphyxie…
Bruxelles n’a pas les moyens d’avoir une politique de transports digne d’une grande capitale. Je plaide depuis longtemps pour une forme de péage urbain dont le profit servirait à refinancer les transports en commun qui bénéficierait en priorité aux Bruxellois et qui aurait pour effet de réduire la pression automobile. Les gens sont prêts à payer pour cela. Deux cent mille voitures entrent chaque jour ouvré : le tarif peut être de 1,5 ou 10 euros. Un euro, cela fait 50 millions par an. La Région donne 300 millions chaque année à la Stib.
AUTRE GROS PROBLEME : LE LOGEMENT. QUE PROPOSEZ-VOUS ?
Le prix des maisons et des loyers sera toujours élevé à Bruxelles. Pour une raison économique simple : le coût du loyer et du transport vers le lieu de travail constitue une seule donnée dans le budget des ménages. En Wallonie et en Flandre, on consacre moins d’argent à son logement et plus à ses trajets. A Bruxelles, c’est plus d’argent au logement et moins aux trajets. La somme des deux est la même. La structure fiscale de l’Etat fédéral encourage l’étalement urbain : plus vous avez de déplacements plus vous êtes remboursé alors que le surcoût de l’immobilier urbain n’est pas pris en charge fiscalement. Vous disposez donc de plus de revenus nets si vous habitez loin et effectuez beaucoup de trajets. Le plus simple est d’avoir un montant unique pour les deux ensemble : trajets et habitations.
Une entretien à découvrir en intégralité dans La Libre

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE CHALLENGER DE CHARLES PICQUE
Oublions les appartenances politiques et demandons-nous qui est le meilleur candidat des quatre cités dans cet article.
C'est, selon nous, et de très loin Bernard Clerfayt. Nous l'écrivons depuis longtemps et connaissons l'homme et ses qualités.
Pourquoi? D'abord et c'est essentiel parce qu'il est le seul des quatre à avoir une formation d'économiste, comme Charles Picqué du reste. Les autres sont juristes et ne comprennent pas grand chose à l'économie.
Seul un décideur politique comprenant parfaitement les ressorts économiques de notre société peut espérer comprendre et dominer l'exercice complexe que constitue la gouvernance bruxelloise. Il suffit de lire cette brève interview pour se rendre compte qu'il connaît et comprend Bruxelles.
Surtout, c'est un grand municipaliste qui a régénéré Schaerbeek en poursuivant l'élan de Francis Duriau et en mettant définitivement fin à l'ère nolsienne calamiteuse.
L'homme est solide et a parfaitement compris le caractère cosmopolite de sa commune et de la capitale de l'Europe. Il est bon trilingue et a montré qu'il sait diriger des équipes avec grand talent.
Il a du leadership et de plus en plus de charisme et beaucoup d'humour. Il s'est montré combatif et téméraire dans les deux "matches" qui l'ont opposé à Laurette Onkelinx la brasseuse de vent.
Il a sur elle est sur Daniel Reynders l'avantage de son ancrage territorial. L'homme est très populaire et jusque dans les milieux immigrés où il est apprécié pour sa droiture.
Certes, il n'a pas eu le cran de créer un échevinat de l'interculturel dans sa commune. C'eût été un signal fort pour sa campagne de ministre Président.
Néanmoins, connaissant son intérêt pour le dialogue transculturel et sa fermeté face aux dérives islamistes, DiverCity prend d'emblée parti pour cette candidature qui fera de l'ombre à l'homme d'Uccle.
On ne voit pas le MR se ressouder d'ici les prochaine élections.
Il y aura donc un duel Clerfayt-Reynders qui pourrait être tout bénéfice pour la nouvelle présidente du Ps bruxellois.
Un combat de chefs, une campagne électorale passionnante en perspective. A suivre donc et de très près.
MG

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