mardi 19 février 2013

De quoi la «burqa pride» est-elle le nom?

Le Soir
Cette carte blanche évoque la tenue d’une conférence qui doit se tenir le 28 février prochain à l’ULB et qui a pour objectif de revenir sur l’événement « burqa-bla-bla ». « Notre objectif n’est pas de nous perdre dans de vaines querelles de personnes mais d’aborder la manière dont l’ULB permet d’être à la hauteur de son propre idéal de lieu de réflexion critique et d’espace public »

Etudiant administrateur de l’ULB, porte-parole de Quart d’X, un collectif anti-racisme, vice-président du Librex ou encore président des Etudiants socialistes de l’ULB… : ils sont une demi-douzaine à avoir rédigé une carte blanche intitulée « De quoi la burqa pride est-elle le nom ? ». Elle évoque la tenue d’une conférence qui doit se tenir le 28 février prochain à l’ULB et qui a pour objectif de revenir sur les événements d’il y a tout juste un an quand une conférence à laquelle participait Caroline Fourest avait été bruyamment interrompue. « Notre objectif n’est pas de nous perdre dans de vaines querelles de personnes mais d’aborder la manière dont l’ULB permet d’être à la hauteur de son propre idéal de lieu de réflexion critique et d’espace public, à une époque où on a plus que jamais besoin de lieux où une pensée critique puisse émerger », expliquent les organisateurs. C’est, disent-ils, cette question de fond que la conférence souhaite aborder.

DE QUOI LA BURQA PRIDE EST-ELLE LE NOM ?
Il y a un an, presque jour pour jour, un groupe de personnes chahutait Caroline Fourest à l’ULB en l’accusant de « représenter l’islamophobie de gauche » et en dénonçant la tribune laudative que les autorités accordaient une énième fois à cette intellectuelle médiatique dont le « progressisme » n’a jamais laissé indifférent à l’ULB.
Le lendemain, la presse se saisissait de l’événement, parlant d’un « attentat contre la démocratie » sous le cadrage contestable d’une remontée d’un communautarisme islamiste aux méthodes fascisantes. Une trop belle unanimité se dégageait ainsi pour donner à l’événement le statut d’un « mardi noir » auquel même le terrorisme pâtissier du plus célèbre des Belges n’avait pu avoir accès.
(...) Chacun a le droit et le devoir de se faire son opinion en tout indépendance, c’est bien le plus cher des idéaux de notre alma mater.
L’enjeu du débat qu’aujourd’hui nous voulons poser de manière dépassionnée est précisément la question de savoir quels sont les enjeux de cet événement et de ses suites ? Que révèle-t-il sur l’ULB et sur l’espace public en général ? Y a-t-il eu une « hystérie aux relents racistes et islamophobes » comme l’a soutenu très tôt le journaliste Olivier Mukuna ? L’ULB est-elle gangrenée par des logiques clientélistes comme l’affirme celui qui a dû subir le procès politique de son institution ?
(...) Sur le fond, il faut bien reconnaître que le problème que l’ULB a avec ses « valeurs » ne date pas tout à fait d’hier. Ainsi, il y a quelques années déjà, un « Chantier Valeurs » lancé par les autorités – en parallèle à un plan stratégique bien dans le ton de la novlangue néolibérale –, avait dû faire marche arrière suite à la levée de boucliers d’étudiants et de professeurs « Sans Valeurs » qui ne se reconnaissaient ni dans la logique du conflit de civilisation.
(...)La question de fond que nous voulons aborder avec toutes les sensibilités universitaires est la manière dont l’Université permet d’être à la hauteur de son propre idéal de lieu de réflexion critique, d’espace public le plus égalitaire possible dans une époque où nous avons plus que jamais besoin de lieux où une pensée critique, voire subversive, puisse émerger.
Lors d’une rentrée académique récente, un représentant des étudiants avait eu cette phrase un tantinet provocatrice : « L’ULB n’est pas (encore) une oasis d’intelligence dans un monde à la dérive. » Elle-même participe de logiques de fond qui doivent pouvoir être débattues. Est-il normal que la logique de management, de rationalisation, de concurrence, en un mot la logique de marché s’installe si confortablement en nos murs ? Qu’est-ce que l’ULB a fait de sa salutaire tradition de subversion ? Est-on à la hauteur de l’idéal libre-exaministe en rappelant simplement les heures de gloire de nos luttes passées (d’ailleurs équivoques pour qui veut bien relire l’histoire sans en faire un récit mythique) ou en affichant des posters de l’illustre Chaïm Perelman lors de la Nocturne de l’ULB ?
Ce que nous demandons, c’est que l’ULB puisse mettre sa propre démocratie interne, ses propres contradictions en débat.
(...)Qui a peur de ce débat ? Pourquoi est-ce que certains co-organisateurs se voient dissuadés de s’engager dans la voie d’un débat contradictoire alors que nombre de professeurs de l’ULB ont émis leur avis sur la question, à chaud au lendemain de « Burqa-bla-bla », notamment par voie de presse.
Et cette question même de la contradiction, ne fait-elle pas partie du débat ? Depuis quand les Autorités ont décidé que certains pouvaient bénéficier d’une tribune libre et élogieuse tandis que d’autres ne peuvent s’exprimer qu’à certaines conditions dont ces mêmes Autorités se prétendraient le seul juge.
Si nous voulons aujourd’hui un véritable débat contradictoire, ce n’est donc pas pour donner l’illusion que la vérité serait nécessairement au milieu de deux extrêmes, que l’honnêteté voudrait qu’on donne le même temps de parole à ceux qui défendent une thèse, qu’elle soit majoritaire ou minoritaire.
Si nous voulons un débat contradictoire en l’occurrence, c’est parce que nous pensons que les questions posées concernent réellement toute l’Université, et que c’est elle-même qui doit être capable de se thématiser réflexivement.
Aujourd’hui, alors qu’il est difficile de trouver des contradicteurs institutionnels de poids, nous demandons aux Autorités d’assumer leurs responsabilités. Nous demandons la participation d’intellectuels soutenant la position officielle de l’ULB, et qui par là même cautionnent les thèses de madame Fourest. Nous voulons un vrai débat sur des questions de fond et qui soit de haute tenue.
Quoi qu’il arrive ce débat aura lieu, il a déjà lieu. Trois intervenants ont déjà confirmé et nous avons également confiance en la capacité critique du public invité.
Comme a dit Jaurès : « Le courage c’est de chercher la vérité et de la dire, de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. » Faut-il préciser que personne n’est immunisé contre les « applaudissements imbéciles » ou les « huées fanatiques » ?
(...)Monsieur le Recteur, vous étiez si disert dans les médias, ne pensez-vous pas que votre participation vous honorerait ?

Pour Quart d’X, Collectif Anti-RacismeS,
Nathalie Mathieu, porte-parole de Quart d’X
Géraud Hougardy, ancien étudiant administrateur et vice-président du Librex
Pierre Farchakh, président des Etudiants Socialistes de l’ULB
Abdelilah El Mahsini, ancien président des Etudiants Socialistes de l’ULB
Mouhad Reghif, membre d’Egalité
Zaina Ait Ahmed, administratrice des Indigènes de Belgique
Jérome Lechien, étudiant administrateur de l’ULB


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CREVER L'ABCES

L'ULB libre-exaministe et antidogmatique fut fondée il y a 176 ans pour faire pièce au monopole que l'Eglise catholique dogmatique et autoritaire exerçait sur l'enseignement en Belgique. Depuis elle a formé de dizaines de milliers de cadres supérieurs et intellectuels critiques et indépendants pour la plupart.
Et voici qu'une poignée de crypto islamistes drapés dans un voile d'hypocrisie veulent à toute force faire entendre une parole inspirée du discours de Tarek Ramadan.
S'il faut débattre qu'on débatte, intellectuels contre intellectuels en veillant bien à ce que ne surgisse pas du public une chienlit de perturbateurs.
Depuis toujours, les débats publics de l'ULB attirent la lie des chahuteurs, ils furent souvent d'extrême gauche et d'extrême droite, voilà que de plus en plus il se revendiquent du symbole trouble de la burqua.
Et pendant que l'ULB écartelée entre son lobby judaïque et une poignée de chercheurs crypto islamistes à la Chichah qui rêvent d'en découdre, l'UCL sa concurrente ronronne dans son nouveau Campus au coeur des champs brabançons. Et l'on s'étonnera que ce dernier attire de plus en plus d'étudiants qui fuient Bruxelles et ses tensions?
L'ULB a besoin d'un sursaut, d'une fuite en avant qui rappelle au peuple Bruxellois qu'elle est un incubateur de cerveaux libres et indépendants.
Hormis le vaillant Hervé Hasquin qui s'est imposé ce soir-là comme le bouclier de l'ULB, la réaction au commando de la burqua fut lamentablement molle.
Il serait temps que les dirigeants de l'ULB fassent montre d'autorité pour défendre cette conquête précieuse des Lumières qu'est le libre examen. Le comble, c'est que l'UCL en prenant ses distances par rapport à Rome a adopté sans trop le dire les valeurs de l'esprit critique et scientifique. Elle va jusqu'à envisager de renoncer au "C" de "UCL"...
Il s'agit d'un débat dérisoire mais à haute valeur symbolique.
Un commentateur écrit: "Een kwart van de moslimjongeren vindt geweld tegen homo's gerechtvaardigd. En een op de drie Vlaamse jongeren staat uitgesproken negatief tegenover moslims." Comment nos bobos lobotomisés qui défendent les uns et les autres, vont-ils régler ce problème ? Le communautarisme prôné par les bienpensants de l'ULB nous mène droit au chaos."
On est loin du chaos selon nous, mais une riposte déterminée s'impose. Plus on la retardera plus l'abcès sera douloureux.
MG



Aucun commentaire: