vendredi 1 février 2013

L'abdication du Roi est-elle taboue en Belgique?



Entretiens : M. Bs et T.Bo.
Le "oui" par Francis Balace, historien et le "non" par Pierre-Yves Monette, Conseiller honoraire des rois Baudouin Ier et Albert II. Auteur de "Métier de roi", Alice 2002.

Le "oui" par Francis Balace, historien
A 75 ans, la reine Beatrix des Pays-Bas a choisi de passer le relais à son fils, le prince Willem-Alexander. En Belgique, le roi Albert II a 79 ans. L’abdication est-elle un sujet tabou chez nous ?
Pas celle d’Albert II en particulier, mais la notion d’abdication est en général effectivement un sujet très délicat chez nous. La situation n’est pas du tout la même qu’au Luxembourg (qui a connu plusieurs abdications successives). Rien à voir non plus avec les Pays-Bas. Reprenons l’histoire de ce pays : Guillaume Ier abdique en 1839 après avoir dû renoncer à la Belgique. La reine Wilhelmine, montée sur le trône en 1890 encore toute petite fille, s’en va elle aussi au début des années 50, car on lui reproche d’être partie en Angleterre pendant la guerre et d’être responsable de la perte de l’Indonésie en 1949. La reine Juliana également - en expliquant qu’elle est vieille et qu’elle sert les Hollandais depuis longtemps, et ayant les premières atteintes de la maladie d’Alzheimer qui va l’emporter - passe la main à sa fille Beatrix. Tout cela pour dire que la reine Beatrix se sent un peu obligée, arrivée à l’âge de 75 ans, de faire la même chose que d’autres qui l’ont précédée, d’autant qu’elle a pris récemment un certain nombre de coups durs (notamment le grave accident de son fils, aujourd’hui toujours dans le coma) et que les pouvoirs royaux ont évolué, la rendant nettement moins indispensable qu’Albert II chez nous dans les questions de formation de gouvernement et autres. Bref, en Belgique, on est loin de ce cas de figure. Chez nous, le mot abdication évoque cette période de cinq-six ans autour de la Question royale, qui est cruciale, alimente la vie politique, le sort des élections, les disputes, et qui voit une moitié de la Belgique se dresser contre l’autre moitié. Chez nous, l’abdication est vue comme un grave désaveu du Souverain qui, au lieu d’être au-dessus de la mêlée, a des partisans et des détracteurs. Il faut également tenir compte du fait qu’il faut des négociations avant qu’un souverain abdique. Et, dans les circonstances actuelles où vous avez toute une campagne, surtout au nord du pays, en faveur d’une sorte de castration de la monarchie pour en faire une fonction strictement protocolaire, il est évident que si le Roi dit "Messieurs, je suis vieux et je voudrais bien m’en aller aussi", le monde politique pourrait enchaîner en modifiant les pouvoirs du Souverain et son successeur n’aurait plus les mêmes fonctions. Si le Roi meurt en régnant, par contre, l’héritier prêtera le serment sans aucune négociation nécessaire. Compte tenu de la situation politique belge, Albert II est quasiment condamné à mourir en règne. En outre, vous savez qu’en Belgique, le Roi prête un serment de défendre l’intégrité et l’indépendance du pays. Pour remplir son contrat, il doit absolument faire en sorte que les choses ne tournent pas mal. Faut-il rappeler que c’est le coup de poing élégant d’Albert II sur la table qui a mis fin à la dernière longue crise que nous avons connue ?
UNE COMPLICATION DE SON ETAT DE SANTE OU SON AGE NE POURRAIENT-ILS PAS CONSTITUER DES OBSTACLES ?
Alors le Roi pourrait évidemment passer le relais, à une date symbolique comme ses 80 ans, par exemple, mais en tout cas en ayant passé le fameux cap de 2014. Cela dit, nous vivons dans un pays de gérontocratie. Les premières années de règne du roi Baudouin ont été extrêmement pénibles, il avait une vingtaine d’années. Il s’affirmera à la fin de son règne, lorsqu’il sera plus vieux que la majorité des hommes politiques. Je pense que le Roi a un ascendant qui vient en grande partie de son âge.
LE PRINCE PHILIPPE VOUS SEMBLE-T-IL ACTUELLEMENT PRET A SIEGER A LA PLACE DE SON PERE ?
S’il ne l’est pas à 50 ans passés, ce serait à désespérer de tout ! Comme on ne lui laisse pas le moindre créneau, il est impossible de voir s’il est prêt ou pas mais je suis très optimiste. Vous savez, s’il arrive quelque chose au Roi demain - ce que je ne souhaite pas - Philippe montera sur le trône quoi qu’il en soit, par la porte ou par la fenêtre. On a fait courir un tas de bruits sur sa personne, mais qui peut dire qu’il a, un jour, eu une longue conversation avec lui ? Enfin, il ne faut pas oublier non plus qu’il a son équipe de conseillers autour de lui.

LE "NON" PAR PIERRE-YVES MONETTE, CONSEILLER HONORAIRE DES ROIS BAUDOUIN IER ET ALBERT II. AUTEUR DE "METIER DE ROI", ALICE 2002
PEUT-ON ENVISAGER VOIRE ACCEPTER QU’UN JOUR ALBERT II ABDIQUE OU EST-CE UN TABOU ?
Certaines personnes, bien intentionnées, en font un tabou. Pourquoi ? Pour deux raisons : c’est une manière de ne pas ouvrir le débat sur l’après roi Albert II avec des crispations politiques, non fondées selon moi, au nord du pays mais cela pourrait aussi ouvrir certaines plaies de l’histoire. Pour moi, dans un régime monarchique, la question de l’abdication ne doit jamais être un tabou. Elle doit être une option. Cela relève de la bonne gouvernance. Tout doit pouvoir être discuté. Parce que c’est quand on ne peut pas discuter d’un sujet que se développent des analyses malsaines.
A 75 ANS, LA REINE BEATRIX PEUT ASPIRER A UNE RETRAITE MERITEE. NE CROYEZ-VOUS PAS QU’A 79 ANS, LE ROI ALBERT II PUISSE BENEFICIER DE LA MEME POSSIBILITE ?
Comparaison n’est pas raison. Encore moins entre les régimes monarchiques. Les situations historiques et politiques ne sont pas identiques entre les deux pays. Historiques d’abord. Aux Pays-Bas comme au Grand-Duché de Luxembourg, il est de coutume dans la famille Nassau d’abdiquer. Bien différente, la Belgique a connu deux, voire trois abdications. Celle du régent Erasme-Louis Surlet de Chokier en 1831. Celle, discrète, de Léopold II qui a finalement déchiré sa lettre d’abdication. Et celle, plus connue, de Léopold III. On ne peut pas non plus comparer les possibilités d’action de la reine Beatrix et du roi Albert II pour des raisons politiques. La population du royaume des Pays-Bas est unanimement derrière sa monarchie et la reine Beatrix. La population l’est moins en Belgique, qui connaît un fort courant républicain et donc antimonarchique qui veut la fin de la Belgique.
SANS TABOU ALORS, SI ON EVOQUE UNE ABDICATION D’ALBERT II, QUE RETENEZ-VOUS ENTRE CES TROIS SCENARIOS : LE 21 JUILLET 2013, APRES LES ELECTIONS 2014 OU JAMAIS ?
Je connais ces trois scénarios : 1) maintenant pour permettre à Philippe de se préparer pour les élections cruciales de 2014 ; 2) laissons le roi Albert qui a réussi à dénouer la crise de 545 jours dans la place pour pouvoir, le cas échéant, déminer une même crise en 2014 ; 3) ou jamais. J’exclus le 3e scénario. Je ne dis pas que le Roi n’abdiquera jamais. Je suis convaincu qu’un jour le Roi abdiquera, quand il estimera qu’il ne pourra plus remplir correctement sa fonction. Certains disent que le roi Albert a envie d’abdiquer. C’est possible, mais je n’en sais rien. Mais on n’abdique pas quand on en a envie, on abdique quand la situation appelle à ce qu’on doive renoncer au trône. Je ne m’inscris pas dans le scénario un ou deux non plus. Mais je pense que le Roi abdiquera. Je vais même plus loin : je le lui souhaite pour qu’il puisse encore savourer la vie sans trop de charges.
GOUVERNER, C’EST PREVOIR. WILLEM SEMBLE PRET A REPRENDRE LA COURONNE. LE PRINCE PHILIPPE EST-IL PRET POUR LA MISSION ?
Le prince Philippe est prêt, c’est évident. Mais la Belgique est-elle prête ? De tous les souverains belges, le prince Philippe est le seul qui ait pu se préparer autant : intellectuellement, militairement et politiquement. Depuis 1966, quand le roi Baudouin et la reine Fabiola ont su qu’ils ne pouvaient pas avoir d’enfant, on savait que Philippe deviendrait roi. Depuis 46 ans, il se prépare. Mais ne nous voilons pas la face. De véritables campagnes ont été engagées au nord du pays pour le décrédibiliser. Certaines maladresses de Philippe, comme l’incident au Palais avec des journalistes du "Laatste Nieuws" et du "Morgen", y ont un peu contribué. Mais pour avoir travaillé avec lui, il a la volonté d’aider et de servir son pays. Il a de grandes compétences morales et intellectuelles. Les images colportées le présentant comme un gaffeur invétéré ou inspiré par Léopold Ier ou Léopold II sont fausses. Il reste qu’il n’est, de fait, pas à l’aise devant les médias. Mais le roi Baudouin au moment de monter sur le trône ne l’était pas non plus. Or ce fut un de nos plus grands rois. En matière de communication, Philippe a des progrès à faire. Mais la fonction fait l’homme.
DOIT-ON IMAGINER DES ALTERNATIVES AVEC LA PRINCESSE ASTRID OU LA PRINCESSE ELISABETH ?
Non. Le prince Philippe est la seule piste constitutionnelle en cas d’abdication du roi Albert II. Tout le reste n’est que bavardages ou intox.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
MONARCHISTE PAR DEFAUT
Si j'étais anglais ou hollandais, je serais républicain sans hésiter mais étant belge, je suis forcément monarchiste, par défaut.
D'office et par majorité, le Président de la république de ce pays serait un Flamand. Le seul avantage c'est qu'il serait le seul élu à être choisi par l'ensemble des Belges.
Qui aurions-nous eu comme Président?
Eyskens père et fils (peut-être), Maertens, De Haene ou qui sait papa De Croo, Tobback le père, Verhofstadt? Je ne vois aucun francophone hormis Spaak (il ne pétait pas un mot de flamand) ou Harmel peut être et qui sait Louis Michel le bilingue et demain peut être Magnette parfaitement à l'aise en néerlandais et connaissant bien la mentalité flamande.
Mais qu'on ne se leurre pas. Le but des républicains flamands de la N-VA c'est de s'attaquer à la monarchie, dernier ciment unitaire et ultime obstacle (en dehors de Bruxelles ) à leur indépendance.
"N-VA wordt slapend rijk."
Philippe prêt ou pas prêt?
On aime à sous-entendre qu'il ne le serait pas.
Vous avez vu le film "discours du Roi": Georges VI papa d'Elisabeth II n'était absolument pas prêt. Il en mourut à 56 ans.
Albert premier ne l'était pas davantage que Baudouin. Quant à Albert II, il devint roi malgré lui. Et quels bons rois constitutionnels ils ont fait.
Nos pires rois furent ceux qui étaient parfaitement préparés et fin prêts: l'autocrate génial Léopold II et le collaborationniste Léopold III.
Quant plus brillant des six, le sémillant Léopold Premier de Saxe- Cobourg, coqueluche de toutes les cours, il aurait fait un parfait président européen.
MG


Aucun commentaire: