lundi 25 février 2013

Mixité sociale : c’est pas gagné


Christian Laporte
Une étude montre les limites des projets mais rien n’est perdu pour autant.
La mixité sociale Depuis au moins trois lustres, c’est sans conteste devenu une priorité pour l’action urbaine aussi bien à Bruxelles qu’ailleurs en Europe. Un thème politiquement très présent. Un mot d’ordre aussi qui renvoie en fait à une utopie déjà bien présente cent ans auparavant puisque déjà à la fin du XIXe siècle, on plaida pour des villes où cohabiteraient de manière harmonieuse les divers groupes sociaux. Comment en est-on arrivé à ce regain d’intérêt pour la mixité sociale dans les quartiers dits "en difficulté" ? Puis qu’est ce qu’il nous apprend des représentations et des valeurs contemporaines et cela plus particulièrement à Bruxelles ?
C’est sur ces interpellations que se penche le (déjà) 65e numéro des "Brussels Studies".
Emmanuelle Lenel, son auteure, est assistante en sociologie à l’Université Saint-Louis où elle prépare une thèse de doctorat sur les dynamiques ordinaires de mixité sociale dans les quartiers en "revitalisation" à Bruxelles.
Ce doctorat l’a amenée à descendre sur le terrain mais aussi à développer une intéressante analyse sémantique qui porte sur le lexique dominant et sur les notions associées aux mots ainsi que les registres du discours sur la mixité sociale. Et cela à partir d’un vaste échantillon de documents allant du Plan régional de développement, du Plan de développement international, des programmes de la Politique des Grandes villes aux contrats de quartier, aux programmes de la Société de développement régional de Bruxelles-Capitale. Emmanuelle Lenel a aussi étudié la "cohésion sociale" et même les programmes électoraux 2009 d’Ecolo et du PS sans oublier les déclarations du ministre-président de la Région.
Principal constat d’Emmanuelle Lenel : la mixité sociale occupe une place centrale dans le discours sur l’action urbaine à Bruxelles. D’abord grâce aux connotations positives de la notion mais également suite aux transformations sociales et politiques conjointes qui ont mis en bonne place le "problème" des territoires vulnérables comme principale source d’inégalités. "Le fait multiculturel, la ségrégation socio-spatiale, l’exclusion et la philosophie politique de l’action intégrée ont fait de certains quartiers bruxellois l’objet de l’incantation à la mixité sociale, alors qu’elle semble nettement moins invoquée pour les ‘beaux quartiers" explique la sociologue.
VULNERABLES ET MOINS ATTRACTIFS
"Telle que présentée dans les discours, la mixité sociale apporte des bénéfices mais on peut se demander lesquels exactement et il est du ressort des individus d’en tirer parti pour assurer leur ascension sociale. Sur le plan du discours politique, cette sémantique de l’intégration par le bas réunit la gauche, sans être contestée par la droite". Cependant si on si lit entre les lignes, "l’analyse du discours fait aussi ressortir que le problème des quartiers vulnérables, c’est d’être peu attractifs pour des ménages plus fortunés et des investisseurs, en raison de leur dégradation matérielle et d’un délitement présumé de l’ordre social" .
Emmanuelle Lenel se demande si "en ce sens, on ne peut pas voir aussi dans l’appel à la mixité, concentré sur les quartiers populaires, une légitimation de la volonté d’y redéployer investissements et ménages à plus haute capacité de contribution à l’impôt, ce dans un contexte d’effritement global du financement de Bruxelles par la voie fiscale directe."
Pour la chercheuse "le rapprochement des groupes dits vulnérables et des classes dites moyennes n’est pas sans danger. Car certaines concurrences se mettent en place, notamment sur le marché du logement. Et, implicitement, les valeurs et les pratiques de consommation des plus favorisés (financièrement et/ou culturellement) tendent à devenir la norme du quartier, ce qui n’est pas sans poser des problèmes de cohabitation "
Le texte est disponible sur www.brusselsstudies.be

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE MYTHE DE LA MIXITE SOCIALE
Le monde politique au pouvoir est persuadé que la mixité sociale ne peut s'installer que grâce à une mixité des publics scolaires. Il invente à cette fin des décrets complexes visant à mixer artificiellement les populations. Résultat d'une telle stratégie volontariste: la déstabilisation du tissu scolaire au détriment de l'ensemble des élèves.
La mixité sociale ne se décrète pas. Elle ne peut résulter que d'une mixité des quartiers par une politique volontariste de création de logements sociaux.
On en est très loin.
MG

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