mardi 26 février 2013

"Même Moureaux n'a pas toujours été aussi loin" que Magnette


Jonas Legge

"Paul Magnette est vraiment sur un fil."
Ce jeudi, Paul Magnette n'y est pas allé par le dos de la cuillère. Dans une interview, il s'en est pris violemment au Mouvement réformateur, "ce parti sans valeur, sans idéal et qui défend les nantis", qu’il accuse de "dépenser sans compter pour faire des cadeaux fiscaux aux multinationales et aux riches", pendant que "la gauche assainit les finances". Évidemment, du côté libéral, les répliques ont fusé. Qualifié de "Che Guevara du pauvre" ou de "mangeur de caviar", le nouveau président du PS en prend pour son grade. LaLibre.be a interrogé Alain Raviart, spécialiste en communication politique.

Comment interprétez-vous une telle stratégie de communication?
C'est une technique bien connue où vous désignez ou critiquez un ennemi. Cette posture politique a, au moins, un double avantage : vous entrainez une situation où coexistent un gentil et un méchant, et le gentil est bien évidemment vous. Mais vous créez aussi une stratégie de la distraction: les caméras sont alors braquées sur un phénomène nouveau tout en faisant oublier d'autres paramètres.
Par exemple?
Dans ce cas, faire oublier que le PS et le MR gouvernent ensemble depuis 1999 au niveau fédéral. Le PS masque aussi certaines insuffisances, comme le fait qu'il n'arrive pas à imposer ses mesures au gouvernement fédéral qui est plutôt au "centre" voire au "centre droit". Le parti tente donc de désengager sa responsabilité puisque c'est le méchant qui est responsable.
Le MR n'a pas tardé à réagir. Didier Reynders, Denis Ducarme puis Charles Michel s'en sont pris au président du PS...
Le MR a réagi de la même manière, en ciblant le méchant PS. Et dans une certaine mesure, cela arrange Paul Magnette parce que, pour danser le tango, il vaut mieux être deux. C'est une vieille grosse ficelle de communication. Mais elle est agréable pour les téléspectateurs.
Finalement, peu importe qu'on parle de moi en bien ou en mal. L'essentiel, c'est qu'on parle de moi...
Il faut voir quels sont les objectifs. Si vous voulez rassembler votre matelas électoral, et dans ce cas-ci le peuple de gauche, c'est une bonne technique. Mais ici, en quoi cela peut apparaitre comme une bonne technique? En tant que Premier ministre, Elio Di Rupo tient un discours de rassemblement. Comme président du PS Paul Magnette doit donc s'en dissocier pour rassurer les électeurs de gauche. Mais aussi pour contrer l'éventuelle progression du PTB, du Mouvement de gauche, voire d'Ecolo.
Dans le cas présent, Paul Magnette critique ses anciens collègues du gouvernement, qu'il a quittés il y a à peine un mois. N'est-ce pas contradictoire et peu crédible?
Effectivement, il est dans la caricature. Même Philippe Moureaux n'a pas toujours été aussi loin. Mais avec une telle méthode, il réussit à se faire entendre, et pas qu'un peu. Il faut donc trouver le dosage pour émettre des critiques tout en restant crédible, et, dans ce cas, il est clair que Paul Magnette est vraiment sur un fil. Il suffirait d'un petit coup de vent pour qu'il perde l'équilibre.
Pensez-vous que ces attaques vont durer jusqu'aux élections de 2014?
"Il y a fort à parier que ça continue jusqu'à la cacophonie. Et à ce moment, Paul Magnette apparaitra comme l'agresseur puisqu'il a commencé et que personne ne va oublier que la première attaque est venue de lui jeudi, jour de manifestation contre la politique d'austérité du gouvernement."


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE MOUREAUX NOUVEAU EST ARRIVE: BOUCHE DE VITRIOL
C'est évident, la campagne électorale pour les régionales de 2014 bat son plein. Di Rupo a lâché des points à gauche son pullover rouge se détricote, il porte plus souvent le noeud paillon gris que le rouge. Dangereux. Cela grogne à gauche, les syndicats sont dans la rue, le PTB fulmine et Laurette en veste de cuir rouge monte au créneau avec sa suggestion de laisser filer le budget. Quant au fringant nouveau président socialiste, il mord la queue de Reynders et du MR pour faire la nique à De Wever qu'on fait passer pour allié potentiel des bleus.

"Manifestement peu sûr de lui s'il a besoin de jouer au dur comme un adolescent." commente un lecteur.
"Ces deux partis (Ps et MR) sont les meilleurs ennemis du monde, la preuve : ils ne se quittent plus..." ironise un autre.
Un coup d'oeil sur les sondages remettra les pendules à l'heure: la N-VA est à 40% et elle monte, monte, monte.
MG

L'EXTENUANTE CAMPAGNE DE BART DE WEVER
Le Vif, extraits)
Si Bart De Wever ne devient pas incontournable après les élections de 2014, il valsera dans l’opposition partout.

Il y a quelques mois, un parlementaire N-VA m’a dit, comme si c’était une évidence : "Bien sûr qu’au soir du 14 octobre 2012 la campagne de 2014 a déjà commencé". Apparemment, la ruée sur le pays a débuté le jour de l’éclatante victoire aux élections communales (anversoises). Et cela a été le cas, vu l’allure hyperrapide avec laquelle Bart De Wever et les siens font l’actualité ou s’y retrouvent depuis. Et c’est la règle de toutes les campagnes : la visibilité permanente. Ils vont devoir tenir encore pendant seize mois.

La question est de savoir si cette stratégie est bonne ou mauvaise pour la N-VA, et donc bonne ou mauvaise pour les autres partis. Johan Vande Lanotte semblait penser : "mauvaise pour nous", et a décidé de ne plus parler de la N-VA. Ses propos ont déjà été cités plus souvent que tous ses autres propos rassemblés. La N-VA reste branchée.

L’attaque contre la comptabilité de l’ACW a touché le mouvement chrétien ouvrier au cœur. Mais la N-VA a été plus loin que d’autres. Cependant, il en découle que le débat politique c’est rapidement "criminalisé" ou en tout cas "juridisé". La question se pose : la N-VA a-t-elle évalué les conséquences d’une telle stratégie?

Qui critique, doit pouvoir supporter les critiques. Qui critique vivement, et souvent et avec avidité, ne doit pas pleurnicher quand a lieu le retour du bâton donné avec la même régularité, empressement et précision. Bart De Wever ne doit donc pas prendre des airs dépités quand ses propos sont analysés à la loupe. C’est la rançon de la gloire, le prix payé par tout numéro un.


(...)De Wever, continue donc sur le chemin qu’il s’est choisi lui-même: la campagne, jusqu’en 2014. Encore et encore et encore. Et alors, on commet des petites erreurs. Ou des erreurs. C’est humain. Et à part la clique N-VA qui prend vraiment De Wever pour un demi-dieu, un hercule (lisez les réactions sur les forums flamands), on peut partir du principe que rien de ce qui est humain n’est étranger à Bart De Wever. L’erreur humaine non plus.

On se demande si De Wever se perçoit encore correctement. Il choisit de mener le peloton pendant seize mois. Un sprint de dix-mille mètres. Qui peut supporter cela pendant un an et demi ?

© Image Globe

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