mercredi 13 mars 2013

BRUXELLES : LES CAUSES D’UNE BOMBE SOCIALE

Mathieu Colleyn

Une nouvelle étude sur le chômage bruxellois est sortie. Elle identifie les secteurs dans lesquels l’Etat pourra créer de l’emploi. Et pointe les dangers de la réforme de l’Etat pour la Région bruxelloise.
Ce taux indécent était encore rappelé la semaine dernière à l’occasion de l’arrivée de la nouvelle ministre bruxelloise de l’Emploi, Céline Fremault (CDH) : plus de 20 % des actifs bruxellois sont en demande d’emploi, ce qui représente plus de 107 000 personnes et un peu moins de 10 % de la population totale des 19 communes de la Région de Bruxelles-Capitale. Pour expliquer cette bombe sociale, plusieurs éléments sont généralement mis en avant, en tête desquels figurent le manque de formation des chômeurs ou leur inadéquation par rapport au marché de l’emploi et aux demandes spécifiques des entreprises. Cette vision est aujourd’hui mise à mal par les résultats de la dernière étude scientifique en date sur le chômage à Bruxelles. Menée par Marion Englert, chercheuse en économie à l’ULB, elle fut commandée par la Région bruxelloise qui en a réceptionné le rapport final au début de cette année. L’un des objectifs de cette vaste étude : expliquer le "surplus" de chômage constaté à Bruxelles par rapport aux autres régions mais aussi par rapport à d’autres villes européennes. "La Libre" tente ici d’en résumer les principaux enseignements.
1LE LIEN ENTRE CHOMAGE ET FORMATION N’EST PAS SI EVIDENT. L’étude démarre par une comparaison des situations de plusieurs ensembles urbains européens. Première conclusion : "Le taux de chômage des zones urbaines est indépendant du niveau de diplôme de la population". Qui plus est, "dans les zones urbaines où le taux de chômage des personnes peu qualifiées est important, le taux de chômage des personnes hautement qualifiées sera, en moyenne, aussi relativement important". C’est le cas à Bruxelles où le "taux de chômage par niveau de diplôme est plus élevé que dans chacune des provinces belges, et dans d’autres ‘villes-Régions’ européennes", telles que Brême, Hambourg ou Séville. "Ce n’est pas parce qu’une population est globalement plus qualifiée qu’il y aura un moindre taux de chômage", précise encore Marion Englert. En moyenne, la probabilité de se retrouver au chômage est environ deux fois plus élevée à Bruxelles qu’ailleurs en Belgique et que dans les autres villes européennes comparables, conclut la recherche. Et ce quel que soit le niveau de diplôme.
2 UN MANQUE CRUEL D’OFFRES. Il faut d’abord rappeler que même s’il y a de l’emploi en Région bruxelloise, "les postes vacants disponibles pour les résidents bruxellois sont insuffisants". En 2010, il y avait 30,5 demandeurs par offre d’emploi. Compte tenu de l’étroitesse des frontières administratives de la Région (les 19 communes) par rapport au bassin d’emploi, une comparaison de profils entre les chômeurs bruxellois et les navetteurs a été effectuée dans le cadre de l’étude.
3 LE HANDICAP DES ETRANGERS. Outre le niveau de diplôme plus élevé chez les navetteurs, cette comparaison relève que "pratiquement tous les navetteurs sont nés en Belgique, tandis que près de la moitié des chômeurs diplômés du supérieur sont nés à l’étranger". En fait, 33 % des chômeurs bruxellois catégorisent leur formation "autres études" chez Actiris, ce qui correspond le plus souvent à des diplômes acquis à l’étranger et non reconnus en Belgique. Et 13 % d’entre eux sont diplômés du supérieur. Ces constats pourraient "éventuellement dénoter un phénomène de discrimination à l’embauche, des problèmes de valorisation des diplômes ou encore des phénomènes liés à l’origine nationale, comme par exemple le capital social ou les connaissances linguistiques des individus", soulève l’étude.
"Mon étude montre que la spécificité du chômage bruxellois - le surplus de chômage par rapport à d’autres villes - apparaît non liée au niveau de diplôme, conclut Marion Englert. Ce n’est pas parce qu’on arrivera à un niveau de formation plus élevé qu’on va résoudre le problème du chômage."

4 LA (ME)CONNAISSANCE DU NEERLANDAIS. La méconnaissance du néerlandais est perçue par les demandeurs d’emploi comme "l’obstacle le plus récurrent à l’emploi". A cet égard, le handicap des demandeurs d’emploi par rapport aux navetteurs (dont 2/3 viennent de Flandre et 1/3 de Wallonie) est à nouveau mis en évidence. Mais celui-ci est attribué à une spécificité bruxelloise - une région bilingue dont les exigences en matière des connaissances linguistiques sont particulièrement élevées. Ainsi, en 2010, 48 % des offres d’emploi reçues par Actiris spécifiaient des exigences linguistiques. Parmi elles, neuf sur dix exigeaient une connaissance des deux langues nationales. "Mon étude montre que la spécificité du chômage bruxellois - le surplus de chômage par rapport à d’autres villes - apparaît non liée au niveau de diplôme, conclut Marion Englert. Ce n’est pas parce qu’on arrivera à un niveau de formation plus élevé qu’on va résoudre le problème du chômage. Bien sûr, ce n’est pas pour cela qu’il ne faut pas agir sur la formation, ou sur des phénomènes comme le décrochage scolaire qui pose en outre d’autres difficultés sociales".
"Analyse des déterminants du chômage urbain et politique de rééquilibrage entre l’offre et la demande de travail en Région de Bruxelles-Capitale", Marion Englert, janvier 2013, Département d’économie appliquée de l’ULB.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
BOMBE SOCIALE?
En Grèce, en Espagne en Italie plus de 40% des jeunes sont au chômage. Le peuple gronde. Le personnel politique est impuissant, la démocratie perd doucement le contrôle de la situation, le populisme fait rage. Dans la couronne des communes pauvres de la Région bruxelloise c'est pareil. C'est une bombe sociale en effet et elle risque d'exploser plus tôt qu'on imagine.
De fait, il fait être aveugle pour ne pas voir que Bruxelles pourrait, tôt ou tard se transformer en un nouveau Beyrouth. "Quand le Liban a obtenu son indépendance le 22 novembre 1943, Beyrouth est devenue sa capitale. L'ère de prospérité relative suivant l'Indépendance a pris fin en 1975 lorsque la guerre civile libanaise a éclaté. Pendant la majeure partie de la guerre, Beyrouth a été divisée entre une partie musulmane à l'Ouest et l'Est chrétien. La basse ville, autrefois centre d'une grande partie des activités commerciales et culturelles de la ville, est devenue alors une « terre inhabitée » désignée sous le nom de « Ligne verte ». Beaucoup d'habitants ont fui vers d'autres pays. Environ 60 000 personnes sont mortes durant les deux premières années de la guerre (1975-1976), et une partie importante de la ville a été dévastée."
Nombreux sont les jeunes desperados bruxellois qui vont combattre en Syrie, au Mali aux côtés de djiadistes islamistes.
MG





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