vendredi 8 mars 2013

"Ou De Wever ne sait pas lire, ou il est de mauvaise foi"


V.d.W. (La Libre Belgique)
Le professeur Decoster conteste l’interprétation qui est faite de ses propos.
Souvent, Bart De Wever, pour appuyer ses thèses, n’hésite pas à user de certaines libertés avec la réalité. On l’a vu dans l’interview publiée le 6 mars dernier dans "La Libre". À le lire, l’arrondissement de BHV ne serait toujours pas scindé. C’est évidemment gros comme un océan, mais il y a toujours des gens pour le croire.
Voici un autre exemple. Dans cette interview, le leader de la N-VA déclarait notamment, avec une incroyable assurance : "Il y a une certitude : dans la nouvelle loi de financement, la Wallonie ne peut pas perdre de l’argent. S’il y a une certitude, c’est que la Flandre va perdre de l’argent. La Wallonie est et sera protégée par des transferts structurels. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le professeur Decoster, conseiller de Groen ! : la Flandre perdra 2,5 milliards d’euros chaque année en vitesse de croisière. Ce sont Bruxelles et la Wallonie qui gagneront".
À la lecture de ces propos définitifs, le sang d’André Decoster, professeur à la KUL, n’a fait qu’un tour Il s’insurge : "Ou bien Monsieur De Wever ne sait pas lire, ou bien il est de mauvaise foi".
Pourquoi ? "Contrairement à ce que M. De Wever dit, le nouveau mécanisme de solidarité est moins généreux que le précédent. Je ne connais pas une étude qui démontre que la Flandre perdrait 2,5 milliards d’euros" explique le professeur Decoster. D’ailleurs, dit-il, si l’on réalise une simulation sur la base de la future loi spéciale de financement (ou sur la base de l’accord négocié en 2011), et si on les compare avec l’ancienne loi, alors la Flandre gagne. De même d’ailleurs que les deux autres régions (Bruxelles et la Wallonie). C’est la Communauté française qui est perdante (très peu et seulement après 2023). C’est le Fédéral qui voit ses moyens diminuer.
LA "FOI" ET LES DOUTES
Le professeur Decoster n’a jamais non plus affirmé, comme le lui fait dire Bart De Wever, qu’il n’y avait pas de mécanisme de responsabilisation dans les accords institutionnels. La question est de savoir si la responsabilisation aura ou non un effet incitatif sur l’évolution de la Wallonie. Certains ont cette "foi" en la responsabilisation. D’autres non. Et M. Decoster a exprimé des doutes sur cette "foi". Certains croient en effet dur comme fer que le retard économique de la Wallonie est engendré par ce manque de responsabilisation. Or, précise le professeur, cette certitude n’est pas fondée sur des modèles économiques.
A plusieurs reprises, Bart De Wever déclare aussi vouloir s’inspirer du modèle allemand. Sur ce point, le professeur Decoster émet deux remarques : "D’une part, je ne connais pas de mécanisme de solidarité (le Finanzausgleich) plus compliqué que celui de l’Allemagne. D’autre part, l’autonomie fiscale des Länder en Allemagne est de zéro %. Si, au cours des négociations de 2010, il avait adopté plus tôt cette option de vouloir copier le modèle allemand, il nous aurait épargné des mois de discussions sur l’autonomie fiscale, principale revendication de la N-VA !"
Il est un autre point que M. Decoster ne partage pas du tout. Selon le leader nationaliste, l’ampleur du secteur public est un bon indicateur du manque d’activité économique. "C’est oublier que 20 % du Produit Intérieur Brut reflétant la valeur ajoutée sont créés dans le secteur public".
En conclusion, le professeur se distancie donc des propos de Bart De Wever : il trouve d’ailleurs "triste et honteux" que De Wever s’attribue le mérite d’avoir poussé les Wallons sur la voie du redressement.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
PINOCHIO
Voici qui est nouveau et tout à fait intéressant: Bart De Wever pris en flagrant délit de mensonge. Cet article est à marquer d'une pierre blanche. Mis sur la sellette par la journaliste phare de Canvas jeudi soir, Johan Vande Lanotte s'est insurgé contre la tactique d'insinuation sans preuves adoptée par les représentants de la N-VA qui a jeté la suspicion sur l'ACW et provoqué la démission, selon lui non justifiée, du ministre des finances Steven Vanackere soupçonné de connivence avec l'ACW dont il est issu.
On lira avec intérêt l'analyse du littérateur Tom Lanoye qui décortique avec humour et intelligence l'hypocrisie de Bart De Wever. Trop sûr de lui, De Wever prend des libertés avec la vérité.
Curieusement, la presse flamande demeure muette sur le sujet.
MG

TOM LANOYE ET BART DE WEVER : "L'HYPOCRISIE EST AU COEUR DE LA N-VA"

Gérald Papy (Le Vif)
Pour l’écrivain flamand, Bart De Wever n’est pas un fasciste, c’est un populiste. Il trompe l’électeur avec son idée de confédéralisme. Il n’est pas homophobe mais depuis qu’il est bourgmestre d’Anvers, il agit comme un éléphant dans un magasin de porcelaines. Maggie De Block est peut-être l’arme la plus efficace contre la N-VA.

Dans une interview exclusive au Vif/L’Express, l’écrivain flamand Tom Lanoye analyse la stratégie de la N-VA et les premières mesures de l’équipe de Bart De Wever à Anvers. L’occasion pour « l’enfant terrible des lettres flamandes » de tenir quelques propos bien sentis sur celui qui dicte l’agenda du gouvernement flamand et du gouvernement fédéral, comme l’a encore démontré la démission du ministre des Finances Extraits.
Sur les premières mesures de la nouvelle majorité à Anvers
« Filip De Winter (NDLR. : le chef de groupe Vlaams Belang au parlement flamand) est homophobe. Bart De Wever est pour le mariage gay bien plus que beaucoup de conservateurs français. Mais le plus important, c’est qu’être homosexuel n’est pas une obédience, comme il l’a déclaré, et que le règlement a été instauré par un socialiste, l’ancien bourgmestre, le socialiste Patrick Janssens, que j’aimais beaucoup. Je l’ai dénoncé quand j’ai été fait docteur honoris causa de l’université d’Anvers, en 2007. Beaucoup de mes amis francophones font cette erreur : M. De Wever n’est pas un fasciste ; c’est un populiste. Quand on devient bourgmestre, le langage doit aussi changer. C’est son grand problème : il agit comme un éléphant dans un magasin de porcelaines. »
« C’est difficile pour moi de le dire. Mais entre un Vlaams Belang à 17 % et un bourgmestre de gauche à Anvers ou un Vlaams Belang à 10 % et un bourgmestre N-VA, je choisis la deuxième option. Parce que j’ai vécu dans une ville où l’extrême droite atteignait les 33,5 %, un record en Europe. Cela signifie aussi qu’il existe des mesures à la hauteur de l’électorat du Vlaams Belang. C’est très amer. Ce flou artistique politique, Bart De Wever veut le prolonger jusqu’aux élections de 2014. J’espère juste que la N-VA ne devienne pas un jour le Vlaams Belang. Ce n’est pas encore le cas. La situation est grave mais pas si grave. Le politologue Dave Sinardet a raison de dire qu’à part quelques mesures comme la hausse de la taxe sur l’installation des étrangers, la gouvernance est presque la même que sous l’ancienne législature. »
SUR L’IDEOLOGIE DE LA N-VA
« Je ne veux pas perdre Bruxelles. Pour moi, l’hypocrisie est au cœur de la N-VA. Si il y a une majorité de la population en faveur de la scission d’un pays, il faut le scinder. Mais les dirigeants de la N-VA savent très bien que les Flamands aiment se plaindre des Wallons mais que la plupart ne sont pas favorables à la division du pays. Or c’est quoi le confédéralisme ? Un camouflage pour la scission. Au moins, les nationalistes écossais et catalans affichent ouvertement leur projet. Mais Madrid n’appartient pas à la Catalogne et Londres pas davantage à l’Ecosse. Je n’ai jamais rencontré un flamingant qui peut me dire ce qu’il veut faire de Bruxelles. Mentalement, je crois qu’ils l’ont déjà perdue. Bart De Wever se dit conservateur. Mais diviser la Belgique, ce n’est pas être conservateur. »
Sur l’irrésistible ascension de la N-VA dans les intentions de vote
« Un être humain est aussi un trésor de contradictions. On peut en même temps voter pour la N-VA et être contre la division de la Belgique, pour signifier aux politiciens du PS qu’il faut changer. En même temps, l’idolâtrie autour de M. De Wever est permise par la faiblesse incroyable des autres responsables politiques, Bruno Tobback, Alexander De Croo (il est trop tôt pour se prononcer sur sa remplaçante Gwendoline Rutten). Peut-être que l’arme la plus efficace contre M. De Wever sera la secrétaire d’Etat à l’Immigration et à l’Intégration sociale, Maggie De Block. »

K.E. et G.P.


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