vendredi 29 mars 2013

Hollande, un "Monsieur Bricolage" prévisible, dépourvu d'audace

Le Nouvel Observateur avec AFP

"Fade", "absence de pédagogie", "manque d'audace", "drame"... Les éditorialistes français n'ont pas été convaincus par l'intervention de François Hollande.

"L'exercice de pédagogie soigneusement préparé par les experts de l'Élysée a semblé tourner à vide." Les éditorialistes français n'ont pas été convaincus par le président.
"Nul ne s'attendait à des annonces fracassantes", souligne Eric Decouty dans "Libération", mais l'intervention télévisée du président s'est révélé "souvent fade, presque banale" et a été marquée par une "absence de pédagogie" et "une étonnante confiance" au regard de la situation économique et sociale.
L'exercice de pédagogie soigneusement préparé par les experts de l'Élysée a semblé tourner à vide" et le président "sensible aux appels des milieux patronaux ou conservateurs" reste en revanche "sourd à la colère larvée qui parcourt le pays".

Pour de nombreux éditorialistes, le chef de l'Etat ne s'est pas montré à la hauteur de la situation, car, résume Jean-Michel Servant du "Midi Libre", il lui "manque encore l'essentiel pour vaincre la crise : l'audace du combattant".
"Contre la crise qui ravage tout sur son passage, François Hollande s'arme, dit-il, d'une nouvelle 'boîte à outils'", ironise l'éditorialiste du "Figaro", mais le président dispose de "petits tournevis" et de "clous de tapisserie, quand il faudrait des ponceuses et des rabots".
"Cela fait un peu 'Monsieur Bricolage'", s'amuse Jean-Pierre Ténoux dans "L'Est Républicain", qui juge que François Hollande "est resté comme toujours prévisible".

"Quand la terre tremble", note Dominique Jung ("Les Dernières Nouvelles d'Alsace"), "il est difficile de se passionner pour le réaménagement de la cuisine et du salon, aussi pertinent soit-il. C'est le drame de cette présidence."


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
VOICI VENU LE TEMPS DES FRUSTRES REVANCHARDS
J'ai trouvé Hollande plutôt bon: intelligent, excellent pédagogue, résiliant et pas du tout la grosse tête. Un côté très pompidolien en plus clever et beaucoup plus sympa. Un vrai social démocrate comme on les aime.
C'est un coureur de fond, un bon énarque posé, pas un agité Duracel hyperémotif, ni un Di Rupo clown blanc noeud pap.
"Monsieur Bricolage" ironisent certains. Facile!
Disons plutôt SOS Piet.
Très en forme sur antenne, JF Kahn ironise: "Il va changer de braquet, nous mettre quelques rustines, qui sait changer la roue avant, le guidon peut-être et aussi la chaîne, quand ce qu'il faudrait c'est carrément changer de vélo. Il est dans le système, comme Sarko, Chirac et les autres." Le problème c'est qu'avec ce qui nous tombe dessus il faut carrément changer de système. Mais pour mettre quoi à la place?
Et si la France nous préparait une grosse révolution conservatrice, une crise de national-libéralisme à la flamande, à la Berlusconi, à la mode néo-cons des tea parties?
Dans l'ultime conclusion de "Néo-fascisme et idéologie du désir", un bouquin compliqué et ardu, Michel Clouscard risque cette prédiction terrifiante:
"Le néo-fascisme sera l'ultime expression du libéralisme social libertaire, de l'ensemble qui commence en en mai 68.
Sa spécificité tient dans la formule "tout est permis rien n'est possible".
A la permissivité de l'abondance, de la croissance, des nouveaux modèles de consommation, succède l'interdit de la crise, de la pénurie, de la paupérisation absolue. Ces deux composantes historiques fusionnent dans les têtes, dans les esprits, créant ainsi les conditions subjectives du néo-fascisme.
De Cohn-Bendit à Le Pen , la boucle est bouclée: voici venu le temps des frustrés revanchards" (p. 132).
Allons-nous subir en Europe une épidémie de national-libéralisme?
L'Italie, la Flandre, la Hongrie, la Grèce semblent dès à présent sérieusement contaminées et on ne parle pas de Chypre pour laquelle Jacques Attali demande des sanctions draconiennes.
MG


ETHIQUE OU EXIT
JACQUES ATTALI
L’affaire de Chypre nous rappelle un principe simple : dans une zone d’état de droit, il n’y a pas de place pour une collectivité ne le respectant pas. Et comme on ne peut pas admettre une zone de non-droit dans Marseille, on ne peut pas l’accepter non plus à Chypre. Comme il n’est pas question d’exclure de la nation les quartiers nord de Marseille, la seule chose à y faire c'est d’y faire respecter la loi. Par contre, pour Chypre, l’exclusion est possible, et doit être envisagée.
Même si la crise de Chypre a été gérée en dépit du bon sens par un Eurogroupe à la dérive, et même s’il est vraisemblable qu’on va trouver les 15 milliards nécessaires pour colmater les brèches d’un système bancaire totalement pourri, on ne peut durablement admettre, dans une zone partageant une monnaie tentant de devenir une des plus sérieuses du monde, la présence d’une des places financières les plus opaques de la planète : Ou Chypre devient un pays éthiquement irréprochable. Ou Chypre n’a plus sa place dans la zone euro.
Pour certains, la sortie de Chypre n’est pas envisageable parce que cela conduirait à son effondrement, à la ruine de tous les Chypriotes, au transfert des avoirs de ses banques vers la partie turque de l’ile et vers d’autres paradis fiscaux encore moins fréquentables ; et transformerait Chypre en un porte- avion pour des puissances criminelles.
Pour moi, le risque mérite d’être couru : laisser durablement une telle machine de blanchiment de l’argent sale prospérer à l’intérieur de la zone euro, c’est la gangrener de l’intérieur. Elle attirerait de plus en plus de capitaux infréquentables, qui y gagneraient une respectabilité, tout en ruinant celle de l’euro. Les banques chypriotes étant de plus en plus liées à celles du reste de la zone, celles-ci devraient fermer les yeux sur la nature de plus en plus contestable de leurs déposants. Dans un monde où l’économie criminelle prend, et prendra, des proportions de plus en plus vertigineuses, l’euro deviendrait la monnaie des mafias et ne pourrait jamais devenir un instrument d’échange mondiaux. Il faut donc imposer à Chypre, en échange de la solidarité de la zone, les règles les plus strictes en matière de transparence bancaire, qui sont exigées, et appliquées, par les banques françaises, en France.
Tout cela était prévisible depuis des années. Au moins depuis que la Grèce a échangé avec l’Allemagne l’entrée dans l’Union de Chypre contre celle de la Pologne. Et plus encore depuis que le défaut des banques grecques sur leurs obligations privées a particulièrement pénalisé les banques chypriotes. On a préféré ne rien faire et attendre la dernière minute, venue avec l’élection présidentielle chypriote.
Il faut donc en tirer une leçon plus large encore et cesser d’attendre le dernier moment pour régler les problèmes devenus insolubles. En matière d’éthique financière en Europe, les problèmes sont connus et nombreux. Il faut oser les aborder au plus tôt :
1. Eliminer les autres paradis fiscaux et bancaires : Malte, la Slovénie ; et au-delà, se poser la question du Luxembourg, dont le statut bancaire et fiscal nuira un jour gravement à la crédibilité de l’euro. Et ne pas faire entrer dans l’eurozone la Lettonie, au système bancaire encore très obscur.
2. Solvabiliser les banques de la zone, aujourd’hui encore trop souvent financées de facon tres instable et obscure.
3. Gérer l’introduction, éthiquement justifiée, de la taxe sur les transactions financières d’une facon telle que les marchés n’étouffent pas en réponse la liquidité des entreprises, provoquant un nouveau crash majeur.
4. Cesser de mentir à tous, en laissant croire que la création monétaire suffira à recréer de la croissance et à éliminer la dette. La planche à billets n’est pas éthique ; elle ne fait que transférer les actifs les moins surs dans les bilans des banques centrales et prépare l’inflation, impôt sur les plus pauvres.
5. Éviter le risque de contagion de la crise chypriote aux systèmes bancaires italiens et espagnols. L’Italie, notamment, subit depuis plusieurs mois une baisse préoccupante de l’investissement privé et du crédit bancaire.
Pour faire tout cela et rendre éthique la finance, il faudra bien plus qu’une réunion d’un Eurogroupe disqualifié. Cela implique des choix philosophiques et géostratégiques majeurs. Qui osera les faire ?
j@attali.com


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