samedi 23 mars 2013

"La France Orange Mécanique", livre de chevet de Marine Le Pen


Bernard Delattre, Correspondant permanent à Paris de La Libre

“La France Orange Mécanique” : un succès de librairie qui en dit long sur une certaine France du moment.
C’est le livre qui, depuis un petit temps, se vend comme des petits pains. Plusieurs grands médias nationaux ont pris le parti de taire l’existence de ce brûlot, vu son côté sulfureux, mais il a enflammé les réseaux sociaux. Et, à la télé, a animé les talk-shows vespéraux, toujours friands de polémiques. Il est signé par un quidam : le journaliste Laurent Obertone - il est en Belgique ce mercredi, à l’invitation notamment du parlementaire libéral Alain Destexhe.

Sa "France Orange Mécanique" s’arrache notamment car Marine Le Pen en a fait la promo : la n°1 du Front national a dit et répété un peu partout, y compris à la télévision, combien elle adorait ce livre. Qui doit sans doute aussi son succès au fait d’être très en phase avec une certaine France - comme l’est, par exemple, un Eric Zemmour, auquel il fait immanquablement penser. Cette France où 32 % des sondés se disent d’accord avec les idées du FN.
Anxiogène, "ce document capital" sur l’insécurité narre dans le détail les faits divers les plus atroces commis dans l’Hexagone, ces dernières années. Ce qui fait froid dans le dos du lecteur moyen et permet à l’auteur d’asséner sa thèse : "L’horreur est quotidienne" en France, un pays rongé par "l’ ultraviolence" .
Anxiogène, populiste, complotiste : à la mode, donc
La réalité est plus nuancée. Après dix ans de politique sécuritaire de droite puis dix mois de son avatar socialiste, le degré de violence de la criminalité a (fortement) crû, mais le taux global de délinquance a (légèrement) diminué.
L’auteur, qui n’ignore pas cette réalité, la biaise doublement. En développant un discours lui aussi dans l’air du temps : populiste, antiélites et complotiste. Il met donc dans le même sac de nullité les hommes politiques incompétents, les juges et les enseignants laxistes ou les journalistes "quasiment tous de gauche" et coupés des réalités. Suit un très prévisible - en substance - "on nous cache des choses" : "les vrais chiffres de l’insécurité" ne seraient pas ceux qui sont donnés à l’opinion.
L’accusation est vieille comme le monde. Puisque les statistiques sur la délinquance ne recensent que les plaintes enregistrées et/ou les faits élucidés - ce qui n’a rien d’exhaustif de l’ensemble des crimes et délits. Mais les enquêtes dites "de victimation" , elles, sont plus parlantes, elles n’ont rien de secret, et l’auteur y puise d’ailleurs nombre des données qu’il présente, incorrectement, comme des révélations.
La partie la plus sulfureuse de l’ouvrage traite de la responsabilité des étrangers et des Français issus de l’immigration, dans "cet ensauvagement de la nation" .
Revisitant le darwinisme social, l’auteur présente ces populations comme comptant en leur sein, "de par leur culture" , un nombre plus important de "sous-adaptés" , autrement dénommés "rhinocéros bruyants et agités" . Le livre loue les thèses migratoire et sécuritaire du FN. Il relaie son concept de "racisme anti-Blancs" , qu’a recyclé l’UMP. Et souscrit aux slogans de ce dernier parti : le refus de "la bien-pensance" , du "politiquement correct" ou de "l’égalitarisme" . Enfin, le livre contient ce qui ressemble à un plaidoyer en faveur de la peine de mort ( "On classe les chiens par catégorie de dangerosité, et on euthanasie ceux qui mordent" ).
UN MARKETING SAVAMMENT ORCHESTRE
A achevé d’agiter le "buzz" la controverse sur l’appartenance, réelle ou supposée, de Laurent Obertone à l’extrême droite - il dément, mais a tenu des propos très ambigus. Un marketing savamment orchestré a aussi vendu ce journaliste comme "une des grandes signatures de demain" , ce que l’écrivain Michel Houellebecq aurait dit à son propos. Ont fait sensation, en outre, le recours par cet auteur à un pseudonyme pour des raisons alléguées de sécurité, ainsi que "les menaces de mort" qu’il dit avoir reçues. Enfin, il a confié la préface de son livre à un criminologue bien connu : proche de Nicolas Sarkozy, militant d’extrême droite dans sa jeunesse, et qui assimile Laurent Obertone rien de moins qu’à "un géant de la pensée" .
"La France Orange Mécanique", par Laurent Obertone, Editions Ring, 349 pp., env. 18 €.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
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C'est dire si le sujet est brûlant. Je n'ai pas lu le brûlot, comme je n'ai point lu "Mein Kampf". C'est un tort! Churchill, lui l'avait dévoré et dès 1935, Chamberlain pas! On sait la suite.
La crise fait rage et déstabilise la vieille Europe incapable de se ressaisir et de parler d'une seule voix, de réagir collectivement avec témérité. Bruxelles ronronne Barusso/Van Rompuy temporisent, Verhofstadt/Cohn Bendit tempêtent mais c'est Merkel qui tient le volant et vend ses machines en Russie, à l'Est son hinterland naturel et en Chine.
Le peuple gronde et se cherche des boucs émissaires; "France Orange Mécanique" lui donne du grain à moudre.
Se résigner donc à le lire pour se forger une opinion.
MG

Obertone sur le plateau de "On n'est pas couché". Crédit: Printscreen Youtube

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