jeudi 21 mars 2013

La langue arabe gagne du terrain à Bruxelles


Patrice Leprince(Le Soir)
Réalisé par la VUB (Vrije universiteit Brussel) à la demande de la Communauté flamande et de son ministre de l’enseignement Pascal Smet (SP.A), le 3e opus du baromètre de l’utilisation des langues à Bruxelles a livré son verdict
Le troisième opus du baromètre des langues réalisé par la VUB a livré son verdict: la capitale est un melting-pot linguistique avec 104 langues différentes pratiquées avec mention bien ou excellente. Le top 8 reste identique avec, en tête, le français, suivi de l’anglais et du néerlandais. La langue arabe, en 4e position, gagne du terrain.


ISLAMOPHOBIE CROISSANTE EN BELGIQUE
Ricardo Gutiérrez (Le Soir)
Un rapport européen constate la hausse des discriminations à l’égard des musulmans. Notamment en Belgique.
Le racisme, en Belgique, se manifeste de plus en plus sous les traits de l’islamophobie. C’est le constat que vient de poser, ce matin, la fédération européenne des organisations antiracistes, ENAR. Le constat est en tous points conforme au rapport que présentait Amnesty International, voici un peu moins d’un an, sur les discriminations à l’égard des musulmans.
Les 600.000 musulmans de Belgique font l’objet de discriminations persistantes, dans le domaine de l’emploi, de l’éducation et de l’accès aux services publics et privés. Les chiffres cités par ENAR sont édifiants : sur l’ensemble des dossiers de discrimination « religieuse », près de 80 % visent les musulmans ou les communautés musulmanes. En cause, principalement : les médias (51 % des plaintes), le monde professionnel (19 %) et l’enseignement (11 %).
Sur l’ensemble des nouveaux dossiers concernant des musulmans traités par le Centre pour l’Egalité des Chances, 58 % présentent des signes d’islamophobie et 23 % contreviennent aux lois antidiscriminations. Comme Amnesty, ENAR pointe l’exclusion de l’enseignement pour les étudiantes qui portent le foulard, alors même qu’aucun décret n’appuie ces réglementations.
Pour l’organisation européenne, les pouvoirs publics belges devraient s’employer à « rendre effectives les libertés fondamentales, dont celle de religion, des élèves, en abrogeant toutes les dispositions interdisant le port du foulard et autres pratiques ou signes convictionnels à l’école ».


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CONVIVANCE?
J'ai entendu chez Monique Toussaint (Chapitre XII) le Tunisien Abdelaziz Kacem, une des plus belles voix musulmane vivantes qui nous a dit dans un français d'une grande pureté sa nostalgie de Grenade et son rêve de nouvelles Andalousies.
L'évocation de son dernier livre "Al Andalus, vestiges d'une utopie fut un moment de grâce d'une grande douceur. Abdelaziz invoqua sa passion de la "convivance", sa mémoire croisée, se fâcha contre une Europe affadie et plaida pour une civilisation des deux rives de Mare Nostrum.
En moins d'une heure, il a regonflé mes batteries cosmopolites quelque peu déchargées par l'échec du Printemps arabe et m'a rendu l'espérance en de nouvelles andalousies.
De toute évidence, Bruxelles avec ses 104 langues a le potentiel et la vocation de devenir une Andalousie nouvelle. Si, par islamophobie et xénophobie elle devait refuser ce destin qui en ferait le microcosme, le laboratoire, voire le prototype de l'Europe à venir, elle risquerait de devenir un second Beyrouth. Il devient urgent de poser une question essentielle aux trois challengers de Charles Picqué, Didier Reynders, Laurette Onkelinx et Bernard Clerfayt. Quelle est votre conception de l'interculturel, du cosmopolitisme, bref de la "convivance"?
La convivance est la protection des libertés fondamentales, de l'environnement, de la santé publique et de l'héritage commun des valeurs spirituelles en Europe. (Pierre Bourdieu)
Dorénavant nous essayerons de donner chair à ce mot qui recouvre un concept qui participe de la dynamique interculturelle et cosmopolite qui est la raison d'être de ce blog.
Rien n'est gagné car l'islamisme et son pendant naturel l'islamophobie pourrissent de plus en plus le climat de la capitale du continent Europe lui même atteint par ce double virus épidémique.
MG


CONVIVANCE
Dans un discours prononcé sous la coupole, Mme Florence Delay indique que l'Académie a fait entrer le mot convivance dans son dictionnaire. Forgé de façon analogue à survivance, il forme un équivalent à convivenza (italien) et convivencia (espagnol). Il comble par ailleurs une lacune : il est moins étriqué que cohabitation, moins festif que convivialité, moins vaste et abstrait que coexistence, moins sévère et plus spontané que tolérance. De ce qu'il propose, Mme Delay donne une belle et nostalgique illustration en évoquant les sept siècles durant lesquels, dans la péninsule Ibérique, juifs, musulmans et chrétiens vécurent côte à côte (doit-on dire : convécurent ?), sans drames, instituant et développant même des échanges culturels - correspondances, traductions, études - dont l'apport à la culture européenne tout entière n'est plus à démontrer. François Taillandier


Al-Andalus
Abdelaziz Kacem

« Al-Andalus » - éternelle expression de la nostalgie d’un âge d’or chez les Maghrébins et les amoureux de la civilisation arabo-musulmane - aurait pu fêter son 1300e anniversaire en 2011. C’est dans ce voyage au travers de l’histoire, de la géographie autant que de la culture euro-méditerranéenne que l’auteur entend entraîner son lecteur sur le tempo d’un « que reste-t-il de nos amours ? » Que reste-t-il aujourd’hui de cette civilisation musulmane et européenne à la fois qui a rayonné au Xe siècle jusqu’à placer Cordoue – la capitale du califat omeyyade – comme la plus grande ville d’Europe ? Essor scientifique ; coexistence des juifs, des chrétiens - les Mozarabes - et des musulmans, eux-mêmes en majorité des convertis à côté des Berbères et des Arabes ; civilisation raffinée qui attirait les beaux esprits d’Orient et d’Occident ; croissance économique d’une région tirée par ses villes mythiques comme Séville, Grenade, Cordoue ou Alméria dont l’effondrement devant les royaumes de Castille en 1492 n’en fera pas moins la base de l’expansion espagnole en Amérique. Si l’expulsion des juifs et des musulmans fait écho à la sortie forcée du Paradis, il demeure toutefois, treize siècles après, au nord comme au sud de la Méditerranée, de nombreux vestiges de cette utopie. Une utopie qu’il est urgent de partager, à l’heure des révolutions arabes incertaines et des crises européennes où la civilisation, la convivance, autrement dit le vivre-ensemble, sont soumis à rude épreuve.
Abdelaziz Kacem (Tunisie) est agrégé de l’Université. Il a assumé de hautes responsabilités dans les secteurs de l’éducation, de la culture et de la communication. Écrivain bilingue, il est l’auteur de plusieurs recueils de poésie et d’essais. L’Académie Française lui a décerné, en 1998, le Prix du rayonnement de la langue et de la littérature françaises.



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