vendredi 8 mars 2013

Maingain: "Le MR est le maillon faible"


Mathieu Colleyn

Olivier Maingain demande aux autres partis d’être plus “lucides”.
Olivier Maingain, président du FDF, craint que les partis politiques francophones ne cèdent face à la N-VA. Il s’en explique suite à l’interview accordée par Bart De Wever à "La Libre".
LA N-VA PREPARE UN PROJET CONFEDERAL QUE VOUS CONTESTEZ. NEANMOINS, VOTRE PROJET PREVOIT UN ETAT WALLONIE-BRUXELLES, N’EST-CE PAS LA UNE INSPIRATION CONFEDERALISTE ?
Nullement. Mon projet s’inspire de propositions formulées par les professeurs Behrendt et Dumont : si la Flandre continue à connaître des poussées autonomistes plus radicales et conteste toujours le rôle de Bruxelles comme troisième région à part entière, alors il faut une réponse claire : l’Etat Wallonie Bruxelles dans un Etat fédéral. Ma ligne de conduite n’a rien à voir avec la coquille vide que De Wever appelle de ses vœux. Il faut fortifier la solidarité entre deux régions qui risquent d’être perdantes toutes les deux si elles sont séparées.
LE TERME “ETAT” N’EST-IL PAS MALVENU ?
Ce terme existe dans certains systèmes fédéraux comme les USA. J’ai entendu le président du PS parler de nation, mais ce mot a une dimension historique et peut être très mal compris. Je veux aussi dire aux partis flamands qu’ils ne peuvent aller toujours de l’avant sans en payer le prix : "Puisque vous avez imposé une logique territoriale à votre avantage, celle-ci se retourne contre vous une fois qu’on parle de Bruxelles". Il n’y a aucune raison d’admettre une emprise grandissante de la Flandre au détriment des intérêts économiques et sociaux des Bruxellois.
DE WEVER PARLE DE DEUX DEMOCRATIES.
Il faut démasquer Bart De Wever. Et dire aux Wallons et aux Bruxellois que la menace, c’est la volonté que les Bruxellois ne soient plus maîtres chez eux. Certains francophones pourraient s’inscrire dans cette logique. C’est le rendez-vous crucial de 2014.
C’EST CE QUE DE WEVER EST EN TRAIN D’ESSAYER DE SUSCITER EN CE MOMENT ?
Sa stratégie, c’est dénoncer les faiblesses de la gestion publique au sud du pays. Il tente, puisqu’il sait qu’il y a là un motif de mécontentement de la population, de faire croire que la Flandre nationaliste peut être l’allié de ceux qui veulent remettre en cause cette gestion déficiente. Il faut s’opposer tout de suite à lui.
SON BUT N’EST-IL PAS SURTOUT DE FAVORISER L’EXCLUSION DES SOCIALISTES, D’APPELLER A VOTER MR ?
Le MR est en train de devenir le maillon faible de la résistance francophone. Nous le vérifierons dans les prochains mois. J’entends beaucoup de choses contradictoires au MR. Alain Destexhe sert de brosse à reluire à la N-VA. Il va jusqu’à remettre en cause le discours du Roi Certains sont très loin dans l’idée de soumission à la N-VA. Au MR, il y a une grande cacophonie. Je rappelle que Charles Michel, malgré son discours actuel, avait en son temps reçu Bart De Wever au siège du MR pour tenter de trouver des accords.
CETTE TENTATION EXISTE TOUJOURS SELON VOUS ?
Elle existe peut-être dans d’autres partis, nous le verrons. Ceux qui croient qu’ils vont pouvoir prendre le programme socio-économique de la N-VA sans leur programme institutionnel sont naïfs. Ou alors ils cherchent à tromper l’opinion publique.
LE FDF EST COMPLETEMENT ISOLE. COMMENT COMPTEZ-VOUS PESER SUR L’AVENIR ?
Je demande de la lucidité aux autres partis. Les francophones ne vont plus pouvoir fuir longtemps leurs responsabilités. La logique de certains a toujours été la même : limiter la casse. 2014 sera le rendez-vous de l’essentiel. Les francophones ne savent pas où ils veulent aller. De Wever va s’employer à les écarteler.
QUE VOUS INSPIRE LA DEMISSION DE STEVEN VANACKERE ?
C’est un homme qui n’était pas un politique, mais un technocrate à qui on a fait porter une charge qui le dépassait. Ce qui me frappe, c’est l’épuisement des partis. Pour remplacer successivement deux ministres (Paul Magnette et Steven Vanackere, NdlR), les partis n’ont pu trouver dans leurs rangs des hommes ayant assez de cran. On doit faire appel à des technocrates de l’ombre. En démocratie, on devient ministre d’abord quant on a eu le soutien du peuple. On ne peut prétendre l’être que si on a le courage d’aller défendre son bilan devant les électeurs. Les deux intéressés disent qu’ils font un interim : c’est un très mauvais signe pour la démocratie et le fonctionnement des institutions. C’est le signe d’une faiblesse très grave.
ET SUR L’ASPECT POLITIQUE DE L’AFFAIRE ?
L’absence de transparence. Le Premier ministre a aussi une responsabilité. Tous les partis sont associés à ce qui s’est passé chez Dexia puis Belfius, tous ont eu des représentants dans les organes de gestion. C’est une banque où les politiques allaient tirer beaucoup d’avantages, notamment pour leurs communes. Les politiques sont responsables du choc de Dexia. Cette affaire révèle la confusion des genres entre la gestion publique et les intérêts privés. C’est une question qui n’est jamais tranchée en Belgique : il y a trop de politiques qui siègent dans des institutions mixtes. Je pense aux intercommunales, à Ethias.
VOS BOURGMESTRES DE LA PERIPHERIE NE SONT PAS NOMMES ET LE MINISTRE BOURGEOIS TESTE LE CONSEIL D’ETAT. NOUVELLE BATAILLE EN VUE ?
C’est consternant. Nous sommes des légalistes, nous respectons les institutions. Je ne me permets pas de menacer le Conseil d’Etat dont j’attends l’arrêt avec beaucoup de sérénité. Parce que nous avons obtenu l’arrêt de la cour d’appel de Mons déclarant les circulaires flamandes illégales. M. Bourgeois est dans une logique où rien ne peut arrêter les abus du gouvernement flamand. La Flandre n’a plus de comptes à rendre à personne, ni à l’Etat belge, ni aux francophones, ni à des juridictions supérieures. Je suis choqué. On peut contester un accord, mais il faut respecter la loi. Si on ne le fait pas, c’est la violence brutale, c’est un appel aux rapports de force permanents.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CAVALIER SEUL
Les analyses de Olivier Maingain sont cinglantes et d'une lucidité qui donne froid dans le dos.
Il lit dans de Wever comme dans le marc de café. Il le devine, le cerne, l'anticipe. "Sa stratégie, c’est dénoncer les faiblesses de la gestion publique au sud du pays. Il tente, puisqu’il sait qu’il y a là un motif de mécontentement de la population, de faire croire que la Flandre nationaliste peut être l’allié de ceux qui veulent remettre en cause cette gestion déficiente. Il faut s’opposer tout de suite à lui."
"Il faut démasquer Bart De Wever. Et dire aux Wallons et aux Bruxellois que la menace, c’est la volonté que les Bruxellois ne soient plus maîtres chez eux"
"Si la Flandre continue à connaître des poussées autonomistes plus radicales et conteste toujours le rôle de Bruxelles comme troisième région à part entière, alors il faut une réponse claire : l’Etat Wallonie Bruxelles dans un Etat fédéral."
Pendant des décennies les francophones ont joué au chat et à la souris avec les Flamands.La souris a pris un coup de vieux et le matou flamand est devenu énorme et aussi agressif que le Lion des Flandres. 2014 dira aux Bruxellois de quoi leur avenir sera fait.
MG




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