mercredi 10 avril 2013

Combien gagne un enseignant?


Le Soir

Le 'plus beau métier du monde' est maintenant difficile à exercer. Pénurie, absentéisme, salaire bloqué, déprime... La fonction d'enseignant n'a plus le prestige d'autrefois en communauté française. Comment y gagne-t-on sa vie? {C}
Il n'y a plus assez de professeurs: les jeunes se détourneraient massivement de la profession. Les chiffres récents sont alarmants: un prof sur deux quitte le métier avant huit ans d'enseignement. Comment gagne-t-on sa vie dans un métier en perte de reconnaissance et qui se cherche un futur?
Autant le dire tout de suite: si vous êtes à la recherche d'avantages extra-légaux, n'embrassez pas la carrière d'enseignant!
Voiture de société, chèque-repas ou un système de bonus n'apparaissent qu'à de très rares occasions dans le mode de rétribution de ce secteur. Par contre, vous recevrez un salaire fixe correct qui, dès le tout premier jour, est déterminé en fonction des barèmes.
Le salaire de départ pour un bachelier de l'enseignement supérieur de type court tourne autour des 2010€. Un jeune professeur, issu du milieu universitaire verra apparaître sur sa fiche salariale la somme (d'environ) 2310 € bruts. Plus tard dans la carrière, une fonction de directeur ouvrira la perspective de meilleures attentes salariales.
Combien gagne-t-on dans le secteur de l'enseignement?

5 ans d’expérience
20 ans d’expérience
Simple professeur
2.430 €
3.340 €
Enseignement supérieur
2.740 €
3.300 €
Direction
4.280 €

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE CHAGRIN DES PROFS

​Chers lecteurs avez-vous remarqué comment procèdent les quotidiens désormais pour aborder une question épineuse? Prenons un exemple, précisément celui qui nous est proposé par cet article consacré au dossier de la condition sociale des enseignants.
Premier temps: on envoie un appât, une amorce comme disent les pêcheurs à la ligne. Ensuite on attend et aussitôt les poissons mordent à qui mieux mieux et chacun y va de son commentaire. Résultat on oscille du dithyrambique au pire que pendre. Qui qu'il soit, le lecteur y trouve son compte puisque sur un forum on affirme tout et son contraire.
Volontaire ou pas, consciente ou pas, c'est une forme de manipulation. En effet un rédacteur n'oserait pas signer le tiers du quart de ce que se permettent sans vergogne les internautes. Dans ce cas présent c'est patent. Lisez par vous même, c'est un peu long mais vraiment instructif et tirez vos propres conclusions de ces témoignages vécus :
"Arrêtez de toujours viser les profs en cas de violence-échecs-problèmes à l'école.....c'est la Société dans son ensemble qui est responsable de ce gouffre autant financier que social."
" Encourageons les profs innovants qui osent le changement et il y en a!"
"Lancez un système d'apprentissage intégré et cohérent d'évaluation-compétences. Proposez des coachs aux nouveaux profs durant leurs 2 premières années (voir plus) car il n'y a rien de pire que de débarquer et de s'entendre dire : "allez, courage, on compte sur vous!" surtout quand on vient du privé. Faites de la promotion en interne des profs (profs vers administration scolaire) une priorité....en effet, un prof après 20 ans de carrière peut espérer devenir directeur d'école pour 3-400 euros net de plus par mois"
"Moi je suis content d'être prof (même très) mais il faut être réaliste.....dans 5 ans (voir moins), les écoles privées seront inévitables (l'hémorragie de profs continuera de plus belle....vu les salaires qu'ils proposeront) pour sortir de l'impasse........et c'est le système actuel qui nous y pousse......."
"S'il est vrai qu'au fil du temps on gagne mieux sa vie dans le privé, je souhaite néanmoins apporter quelques rectificatifs à cette affirmation:
- l'assurance groupe est généralement non une rente mais un capital (donc non indexé!) que l'on reçoit lors du départ à la retraite. Elle est souvent financée en partie par l'employé. Si on décède à 75 ans on peut espérer qu'il reste quelque chose du capital... A l'état il existe par contre une pension de l'ordre de 75% du dernier revenu brut versée à vie et indexée.
- lorsqu'on est professeur nommé, il faut vraiment avoir commis un délit très grave pour recevoir un C4. Par contre, il y a bien peu de cadres ou d'employés du secteur privé qui ne se font pas "jeter" à l'occasion d'une restructuration alors qu'ils sont encore dans la cinquantaine et qu'ils ont encore des charges de famille.
- enfin, les enseignants disposent d'un nombre de jours de congé plus qu'appréciable. Dans le secteur privé (c'est également vrai pour les indépendants), l'horaire des cadres qui font carrière et qui donc auront des revenus plus élevés est en moyenne de 10-12 heures par jour + travail une partie des week-ends. Une semaine de 55-60 heures n'a rien d'extraordinaire.
Au total, il est très difficile de comparer le secteur étatique au privé car des avantages et inconvénients existent des deux côtés. C'est un choix de vie: un peu plus de revenus avec plus de risques et des horaires plus lourds ou une sécurité d'emploi, des horaires pénards et un salaire moins élevé mais garanti à vie."
"C'est un beau métier, et il serait temps que les pouvoirs publics en prennent conscience sinon il ne restera plus beaucoup de candidats pour l'exercer... J'ai enseigné 3 ans, jusqu'à ce que Laurette Onkelinx décide de fusionner les écoles afin de supprimer des emplois de profs, pour faire des économies. Résultat: des classes surchargées... et désormais une inquiétante pénurie de profs de langues; quand on parle les langues étrangères on trouve facilement du travail dans le privé... et bien souvent, on y reste.
Le fait est que je gagnerais plus en retournant dans l'enseignement, mais je ne suis pas prête à affronter 25 ados mal éduqués, même avec 3 mois de congés. C'est trop de stress.
Une dernière remarque: c'est toujours sur le secteur éducation- santé-culture que les pouvoirs publics rognent, et tout le monde a l'air de trouver cela normal. Pourtant, de l'argent, il y en a quand l'Etat belge vient à la rescousse de Fortis ou Dexia."
"Etre prof à Bruxelles c'est éreintant. C'est gérer des classes d'adolescents qui, en plus des problèmes inhérents sont assaillis de problèmes sociaux en tout genre, sont pauvres et frustrés, parfois mal éduqués, avec une image déplorable de l'école et de ses professeurs."
Gérer une classe comme on en trouve à Bruxelles est un gouffre d'énergie. S'il y a pénurie d'enseignants, ce n'est pas pour rien."*
"J'enseigne depuis 11ans, que je suis marié avec 1 enfant à charge, que mon épouse est ergo salariée au CHU (nos deux salaires sont équivalents (net:1600€) et que plus les années passent, plus nos économies s'amenuisent. Nous avons pourtant fait des choix de plus en plus économes dans notre train de vie: un seul véhicule, réduction des loisirs, gestion sévère des dépenses énergétiques, etc."
"Je travaille dans une école agréable mais dont le climat se dégrade un peu plus chaque année. Les classes surpeuplées, ce n'est pas un mythe. Les jeunes de 12 ans qui ont l'assurance de pouvoir tout se permettre en toute impunité sont légions... Comptez, en moyenne, dans mes classes de 25 élèves, entre 5 et 8 leaders qui vont les uns après les autres rivaliser pour tenter de prendre le contrôle. Le reste de la classe rit, ou subit selon l'humeur du jour. Il m'a fallu 10 ans pour comprendre que je perdais mon temps à tenter de rivaliser. Je joue souvent la carte de l'humour, parfois j'avoue jouer la carte de la surenchère... Dans notre jeu, on nous a supprimé pas mal d'atouts: le directeur joue la conciliation, les parents jouent le front commun, les collègues font l'autruche (c'est humiliant d'avouer qu'une classe vous mène par le bout du nez), les inspecteurs et autres autorités vous balancent des programmes "magiques" tous les 4 ans en moyenne (histoire de publier quelques manuels qui arrondiront leurs fins de mois)..." "Ne vous y trompez pas: j'aime mon métier. Mon métier c'est d'être en classe, c'est d'essayer de tirer le meilleur de chacun, c'est de les amener à se surprendre eux-mêmes.
Mais ce métier-là, les conditions actuelles ne sont pas réunies pour l'exercer."
"A domicile, après les tâches ménagères et culinaires que nous partageons avec ma femme, nous profitons quelques instants de notre fille de deux ans et ensuite je me demande si je vais me mettre à travailler pour corriger ou préparer mes cours... (il est souvent 21h) ou aller dormir parce que le lendemain, il y a encore 25 endormis que vous allez devoir éveiller à la connaissance. "

Il y a à boire et à manger dans ces témoignages aigre-doux qui évoquent plus de déboires que de victoires, de rancœurs que de bonheurs.
Certes il y a des profs heureux, mais ils semblent de moins en moins nombreux, singulièrement en région bruxelloise où la situation s'est terriblement dégradée au cours des vingt dernières années. Le monde politique obsédé par le court terme, le bref horizon d'une législature n'a pas l'air de comprendre qu'il s'agit, pour survivre à la globalisation, d'investir dans le temps long: celui de la formation, de l'instruction et de l'éducation. A défaut nous irons droit au déclin.
MG



1 commentaire:

Anonyme a dit…

J'enseigne depuis 30 ans et je le trouve très juste votre commentaire. Si je suis toujours heureuse dans ce métier, c'est, en partie, parce que je donne cours dans les niveaux supérieurs du secondaire et un certain écrémage des élèves s'est déjà fait. Aussi parce que j' ai la chance de travailler dans deux écoles assez bien gérées par les directions respectives et ceci est très important.