jeudi 18 avril 2013

"Quand je suis devenue belge, je n’ai rien dû promettre!"


Une contribution d'Assita Kanko

"L’intégration est une obligation morale pour tous. Soyons cohérents : pour ceux qui n’aiment pas notre constitution et nos lois, l’Arabie Saoudite et l’Iran sont assez riches pour accueillir une partie de la misère du monde."
Assita Kanko est conseillère communale MR à Ixelles. Née au Burkina Faso en 1980, elle est arrivée en Belgique en 2004.
QU’EST-CE QUE CELA PEUT FRANCHEMENT FAIRE DE MAL SI JE MANGE PARFOIS DU MANIOC?
Quand Didier Reynders parle d’immigration ou d’intégration, on dit qu’il stigmatise. Quand c’est Bart De Wever qui en parle, on dit qu’il est visionnaire. Est-ce vraiment à cela que doit être réduit ce débat important qui concerne des êtres humains ? Surtout quand, loin de toutes ces agitations faciles et réductrices, nous voulons avant tout gagner notre pain, obtenir une place dans une école, voir nos enfants grandir dans des quartiers sûrs ... et être fiers dans un pays libre.
Mais pouvons-nous encore être fiers de nous aujourd’hui ? Au lieu de parler d’avenir commun, nous menons des combats du passé. Au lieu de voir ce qui nous unit, nous mettons en avant ce qui nous divise. Nous n’avons plus d’imagination et nous sommes devenus intellectuellement fainéants. Des sujets comme l’immigration et l’intégration ne devraient pas être tabous pour nous et les aborder ne devrait pas relever de l’héroïque ou du scandaleux. Malheureusement l’échec de la société multiculturelle a créé un malaise qui pousse à certains excès.
Oui, osons le dire au lieu de seulement le penser. Oui, nous devons assumer notre devoir de solidarité envers le reste du monde, notamment en matière d’accueil des réfugiés. Mais soyons réalistes. Nous ne pouvons pas accueillir tout le monde. Le fait est que nous ne sommes qu’un petit pays de 11 millions d’habitants sur un territoire de 30.000 km2 avec une dette énorme, une compétitivité sous pression, des défis importants pour l’emploi et un appauvrissement réel de la population. Aujourd’hui les banques alimentaires sont débordées par les demandes d’aide. Un nouveau record serait atteint depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cette pauvreté nouvelle frapperait surtout des travailleurs indépendants, des pensionnés et même des ménages à deux salaires !
Face à cette réalité implacable, certains rêvent d’une immigration tendant vers zéro.
NOUS NE SOMMES PAS AU PAYS DES BIZOUNOURS.
Restons réalistes : cette option n’est ni possible, ni souhaitable. L’immigration reste nécessaire, notamment pour combler le déficit de main-d’œuvre lié au vieillissement de la population. Mais si les arrivants n’assument pas leur part de responsabilité dans notre société, ils deviennent une partie du problème et non une partie de la solution.
L’intégration est une obligation morale pour tous. Soyons cohérents : pour ceux qui n’aiment pas notre constitution et nos lois, l’Arabie Saoudite et l’Iran sont assez riches pour accueillir une partie de la misère du monde.
Il est clair que si l’on veut vivre dans un pays où la loi et/ou les mœurs permettent à un violeur d’épouser sa victime comme seule punition, dans un pays où l’apostasie et l’homosexualité sont punies de prison voire de mort, dans un pays où l’avortement est encore interdit, dans un pays où les écrivains et les journalistes sont muselés,… alors on ne vient pas vivre en Belgique, au cœur de cette Europe de Voltaire et de Diderot…
L’immigration et l’intégration méritent un débat de fond si l’on veut créer un avenir commun viable. Mais à l’Ouest, il n’y a vraiment rien de nouveau. N’est-ce pas toujours la politique de l’autruche, la mauvaise foi ou l’hypocrisie qui prennent trop souvent le dessus face à ce défi important ? Il y a d’abord ceux qui contribuent à l’échec de l’intégration par le communautarisme ou la lâcheté politique des « accommodements raisonnables ». Cela ressort soit d’une naïveté imbécile, soit d’un calcul électoral minable et irresponsable.
Ensuite, il y a ceux qui prônent l’intégration mais qui ne sont pas encore prêts à l’accepter : cela, c’est de la mauvaise foi. Pour eux, un immigré bien intégré est inconcevable ou simplement menaçant pour leur fond de commerce populiste. Ils vont alors jusqu’à rechercher l’assimilation. Qu’est-ce que cela peut franchement faire de mal si je mange parfois du manioc ?
Enfin il y a ceux qui éprouvent un profond malaise face à ce sujet et qui décident de se taire, de museler les autres ou de défendre un élan de générosité illimitée : cela c’est la politique de l’autruche. Nous ne sommes pas au pays des bizounours.
Je le dis haut et fort : ces attitudes politiques démissionnaires et ce relativisme culturel qui nient l’individualité et le potentiel de chaque immigré et insultent l’intelligence des électeurs relèvent du vrai mépris et de la paresse politique et intellectuelle.
Nous pouvons réussir un dialogue serein pour une politique dépassionnée, réaliste et innovante. Pour cela nous devons admettre nos erreurs et opter pour un discours et des actes généreux mais aussi courageux et exigeants. Ce n’est pas compliqué : l’immigré est simplement un homme comme les autres.
MON SOUVENIR EST AIGRE-DOUX
Mon souvenir du jour où je suis devenue belge est aigre-doux. C’était un grand jour pour moi.
Mais au lieu d’être un acte solennel, recevoir ma nouvelle nationalité s’était réduit à une vulgaire formalité administrative dans un bureau presque sordide, face à des fonctionnaires quasiment blasés. A ma joie se mêlait bientôt la frustration de la banalisation qui m’a rendue orpheline de quelque chose puisque je n’ai rien dû promettre.
Promettre par exemple de respecter nos valeurs, entendre ce que ma nouvelle citoyenneté impliquait pour moi en termes de droits mais aussi de devoirs. Pas étonnant que cela puisse être perçu par certains comme un passeport pour l’Etat providence.
Pour de nombreux autres immigrés et pour moi-même, c’était et cela reste un passeport pour la liberté et la responsabilité ! Entendons aussi leur voix. Pour eux, ce débat n’est ni exceptionnel ni tabou.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
" AU LIEU DE PARLER D’AVENIR COMMUN, NOUS MENONS DES COMBATS DU PASSE."

"L’immigration et l’intégration méritent un débat de fond si l’on veut créer un avenir commun viable." "Mais si les arrivants n’assument pas leur part de responsabilité dans notre société, ils deviennent une partie du problème et non une partie de la solution."
N'est-il pas préférable, plutôt que de ressasser un passé révolu, d’œuvrer ensemble au quotidien à la construction d’une société qui cherche son avenir commun. Comme dit Eric Corijn : dans une ville comme Bruxelles qui accueille depuis plusieurs décennies plus de 180 nationalités ce n’est pas à partir de l’histoire qu'on forgera la vision d’un devenir commun bruxellois mais bien dans une projection commune de notre avenir cosmopolite.
Le microcosme Bruxelles est devenu le reflet d'un macrocosme mondial.
Désormais le peuple bruxellois ne parle plus le sabir de Coppenolle et Bossemans mais 120 ou 130 idiomes différents.
Que ce soit le conflit palestino-israélien, les guerres ethniques au coeur du Congo anciennement belge ou la guerre civile syrienne, tout cela a des répercussions sur les comportements du nouveau peuple bruxellois.
"Nous n’avons plus d’imagination et nous sommes devenus intellectuellement fainéants." lance Assita Kanko belge de fraîche date, bien intégrée au point d'être bilingue parfaite et conseillère communale à Ixelles.
Il faudra en avoir cependant, de l'imagination et de la créativité si on veut éviter le pire: que notre triple capitale (de Belgique, de Flandre et d'Europe) ne soit déchirée par des conflits durs entre communautés, comme autrefois Beyrouth après qu'elle fut la perle de l'orient.
Ce scénario du pire peut être évité à condition d'induire résolument et avec détermination une dynamique de dialogue interculturel franc et engagé. Un dialogue où on cesse de regarder l'autre avec suspicion, où on renonce à vouloir assimiler l'étranger venu d'ailleurs mais où, bien campé dans sa propre identité culturelle on cesse de regarder celle de l'autre comme une menace potentielle. Prenons enfin conscience que désormais, les identités sont plurielles, complexes : Assita Kanko en est une vivante illustration.
Certes, si je considère les protagonistes de Sharia 4 Belgium comme des ennemis redoutables de notre démocratie qu'il faut à tout prix empêcher de nuire, en revanche je refuse de regarder les deux ados, bons élèves de l'Athénée F. Blum, issus de familles bien "intégrées" comme des ennemis potentiels de notre démocratie pluraliste.
Ils ne sont à mes yeux ni des héros, ni des terroristes en puissance mais les victimes d'une société qui ne les fait rêver qu'à la consommation notamment de jeux vidéos et de messages simplificateurs véhiculés par certains réseaux sociaux sur internet. Que faire pour lutter contre cela?
Il n'y a qu'une seule réponse: l'école! Développer dans les établissements scolaires, tous réseaux confondus cet esprit frondeur et résolument critique et anti dogmatique qui régnait, précisément à l'athénée Fernand Blum quand j'y étais élève dans les années soixante et qui a profondément marqué des générations d'élèves. Ayons de l'imagination, cessons d'être "intellectuellement fainéants". Il est impératif de réformer notre enseignement en profondeur pour qu'il cesse d'être ce qu'il est trop souvent devenu: une machine de conditionnement culturel sur base de compétitivité exacerbée. Pour qu'il devienne ce qu'il fut autrefois dans beaucoup d' établissements secondaires bruxellois : un lieu privilégié où des profs engagés, au noble sens du terme, n'hésitaient pas à s'opposer à leurs élèves en leur faisant bien comprendre que le savoir et la compétence se conquièrent de haute lutte et par l'effort, comme la liberté.
Mais cela n'est possible qu'avec des enseignants qui soient des intellectuels libres et non pas de ternes fonctionnaires assermentés.
MG





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