jeudi 11 avril 2013

Lettre ouverte à nos fils partis se battre en Syrie


Une mère et un père (in La Libre Belgique)

Chers fils (et compagnons),
Un jour, vous êtes partis sans rien nous dire, ou pire, en nous mentant quant à la destination finale de votre "voyage". Certains ont dit vouloir aller aider (qui ? où ?) en laissant ainsi les familles dans l’angoisse... Nous nous interrogeons quant à la connaissance et la compréhension réelle que vous avez de l’Islam, dont on nous dit qu’il affirme que les enfants doivent respect et obéissance aux parents. On vous fait croire à l’accès direct au paradis, par la mort au combat, mais un hadith ne dit-il pas "Le paradis se trouve sous les pieds des mères" ?
C’est plus tard, et grâce aussi à l’aide des autorités belges et de la presse, que nous avons appris que vous êtes partis "vous battre" à côté de vos frères, contre d’autres "frères". Dans ce cas aussi, nous doutons de votre connaissance de l’islam. Celui-ci ordonne à tout musulman : "Combattez dans le Chemin de Dieu ceux qui vous combattent, mais n’agressez point. Dieu n’aime pas les agresseurs." (Coran- sourate 2, verset 190).
Nous savons que l’appel au djihad en Syrie, formulé par certains télécoranistes qui déclarent soi-disant licite ("halal") le meurtre de musulmans par d’autres musulmans, est vivement condamné par d’autres courants de l’islam, comme l’Assemblée des Oulémas de Jérusalem. Le savez-vous ?
Certes, la solidarité envers ceux qui souffrent est souhaitable, voire même nécessaire, mais hormis dans les courants salafistes, une majorité de musulmans en Belgique estime "haram" (illicite) cette légitimation du meurtre.
Nous craignons pour votre vie, mais craignons aussi que vous deveniez des meurtriers. Des savants musulmans nous disent que la seule guerre légitime est strictement défensive, lorsque l’existence de la communauté musulmane est menacée, ce qui n’est en aucun cas le cas ici, puisqu’il s’agit d’une guerre entre musulmans d’obédiences différentes.

L’Association des Musulmans Progressistes de Belgique s’insurge contre les discours sectaires qui incitent certains jeunes belges à partir combattre en Syrie, au côté des rebelles s’opposant au régime du président Assad. Et son président, Monsieur Feouad Benyekhlef, de déclarer : "Ces jeunes dans le désarroi vont chercher des réponses à leurs questions auprès de groupes sectaires".
Une certaine presse vous accuse d’être des jeunes "désœuvrés". Nous savons que cela est faux, et que vous êtes partis ni par esprit de lucre ou de vengeance, ni par haine de l’Occident
Il faut que vous reveniez rapidement pour prendre vous-même la parole. Dans nos pays démocratiques, souvent les témoignages d’"hommes justes" peuvent faire changer le cours de l’Histoire, et, par voies démocratiques, obtenir ce que les armes et les deuils n’ont pas réussi à conquérir
Nous vous attendons avec tout notre amour.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE CORAN COMME ANTIDOTE DU FANATISME?

Il y a une dizaine d'années, Ali Daddy signait un livre ambitieux: "le Coran contre l'intégrisme."
Pour qui sait lire (et ils sont peu nombreux ceux qui, en lisant, chaussent les lunettes de l'esprit critique) le coran est avant tout un traité d'éthique et non pas seulement (il l'est également) un catalogue de prescrits exigeant l'orthopraxie.
C'est de fait, si j'ai bien compris, la thèse centrale de ce livre dont on attend une suite actualisée avec impatience.
Le salut ne viendra pas des petits fanatiques au garde à vous, convertis de fraiche date ou non, mais au contraire des esprits ouverts et libres qui, à la manière des musulmans progressistes qui incitent à la réflexion franche et critique. Il faut s'en réjouir et les encourager car leur démarche courageuse ne fait pas l'unanimité dans les communautés. Espérons donc qu'une colombe fasse un nouveau printemps.
Seuls les artistes et les intellectuels émancipés auront raison du fanatisme religieux et politique. Un adith ne dit-il pas: "l'encre des savants est plus précieuse que le sang des martyrs?"
Si le savant fait un ijtihad et voit juste, il obtiendra double récompense... S'il fait un ijtihad (l'effort de réflexion, complémentaire au Coran) et se trompe, alors il obtiendra simple récompense et sera pardonné pour son erreur...
Mais le savant, l'intellectuel libre penseur qu'il soit croyant ou non n'a que faire des récompenses. Bel Agir ne demande pas de récompense, il se suffit à lui même.
MG


JEUNES BELGES EN SYRIE: "NOS FILS ETAIENT EN RECHERCHE D’IDENTITE"
Christophe Lamfalussy (La Libre Belgique)
En novembre dernier, six jeunes de Laeken sont partis en Syrie pour se battre. Deux parents témoignent. Ils seraient 600 Européens à avoir rejoint les rangs des rebelles, selon un rapport. La Flandre s’inquiète.
En novembre dernier, un groupe de six jeunes de Laeken est parti discrètement pour la Syrie. Il y avait là Sean, Sammy, Zachariah et d’autres, des copains de quartier. Ils ont la vingtaine, ne sont pas des combattants et n’ont jamais appris le maniement des armes. Pourtant ils sont partis. Ils ont rejoint une unité de djihadistes étrangers qui opérerait dans la région d’Alep avec l’opposition syrienne et qui se bat contre l’armée de Bachar Al-Assad.
Sean est mort dans la nuit du 15 au 16 mars. Une explosion. Ils étaient en mission. Zachariah s’est penché sur Sean. Le jeune Laekenois, qui venait d’atteindre ses 24 ans, a confié ses dernières paroles à son ami de quartier. Sammy, lui, a reçu une balle dans le dos. Il s’en est sorti. Sean a été enterré selon la tradition musulmane, sur place.
LES PARENTS ONT BESOIN DE PARLER
Pourquoi sont-ils partis ? Pourquoi n’ont-ils rien dit ? Aurions-nous pu les arrêter ? Les parents de ces jeunes Belges partis se battre en Syrie se posent toutes ces questions. Ils sursautent le matin en entendant les nouvelles à la radio. Ils cherchent frénétiquement sur internet des informations. Ils ont reçu le soutien d’agents de police communaux. Ils parlent avec les gens du quartier. Aujourd’hui, ils veulent aussi faire savoir au plus grand nombre ce qu’ils ont sur le cœur. D’où cette lettre ouverte publiée ce jeudi dans les colonnes de La Libre Belgique.
Le père de Sean et la mère de Sammy ont accepté de livrer leur histoire à La Libre, sous couvert de l’anonymat. Car ni l’un ni l’autre ne veulent être exposés pour le moment aux feux puissants des médias. Mais pour leurs enfants, pour que Sammy revienne, ils veulent raconter.
POUR SEAN, TOUT EST PARTI D’UN ACCIDENT
Sean est né le 11 mars 1989, fruit d’un amour entre deux étudiants de l’institut des Arts et Métiers d’Anderlecht. Il a toujours vécu avec sa maman, d’origine congolaise, entre Molenbeek et Laeken. Il a étudié à l’Athénée Royal de Jette, puis entrepris des études de tourisme au Ceria.
"À 21 ans", raconte son père imprimeur, "le frère d’un de ses meilleurs amis, Sébastien, est décédé dans un accident. C’était un drame. Ils ont fait des prières à la mosquée. C’est comme cela que cela a commencé. Sean a lu le Coran. Il s’est converti. Au début, il n’était pas très engagé. C’est venu progressivement. Il s’est converti à la nourriture halal. Il a commencé à écouter des sourates dans son MP3 quand je travaillais avec lui".
Le fait que Sean était métis (tout comme Sammy d’ailleurs) l’a sans doute aidé "à s’intégrer plus facilement dans la communauté nord-africaine".
Le père le voyait les week-ends, deux à trois fois par mois. Il a le sentiment que son fils cherchait sa destinée et son identité. "Il voulait faire l’islam à fond, un islam sincère et pur", dit-il. L’été dernier, le jeune Laekenois est parti faire le pèlerinage de La Mecque comme tout musulman doit le faire une fois dans sa vie. À son retour, il s’était laissé pousser la barbe.
Aurait-il dû s’alarmer ? A posteriori, le père regrette. "Moi je suis bouddhiste", répond-il. "J’ai une grande ouverture d’esprit. Je me suis dit qu’il devait faire son expérience. Je lui donnais cet espace de confiance. Mais je regrette. J’aurais dû intervenir. Mais que peut-on dire à un jeune de 23 ans ?"
UN ELAN RELIGIEUX CHEZ SAMMY
Sammy est né à Bruxelles le 9 août 1989, d’un père catholique, d’origine ivoirienne, et d’une mère belge, qui milite depuis longtemps dans les mouvements pour la paix. Ils sont aujourd’hui séparés. "S’il n’était pas dans la religion musulmane, il aurait été curé dans la religion catholique", dit de lui sa mère. Car Sammy a connu un élan religieux très tôt. À l’âge de sept ans, à la suite d’un cours de religion catholique, il demande à être baptisé. Adolescent, vers 14-15 ans, il se convertit à l’islam, une religion qu’abhorrait son père. "Je n’ai pas montré de désaccord", dit sa mère. "J’ai dit : c’est ton choix. Je me suis levé parfois à 5 heures du matin pour lui préparer à manger pendant le Ramadan !".
Là aussi, la radicalisation est venue en douceur. "Je suis presque sûr que c’est un cheminement", dit sa mère. "Il y a eu des rencontres. Il voulait se marier et inviter un imam de Molenbeek qui, disait-il, faisait des prêches magnifiques". Sammy, qui vit chez son père, renonce à des études de droit devant le bureau des inscriptions à Saint-Louis. Il se lance alors dans les petits boulots. Il repeint la mosquée de la rue Ter Plast à Laeken et reçoit de sa mère un camion pour faire des déménagements et transports en tous genres. La mère nourrit l’espoir que son fils s’installera à son compte.
PARTIS SOUS COUVERT D’AIDE HUMANITAIRE
Ce n’est pas ce qui s’est passé. En novembre, alors que la mère de Sammy se trouvait en Allemagne et que le père de Sean était en Espagne, le groupe de Laeken est parti pour la Syrie. Les parents n’ont eu des nouvelles que plusieurs semaines après. Sean a téléphoné pour dire qu’ils étaient en Turquie, à faire de l’aide humanitaire dans les camps de réfugiés syriens. "C’était leur couverture pour aller en Syrie", dit la mère de Sammy.
Le père de Sean demande aujourd’hui qu’on ne juge pas son fils comme un "terroriste", mais comme un jeune converti, parti chercher sa voie à l’étranger. "Ils étaient en recherche d’une identité propre", dit-il. "C’est le fond du problème. Il n’y a personne à blâmer. Il faut maintenant trouver des solutions".
DES CONTACTS SUR SKYPE
La mère de Sammy, elle, a de temps en temps un contact avec son fils sur Skype ou par des appels de GSM dont les numéros changent constamment. Son fils lui a dit qu’il voulait se marier en Syrie. "Je lui ai dit de rentrer, car il va se faire tuer", dit-elle. "Il me dit que sa vie est là-bas. Il m’a assuré qu’il avait ses papiers avec lui. Je n’ai pas senti de contrainte. Moi qui ai milité dans les mouvements pacifistes, je sais que mon fils porte la kalashnikov. Je ne l’accepte pas. Mais il ne veut pas rentrer".


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