vendredi 26 avril 2013

Une école musulmane sur le chemin de la reconnaissance

St. Bo. La Libre Belgique

Le projet de créer l’Institut “La Vertu” avance peu à peu.
Si le dossier de l’Institut "La Vertu" devait aboutir, ce serait une première puisque jusqu’à présent, il n’y a aucune école de confession musulmane reconnue par la Communauté française dans l’enseignement secondaire ordinaire.
Pour l’heure, nous restons donc au conditionnel. Néanmoins, le Conseil général de concertation pour l’enseignement secondaire a récemment rendu deux avis quant aux demandes de reconnaissance des écoles "Al Amal" à Anderlecht et "La Vertu" à Schaerbeek.
RETROACTES
Pour rappel, les deux ASBL qui chapeautent chacun des projets - l’ASBL "Ibn Khaldoun" et l’ASBL ECIB (Enseignement confessionnel islamique de Belgique) - avaient déjà introduit en 2012 auprès de l’Administration générale de l’enseignement obligatoire une demande de reconnaissance pour fonder des écoles secondaires de confession islamique. Dans le premier cas, le Conseil général avait rendu un avis rendu négatif car le dossier était incomplet. Dans le second cas, le dossier était complet, mais parvenu très tardivement au Conseil général.
"AL AMAL", DOSSIER "PLUS DOUTEUX"
Aujourd’hui "mieux structurés", ces deux dossiers sont revenus récemment sur la table du Conseil général. Celui-ci les a examinés et a à nouveau rendu un avis.
Pour la demande d’ouverture de l’école "Al Amal" à Anderlecht, le Conseil général ne s’est pas prononcé favorablement. "Le dossier était plus douteux par rapport à certains aspects, même en matière de projet pédagogique, rapporte ce membre du Conseil général. On s’est posé plus de questions car le texte était moins bien rédigé et laissait planer des zones d’ombre, notamment par rapport aux prescrits du Pacte scolaire et du décret Mission."
Le bâtiment choisi par l’ASBL pour y ériger son école est également "trop exigu, avec peu d’espaces de convivialité". Exemple ? "Un grand espace, situé dans une cave, devait à la fois servir de réfectoire, de salle de gym et de lieu de prière, en fonction des moments de la journée, ce qui est difficile à concevoir dans une école", commente notre interlocuteur. Autre problème, "il y avait un plus grand nombre de toilettes pour les garçons que pour les filles, avec une concentration des toilettes pour filles aux étages et jamais en bas, cite-t-il. Nous avons trouvé cela surprenant et que, sans doute, il y avait une volonté d’éviter la mixité, ce qui est contraire au décret Mission."
AVIS RESERVE POUR "LA VERTU"
Quant au projet porté par l’ASBL ECIB, déjà pouvoir organisateur (PO) de l’école "Al Ghazali" à Etterbeek - le seul établissement fondamental de confession musulmane reconnu par la Communauté française -, il a reçu un avis réservé. Concrètement, le projet de fonder l’Institut "La Vertu" est conforme, mais l’implantation qui lui a été choisie (chaussée de Haecht à Schaerbeek) ne s’inscrit pas dans un quartier "déficitaire", c’est-à-dire où il manque des places scolaires.
"La balle est à présent dans le camp des auteurs du projet", indique-t-on au cabinet de la ministre de l’Enseignement obligatoire Marie-Dominique Simonet (CDH). Ils doivent en effet amener des compléments d’information à leur dossier avant que le Conseil général ne puisse à nouveau se prononcer sur le fond du projet et rendre un nouvel avis. "Un avis réservé n’entraîne pas d’avis positif automatique", précise-t-on au cabinet.
Si le Conseil général devait toutefois émettre un avis positif, le projet serait alors examiné en gouvernement, lequel a le dernier mot pour accéder ou non à la demande de reconnaissance "puisqu’il y a engagement des deniers publics", souligne le cabinet Simonet.
Le dossier vers une éventuelle reconnaissance avance donc (très) lentement alors que s’amenuise la possibilité de voir l’école ouvrir ses portes à la rentrée prochaine.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CHEVAL DE TROIE (2)

La guerre de Troie, autrement dit la seconde guerre scolaire aura-t-elle lieu?
Beaucoup d'enseignants de ma génération s'en souviennent: quand furent crées les cours de religion islamique dans le réseau officiel, la fréquentation des cours de morale laïque a diminué rapidement jusqu'à disparaître pratiquement dans certains établissements.
Les professeurs de morale s'en sont émus par réflexe corporatiste, le CAL a réagi mollement et la classe politique n'y a rien vu à redire.
Mais voilà qu'une vraie menace se dessine à l'horizon: la création d'un réseau d'enseignement islamique. Rien d'illégal, en somme, puisque la constitution prévoit ce cas de figure, il existe des écoles catholiques, israélites, protestantes. Donc, pourquoi pas musulmanes...
Il faut bien voir qu'au fur et à mesure que se rempliront ces établissements libres de caractère muulman, se videront les écoles du réseau officiel (écoles de la Communauté française, des réseaux communaux et provinciaux).
Il ne faut pas être sociologue ni politologue pour comprendre que ce phénomène de vases communicants aura pour conséquence de réduire encore la mixité sociale à l'école et de renforcer l'isolement des communautés en bétonnant les ghettos. L'école officielle, c'est son slogan et son projet, est l'école de tous. En cela, elle est potentiellement le meilleur creuset et incubateur d'interculturalité.
Surtout, constatant dès à présent qu'on ne contrôle pas vraiment les professeurs de religion islamique on se demande quel contrôle l'autorité subsidiante (la Communauté française) pourra exercer concrètement sur un enseignement islamique.
Certes les enseignants seront inspectés mais on peut imaginer aisément que les pouvoirs organisateurs de ces nouveaux établissements musulmans seront très enclins à leur conférer un caractère pionnier, militant et très engagé.
Nous l'avons dit, répété et écrit souvent. C'est notre profonde conviction: il serait temps de songer à regrouper sous une même coupole, un même pouvoir organisateur pluraliste, l'ensemble des réseaux scolaires.
C'était là l'ambition de l'école dite pluraliste qui jamais ne vit le jour, mais existe bel et bien sur papier.
Cela exigerait une révision constitutionnelle, autrement dit une majorité des deux tiers au fédéral.
Les esprits risquent de mûrir très vite dans cette direction partout dans le pays. Cela aurait le double avantage d'entraîner de formidables économies d'échelle et de réduire les coûts pharaoniques de l'enseignement en Belgique (un des mieux financés au monde cependant avec un taux d'encadrement moyen extrêmement favorable: un prof pour +\- 7élèves).
Autre bénéfice: tuer dans l'oeuf les prolégomènes d'une nouvelle guerre scolaire annoncée.
Il faudrait créer en s'inspirant de l'exemple finlandais (tant encensé pour ses belles performances scolaires) un réseau d'écoles unique, relativement autonome, proche des gens, organisé par les municipalités. Encore une fois, quel est l'homme ou la femme politique qui osera prendre ce dossier à bras le corps, en faire son cheval de bataille et le défendre bec et ongle au parlement?
MG






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