vendredi 31 mai 2013

Faut-il autoriser le voile au guichet d’un service public ?


Entretien : Jean-Paul Duchâteau

La Libre Belgique



La Ville de Gand vient de décider d’autoriser à nouveau le port de signesconvictionnels par ses fonctionnaires. Le sujet fait vraiment débat, mais dans le sud du pays, les partis ne se mouillent pas. Interviews croisées.


OUI

Je ne vois aucune raison pour limiter l’exercice de la liberté religieuse, pour autant que cet exercice soit respectueux des droits d’autrui (et pas des préjugés d’autrui). Cette attitude est la seule qui puisse permettre aux musulmans de conviction de participer dans le respect d’eux-mêmes à la construction de notre société commune. Une opinion de Henri Goldman, rédacteur en chef de la revue "Politique". S’exprime à titre personnel.

QUE PENSEZ-VOUS DU CHANGEMENT D’ATTITUDE DE LA VILLE DE GAND PAR RAPPORT AUX SIGNES CONVICTIONNELS AU CONTACT DU PUBLIC ?

Je m’en réjouis. Il était temps que la spirale des interdictions s’arrête quelque part, car on était parti vers une véritable rupture entre la société et sa composante musulmane qui est déjà massivement du mauvais côté de la fracture sociale. Que ce se soit passé à Gand n’est pas une surprise. Dans cette ville, ni le Vlaams Belang ni la N-VA ne sont en position de force. Et le bourgmestre socialiste a toujours défendu la même position. L’ancienne décision, qui vient d’être renversée, n’avait pu être prise lors de la précédente mandature qu’avec le soutien d’une majorité de circonstance incluant la droite nationaliste et l’extrême droite.

Y A-T-IL DES ATTITUDES DIFFERENTES A CE PROPOS ENTRE LE NORD ET LE SUD DU PAYS ?

Oui, malheureusement. En Flandre, les choses sont assez claires. Après quelques hésitations et revirements du côté socialiste - et singulièrement de l’ancien bourgmestre d’Anvers Patrick Janssens -, l’attitude à l’égard du foulard qui est devenu un symbole recouvre parfaitement le clivage gauche-droite. Parmi les partis de pouvoir, le SP.A, Groen ! et une partie du CD&V défendent désormais ce qu’on appelle en Flandre un "pluralisme actif" reconnaissant la diversité culturelle et religieuse, tandis que la droite, toutes tendances confondues, relaie la sourde hostilité qui existe dans la population à l’égard de l’islam et de ses manifestations visibles. Chez les francophones, tout est nettement plus embrouillé à cause de l’influence française. En France, une certaine conception éradicatrice de la laïcité fait partie d’un fond culturel commun où la gauche et la droite se rejoignent. A cause de cette influence, aucun parti francophone n’ose clairement suivre la voie des progressistes flamands, par peur de choquer son électorat "de souche". Je regrette ce manque de courage. Dans ce domaine comme dans pas mal d’autres, comme le droit de vote des étrangers, le "mariage pour tous" ou le droit de mourir dans la dignité, la France n’est franchement pas à l’avant-garde de l’Europe, mais plutôt à la traîne. Regardons ailleurs : la France est tout à fait isolée sur cette question, étant notamment le seul pays de toute l’Europe à avoir interdit le port du foulard dans les lycées et collèges.

POURQUOI ETES-VOUS FAVORABLE A UNE AUTORISATION ?

Pour moi, la neutralité, cela se mesure dans les actes, pas dans l’apparence. Celle-ci ne garantit en rien la neutralité du service fourni ou l’impartialité d’une décision. Ce sont les comportements discriminatoires qu’il faut bannir, et ceux-ci peuvent être adoptés indifféremment par des personnes appartenant à n’importe quel groupe social identifiable. Je ne vois donc aucune raison pour limiter ici l’exercice de la liberté religieuse, pour autant que cet exercice soit respectueux des droits d’autrui (et pas des préjugés d’autrui). Cette attitude est la seule qui puisse permettre aux musulmans de conviction de participer dans le respect d’eux-mêmes à la construction de notre société commune. Sinon, le raidissement communautaire est garanti.

LA SITUATION QUI PREVAUT AUJOURD’HUI, C’EST-A-DIRE LA LIBERTE ACCORDEE A CHAQUE INSTITUTION PUBLIQUE DE CHOISIR SON REGLEMENT, VOUS PARAIT-ELLE ETRE UNE BONNE CHOSE ?

Non, bien sûr. On est sur le terrain des droits humains, et ceux-ci ne se prêtent pas aux bricolages. L’avantage d’un cadre législatif clair, c’est aussi de permettre un recours démocratique. Mais c’est sans doute inévitable, étant donné la difficulté dans laquelle se trouve la société de mener à ce sujet un débat serein. Cette situation d’entre deux, avec des avancées et des reculs, une jurisprudence hésitante, durera sans doute encore un certain temps. Ce n’est pas idéal, mais on peut en tirer profit. Par exemple en démontrant que les attitudes d’ouverture, comme celle qui vient d’être prise par la Ville de Gand, sont plus bénéfiques pour le "vivre ensemble" que les croisades obsessionnelles alarmistes contre une prétendue "islamisation" de la société.

 

NON

Je suis partisan de l’interdiction des signes religieux dans la fonction publique, comme d’ailleurs à l’école. Interdire ces signes n’est pas, selon moi, de la discrimination. La situation actuelle d’autonomie des administrations n’est pas tenable. Il vaudrait bien mieux que les dispositions soient prises au niveau le plus élevé possible, soit l’Etat fédéral, soit les Régions. Une opinion d'Edouard Delruelle, président du Centre d’égalité des chances et de lutte contre le racisme. S’exprime à titre personnel

CERTAINS SE REJOUISSENT DU REVIREMENT DE LA VILLE DE GAND VERS L’AUTORISATION, A NOUVEAU, DU PORT DE SIGNES CONVICTIONNELS LA OU IL Y A CONTACT AVEC LE PUBLIC. VOTRE AVIS ?

Ce revirement n’est pas très étonnant car il se situe dans un contexte politique plus large puisque le programme du SP-A, qui a été actualisé lors d’un congrès il y a quelques mois, optait pour le "pluralisme actif", c’est-à-dire en faveur des signes convictionnels pour tous les fonctionnaires. Il est donc logique que là où le SP-A est au pouvoir, en majorité souvent avec Groen !, il applique son nouveau programme. Il y a d’ailleurs eu d’autres changements de position en Flandre, qui ont été moins médiatisés parque la commune était moins importante.

LE SUD DU PAYS REAGIT-IL, DANS CETTE PROBLEMATIQUE, GLOBALEMENT COMME LA FLANDRE ?

Le débat est structuré de façon fort différente. La culture politique flamande n’est quasiment pas influencée par la laïcité à la française, c’est-à-dire l’importance symbolique accordée à la neutralité exclusive de l’Etat. Cela n’empêche qu’il y ait une grande opposition de la droite flamande à l’égard des signes religieux, qui frise parfois l’islamophobie. Mais, culturellement, la Flandre est davantage attentive aux arguments des Anglo-Saxons, où le port des signes convictionnels des agents de l’Etat pose beaucoup moins de problèmes. En revanche, dans le sud du pays, le débat se structure plutôt autour de la neutralité exclusive de l’Etat, voire de la laïcité, et il transcende l’opposition droite-gauche. Il y a des gens à droite qui sont libéraux et plutôt favorables à l’expression du pluralisme, tandis qu’il y a à gauche, et même à l’extrême gauche, des partisans de l’interdiction des signes religieux.

Personnellement, Etes-Vous Favorable A Ce Port En Public Des SignesConvictionnels ?

Le Centre d’égalité des chances n’a pas de position, car il est lui-même partagé sur la question. Mais à titre personnel, je suis partisan de l’interdiction des signes religieux dans la fonction publique, comme d’ailleurs à l’école. Je considère ces signes comme étant des comportements. Interdire ces signes n’est pas, selon moi, de la discrimination. Je l’ai toujours dit et je reste sur cette conviction citoyenne forte.

AUJOURD’HUI, CHAQUE ADMINISTRATION PUBLIQUE PEUT DEFINIR “SA” POSITION, QUI PEUT-ETRE DIFFERENTE DE SA VOISINE. EST-CE UNE BONNE CHOSE ?

J’ai été tout un temps partisan de cette autonomie en me disant que dans un pays compliqué comme la Belgique, fort décentralisé, avec des enseignements clivés, c’était peut-être la meilleure solution. J’ai bien dû constater que cette position d’autonomie des administrations publiques engendre la plus grande confusion.Cela entretient sans fin le débat sur cette question et "énerve" l’opinion publique. Cela engendre de l’arbitraire car il est quand même difficile de comprendre pourquoi ce qui est autorisé dans une administration est interdit dans l’autre. Enfin, cela crée de la frustration au sein des populations, notamment musulmanes, qui ne comprennent pas pourquoi on interdit et qui prennent cela pour de l’islamophobie et du racisme. Donc, je suis arrivé à la conclusion que la situation actuelle n’est pas tenable. Il vaudrait bien mieux que les dispositions soient prises au niveau le plus élevé possible, soit l’Etat fédéral, soit les Régions. L’autonomie prévaudrait et on pourrait très bien avoir des législations différentes en Flandre et en Wallonie. Mais cela permettrait d’avoir la plus grande normativité possible, ce qui correspond d’ailleurs à ce que recommande la Cour européenne des droits de l’homme qui autorise des limitations à la liberté religieuse à condition que cela se fasse au niveau de la loi.

POURQUOI CELA NE S’EST-IL PAS ENCORE FAIT ?

Je pense qu’il y a une peur des politiques. Ils pensent que cela va encore provoquer des tensions complémentaires, et peut-être faire perdre des voix. Mais c’est un mauvais calcul parce que plus on attend, plus l’entretien de cet arbitraire fera le jeu des extrêmes, que ce soit l’extrémisme anti-musulman ou, dans l’autre camp, les radicalisations communautaires au sein des populations musulmanes.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

FERMETE

L'Etat c'est l'Etat; la fonction publique est neutre; dura Lex sed Lex.

Pas de fantaisie derrière les guichets: une tenue neutre, comme les agents de la SNCB.

Au nom de la double incompétence: du politique dans le religieux et du religieux dans le politique. La maison communale n'est pas une mosquée, elle est commune, on ne sy déchausse pas. La mosquée n'est pas communale, elle est marquée symboliquement, comme il s'entend.

L'espace public est neutre et doit le rester.

Pas de prières collectives au parc Josaphat. Ca c'est fait pour calmer les esprits, il y a quelques années suite à un crime raciste; ce fut une erreur. Pas de foulards au parlement, à l'école publique, ni pour les profs ni pour les élèves.  

Et pour le reste chacun s'habille comme il l'entend, sauf les représentants de la fonction publique.

Pas de niquab pour conduire un tram, un taxi. Trop dangereux.


Que disent les internautes? Ils sont partagés et nuancés voyez plutôt:

"Me demande ce qu'on pensera lorsqu'un "client" au guichet exigera d'avoir affaire à une personne voilée... une musulmane ne parlant n'acceptant de parler qu'à une musulmane ? je suppose que "accommodement raisonnable oblige" on comprendra et acceptera !
Et si moi je venais à refuser de parler à une musulmane voilé, y aura-t-il compréhension de ma demande d’accommodement raisonnable, ou serais-je fustigé pour racisme ?"

"Être neutre c'est un devoir de chacun. Celui d'être discret. L'ostentation du voile, cet étrange acharnement qui mène ce signe religieux à nous être imposer partout même dans la sphère publique est contraire au devoir de neutralité de chacun. La religion dans le privé. Point. L'état doit aller en appel de cette décision contraire à la neutralité."

On parle justement des charmes de l'orient et de l absurdité du voile dans un merveilleux film qui montre et aspire a des femmes qui rêvent d un islam éclairé : une beauté une référence cinématographique a voir d urgence pour ceux qui ne l ont pas encore vu / la source des femmes ......

"Tout de même, si je suis ju ive et que la personne qui me reçoit aux contributions porte le foulard, je préférerais demander quelqu'un d'autre, et de préférence de la même religion que moi. Après les signes extérieur de religion, on en arrivera très vite aux signes d'appartenance à une mouvance politique et, vu le nombre de partis en Belgique, il en faudra du monde dans les administrations pour que chacun soit servi selon ses convictions"

"si on accepte le voile, il faut accepter alors la croix (de n'importe quelle taille), la Kippa, le turban etc..."

"Elles sont, dans nos régions, beaucoup plus voyantes en portant le voile qu'en n'en portant pas. C'est d'ailleurs le but. 
Elles sont les porte-drapeaux de l'Islam - qui, politiquement et juridiquement, est incompatible avec la Constitution Belge."

"J'ai beau chercher, bien qu'étant athée, je n'arrive pas à trouver de raison autre que paranoïaque de craindre d'être personnellement défavorisé parce que l'employé au guichet laisse deviner ses convictions."

"Pourquoi un guichetier portant une croix ou un autre symbole refuserait-il de vendre des timbres. pourquoi lèserait-il les clients ou usagers? Pourquoi l'individu voudrait-il ne pas faire son travail à l'égard de tous? Depuis quand la contrainte publique devrait-elle le standardiser au préalable?"


Dans le privé, l'horéca, les commerces l'Etat ne légifère pas.

Ikéa a magnifiquement résolu le problème avec ses petits foulards sympas.

Ceci dit, à chacun sa vérité, sa foi, bonne ou mauvaise et ses convictions.

MG

 

Les clans Reynders et De Wolf à couteaux tirés


Mathieu Colleyn

La Libre Belgique

LE FEU AUX POUDRES AU MR BRUXELLOIS.

Pour l’heure, la présidence du MR se contente de découvrir dans la presse les ambitions de chacun quant à la ministre-présidence de la Région de Bruxelles-Capitale, dit-on dans l’entourage de Charles Michel. Ce dernier ne souhaite pas commenter les propos tenus hier dans nos colonnes par Vincent De Wolf. Le chef de groupe MR au Parlement Bruxellois y a rappelé qu’il était candidat à la ministre-présidence, en toute logique finalement puisque c’est lui qui a été désigné tête de liste à la Région. Le bourgmestre d’Etterbeek a ainsi répondu non sans fermeté au positionnement de plus en plus clair de Didier Reyndersquant à ses ambitions bruxelloises. Ces dernières furent répétées par le ministre des Affaires étrangères et par ailleurs président de la régionale bruxelloise de son parti il y a quelques jours dans "La Libre", puis sur le plateau de la RTBF. Pour rappel : il se dit lui aussi prêt à devenir ministre-Président bruxellois. C’est donc une bonne mise au point de la part de Vincent De Wolf, confie en substance un député régional. "Tout le monde n’a pas aimé la sortie deReynders... il ne doit pas s’imaginer qu’il peut débarquer à Bruxelles et croire que tout doit passer par lui", ajoute-t-il.

SORTIR DE LA CRISE PAR LE HAUT

Pourtant, les déclarations de Vincent De Wolf n’ont en rien dispersé l’odeur de soufre qui plane sur les libéraux bruxellois. Que du contraire, il a visiblement fâché une partie du parti. "J’ai beaucoup d’amitié pour Vincent De Wolf qui a une grande culture politique et une grande expérience dans la gestion des choses locales, persifle Armand De Decker, bourgmestre d’Uccle. Il ferait un excellent ministre, mais je pense que le futur ministre-Président doit avoir une dimension nationale". Pourquoi ? Parce qu’il estime que Bruxelles sera l’enjeu principal des élections de 2014 et que la capitale demeurant le ciment du pays, il faudra des personnalités fortes à sa tête.

Comme d’autres, l’ancien président du Sénat tique sur le fait que Vincent De Wolf estime pouvoir constituer sa liste électorale sans Didier Reynders, pourtant élu président de la régionale du MR. "Du jamais vu", selon Armand De Decker. Une entaille dans la culture du parti, pour Alain Destexhe, député bruxellois, qui réclame ni plus ni moins un nouveau scrutin interne "afin de sortir de cette crise par le haut".

DE WOLF, TETE DE LISTE EN SURSIS ?

Et en coulisses, on papote. On glose même sur le manque d’envergure supposée de Vincent De Wolf. "Avec lui, on n’a aucune chance, glisse un député libéral. Didier Gosuin va faire un carton et le PS va se ranger comme un seul homme derrière Rudi Vervoort comme il sait si bien le faire""Avec cette interview, Vincent De Wolf s’est tiré une balle dans le pied. Ce sera un prétexte pour ceux qui voudraient changer la tête de liste." Un autre libéral va plus loin : "Il redonne médiatiquement vie au groupe Renaissance", qui avait expulséReynders de la présidence du MR pour lancer Charles Michel. "C’est de la folie." Chez les reyndersiens, on se demande si l’interview de Vincent De Wolf était concertée avec Charles Michel.

Bref, le torchon brûle et n’est pas prêt de s’éteindre. "Ce sont deux candidats légitimes, je déciderai le moment venu, nous verrons", avait déclaré Charles Michel interrogé lundi sur les antennes de Télé Bruxelles. Le temps de la clarification présidentielle appelée de ses vœux par Vincent De Wolf n’est pas pour toute de suite.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE MR ECARTELE


Nous autres Bruxellois voulons le meilleur ministre président quelle que soit sa couleur!

Sept pages de commentaires de forumeursc'est bien la preuve que les Bruxellois sont sur la balle "et pas un peu" comme on dit chez nous. Un de ces nombreux forumeurs commente:

"Ce qui est dramatique dans la situation actuelle de notre pays c'est cetteparticratie omniprésente. Chacun tire la couverture vers soi. Dans tous les domaines, depuis la petite enfance jusqu'à la pension le mal a été fait. On ne sortira jamais de cette spirale."

"Nous méritons un Président d'envergure avec une vision et un poids sur la scène nationale.
Avec des deuxièmes couteaux comme De Wolf ou pire encore Onkelinx, ce serait la certitude de voir Bruxelles redevenir une sous région cogérée par le Nord et le Sud."

Et attention à ceci qui doit nous faire réfléchir:
"Je voterai Reynders au fédéral. Jamais pour De Wolf à la Région.
Pour la Région je voterai NVA car ma voix dans le collège flamand de Bruxelles vaudra l'équivalent de 12 voix du collège francophone."

Intéressant, mérite une sérieuse réflexion. (12 voix? non deux)

Voilà qui  nous donne une raison de plus pour voter "anti NV-A" en votant flamand mais "contre" la N-VA. On a le choix: VLD, SPa, CD&V ou BGroenmais surtout pas et en aucun cas N-VA. Qu'on se le dise!
Mais attention il ne s'agit pas de douze voix mais de deux. C'est déjà deux fois plus qu'une! Un internaute bon pédagogue explique pourquoi: "11,25% des voix ont été émises pour des partis NL aux dernières régionales, ils ont obtenu 19% des sièges.
Fort logiquement, 1% de voix NL "valent" 1,69% des sièges.
88,75% des voix ont été émises pour des listes FR, et ont obtenu 81% des sièges. 1% de voix FR "valent" donc 0,91% des sièges.

Une voix NL "vaut" donc 1.8 fois plus qu'une vois FR.
Du reste, même si la moitié des électeurs bruxellois votait pour la N-VA, le nombre de sièges dévolus au groupe NL serait toujours 17."

Exact! Donc en votant "flamand" à Bruxelles, l'électeur s'offre deux voix au lieu d'une!

Retenons également que "Un succès (fort probable) de Reynders à BXL ferait beaucoup d'ombre à Charles Michel face au demi-succès du MR en Wallonie. Aussi simple que cela...Reynders ferait mieux de passer au FDF, où il serait bien plus respecté que dans la propriété des Michel."

Autrement dit: le différent Michel-Reynders écartèle le MR un an avant l'élection de tous les dangers au profit du FDF et du PS.

MG


L’école, le grand mal de la capitale?

L’école, le grand mal de la capitale?

Le Soir

Bruxelles affiche un taux de chômage record: 20,1%, mais 31,4% chez les jeunes. C’est l’enjeu majeur, pour la ville. Ce sera l’un des thèmes clés de la campagne de 2014. Déjà, tout le monde pointe du doigt une grande responsable: l’école défi de demain?

La suite dans Le Soir...



 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

REVALORISER LA SALOPETTE

Un forumeur commente: "Le PTB a décidé de concentrer sa campagne électorale à Bruxelles sur une vraie école bilingue. Depuis qu'il a commencé sa campagne, les autres partis font semblant de trouver ce sujet soudainement crucial."

Certes le bilinguisme est un atout pour trouver un emploi à Bruxelles mais le PTB se trompe: la solution magique est ailleurs. Elle réside  incontestablement dans une réforme en profondeur de l'enseignement à Bruxelles. En un mot comme en cent: il faut revaloriser la salopette et réinstaller la discipline dans ces écoles où les caïds freinent le rythme et imposent leurs lois en intimidant les enseignants les plus fragiles. C'est totalement inacceptable!

Notre enseignement technique et professionnel est globalement inefficace (il y a quelques exceptions, comme toujours, mais peu)Il faut se rendre à l'évidence: c'est devenu plus une garderie pour élèves difficiles qu'un atelier de formation professionnelle. Il faut donc le rendre performant. Et c'est urgent!

La priorité doit aller désormais dans le sens d'une revalorisation radicale de l'enseignement technique et professionnel dans l'ensemble de la région Bruxelles capitale.

Qui affirme cela?

DiverCity! 

Aucun parti ne le dit et c'est franchement révoltant car cela compromet l'avenir de Bruxelles et des Bruxellois.

Pour le surplus, notre enseignement général bruxellois est globalement élitaire: une chasse gardée pour enfants issus de la classe moyenne dans lequel les élèves issus de l'immigration sont des handicapés socio-culturels.

Pourquoi? Désinvestissement des parents et dévalorisation sociale des études d'instituteur/trice.

On va au mur! Beaucoup, dont nous, pensent que nous sommes dans le mur depuis trente ans.

DiverCity demande depuis des années qu'on convoque des Etats Généraux de l'enseignement bruxellois (enseignement, parents, pouvoirs organisateurs, syndicats, patronat et aussi les élèves). En vain!

La grande misère de notre enseignement bruxellois que tous dénoncent est un suicide qui ne dit pas son nom.

MG

 

 

 

 

 

 

 

jeudi 30 mai 2013

Pauvre Belgique: quand The Wall Street Journal se moque de nous


Circulation impossible, économie caduque, bureaucratie, système d’impôts injuste... selon The Wall Street Journal, il n’y a pas grand-chose de bon en Belgique.


© DR

"Un guide-UE pour un pays en panne" titre Frances Robinson, membre de l’équipe Bloomberg/Wall Street Journal, à Bruxelles. Elle dresse un inventaire de tout ce qui ne va pas en Belgique.

Bien sûr, il n’est pas inhabituel que certains eurocrates et autres expatriés se plaignent de l’ennui éprouvé en Belgique. Bruxelles n’est ni Londres, ni Paris et cela leur reste dans la gorge. Des pages Facebook entières sont d'ailleurs consacrées à ces critiques. Même s’il faut prendre ce genre de déclarations avec des pincettes, la liste de plaintes parues sur Wall Street Journal n'est pas toujours infondée. En voici un petit aperçu :

CIRCULATION CATASTROPHIQUE

On ne va nulle part en Belgique, on le savait déjà. Ce que vous ne saviez peut-être pas, c’est que ce problème nous coûte deux pour cent de notre produit intérieur brut (PIB). Réduisez ce pourcentage moitié et la crise sera à moitié résolue.

NOUS NE SOMMES PAS CONCURRENTIELS

Cette situation est due à une multitude de facteurs. The Wall Street Journal cite la dette publique élevée qui pèse sur l’économie, l’index et le non-respect de la norme salariale.

NOUS NE FABRIQUONS PAS LES BONS PRODUITS

À savoir, des biens intermédiaires, pour lesquels la concurrence internationale est impitoyable. En outre, nous n’innovons pas suffisamment : un petit club élitaire innove, mais leurs idées ne sont pas reprises dans une économie plus large. D’innombrables petites règles empêchent les entreprises d’innover. Et n’oublions pas notre retard en matière d’accès à internet à haut débit par rapport aux autres membres de l’UE.

LES BIENS COUTENT TROP CHER

Nos biens de consommation sont les plus chers de l’UE. La surrèglementationmaintient les prix élevés de l’énergie, ce qui étouffe les investissements.

NOUS AVONS UN SYSTEME D’IMPOTS INJUSTE

Des charges beaucoup trop élevées sur l’emploi et une multitude de portes de sortie – rien de nouveau. The Journal ajoute que le gouverneur de la Banque Nationale est également de son avis. En outre, nous dépensons de l’argent du contribuable à une bureaucratie inutilement compliquée.

NOS IMMIGRES SONT A LA TRAINE

Rien de neuf là non plus: le taux de chômage parmi les allochtones est alarmant. Le Wall Street Journal incite la Belgique à s’atteler à cette problématique. Et il n’y pas que le chômage parmi les allochtones. Notre marché de l’emploi est beaucoup trop rigide : les femmes et les personnes non qualifiées ont du mal à trouver un emploi.

NOUS SOMMES A LA TRAINE EN MATIERE DE CLIMAT

La Belgique doit réduire ses émissions de gaz à effets de serre de 15 pour cent d’ici 2020. On n’y arrivera jamais se plaint The Wall Street Journal. Les initiatives de nos multiples gouvernements apparaissent comme un gâchis. Le journal se demande comment ils pourraient collaborer afin d’atteindre l’objectif fixé. 

Tom Vandyck 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ET LE TEMPS? T'EN PARLE PAS DU TEMPS?

Fait-il qu'ils s'emmerdent à Bruxelles tous ces correspondants étrangers qui déblatèrent tantôt Bruxelles (Libé) tantôt la Belgique (Wall Street Journal).

Pas envie de leur donner la réplique, par lassitude, par découragement.  Nous manquons d'hommes et de femmes d'Etat pour nous défendre sur la scène internationale. C'est évident!

Dernière histoire belge? L'affaire du stade de foot que le gouvernement veut absolument construire sur sol flamand.

Il le fait exprès ou quoi. Hier, débat houleux au parlement flamand. En synthèse:"on aurait pu nous consulter". Pas faux! Et le peuple  bruxellois, on le consulte lui? Un stade pour quoi faire? Cinq tournois annuels. Et nos écoles manquantes, nos logements pour tous?

Vervoort tu rêves, ton moulin, ton moulin va trop vite. Vervoort tu pérores, ton moulin va trop fort.

MG

 

Une synagogue sauvée par la communauté musulmane


La Libre Belgique

UN BEAU GESTE POSE PAR LES MUSULMANS ENVERS LA COMMUNAUTE JUIVE.

Une petite communauté juive de Bradford, dans le Yorkshire de l'Ouest en Angleterre, a vu sa synagogue sauvée par des Musulmans. La communauté en question était en effet trop petite (environ 30 membres) pour pouvoir subvenir financièrement à la gestion de l'édifice, un bâtiment de style mauresque.

Construite en 1880, la synagogue était vouée à partir en ruine. Mais plusieurs organisations musulmanes de la ville ont décidé d'agir et de soutenir la communauté juive.

Elles ont ainsi pu recueillir 2.000 livres sterling (soit près de 2.400€) et sauver la synagogue. "A Bradford, nous travaillons dur pour consolider les liens entre les croyants de différentes confessions, afin qu’ils se soutiennent mutuellement comme de bons voisins", a déclaré Zulfi Karim, secrétaire du Conseil des mosquées de Bradford, au Telegraph & Argus.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ANOTHER STEP IN THE RIGHT DIRECTION

Un geste qui mérite d'être souligné à l'heure où les tensions sont très vives entre les diverses cultures et religions.

Il est plus facile de jeter la pierre que de l'arrêter.

Il faudra cependant l'arrêter au risque de voir se répéter Sarajevo 1914, il y a cent ans exactement.



SO BRITISH – Une manif anti-islam accueillie avec du thé et des biscuits à la mosquée


Blog Le Monde




(Paul Downey / CC)

La mosquée de York, dans le nord de l'Angleterre, a fait sensation lundi. Alors qu'une action de l'English Defence League (EDL), un mouvement nationaliste et anti-islam, se préparait devant son bâtiment, plus d'une centaine de ses membres se sont rendus sur place et sont allés à la rencontre des manifestants, les invitant à partager du thé et des biscuits et leur proposant de jouer au football, rapporte la BBC.

L'appel à manifester de la section locale de l'EDL, diffusé sur sa page Facebook, avait pourtant de quoi inquiéter. L'imam Abid Salik raconte : "Quelques personnes [ont répondu à cet appel], mais des membres de la mosquée les ont accueillis et ont engagé la discussion. Certains ont apporté des tasses de thé et des biscuits, puis après trente ou quarante minutes d'échanges, [les militants] sont entrés dans la mosquée, ce qui a été un très très beau moment."

L'archevêque anglican de York, John Sentamu, a salué cette réaction, qu'il a qualifiée de "fantastique". Pour lui, "le thé, les biscuits et le football sont une parade formidable et typique du Yorkshire face aux idées hostiles et extrémistes".

Le père Tim Jones, responsable de la paroisse où la mosquée est implantée, a également témoigné de son admiration : "[Leur réaction] a démontré la mesure de leur courage – un courage physique, bien sûr, mais aussi un grand courage moral. Je pense que cette modeste petite mosquée a offert un exemple au monde entier."

Neil Barnes, un élu local, a pour sa part déclaré que cela avait été "un moment de fierté pour York""Je pense que je n'oublierai jamais ce jour où la mosquée de York a contré la colère et la haine par la paix et l'hospitalité", a-t-il déclaré.

Au lendemain de cette épisode, et dans un genre beaucoup plus musclé, des "hacktivistes" se réclamant d'Anonymous ont publié les numéros de téléphone et les adresses de membres de l'EDL, première étape, selon eux, d'une campagne de destruction de ce mouvement extrémiste.

Dans une déclaration audio diffusée sur Youtube mardi, ils accusent en effet le groupuscule d'utiliser le meurtre du soldat Lee Rigby pour mener unecampagne"de haine, de bigoterie et de désinformation" contre les musulmans. "Nous ne laisserons pas vos injustices, vos mensonges et votre stupidité radicaliser plus longtemps notre jeunesse", affirment-ils. Et d'appeler à commencer une"destruction systématique et totale" de ce groupe. Dans la soirée, les coordonnées de personnes présentées comme des donneurs de l'EDL étaient diffusées en ligne.

YouTube - Vidéos provenant de cet e-mail

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

A STEP IN THE RIGHT DIRECTION

Bel exemple de "résistance à la violence", dans l'esprit de Gandhi, lequel est notre ultime espoir de régénérer l'humanité.  "Je pense que cette modeste petite mosquée a offert un exemple au monde entier."

Le dialogue interconvictionnel est le seul recours face au déchainement des haines, des passions face à l'immense désarroi , face au désenchantement de l'humanité.

MG

 

mercredi 29 mai 2013

Liberté, égalité, sexualité



Mais qu'est-ce qui fait donc que l'homosexualité soit ainsi le réceptacle de tant de haine ? Est-ce la peur de la différence, cette même peut qui génère le racisme ? Une opinion de Michel Claise, Chroniqueur.

Liberté, égalité, sexualité : ce triptyque, choisi comme titre du spectacle de SamTouzani, fleure bon l’esprit révolutionnaire, référence à cette devise universelle née du Siècle des Lumières, qui s’est inscrite dans l’Histoire comme le nom des grands politiques qui ont permis de la graver de manière intangible, tant dans les textes consacrant les droits de l’Homme que sur les frontons des bâtiments de la République française.

Mais la Révolution, quoiqu’en déplaise aux plus romantiques esprits qui s’en revendiquent encore, est d’essence bourgeoise, une volonté de renversement du gouvernement des juges de la royauté qui, dans leurs décisions iniques, protégeaient les privilèges immobiliers de la noblesse, au point que la première déclinaison révolutionnaire fut "Liberté, égalité, propriété", avant que Robespierre, en 1790, dans son discours sur "L’organisation des gardes nationales", remplace le droit réel de la propriété par l’idéal de la Fraternité.

N’est-il dès lors pas opportun, aujourd’hui, et au regard de la violence du conflit français qui jaillit à propos du mariage pour tous, de bouleverser à nouveau la célébrissime maxime en y glissant le mot "sexualité", non comme provocation, mais comme la référence à un droit individuel et inaliénable, remis en question dans ses choix par toutes sortes de gens qui, au nom de leur religion notamment, condamnent cette évolution législative qui tend à établir l’égalité entre tous ? Le président Hollande l’avait annoncé dans son programme : rien de surprenant ni d’antidémocratique au fait que la loi du 17 mai 2013 ait été votée, d’autant que plusieurs pays européens en avaient déjà fait de même.

Sans doute la récupération politique de la contestation paraît-elle comme évidente et quand, ce dimanche 26 mai, une semaine après l’adoption de la loi, Jean-François Copé en arrive à parader aux presque côtés des Gollnisch et Collard dans les rues de Paris, il y a de quoi frémir devant l’image d’une droite unie à l’extrême, dans le but déclaré de renverser le président de la République. Une manifestation qui se veut pacifique, des citoyens venus de province, avec les enfants, des personnes déstabilisées par ce qu’ils estiment être un bouleversement inquiétant dans leur sphère classique de société, comme elle leur a été enseignée. Mais cette manifestation est aussi l’expression de la violence d’une attaque qui porte sur l’esprit de cette loi et c’est l’homosexualité dans sa cohabitation sociale qui est visée, même si, de manière hypocrite,certaines barjots s’en défendent.

La simple manifestation d’opinion contraire propre à tout système démocratique est largement dépassée. Des expéditions punitives ont été organisées dans les quartiers gays. Mais qu’est-ce qui fait donc que l’homosexualité soit ainsi le réceptacle de tant de haine ? Est-ce la peur de la différence, cette même peur qui génère le racisme ?

En Belgique, au grand dam des chrétiens progressistes, des propos sans ambiguïté ont été tenus par la hiérarchie de l’Eglise : l’homosexualité est contre-nature et condamnée, sauf à pratiquer l’abstinence.


COMMENTAIRES DE DIVERCITY

APPEL A LA TOLERANCE ET A LA LUTTE CONTRE TOUTES LES DISCRIMINATIONS.

"Moi j'estime que la façon dont en Belgique on a accepté cette reforme prouve la jugeote et finalement le bon sens et la tolérance des Belges."

Ce commentaire lapidaire résume assez bien le sentiment des Belges sur la question. On lira avec intérêt le témoignage émouvant d'un père musulman, professeur de religion islamique dont le fils homosexuel a été assassiné par des voyous homophobes.   Ce livre de douleur et de douceur, de colère et de sagesse, de réflexion et d’interrogation est un magnifique appel au dialogue, à la connaissance de l’autre, à la justice, à la tolérance.

MG



HASSAN JARFI :: « REPROCHER A UN ENFANT D’ETRE HOMO, C’EST COMME LUI REPROCHER LA COULEUR DE SES YEUX »

 

Hassan Jarfi, professeur de religion islamique, est le père d’Ihsanele jeune homosexuel liégeois victime d’un assassinat homophobe en avril 2012. Aujourd’hui, il publie un livre bouleversant, Le Couloir du deuil, appel à la tolérance et à la lutte contre toutes les discriminatiions

Hassan Jarfi, professeur de religion islamique, est le père d’Ihsanele jeune homosexuel liégeois victime d’un assassinat homophobe en avril 2012. Aujourd’hui, il publie un livre bouleversant, Le Couloir du deuil, appel à la tolérance et à la lutte contre toutes les discriminations.

Elisabeth Mertens

A la sortie d’un café, à Liège, il a été enlevé par quatre hommes qui l’ont torturé, tabassé à mort pendant des heures. Parce qu’il était homosexuel. 
    Pour la famille, la souffrance est indicible. Aujourd’hui, Hassan Jarfi se bat. Il a pris sa prépension pour écrire Le Couloir du deuil, un livre où il retrace les événements, évoque l’enfance de cet enfant généreux et altruiste. Il effectue aussi un retour sur sa propre enfance, entre cultures arabes et berbère, son adolescence à Casablanca et son arrivée en Belgique pour faire des études et quitter la pauvreté. C’est un homme érudit , un professeur de religion islamique, imprégné de la tradition soufie de l’islam dans laquelle l’amour est la clé de toutes les valeurs. Il s’interroge sur l’homosexualité d’Ihsane et sur la logique meurtrière qui a poussé les assassins de son fils; celle de la haine de la différence – homophobie, racisme, islamophobie…

POURQUOI AVOIR DECIDE D’ECRIRE UN LIVRE ?


Hassan JarfiEn fait, je n’ai pas réellement décidé d’écrire le livre, c’est le livre qui a décidé d’être écrit. Un ami m’avait envoyé un poème qui a eu un effet déclencheur. Ce fut comme un jet d’eau qui ne s’arrêtait plus. Il y avait en moi cette douleur qui ne demandait qu’à s’exprimer. J’ai écrit la nuit, pendant tout le mois de Ramadan. Les souvenirs revenaient, se mélangeaient pour former une sorte de tourbillon. Je n’ai plus arrêté.

Ce sont les valeurs de la dignité humaine qui doivent être mondialisées.

Le livre m’a fait passer à la deuxième étape : j’ai accepté sa mort, maintenant, même si le deuil n’est pas encore fait. Le livre m’a aidé à passer à l’après-événement.

Ma tolérance, ma religion, le fait que je suis papa d’un garçon gay me pousse à agir.

JE SUIS EN COLERE. IHSANE NE ME SERA PAS RENDU.

Alors je dois maîtriser ma colère et l’orienter positivement. Je ne veux plus me taire. Quelque part, je me sens complice de ce qui est arrivé à mon fils par mon silence, j’aurais dû avoir le courage de défendre, de revendiquer son homosexualité.  

 Il est temps de passer à autre chose, la société – et tout un chacun – doit faire un effort, aller vers eux, les accepter. Nous ne sommes plus au Moyen Age, mais dans une société qui défend les droits de l’homme, où on peut aspirer à une vie meilleure

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VOUS ECRIVEZ : « LA GUERRE CONTRE L’HOMOPHOBIE EST DECLAREE. » ET VOUS PARLEZ DE TROIS FRONTS D’ATTAQUE : LA FAMILLE, L’ECOLE, LA SOCIETE.

Hassan JarfiOui, pour que cette lutte soit cohérente, elle doit commencer dans la famille, que l’enfant y entende des discours de tolérance, et non de discrimination. Et puis, au fond, faut-il vraiment parler de tolérance ? On n’est pas ici pour tolérer ou pas, on est là pour vivre ensemble, un point c’est tout. Depuis la mort d’Ihsane, j’ai rencontré de nombreux homosexuels, et je peux affirmer une chose : personne n’a choisi de l’être. Reprocher à son enfant d’être homo, c’est aussi absurde que lui reprocher la couleur de ses yeux ou de ses cheveux. C’est une attirance depuis l’enfance, Ihsane a toujours été comme ça. On a pensé qu’il allait changer, mais non. Au fur et à mesure on a compris, on a accepté. Tout parent aimerait bien avoir un fils ou une fille standard, qu’il fasse des études, qu’il se marie comme tout le monde. Avec le temps, j’ai compris que je ne pouvais pas demander ça, que je voulais juste qu’il soit en bonne santé, épanoui, heureux. Et il l’était.
    Ensuite, le message du « vivre ensemble » doit passer par l’école. C’est à l’école que Mohammed rencontre Paul et que Fatima rencontre Catherine, c’est là qu’ils apprennent leur différence et c’est là qu’ils vont apprendre à vivre ensemble. Pour l’orientation sexuelle, c’est en général à l’adolescence qu’ils commencent à se découvrir et, s’ils se découvrent homosexuels, c’est l’horreur pour eux. Ils se retirent, se cachent, s’enferment en eux, c’est extrêmement douloureux. Il faut, dès la maternelle, enseigner la culture de la différence, de l’altruisme, de la multi-culturalité, parce qu’il n’y a personne qui ressemble à personne. Et c’est à l’école secondaire qu’il faut taper sur le clou, dans tous les cours, surtout en éducation physique, où un garçon pas assez « viril » subit les moqueries.

Les assassins d’Ihsane l’ont rendu célèbre en le tuant pour une cause dont souffre encore plus du dixième de la population belge.

ET AU PLAN DE LA SOCIETE ?

Hassan Jarfi. Il faut promouvoir le « vivre ensemble », susciter la rencontre et la réflexion, lutter contre toutes les formes de discrimination – raciale, homophobe, ethnique, de religion, de sexe…

J’ai été récemment contacté par un papa de Mons dont le fils adulte a été suivi par deux gars dans une rue déserte. Ils l’ont tabassé, l’un a crié à l’autre : « Tue-le ! » Il a une fracture du crâne, la mâchoire déboîtée et encore d’autres blessures. Il ne doit la vie qu’à deux jeunes filles qui ont crié et appelé à l’aide, ce qui a fait fuir les agresseurs.

 

Pourquoi des gens pensent-ils que c’est « bien » d’aller « casser du pédé », comme on « cassait du juif » dans le passé ? Mais parce que la société laisse faire, tolère ce type de mentalité ! Au lieu de réagir face aux comportements inacceptables, les gens n’interviennent pas. Tout le monde vit dans le repli sur soi, la peur, l’individualisme. Etre citoyen, ce ne sont pas des paroles en l’air, ce sont des actes qu’il faut poser dans la vie quotidienne. La moindre des choses, c’est d’appeler à l’aide, de crier, de montrer à ces gens-là qu’on n’est pas d’accord avec ce qu’ils sont en train de faire. Ces deux filles-là, elles ont sauvé une vie humaine.

VOUS ETES PROFESSEUR DE RELIGION ISLAMIQUE. OR L’HOMOSEXUALITE EST UN PECHE DANS L’ISLAM.

Hassan JarfiCertes, mais il existe un classement dans les péchés. Le péché des péchés, c’est ne pas reconnaître le monothéisme. Après, il y a le devoir de la prière, celui de respecter ses parents, et les autres et les autres… Et il y a des priorités. Pourquoi faut-il juste pointer l’homosexualité chez quelqu’un qui ne l’a même pas choisie ? Est-ce qu’il faut aller détecter d’éventuels des gestes efféminés, espionner la vie privée de gens qui n’embêtent personne ? D’autantplus que maintenant, même en Arabie, les homosexuels commencent à parler plus ouvertement. L’homosexualité a toujours existé, y compris dans la civilisation arabe. Au temps des califes musulmans, ceux des dynasties omeyade et abbasside, ce n’était pas rare. Des lettres d’amour l’attestent, même un poème écrit par un émir des croyants à un de ses ministres.

VOUS PRONEZ DONC UN ISLAM DE LA TOLERANCE…

Hassan Jarfi. Vous savez, ce n’est pas un islam spécial qui viendrait tout à coup de Mars ! C’est la religion que j’ai apprise enfant, au Maroc. L’islam, c’est la tolérance, l’amour, c’est être authentique, vouloir du bien aux autres. La tolérance de l’islam est méconnue, parce que la pensée islamique est absente même des programmes d’histoire. Or mieux la connaître réduirait le cloisonnement entre les cultures. La méconnaissance crée l’islamophobie qui, avec le racisme, fait des musulmans des citoyens de seconde zone, alors qu’ils sont allés dans les même crèches que les autres, ont vu les mêmes dessins animés et publicités, entendu les mêmes chansons… Personne ne leur dit qu’ils sont des Belges à part entière, on les considère toujours comme des étrangers, comme des immigrés et ça les renforce dans leur cloisonnement, dans les ghettos, dans la marginalité. Or toutes les formes de ghettos produisent de la délinquance, des réactions négatives comme le refuge dans la drogue, dans l’extrémisme ou autres. Par ailleurs, lorsque c’est la finance qui dirige le monde et que l’Etat ne fait plus ce qu’il doit faire, l’appauvrissement s’aggrave terriblement, ce qui ne fait qu’empirer la situation et augmenter la petite criminalité et le nombre de dealers.
    Quand j’étais jeune, comme toutes les générations, on aimait bien tout ce qui était interdit, se distinguer des autres en faisant ce que la société n’aimait pas. Mais c’est plus grave pour les jeunes qui sont à la recherche de repères dans une société qui ne les considère pas comme les autres, et les fréquentations peuvent être très néfastes quand on est plus influençable, plus fragile. Non, tout le monde doit rencontrer tout le monde, ne pas rester confiné aux gens de sa communauté, aller partout et être accepté partout. C’est à dessein que j’ai parlé des juifs dans mon livre. J’ai toujours montré à mes élèves que nous n’avons pas de problème avec les juifs, avec la religion juive. On ne peut pas comprendre l’islam sans ce qui l’a précédé, le judaïsme et le christianisme. Pourquoi mettre alors ces barrières entre juifs, chrétiens et musulmans ?

Il faut être aux côtés des victimes, des humiliés, ne pas devenir complice par le silence. L’injustice nécessite la résistance.

QUEL ACCUEIL RECEVEZ-VOUS DANS LES ECOLES OU VOUS ALLEZ TEMOIGNER ?

Hassan Jarfi. Les jeunes sont extrêmement réceptifs, ils sont prêts à comprendre le message. Ils sont très touchés, me témoignent leur solidarité. Un enfant ne demande qu’à apprendre, surtout des personnes à qui il fait confiance. C’est très important de leur parler. Si d’autres viennent leur inculquer des valeurs de haine et de discrimination, ce sera parce que nous avons laissé le champ vide. En plus, les enfants ne s’attendent pas à ce que ce soit un musulman, surtout un professeur de religion islamique, qui vienne témoigner de l’horreur arrivée à son fils et parler de ce sujet. Si on m’invite, dans n’importe quelle école, j’irai.

 

Vous et votre famille devrez encore affronter une autre épreuve : celle du procès des assassins de votre fils.

Hassan JarfiÇa va être extrêmement dur. J’ai dit à ma femme que j’aimerais bien être à l’hôpital, sous anesthésie, jusqu’à la fin du procès. Je ne veux pas y assister. Vous pourriez, vous, allez écouter des personnes qui vont raconter comment ils ont torturé votre fils pendant des heures ? Je ne veux pas les voir, je ne veux pas penser à ces gens. Avant, j’y pensais tout le temps, j’avais de la haine. Maintenant, je m’en détache. Cela ne me rendra pas Ihsane.
    Ce qui importe, c’est continuer le combat, militer pour les minorités, contre l’homophobie. Les assassins d’Ihsane l’ont rendu célèbre en le tuant pour une cause dont souffre encore plus du dixième de la population belge. Mon livre n’est qu’une pierre dans l’édifice. Les droits d’auteur vont aller à la fondationJarfi Ihsane, qui est en train d’être mise sur pied par d’autres personnes, et danslaquelle j’aurai un rôle symbolique, pour aller dans les écoles, sur le terrain, pour contribuer à enraciner l’éducation à la tolérance et à l’égalité. J’ai aussi demandé à la Ville de Liège que l’on puisse installer un écriteau commémoratif à l’endroit où Ihsane a été enlevé, pour que son nom soit présent, et associé aux victimes de l’intolérance et de la bêtise humaine.