mardi 28 mai 2013

JE SUIS CHAQUE HOMME ET CHAQUE HOMME EST MOI LES FRONTS DE LA OU DES CULTURES


par Marc André (extraits)

Parce qu’il est d’emblée central dans l’expression "dialogue interculturel", il nous a semblé nécessaire de consacrer la deuxième de nos Rencontres au mot "culture", ainsi qu’aux usages que nous en

faisons, aux significations et aux enjeux dont il est porteur.

Le terme culture a une dimension visible (sous formes de productions matérielles, de techniques, de protocoles et de rites, de façon de manger, de s’habiller, d’habiter, etc.) et une dimension invisible, qui est celle des mentalités, des croyances, des attitudes mentales, préjugés et stéréotypes.

L’industrialisation, l’informatisation, l’organisation du travail, l’état actuel des identités et des rapports de genres ou de générations, celui des rôles et liens sont autant de phénomènes culturels.

Cette approche garantit la possibilité d’un regard symétrique (c’est-à-direéquitable) sur les mondes culturels et d’un véritable débat interculturel. La culture devient alors la dimension humaine commune.

C’est dans cette dimension commune (la culture des humains de la Terre) qu’il est possible de mettre en question les modèles culturels dominants (au-delà de lacritique des discriminations socio économiques, du racisme et de la xénophobie) et d’interroger par exemple la pertinence du partage conceptuel de la réalité encatégories définies par la domination culturelle. (...)

Les modèles culturels de la modernité et de l’Occident posent en effet tout autant question que ceux des anciens colonisés, ou des groupes minoritaires. Certains clivages idéologiques qui appartiennent à l’histoire d’une culture, à la trajectoire spécifique, historique et culturelle de certaines nations dominantes, sont aujourd’hui imposés comme des évidences mondialisées.

Et c’est précisément ce qui caractérise la domination culturelle: une "réalité" parmi d’autres, prétend être La réalité universelle, s’impose comme une évidence et traite toutes les autres comme arriérées, primitives, barbares voire inhumaines.

Et, dès lors qu’ethnocentriquement, un monde culturel a été décrété inférieur,barbare ou inhumain, il devient légitime de l’éliminer (économiquement,technologiquement voire militairement).

Qu’est-ce qu’une culture démocratique? une culture de la fraternité? une culture de la peur?Des lieux de débat citoyen ne sont-ils pas nécessaires pour ouvrir les questions de valeurs, de normes et de croyances qui sont le cœur d’un dialogue interculturel?"

Pierre Tevanian, animateur du site "Les mots sont importants", réalise un travail politique de déconstruction des modes de pensée ethnocentriques qui perpétuent en Occident, et en France particulièrement, un rapport colonial au reste du monde(...)Son propos est de montrer comment certaines thématiques, généralement associées au progressisme, telles celle de l’émancipation féminine, la liberté d’expression ou la laïcité, étaient utilisées à des fins de disqualification et de stigmatisation des populations anciennement colonisées et issues de l’immigration. Ces groupes humains sont identifiés dans ce nouveau discours colonial (et c’est nos esprits que ce discours vise à coloniser) au fanatisme religieux, à l’oppression des femmes, à l’obscurantisme et à l’irrationalité. Ligne de partage bétonnée qui sépare, par exemple, Israéliens et Palestiniens dans un imaginaire du "eux, les barbares" et "nous, les civilisés".

L’opinion publique occidentale est ainsi invitée à s’identifier plutôt à la cause israélienne. Alors que les populations, parfois révoltées, des "banlieues" françaises sont identifiées, et s’identifient, aux Palestiniens. Le racisme n’est pas une "maladie", un accident de l’histoire, souligne Pierre Tevanian, c’est au contraire une des structures basiques de l’ethnocentrisme occidental, héritée de la

domination coloniale. "À partir du moment où le racisme est une construction culturelle, il faut faire un travail de déconstruction sur la culture - la culture héritée dans laquelle on baigne -, et faire un travail de résistance, de critique, de création, d’invention. On a tendance, lorsqu’on parle de culture ou de différences culturelles, à lier cette question à celle des minorités ethniques, des migrants ou des enfants des migrants. C’est une tendance à sens unique, c’est-à-dire qu’on ne questionne pas la culture du pays dit d’accueil, la culture dominante et majoritaire. On se focalise plutôt sur la différencede l’autre et on se pose par exemple ces questions : le caractère musulman de la culture des migrants est-il un obstacle à la bonne intégration dans notre "société"?

Existe-t-il une particularité culturelle qui fait qu’ils ne peuvent pas ou ne veulent pas s’intégrer dans notre univers mental, dans notre société? On se pose beaucoup plus rarement la question suivante: existe-t-il dans le caractère islamophobe de la culture du pays d’accueil, dans son héritage post colonial, des facteurs qui nuisent

à la bonne intégration de certains? Quelque chose qui fait qu’on ne veut pas ou ne peut pas les accepter, en tous cas sur un pied d’égalité. Je cherche ainsi à promouvoir une approche symétrique où on n’interroge pas à sens unique la culture de certaines personnes et non la culture dominante. (…) Loin d’être,incompatible, la défense de sa différence et le combat pour l’égalité ne font qu’un."

Kenan Görgun raisonne à partir d’une tout autre position: celle du désir individuel de s’affranchir des déterminismes identitaires liés aux appartenances culturelles. Ce désir correspondant aussi, selon Kenan Görgun, à la nécessité collective de ne pas s’embourber dans des fatalités historiques issues du passé mais de se tourner plutôt vers la production créative du futur. "Le concept d’appartenir à quelque chose est très flou pour moi. Et très peu crédible. Avoir grandi et vécu dans un ensemble de frontières très floues a été ma plus grande chance parce que j’ai dû me reconsidérer surtout comme un être humain, me redéfinir au fur et à mesure et m’adapter à ce que le fait d’être un être humain exige de moi par rapport à mes propres choix et par rapport aux gens qui croisent ma vie. (…Demain, je peux donc complètement changer de vie, de boulot, de géographie, de milieu, et découvrir une tout autre façon d’être humain. Et je continuerai d’être un humain, dénominateur commun.

 

"Par exemple, face aux croyances religieuses, j’ai envie de voir que les mécanismes qui sont à la base de notre besoin de croire sont identiques," (…)écrit Kenan Görgun qui travaille sur un livre qui s’appelle "Toutes mémoiresabolies". Ce titre provient de la dernière phrase: ‘Toutes mémoires aboliesje suis chaque homme et chaque homme est moi‘. C’est vraiment le seul fil rouge auquel je crois et que rien n’a remis en question jusqu’à aujourd’huiAlors que j’ai jeté à la poubelle pas mal de croyances et de certitudes, celle-là demeure."

• comment résister au déploiement des modèles culturels mondialisés?

• quelle vigilance par rapport aux discours médiatiques dominants?

•comment inventer nos identités au-delà des appartenances?

Valérie Brixhe tente de répondre à ces questions. Historienne de l’art et spécialisée dans la critique de l’image, elle a travaillé sur la construction des imaginaires collectifs à partir des images, notamment les imaginaires sur les Africains, les musulmans, les femmes, certains métiers. Elle a également collaboré à l’exposition "Le Noir du Blanc: images des Noirs dans la culture populaire occidentale" et "Notre Congo, Onze Congo: la propagande coloniale belge.

Selon elle, "nous recevons une série de valeurs culturelles identitaires de nos parents, de l’école, de notre système philosophico religieux. Notre vécu expérimente ces valeurs et fait que nous nous inscrivons, face à elles, en vrai ou en faux. Nous sommes héritiers de cultures qui s’inscrivent dans un temps et un espace. Comment s’émanciper en tout ou en partie de ce schéma culturel? L’espace collectif inculque des catégorisations, des préjugés et stéréotypes qui nuisent à cette émancipation. La question de la reconnaissance est donc fondamentale: il faut reconnaître les différentes formes de discriminations pour déconstruire les préjugés, et combattre l’ethnocentrisme réducteur de la culture occidentale."

Mohamed Samadiinsiste sur la nécessité de se former et de former les jeunes à la gestion mentale, c’est-à-dire à une conscience réflexive des mécanismes mentaux de la cognition et de la pensée.

Anne Etienne, pour sa part s'interroge sur l’identité des interprètes sociaux. Ilsappartiennent à plusieurs mondes culturels; ne doivent-ils être que des traducteurs interprètes stricto sensu? Ou bien sont-ils aussi des interfaces, des médiateurs interculturels? Son exposé s’intitulait "Les normes sociales à l’épreuve de la médiation interculturelle".

Ces témoignages ont permis de  dégager quelques pistes pour l’intersubjectivité culturelleCes pistes concernent les questions de transmission et d’éducation, celles des nouvelles synthèses identitaires, liées à nos multi appartenances, celles de la confiscation du temps humain par la raison économique et le culte du profit, celles enfin de nouveaux, clivages qui s’installent aujourd’hui dans l’opinion publique et que l’Action interculturelle doit pouvoir prendre en compte.

© Centre Bruxellois d'Action Interculturelle

 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

JE SUIS CHAQUE HOMME ET CHAQUE HOMME EST MOI‘.

AUTREMENT DIT, DEVENONS TOUS COSMOPOLITES


À côté et au delà du droit à la différence, rappelons nous que "toutes mémoires abolies" nous sommes fondamentalement pareils ce qui induit, de surcroît, un droit à l'indifférence, autrement dit à l'acceptation de tous par tous.

Vite dit!

Oui certes, c'est à cela qu'il faut tendre, le droit à la différence-indifférence. Certes! Mais comment y parvenir?

"Des lieux de débat citoyen ne sont-ils pas nécessaires pour ouvrir les questions de valeurs, de normes et de croyances qui sont le cœur d’un dialogue interculturel?"

Assurément ils le sont mais on procède comment, dans la pratique, sur le terrain, hic et nunc? A l'école?  On aimerait beaucoup, mais c'est un leurre! Au bistrot? Chacun s'en tient à son thé menthe, à sa Jupiler, à son coca zéro. Zéro sur toute la ligne en effet! Au resto, chez soi? Comme Babette organiser un festin, partager les nourritures terrestres et spirituelles. Mais comment on fait quand chacun se raccroche qui à son couscous, qui à son moules frites, qui à ses kebabs hallal...qui à son RTL, qui à son Algesiras ou à son VTM...

Et pourtant, "toutes mémoires abolies" comme Kenan Görgun: "je suis chaque homme et chaque homme est moi‘. C’est vraiment le seul fil rouge auquel je crois et que rien n’a remis en question jusqu’à aujourd’huiAlors que j’ai jeté à la poubelle pas mal de croyances et de certitudes, celle-là demeure."

Toutes mémoires abolies?

Vous avez dit mémoire? Quelles mémoires? Retenons que selon Valérie Brixhe "nous recevons une série de valeurs culturelles identitaires de nos parents, de l’école, de notre système philosophico religieux. Notre vécu expérimente ces valeurs et fait que nous nous inscrivons, face à elles, en vrai ou en faux. Nous sommes héritiers de cultures qui s’inscrivent dans un temps et un espace. Comment s’émanciper en tout ou en partie de ce schéma culturel? L’espace collectif inculque des catégorisations, des préjugés et stéréotypes qui nuisent à cette émancipation. La question de la reconnaissance est donc fondamentale: il faut reconnaître les différentes formes de discriminations pour déconstruire les préjugés, et combattre l’ethnocentrisme réducteur de la culture occidentale."

Toutes mémoires abolies!

Abolies? Non pas abolies mais sublimées, dépassées, surmontées, ou simplement relativisées. Nous ne voulons pas de dialogues d'amnésiques, d'autistes sans discours vrai, spontané, engagé. Que nos mémoires cessent d'être tyranniques, exclusives, excluantesdiscriminantes. Que nos mémoires soient libres et ouvertes, accueillantes et non jugeantes. Autrement dit devenons tous cosmopolites.

MG


NOOIT GEDACHT DAT DE PAUS EN IK EEN HOBBY DEELDEN: DUIVELS EN DEMONEN

DM COLUMN Fikry El Azzouzi is auteur van onder meer 'Het Schapenfeest'.


© dm.

Angst voor het onbekende is de grootste vijand van de mens? En wat is er vreemder en onbekender dan een onzichtbare wereld?

Zalig zijn de onwetenden, want ik heb het met eigen ogen gezien. Paus Franciscus is een exorcist. Een witte magiër die geesten bezweert. Op het Sint-Pietersplein dreef hij met een krachtige handoplegging de duivel uit het lichaam van een bezeten man. Ik zag hoe de zieke man, ineengezakt in zijn stoel en met wijd gesperde mond, verstarde. Het was alsof de arme man op elk moment gillende demonen kon uithoesten. Ik vraag me af hoe het met de man gaat. Zou hij demonenvrij zijn en zou de paus ook aan nazorg doen?

Paus Franciscus zal dit ook weten, maar eigenlijk mag ik over de onzichtbare wereld niet in het openbaar vertellen. Dat brengt onheil en rampspoed.

Nooit gedacht dat de paus en ik een hobby deelden. Als kind was ik gefascineerd door duivels en demonen. Die fascinatie kon je ook vertalen naar een ware doodsangst voor een boze onbekende wereld. Ik was zo bang dat ik altijd met het licht aan sliep. Maar daar staken mijn ouders altijd een stokje voor. Zij vreesden de elektriciteitsrekening nog meer dan djinns. Ik was zo bang dat ik bij het slapen gaan mezelf meteen met dekens mummificeerde. Ik was zo bang dat ik het liever in mijn broek deed, dan van mijn zolderkamertje naar het toilet te rennen. Er waren geen Ghostbusters die ik kon bellen. Er was geen Casper het vriendelijk spookje dat mij kwam geruststellen. Mijn nachten waren langgerekte horrorfilms.

Toch bleef ik luisteren naar griezelverhalen van vrienden en neven en nichten. Over het boze oog en over djinns die bezit kunnen nemen van mensen en dieren. Voor wie in een blanke sprookjeswereld leeft, djinns zijn onzichtbare wezens gemaakt van vuur zonder rook. Verhalen over Aïcha Kandisha, de feministischedjinn met bokkenpoten die mannen bij de ballen greep. Over Bouhabaz, de djinnmet hoge hoed die je 's nachts in je slaap kwam wurgen. Begrijp je nu waarom ik mij mummificeerde?

Zulke verhalen brachten ons niet alleen dichter bij elkaar, we voelden ook de aanwezigheid van djinns. Een onverwacht geluid of een kat die krols is: djinns. Een scheet: djinns. Sommigen dachten zelfs dat ze bezeten waren door djinns.

Een neef vertelde een verhaal over een vrouw die naar een begraafplaats ging om de handen van een lijk af te snijden. Met die handen bereidde de vrouw een maaltijd. En al wie van de maaltijd at, bleek in haar macht te zijn. De werkelijkheid haalde echter de fictie in, want ik las onlangs in de krant dat een vrouw op heterdaad betrapt werd toen ze de handen van een lijk afsneed. Met een smakelijk gerecht wilde ze haar lastige schoondochter temmen.

Mijn neef probeerde het kwade te beïnvloeden. In het buitenland kocht hij een amulet. "Met dit ding word ik profvoetballer. Een seherra (waarzegster) heeft me dit gezegd", schreeuwde hij enthousiast uit. Uiteindelijk is hij een uitstekend metser geworden.

Angst voor het onbekende is de grootste vijand van de mens? En wat is er vreemder en onbekender dan een onzichtbare wereld? Mijn spectaculairste verhaal heb ik opgespaard. Op een avond, ik was een jaar of vijftien, gingen we met enkele neven naar een kerkhof. Met Ouijabord en -glas gingen we geesten oproepen. Velen dachten dat op die bewuste avond de hel ging losbreken. Weet je wat er toen gebeurde? Niets. Wat een teleurstelling. Misschien moeten we de ervaren Franciscus om raad vragen.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

MEMOIRES DEMONIAQUES


Hallucinant! Voilà donc comment on élève nos enfants: dans la peur de Guignol, du père Fouettard, des sorcières, du diable chez nous, autrefois. Dans celle des djinns et d'Iblis chez les musulmans; encore actuellement.

Exorciser tout cela et se retrouver "toutes mémoires abolies". Se débarrasser des" construction des imaginaires collectifs à partir des images" des imaginaires africains, musulmans et des nôtres par la même occasion. Purger nos esprits des innombrables  superstitions qui les habitent. Sortir du sommeil de la raison, chasser les monstres qu'il engendre. Déconstruire nos imaginaires pollués pour nous ouvrir à l'autre, libéré enfin de tout ce fatras, ce galimatias.

 

 

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