jeudi 9 mai 2013

«Nous devons refuser les ghettos»


Vanessa Lhuillier
Le Soir

La Région bruxelloise a un nouveau ministre-président en la personne de Rudi Vervoort. Lors de sa déclaration de politique générale devant le Parlement, il a développé sa méthode de travail. Au programme: concertation et développement de sept grands axes stratégiques.
Sa tache sera ardue car il ne lui reste qu’une année pour faire ses preuves et préparer le PS bruxellois à la campagne pour les régionales.
A 14h, il a fait son discours de politique générale devant le Parlement bruxellois juste après son premier conseil des ministres. Pour la première fois depuis neuf ans, Charles Picqué s’est, lui, assis dans cette assemblée comme député.

Extraits
L'IDENTITÉ BRUXELLOISE TRANSCENDE PEU À PEU LES CLIVAGES LINGUISTIQUES.

Elle transcende d’ailleurs peu à peu tous les autres clivages qui composent la population bruxelloise. Elle est faite de cette conviction que la différence est une richesse et qu’il est possible à chacun de trouver sa place dans notre société du vivre ensemble.
Elle assume sa particularité de région carrefour de l’Europe, avec ses cultures qui la traversent et qui doivent être non pas un facteur de division mais une démonstration de force.

Ce qui compte, c’est l’avenir de Bruxelles.

Il faut asseoir l'action gouvernementale sur une vision de Bruxelles.
Sur une vision de la ville. Les villes, ce sont les lieux de tous les contrastes et de toutes les tensions que la vie en société génère.
C’est dans les villes que l’on côtoie les plus grandes richesses et la plus grande pauvreté à la fois. C’est dans les villes que les migrations passent en permanence et changent continuellement leur visage.
C’est dans les villes que les besoins sociaux sont les plus grands.

C’est dans les villes que les pressions sur l’environnement et la santé sont les plus fortes, c’est dans les villes que se joue notre avenir collectif. C'est dans les villes que nous jouissons le plus de nos libertés.
Faire bouger en harmonie et dans le vivre ensemble cet amalgame hétéroclite que constitue la ville est le grand défi d’aujourd’hui et de demain.
Penser la ville, c’est comprendre que sans cultures (au pluriel), il n’y a pas de véritable identité.

Je veux que nous nous concentrions sur ce double et insupportable paradoxe bruxellois. Le paradoxe du bien être tout d’abord puisque les revenus générés sur notre territoire – près de 20% des richesses (du PIB) de toute la Belgique – ne profitent que très partiellement à ses habitants.

Le paradoxe de l’emploi ensuite. Tout en constituant le principal bassin d’emploi du pays – plus de 700.000 emplois sont occupés à Bruxelles – notre Région présente un taux de chômage beaucoup trop important, principalement chez les jeunes.
Nous devons prioritairement mobiliser tous nos moyens en faveur de la jeunesse bruxelloise. Et continuer de nous appuyer sur l’Union européenne qui en fait une priorité.
Je suis convaincu que ces jeunes ont la force et le dynamisme en eux pour améliorer leur vie et celle de notre région. Nous n’avons pas le droit de les décourager.

Il est de notre responsabilité et de notre devoir de leur donner tous les moyens dont nous disposons pour leur offrir des perspectives d’avenir.
Les budgets consacrés au New Deal seront principalement orientés vers eux : tout faire pour mieux former les jeunes bruxellois.

Nous ne pourrons nous attaquer efficacement à cette problématique sans une certaine capacité d'influence sur l'enseignement obligatoire, son organisation, ses missions et ses objectifs pédagogiques.

La maîtrise de la deuxième langue nationale et des notions d'anglais sont aujourd'hui les exigences de base pour la plupart des offres d'emploi.

Malheureusement, moins de 10 % des demandeurs d’emploi bruxellois sont en mesure d'y répondre.
Mais nous ne pouvons raisonnablement espérer résoudre ainsi, avec des moyens régionaux limités, un problème qui prend sa source à l’école.

La 6ème réforme de l’Etat nous permettra de mettre en place des programmes de formation beaucoup plus adaptés aux besoins des chômeurs bruxellois.
Je veux aussi une concentration des moyens qui soient orientés vers les publics les moins formés afin de les remettre dans la spirale vertueuse de la formation et de l’emploi.

Je proposerai notamment au Gouvernement d’opter pour l’amplification ou la création de centres de référence et pôles de compétences tournés vers cinq thématiques prioritaires parce que de forts potentiels d’emploi y sont liés :

- les nouvelles technologies
- la mécanique et les autres métiers techniques
- la construction durable et la logistique
- les métiers de la ville, en compris la fonction publique et l’ensemble de la filière touristique et les métiers de la sécurité;

Je veux donner la priorité à 7 zones de développement pour y concentrer tous les moyens disponibles, en ce compris le nouveau dispositif de zones franches urbaines.
Nous sommes à la croisée des chemins dans la définition des rapports entre la Région et les communes.

Le Gouvernement de la Région de Bruxelles Capitale n’est pas un super Collège communal, de même que ce Parlement n’est pas un méga Conseil communal. Il faut repenser le rôle respectif de la Région et des communes.
Région légalement bilingue et factuellement multilingue, Bruxelles doit être un concentré de la réussite du modèle belge. Bruxelles, c’est l’atout capital de notre pays.
Il ne faut pas se le cacher, Bruxelles est parfois l’oubliée du fédéralisme belge. Cela doit changer.
Ce dont nous avons besoin, c’est d’un grand partenariat « intra fédéral ».
Aujourd’hui, résident à Bruxelles plus de 350.000 habitants de nationalités étrangères. Parmi ceux-ci, plus de 220.000 viennent des Etats membres de l’Union européenne.

Etre la capitale de l’Europe est un atout dont nous n’imaginons pas encore toutes les potentialités, entre autres sur le plan touristique.
Nous le savons tous, le tourisme – tant de loisirs qu’économique – est l’or bruxellois de demain.
Bruxelles, ce sont avant tout des hommes et des femmes.
Quelle que soit leur langue, leur origine, leur couleur de peau, leur conviction philosophique ou religieuse, les Bruxellois ont une identité à part entière. Cette identité là, il faut la développer.
Mais l’identité bruxelloise est ouverte sur le monde, sur l’Europe et évidemment sur la Belgique. Le vivre ensemble doit être notre force.


COMMENTAIRE DE DIVERCTY
LE NEW DEAL DE RUDI SUPERMAN

Ce texte, constitue une excellente feuille de route pour ce qu'il convient de faire pour sortir Bruxelles de l'ornière.
Mais pourquoi n'avoir pas mis Rudi Vervoort aux manettes beaucoup plus tôt?
Il semble volontaire.
Comment imaginer réaliser ce plan quinquennal en une seule année?
Il pourrait s'agir d'une feuille de route pour le prochain gouvernement bruxellois auquel les libéraux rêvent de participer.
En cela ce serait dont un appel à partenaires et une manière de couper l'herbe sous les pieds de Reynders qui n'a, semble-t-il, rien encore dans son escarcelle.
MG



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