jeudi 16 mai 2013

Paris, poubelle ville du monde


 


© DEMOULIN

Que reste-t-il de Paris, quand on la regarde comme Libé a vu Bruxelles ? Reportage sur place, à l’ombre de la Ville Lumière

PARIS C’est un titre volontairement provoc. Tordons le cou au canard d’entrée : ce n’est ni de la frustration, ni de l’aigreur, encore moins du quéquettisme mal placé. Au jeu de la mesure du phallus, on sait, petits Bruxellois tout enclavés et enlaidis que nous sommes, que le pénis Eiffel met 329,98 mètres dans la vue de celui, néanmoins saillant, de notre bon vieuxManneken Pis – qu’en prime l’ingérence bruxello-bruxelloise laisse se faire la malle au profit d’un vague ersatz russe et doré.

On sait, aussi, que la Ville Lumière regorge de merveilles autrement plus luisantes que les nôtres. Notre-Dame/Saints Michel-et-Gudule ou Canal de Willebroek/Seine (la nôtre, on ne l’a même plus !)  : soyons sérieux, le match est perdu d’avance. On n’ignore même pas qu’à côté de Libération , cette grande presse, La DH semble bien modeste. 

Mais, décemment, on ne pouvait laisser notre capitale se faire molester de manière aussi gratuite, à charge, dans les colonnes du quotidien français, ce lundi, sous la plume du correspondant Jean Quatremer. Trop de Bruxellois ont encore un boentje pour cette cité, aussi bordélique soit-elle. On a donc pris la route, hier matin. 



L’E19, puis la A1, pour être exact. Pas pour jouer les Samaritains ni pour prouver que la capitale hexagonale française fait pareil ou pire que notre “sale” et laide”Bruxelles, dixit Libé . Mais pour démontrer, tout simplement, à quel point il est facile de montrer une ville, aussi belle soit-elle, sous son plus mauvais visage, tout en zappant son patrimoine, ses richesses, ses beautés – et, foert , on en a encore. La façon unilatérale avec laquelle Libé a dirigé sa loupe au-dessus de ce que Bruxelles compte de pire ne pouvait rester impunie.



Soyons clairs : Jean Quatremer a raison sur bien des points, en particulier lorsqu’il appuie sur l’impossibilité viscérale de nos communes à harmoniser leur politique d’urbanisation. Et ce n’est pas parce qu’un journaliste français (JeanQuatremer est né à Nancy) le dit qu’il a tort, loin s’en faut. Mais, alors, il doit tout dire. Le fiasco Madou, mais aussi les bienfaits du poumon de Bruxelles, le Bois de la Cambre, où l’on ne l’a pas lu traîner sa plume. Le charme quasi intact des îlots typiquement bruxellois. 

L’allure du Cinquantenaire, notre petit Arc de Triomphe, notre huppée périphérie – quand celle de Paris respire le “sentiment d’insécurité” , comme aurait pu le dire Philippe Moureaux. Les Halles St-Géry, les Nuits du Bota, les places Sainte-Catherine à Noël, du Miroir, du Luxembourg, du Châtelain. La Grand-Place, le vieux Sablon. La saleté des “autoroutes internes” qui nous déchirent, mais aussi les belles avenues de Woluwé, Uccle, Ixelles. Bruxelles a ses trottoirs éventrés, c’est clair, mais aussi ses mini-Neuilly. 



Si, dixit Charles Piqué au correspondant de Libé, les rues de la Loi et Belliardsont des “égouts à bagnoles”, ceux qui entrent péniblement dans Paris, après avoir entr’aperçu le Stade de France, entre les tags et les bouchons phénoménaux, savent que la Porte de la Chapelle, qui s’entrouvre sur le 18e des 20 arrondissements qui segmentent Paris (on peut traverser, en 50 mètres, trois arrondissements, comme trois communes, pour reprendre l’analogie de Libé), est un siphon à tacots. Et encore, bouché.

Bruxelles accuse un évident, et sans doute malsain trop-plein d’automobiles, alimenté au quotidien par les 300.000 navetteurs qui y travaillent. Qu’on n’ose pas nous dire que Paris ne souffre pas du même mal. Sauf que l’envahisseur motorisé n’y compte pas que quatre roues, que les places y sont cruellement plus difficiles à dénicher qu’à Bruxelles, que les voitures stationnent une rue sur trois pare-chocs contre pare-chocs et que l’escalade de trottoirs est un sport local manifestement très couru. Pour décongestionner tout cela, la Mairie de Paris, sous l’égide de Bertrand Delanoë (en fin de mandat), a conclu un contrat crucial avec JCDecaux, en lançant les Velib’, vélos à louer dont la popularité ne s’est jamais démentie (mais dont 80 % des 20.600 bicycles mis en service ont déjà subi un acte de vol, ou de vandalisme).

La largeur et la vétusté de nos trottoirs, tournée au ridicule par Libération ? Elle est aussi peu vaste dans les artères parisiennes. Un seul exemple : la rue Saint-Honoré, lieu chicissime s’il en est, où les chantiers pullulent et la marche à trois de front est susceptible de vous faire valdinguer sur une chaussée où, vu les excités du volant locaux que le permis à points n’a pas réussi à calmer, on ne donne pas cher de votre peau. Vendôme ? La plus bling-bling place du monde est partiellement en travaux, do not disturb. Difficile, sur les 18e, 17e, 8e, et 2e arrondissements qu’on a arpentés de sortir des chantiers battus… Si Bruxelles est un chancre permanent, Paris se relifte de manière aussi continue que les très exercées demoiselles de chez Sephora.



Notre sympathique taximan, Joachim, qui a quitté son Congo belge pour les feux parisiens en “soixante-dix-huit”, nous le confirme. “Je connais un peu Bruxelles. C’est grave, mais Paris, c’est pire. Tout le temps en travaux. Partout. Et c’est encore pire en août…”

La saleté ? Elle est, également, omniprésente, aussi huppé soit le lieu visité. Pourtant, et là Paris a une sacrée longueur d’avance sur Bruxelles, il faut être d’une malhonnêteté crasse pour ne pas croiser une poubelle publique, verte, siglée Vigilance-Propreté. Plantées tous les cinquante mètres à même le béton, et vidées trois à quatre fois par jour par la voirie, elles n’empêchent pourtant pas les touristes mais aussi les locaux de feindre de les ignorer. Même en face de l’Élysée, vitrine du pouvoir français, les canalisations déversent à même la rue !

Joachim reprend : “Oui, Paris, c’est sale. Mais ce n’est pas la faute de la Ville, ce sont les gens qui sont à blâmer. Le ramassage de poubelles, dans le centre, a lieu tous les matins – en banlieue, d’où je viens, c’est deux fois par semaine. Ce sont les gens, et les Parisiens en premier, qui ne respectent pas leur ville…”

Quant à l’architecture, celle de Paris est évidemment exemplaire. Mais bipolaire, entre ses tours grises et mornes qui déchirent le ciel et ses superbes boulevards haussmanniens. Elle a aussi ses bizzareries, comme Beaubourg, rebaptisé “Laidbourg” par bien des Parisiens, ou la Défense, “gaminerie géométrique”, a-t-on entendu hier…

Ville lumière, mais aussi de contrastes. Sociétaux, avant tout. Ici, les trop nombreux SDF (9, rien qu’autour de la Gare du Nord) dorment à même le sol, léchant des vitrines aussi prestigieuses qu’Armani, Todds ou Hugo Boss dans les quartiers mondains. À la sortie du métro Château d’eau, sorte de Matongélocal, les rabatteurs s’empressent de diriger les éventuels intéressés vers l’un ou l’autre coiffeur afro. Pendant ce temps, les costumes immobiles tirent la tête dans un métro étouffant de monde et de degrés Celsius où l’on se pousse à midi et quart bien plus violemment qu’à 8 h station Arts-Loi.



Le centre de Paris est mieux entretenu que celui de Bruxelles ? Peut-être – impossible à prouver – mais Paris fonctionne comme un atome, avec un noyau choyé et ses électrons périphériques où le problème est isolé et l’autorité mal acceptée. 

Ce n’est ni mieux, ni moins bien, c’est différent. Si l’insécurité est réelle à Bruxelles, elle est tout aussi concrète à Paris. Comme les critiques fustigeant ses décisionnaires. Le préfet de police parisien, soutenu par le Premier ministre Ayrault mais lourdement accablé pour les débordements des supporters du PSG (30 blessés), en atteste. Si Paris en met plein la vue à ses 30 millions de touristes annuels, nombre d’entre deux s’étonnaient hier de la virulence de ces supporters [?] au moment d’arpenter le Trocadéro, et regretteront de fouler le même sol que celui souillé par ces milliers de manifestants anti-mariage gay. Une loi, soit diten passant, acceptée avec une tranquillité et une tolérance exemplaire dans notre petit État démocratique.

Vous aurez noté qu’on n’a pas évoqué la gentillesse des serveurs parisiens, pros et souriants (pour ce qui fut notre cas), la beauté du Parc des Tuileries, la Majesté des Champs, des Invalides, le pittoresque du Pont Neuf ou de St-Germain, les pantagruéliques opportunités de culture, de gastronomie ou de shopping. Libé s’en est également privé en ce qui concerne notre capitale.

Bruxelles est imparfaite, stagnante, pauvre, bornée (4G ?), peut-être plus moche que belle, mais elle a son caractère, ses qualités, ses charmes, ses atouts. C’est un melting-pot brux’n’brol mais elle mérite d’être si pas aimée, à tout le moins respectée, en dépit de son taux de chômage ou de mélanine, comme le chantaitAkro, Bruxellois de souche qui envoie au diable les Bains-Douches et à Bruxelles-Les-Bains se couche.

En conclusion, saloper une ville, c’est aisé, pour peu qu’on oriente son regard. Il est facile de trouver l’ombre, même dans la Ville Lumière. De transformer la plus belle ville du monde en poubelle ville du monde. Mais Paris peut bien s’éveiller cent fois, AnnegarnBénabar et Brel n’avaient pas tout faux.

Envoyé spécial en France Alexis Carantonis


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE BRUXELLOIS EST CHAUVIN

ENFIN!

Clâsse ou pas clâsse, j'ai savouré l'article à la petite cuillère et surtout l'édito au vitriol d'une DH qui ne fait pas dans la dentelle. Pour une fois je lui donne pleinement raison.

Qu'on critique ma chère Europe, soit; qu'on tourne en dérision notre triste belgitude, pourquoi pas, qu'on ridiculise Wallons et Flamands, il y a de quoi. Mais qu'on ne touche pas à mon cher Bruxelles dont je sais les défauts mieux que Quatremer et je pourrais en rajouter une couche. Mais je supporte mal, très mal, que ce soit lui qui les pointe, lui petit prétentieux méprisant qui bosse pour Libé, journal des parigots bobos gauchos.

Une chose pourtant me réjouit: Libé a réveillé les Bruxellois masos qui se laissent maltraiter par un gouvernement d'incapables et un parlement de lèchebottes uniquement soucieux de leur réélection.

Debout le peuple de Bruxelles, assez roupillé.

Bonne nouvelle, il me revient que Vervoort s'intéresserait fortement à la question du développement territorial qu'il entend bien mettre sur le métier. Excellent pourvu qu'il s'attaque hardiment aux dysfonctionnement Communes-RégionAffaire à suivre.

Il se pourrait d'ailleurs que les deux choses soient liées.

Ravi que les Bruxellois s'intéressent enfin à leur bonne ville!


 

Édito: Casse-toi p’tit con !

 

"Sache, cher Jean Quatremer, qu’en Belgique, on ne tire pas sur une bête blessée"

BRUXELLES 
Cher Jean Quatremer. Toi qui vis depuis si longtemps à Bruxelles, toi qui fréquentes avec un appétit non dissimulé les débats télévisés de Belgique et de Navarre, toi qui tweetes sur les grands enjeux européens ou sur ton trottoir défoncé avec la même emphase, nous te donnons pleinement raison. 

Oui, Bruxelles est une ville un peu barrée, dotée d’une signalétique d’un autre âge, de trottoirs mouvants, de chantiers perpétuels, d’embouteillages monstres. 

Oui, sans l’Europe, Bruxelles ne serait rien. 

Oui, Bruxelles souffre de sa situation géostratégique : tiraillée entre de trop nombreux niveaux de pouvoir, coincée dans un étouffant régime particratique, embuée dans de perpétuelles querelles linguistiques, la capitale de l’Europe avance pieds et mains liés. Et son gouvernement – composé de ministres et secrétaires d’État dotés de moins de pouvoir que le maire ou l’adjoint au maire d’une grande ville française – n’y peut pas grand-chose. Qu’il s’émeuve en lisant ta prose prouve que tu as fait mouche. Que tu as visé là où ça fait mal. 

Mais sache, cher Jean Quatremer, qu’en Belgique, on ne tire pas sur une bête blessée. Surtout sans en livrer quelque perspective. Surtout dans un Grand Angle qui s’avère n’être qu’un aperçu de Bruxelles par le petit bout de TA lorgnette. C’est déloyal, petit, bas… Et déjà lu. 

Voici un siècle tout juste, le guide du routard de l’époque (le guide Baedeker, édition 1913) écrivait : “Bruxelles est une ville sale, en perpétuel chantier.” D’ici bas, ton petit caca nerveux nous fait un peu penser à ton ancien chef d’État, petit, parfois bas, pas toujours loyal… Celui-là même qui envoie paître le Français moyen d’un lapidaire “Casse-toi pauv’con” … Eh bien nous te retournons la diatribe. 

Franchement, si tu préfères vivre à Berlin ou Rome, si tu ne supportes pas de tacher tes Weston en te promenant dans ton très français quartier du Châtelain : casse-toi, p’tit con ! La DH.

 

Aucun commentaire: