samedi 4 mai 2013

Smet (SP.A): "Picqué est devenu le gérant d'une boutique"

Mathieu Colleyn et Vincent Rocour

"Avec lui, Bruxelles a changé, c’est indéniable. Mais c’est surtout vrai durant les premières années de la Région."

Pascal Smet (SP.A) n’a pas l’habitude de garder sa langue en poche. L’actuel ministre flamand de l’Enseignement et des Affaires bruxelloises a bien connu le ministre-Président sortant pour avoir partagé le pouvoir au gouvernement bruxellois entre 2004 et 2009. Celui qui a été rejeté dans l’opposition régionale en 2009 porte un regard sévère sur les années Picqué.
QUEL BILAN TIREZ-VOUS DES ANNEES PICQUE ?
Avec lui, Bruxelles a changé, c’est indéniable. Mais c’est surtout vrai durant les premières années de la Région. La meilleure partie de son "règne". Après, il est devenu le gérant d’une boutique, la boutique Bruxelles. Il ne lui a plus jamais donné une vraie ambition face aux autres villes européennes. Cela en partie à cause de lui-même mais aussi de l’ensemble de la classe politique bruxelloise. Elle a toujours une vision municipaliste. Quelque part, Charles Picqué est resté le maire de Saint-Gilles, un maire qui est devenu ministre-Président. Je regrette ce manque d’ambition. Charles est resté un homme de la Fondation Roi Baudouin. La politique, c’est aussi la bagarre Et lui, il n’aime pas la bagarre.
IL A DU VEILLER A UN EQUILIBRE ENTRE LES COMMUNAUTES. CE N’EST PAS FORCEMENT UNE TACHE FACILE.
Il est vrai que ce n’était pas toujours facile. Mais les néerlandophones ne lui ont pas vraiment rendu la tâche difficile. Ils ont voulu faire bouger cette ville. Il fallait choisir entre une vraie ville-région et une région avec des municipalités qui freinent le développement de la ville. Charles n’a pas pu trancher. Et puis, c’était un grand partisan de la Communauté française. Il a joué un rôle pacificateur, je ne le nie pas, mais il a toujours tenu à cette forte liaison avec la Communauté française qui a empêché Bruxelles de devenir une vraie ville internationale où toutes les communautés - francophone, néerlandophone, anglophone - peuvent se retrouver. On n’a pas fait un projet bruxellois pour les Bruxellois. Cela va au-delà de la personne de Charles Picqué. On voit la même chose au MR et au CDH.
LES FRANCOPHONES SE DISENT QU’IL FAUT UNE COMMUNAUTE FRANÇAISE FORTE PARCE QU’IL Y A, EN FACE, UNE COMMUNAUTE FLAMANDE QUI LORGNE SUR BRUXELLES…
Je suis persuadé que la majorité des Bruxellois souhaitent une Région plus autonome avec une identité propre qui n’empêche pas de maintenir un lien avec la Flandre et la Wallonie. Charles évitait les conflits. Mais gérer une ville ne se fait pas sans conflit. Quand j’étais ministre j’ai fait avancer des choses. Villo et l’agence de stationnement, c’est moi. Ça a été des bagarres, parce qu’on a repris du pouvoir aux communes. Ce gouvernement-ci est un gouvernement à l’arrêt.
IL A EU MOINS DE MOYENS QUE LORSQUE VOUS ETIEZ MINISTRE.
On cherche toujours des excuses. Il y a moins de moyens mais on peut trouver des moyens en réorganisant Bruxelles. Le nombre d’hommes et de femmes politiques, le nombre de fonctionnaires, de structures est énorme. On peut simplifier et dégager de l’argent qu’on pourra investir pour les gens.
PAR NOMBRE D’HABITANTS, ON A PEU D’ELUS A BRUXELLES...
Il ne faut pas comparer Bruxelles à la campagne mais avec Prague, Vienne, Berlin. La Ville de New York compte 52 hommes politiques. Il faut diminuer drastiquement le nombre d’hommes politiques à Bruxelles. Tous ces municipalistes ne peuvent exister qu’en disant "non". Cela génère une multitude de blocages qui rendent la cohérence des politiques impossible. De 950 élus il faut passer à 150. Et je veux être clair, le nombre de Flamands devra fortement diminuer aussi.
IL N’Y A PLUS DE COMMUNES DES LORS ?
On peut avoir des arrondissements, et même des communes, mais le pouvoir réel doit être à la Région. Pourquoi ne pas fusionner la Région et la Ville de Bruxelles ? C’est le plus simple, avec une décentralisation dans les autres communes. Le drame de Bruxelles, c’est que le gouvernement bruxellois ne prend pas les choses en main. Il faut une fierté bruxelloise. On n’a plus construit un bâtiment emblématique à Bruxelles ces 20 dernières années, à l’exception du nouveau siège de l’Europe. La gare du Midi est un scandale. La SNCB veut investir et rien ne bouge.
C’EST A CAUSE DE LA REGION ?
Elle bloque. Il y a des critiques, je suis d’accord, mais il faut se mettre autour de la table ! Beaucoup de villes européennes ont changé ces 20 dernières années, Bruxelles s’est contentée de gérer. C’est vrai que le fédéral n’a pas suffisamment investi dans sa capitale, mais pour moi un ministre-Président doit créer une coalition de la volonté.
IL Y A DES RESISTANCES FLAMANDES AUSSi…
Allez, soyons honnêtes, si le PS veut quelque chose à Bruxelles, ce n’est pas le CD&V qui va le bloquer, hein.
ET SUR LE FINANCEMENT DE BRUXELLES ?
Pour la gare, il y avait de l’argent qui n’est pas investi. Il manque la volonté et une vision et ça, c’est la Région. Pas seulement Charles, tout le monde, même dans mon propre parti. Au début de la Région, on a bien travaillé et puis c’est devenu une routine.
IL Y A UN PROBLEME DE PERSONNEL POLITIQUE ?
Le problème quand on fait de la politique à Bruxelles, c’est que tout le monde est compétent mais personne n’est responsable. Quand un homme politique met un bâton dans les roues, il en faut 10 pour le retirer.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
IL A RAISON LE BOUGRE: SANS VISION PAS D'AVENIR​

Un internaute commente: "Charles Piqué est critiquable et apparemment seul un politicien flamand ose le critiquer. Il suffit d'observer les membres de l'exécutif bruxellois pour se rendre compte qu'il ne faut pas espérer plus que ce qu'ils sont capables de produire. Cette région est gérée comme une ville de province avec la fonction publique d'une grosse région."
Bien vu! Ce n'est un secret pour personne, Picqué a fonctionné sans vision malgré un cabinet aussi pléthorique que cacophonique en éternel pétard avec l'administration; de nombreuses et coûteuses études qu'il a fait exécuter par ses services et des bureaux extérieur. Elles pourrissent dans les couloirs. "Pas de vagues" fut toujours la devise de celui qui avait beaucoup de mal à décider quoi que ce soit. L'homme est charmant et dispose d'un immense capital de sympathie parmi les Bruxellois. Mais cela ne résiste pas à une analyse sérieuse: sa gouvernance fut calamiteuse, son autorité faible.
Gérer Bruxelles est une tâche immensément complexe. Mais Bruxelles, on ne cesse de le répéter ici, a de formidables atouts que Charles Picqué à galvaudés par mollesse, crainte des conflits et manque d'ambition.
Il a d'évidence fait un mandat de trop, deux peut-être.
Une seule question se pose: qui sera le nouveau capitaine capable de mener ce Titanic dans les eaux tumultueuses de la complexité?
Onkelinx? Son double échec à Schaerbeek lui colle à la peau comme un vrai syndrome de défaite. Reynders? Jamais ce Liégeois méprisant ne saura conquérir le coeur ardent des Bruxellois aux cent origines. Clerfayt? Economiste de haut vol, honnête bilingue (moins bon que Picqué, meilleur que Reynders et surtout que Laurette), il a fait ses preuves comme municipaliste à Schaerbeek, commune multiculturelle, véritable microcosme de la Région.
La lutte sera serrée et l'issue incertaine.
Sans Picqué, le PS perdra beaucoup de voix; sans son allié FDF, le MR va perdre des plumes et le FDF avec sa campagne pour un libéralisme social pourrait faire un tabac. Les verts pourraient faire la surprise, le CDH sans doute moins.
Ce sera une bataille acharnée. Gageons et espérons que le parti qui proposera la meilleure vision d'avenir de Bruxelles remportera la victoire. "Beaucoup de villes européennes ont changé ces 20 dernières années, Bruxelles s’est contentée de gérer." Il y a vraiment mieux à faire.
De l'audace, bon sang!
MG





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