mercredi 19 juin 2013

2 jeunes sur 10 sur la touche: «C’est choquant et scandaleux»


Quelles leçons tirer de l’enquête de Solidaris/Le Soir/RTBF sur les adolescents ? Alain Cheniaux, secrétaire général des mutualités socialistes dans le Brabant wallon et auteur de l’enquête, a répondu à vos questions.


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L’essentiel des réponses d’Alain Cheniaux, secrétaire général des mutualités socialistes dans le Brabant wallon.

QUELS SONT LES RESULTATS MARQUANTS DE L’ENQUETE ?

«  80 % des ados ont une vision positive de leur avenir. Ils sont conscients que nous vivons une mutation sociétale et qu’ils se construiront différemment de leurs parents. Ils ont des projets, des valeurs. Ce que l’enquête révèle aussi, c’est qu’un ado sur cinq est en décrochage et qu’il ne peut se projeter favorablement dans un avenir. C’est choquant, et nos institutions ont une responsabilité de ne pas les laisser en déshérence. (…) La société laisse sur la touche 20 % de ces jeunes, c’est choquant et scandaleux. Cette observation est aussi observable dans d’autres pays occidentaux.  »

QU’EN PENSEZ-VOUS ?

«  L’adolescent est un être en transformation. Néanmoins l’étude met en évidence que les ados n’ont plus les mêmes repères que leurs parents qui se construisaient selon des repères connus (école, travail). Ici les ados placent leur projet comme priorité première. (…) Notre société est anxiogène et il importe de remettre des valeurs humaines au centre de nos préoccupations plutôt que de se laisser bercer par la société de consommation qui n’amène que son lot de frustrations.  »

QUE FAUT-IL FAIRE ?

Sur le sentiment d’insécurité à l’école (18 % ont « peur de la violence dans leur école ou dans ses alentours ») : «  Ce chiffre est alarmant et je pense que c’est dans la concertation avec l’ensemble des acteurs (école, parents, enseignants, pouvoir politique) que l’on pourra poser les jalons d’une réflexion. La réponse se trouve certainement dans un axe préventif et non répressif.  »

Sur les valeurs : «  Il faut replacer l’humain au centre de nos préoccupations. (…) Je pense que l’ado n’est pas seulement un consommateur. Dans notre enquête, nous avons constaté qu’il se préoccupait d’enjeux sociétaux. »

 

HUIT ADOLESCENTS SUR DIX SONT HEUREUX

Pierre Bouillon

Comment vont les adolescents ? C’est la question que s’est posée Solidaris, pour son troisième «thermomètre des Belges» (après le «bien-être des Belges» et «le stress au travail», publiés l’an dernier dans ces colonnes).


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Comment vont les ados ? Sont-ils heureux ? L’avenir les rend-il inquiets ? Aiment-ils l’école ? L’enquête, dont Le Soir et la RTBF publieront les enseignements tout au long de cette semaine, s’appuie sur un sondage effectué auprès de 400 adolescents de 14 à 18 ans. En parallèle, 250 parents ont également été interrogés, ainsi que 140 enseignants, pour que le ressenti des jeunes puisse être comparé à celui des adultes.

Alors: comment vont-ils, ces ados ? Bien - globalement. C’est l’élément (positivement) surprenant de l’enquête : s’ils ne l’expriment pas toujours clairement, huit ados sur dix se disent « satisfaits de leur vie ». Ceux-là disent avoir de bonnes relations avec leurs parents, aiment l’école, ne brossent pas, apprécient leurs professeurs, pensent majoritairement que l’école sert à quelque chose, aiment dialoguer avec l’adulte, etc.

N’en jetez plus ? Non, n’en jetons plus. Car ce portrait souriant du monde adolescent a évidemment son revers. Aux huit jeunes qui se déclarant heureux font face 20 % d’ados en situation de mal-vivre et qui, eux, concentrent toutes les difficultés - sociales, scolaires, psychologiques, etc. Solidaris les appelle les «décrochants.» Ils lâchent prise, se sentent discriminés, se disent solitaires, s’ennuient, ne croient pas en l’école, pensent de toute façon qu’ils nedécrocheront pas de diplôme, broient des idées noires au point de songer au suicide.

Solidaris se dit préoccupé par ces jeunes en instance d’abandon. Sans préjuger des tables rondes que les mutualités socialistes comptent organiser l’an prochain sur le thème de l’adolescence, les auteurs de l’enquête évoquent de premières pistes de solution au mal-vivre de ces 20 % d’adolescents. Est singulièrement cité le dialogue que les jeunes appellent de leurs voeux, contrairement à ce que pensent volontiers les adultes. Dans le même esprit, Solidaris estime que l’école devrait organiser des « groupes de parole», associant élèves et professeurs, et destinés à «promouvoir l’intégration de chacun ».

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

DES GROUPES DE PAROLE

Le mythe de l'ado rebelle aurait-il vécu?

On peut l'imaginer. Leurs grands-parents ont connu la grande rébellion de 68, leurs parents ont appris à négocier avec ces soixante-huitards révoltés. Les jeunes d'aujourd'hui partagent souvent les opinions de leurs parents et savent qu'en cas de tension la négociation est presque toujours possible. C'est pourquoi l'idée d'animer des groupes de parole à l'école est tout à fait séduisante. Jeune professeur dans les années septante, j'ai animé divers groupes de parole. On y parlait de tout: société, économie, conflits divers, on invitait des écrivains, journalistes, intellectuels. Il en sortit un journal d'école et de passionnants échanges.  Ce furent les expériences extrêmement enrichissantes qui m'ont permis de tisser, avec des élèves dynamiques, des liens qui ne se sont pas détendus au fil du temps.

Des groupes de paroles seraient un excellent moyen de pratiquer notamment le dialogue interculturel et intergénérationnel. Encore faudra-t-il veiller à former des profs animateurs ou mieux encore des élèves animateurs pour diriger et modérer ces groupes de parole. Une idée à creuser sans attendre.

MG

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