lundi 10 juin 2013

Abdelwahab Meddeb : "Le soufisme, antidote contre le fanatisme"

Le Point -

Prestigieux invité de la Comédie du livre de Montpellier, auquel Le Point s'associe, le savant et poète évoquera le conflit, dans l'islam, entre mystique et théologie.



Le théoricien Abdelwahab Meddeb enseigne à Nanterre. 

© Philippe Matsas / Opale



Propos recueillis par Julie Malaure

LE POINT : LE SOUFISME A FAIT LA UNE DE L'ACTUALITE, AU MALI, MAIS SURTOUT EN TUNISIE, AVEC LE SACCAGE DE DIZAINES DE LIEUX SAINTS, MAUSOLEES INCENDIES, TOMBES PROFANEES... LE MOUVEMENT SOUFI ACCUSE LES SALAFISTES, QUE CACHE VRAIMENT CETTE QUERELLE ?

Abdelwahab Meddeb : Comme dans toute religion, il y a en islam un conflit entre les mystiques et les théologiens, entre les gens de l'expérience et ceux de la loi ; car le mystique est dans l'excès, la démesure ; il vit l'ivresse, l'hubris ; c'est le partisan de Dionysos. Un docteur du XIIIe siècle, Ibn Taymiyya, a condamné toute forme de médiation sainte pour parvenir au divin, il a condamné la visite des tombes et des mausolées ; cette condamnation a été radicalisée au XVIIIe siècle par le fondateur du wahhabisme : Ibn Abd al-Wahhab ordonne à ses disciples de détruire ces mausolées, ces tombes ; c'est cette théorie qui est invoquée par les salafistes : les docteurs wahhabites saoudiens et qatariens sont responsables de la radicalisation qui amène certains jeunes tunisiens en déshérence à porter atteinte à notre patrimoine spirituel.

PEUT-ON CONCILIER LE SOUFISME, EN TANT QU'EXPERIENCE INTERIEURE, ET LA VIE MODERNE OCCIDENTALE, PLUTOT AUX ANTIPODES DE LA SPIRITUALITE ?

Par sa portée esthétique et éthique, le soufisme peut aider le citoyen à trouver des réponses de vie aux problèmes que nous rencontrons aujourd'hui. Il peut par cette voie vivre en poète, ayant le souci de soi, présent à la beauté qui se fait rare dans un monde dévasté.

QUELS SONT LES ENJEUX DU SOUFISME AUJOURD'HUI, SELON VOUS ?

Le soufisme est ouvert sur l'autre. Il admet la diversité humaine. Sa conception du religieux est subjective, elle est donc l'alliée de la liberté. Le soufi pense que tous les chemins mènent à Dieu. Il est l'ennemi de la pensée unique et ne croit pas que lui seul accède à la vérité. C'est l'antidote contre le fanatisme et l'exclusivisme.

 "Printemps de Tunis", d'Abdelwahab Meddeb (Albin Michel, 182 p., 14,20 E).



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE SOUFISME CEST PAS POUR LES GAMINS PAUMES


"Le soufisme est ouvert sur l'autre. Il admet la diversité humaine. Sa conception du religieux est subjective, elle est donc l'alliée de la liberté. Le soufi pense que tous les chemins mènent à Dieu. Il est l'ennemi de la pensée unique et ne croit pas que lui seul accède à la vérité. C'est l'antidote contre le fanatisme et l'exclusivisme."

Surprenant et fascinant.

On imagine que le soufisme n'est pas à la portée du premier petit jihadiste ou converti venu, qu'il s'adresse à une élite intellectuelle et spirituelle. Sharia 4 en revanche séduit les paumés de la relégation, les "chiens perdus sans collier" comme les appelait autrefois Cesbron.

Là est précisément le problème!

Mais où se trouve la solution?

MG

 

 


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