jeudi 13 juin 2013

Delruelle: "Il faut interdire tous les signes religieux"


Christian Laporte, La Libre Belgique

Edouard Delruelle quitte la direction du Centre pour l’égalité des chances. L’occasion de reparcourir ses 6 ans de présence. Non sans rappeler quelques priorités urgentes au monde politique Il prône notamment l’interdiction des signes religieux dans les services publics.



Edouard Delruelle, co-directeur francophone quitte le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLR) après un mandat de 6 ans et retrouve à plein temps l’Université de Liège. Il a accordé son interview de sortie à "La Libre".

QUELS FURENT LES MOMENTS PHARES AU CECLR ?

J’ai surtout eu des moments forts. Telles les grèves de la faim des sans papiers en 2008 où on a joué un rôle discret sinon secret dans la médiation entre l’Office des étrangers et les sans papiers. Il y eut aussi des dossiers individuels sur les 5000 traités annuellement où une intervention du directeur s’imposait car c’était la seule façon de le débloquer. J’ai ainsi pris en charge un couple de jeunes lesbiennes d’origine musulmane, une Marocaine et une Turque "outées" malgré elles dans leur école; je pense encore au harcèlement par des jeunes d’un employé communal homosexuel près d’Arlon. Ces cas m’ont appris plus que les gros dossiers. On a fait peu de procès préférant trouver des solutions concrètes et faire un travail structurel.

UN AUTRE MOMENT FORT FUT L’AFFAIRE DIEUDONNE…

Son spectacle m’a très choqué. Une logorrhée antisémite d’une violence inouïe très inquiétante vu son succès auprès d’une jeunesse qui n’est pas antisémite mais qui risque de le devenir. La constitution du CECLR comme partie civile est actée. J’espère qu’on le condamnera : c’est de l’incitation à la haine pure.

VOUS AGITEZ MEME LA SONNETTE D’ALARME. QUE FAUT-IL FAIRE ?

Le plus grand défi est le défi migratoire lié à la globalisation qui l’est plus encore que la question de l’islam. Notre pays ne se reconnaît toujours pas comme terre de migrations mais l’est depuis 1948 dans des proportions semblables au Canada ou à l’Australie. Cela bloque sur fond de clichés : la Belgique n’est pas laxiste, tout au contraire quand on voit les conditions plus dures en matière de regroupement familial ou d’accès à l’aide médicale. Puis la migration n’est pas arabo-musulmane mais européenne à 57 %. Avec un solde migratoire positif de 70 à 80 000 personnes, soit l’équivalent de villes comme La Louvière ou Verviers. Il faut de vraies politiques d’intégration.

MAIS C’EST LA QUE LE BAT BLESSE ENCORE ET TOUJOURS, NON ?

Votre récent sondage l’a montré même s’ il y a aussi des réussites. Selon l’OCDE, la Belgique est en retard pour l’accès à l’éducation, à l’emploi, à la santé, à l’enseignement. Il faut un engagement de la société d’accueil, des migrants, de l’Etat. Ce dernier devrait être plus clair mais le flou domine autour de l’idée qu’aux droits correspondent des devoirs. Je reste plus que jamais favorable à un parcours d’intégration obligatoire. Il faut aussi réaffirmer des normes et des valeurs fondamentales. Et les expliquer. Il faut préciser la non-discrimination et l’égalité de traitement, la neutralité de l’Etat et l’émancipation par l’école.

VOUS PENSEZ AUSSI AU PROBLEME DES SIGNES RELIGIEUX ?

Un problème à régler très vite ; le politique peut le faire pour la fonction publique et l’école. C’est différent pour l’emploi où il y a des partenaires sociaux. Comme homme de gauche proche du PS, je regrette que le Parti socialiste fuie ses responsabilités. Nous sommes nombreux, attachés à la laïcité et à la neutralité de l’Etat à attendre qu’il le fasse. Il faut interdire tous les signes religieux. La seule manière d’éviter le face à face entre le PP et les frères musulmans. Et faire émerger un islam d’Europe et sortir des inféodations actuelles. Une génération de musulmans formés et diplômés aspire à un islam libéral et démocratique et entendent s’y investir. En même temps, il faut créer un institut public d’études islamiques pour former les imams et les professeurs selon nos normes. J’entends m’y consacrer aussi.

Pour les signes religieux, un décret suffit et il existe des propositions; pour l’institut, on peut lancer le dossier et s’inspirer de qui existe déjà comme leCismoc à l’UCL

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

IL FAUT DE VRAIES POLITIQUES D’INTEGRATION.

Difficile de ne pas être d'accord avec ce sage!

Résumons: "Notre pays ne se reconnaît toujours pas comme terre de migrations mais l’est depuis 1948 dans des proportions semblables au Canada ou à l’Australie. Cela bloque sur fond de clichés."

"La Belgique est en retard pour l’accès à l’éducation, à l’emploi, à la santé, à l’enseignement." Nous le disons depuis des années, jour après jour sur Divercity.

"Il faut un engagement de la société d’accueil, des migrants, de l’Etat. Le flou domine autour de l’idée qu’aux droits correspondent des devoirs.Cela va sans dire, mais tellement mieux en le disant, en le proclamant.

La solution: " Je reste plus que jamais favorable à un parcours d’intégration obligatoire. Il faut aussi réaffirmer des normes et des valeurs fondamentales. Et les expliquer. Il faut préciser la non-discrimination et l’égalité de traitement, la neutralité de l’Etat et l’émancipation par l’école."

Bref l'etat manque totalement de pédagogie, il n'explique rien et n'exige rien des nouveaux arrivants. C'est cause de bien des tensions. Reste lprobleme des signes religieux. "C'est un problème à régler très vite ; le politique peut le faire pour la fonction publique et l’écoleDiverCity est complètement d'accord avec cela.

On appréciera la pique en direction du PS: "Je regrette que le Parti socialiste fuie ses responsabilités. Nous sommes nombreux, attachés à la laïcité et à la neutralité de l’Etat à attendre qu’il le fasse. Il faut interdire tous les signes religieux. La seule manière d’éviter le face à face entre le PP et les frères musulmans."

Sans doute sommes-nous moins loin de cette catastrophe que nous pourrions l'imaginer.

La question du retour des jeunes Belges jihaddistes de Syrie, si elle n'est pas réglée promptement et en toute clarté  pourrait servir de détonnateur.

Fondamentalement, et DiverCity scande cela depuis sa création: il faut de toute urgence "faire émerger un islam d’Europe et sortir des inféodations actuelles. Une génération de musulmans formés et diplômés aspire à un islam libéral et démocratique et entendent s’y investir. En même temps, il faut créer un institut public d’études islamiques pour former les imams et les professeurs selon nos normes." Edouard Delruelle était the right man in the right place.

Il ne sera pas facile de succéder à cet homme irremplaçable.

Puisse son message être porté avec la même force, la même humanité et la même élégance par son successeur.

MG

 

 

 

 

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