lundi 3 juin 2013

Intégration: "Relançons le débat sur le vivre ensemble"


Stéphanie Bocart (La Libre Belgique)

Selon le sondage Dedicated RTBF/La Libre, seuls 20 %des Belgesconsidèrentque les populations d’origine étrangère sont bien intégréesdansnotre société.Ils sont également 80 %à ressentir une montéedesradicalismes religieux. Et à s’en inquiéter.

Marco Martiniello est sociologue à l’université de Liège (ULg) et directeur du Centre d’études de l’ethnicité et des migrations (Cedem). Il livre ses observations sur les résultats du dernier volet du sondage ayant trait à l’intégration et au radicalisme religieux.

A LA LECTURE DES REPONSES RECUEILLIES, QUELS CONSTATS POSEZ-VOUS  ?

Primo, ici, on prend le pouls des sentiments et des opinions, mais, en fait, pas des réalités objectives. Ceci ne nous aide donc pas à comprendre où en est l’intégration et où en sont les politiques d’intégration. De même, ce sondage ne nous dit rien sur l’évolution du radicalisme religieux. C’est toujours le problème de l’écart entre les sentiments et la réalité. Deuzio, dans la mesure où c’est un échantillon représentatif des électeurs belges, par la force des choses, une partie de cet échantillon est composée de citoyens belges d’origine étrangère. Mais on ne peut ici désagréger les données, donc on ne sait pas si les citoyens belges d’origine étrangère pensent la même chose ou non que les autres citoyens belges. Tertio, il y a très peu de résultats contre-intuitifs et d’énormes surprises. Ce qui a attiré mon attention, toutefois, c’est qu’il y a assez peu de différences régionales. Il y a donc pas mal de convergences parmi les électeurs du pays sur la manière d’aborder ces questions.

42  % DES BELGES ESTIMENT QUE LES POPULATIONS D’ORIGINE ETRANGERE SONT MAL INTEGREES. CELA FAIT-IL DE LA BELGIQUE UN PAYS RACISTE  ?

Je ne crois pas que la Belgique se différencie fortement d’autres pays. A partir d’un tel sondage, je ne pense pas que l’on puisse dire que la Belgique est particulièrement fermée ou ouverte sur ces questions. En gros, en termes de tendances lourdes, au niveau de ce type de sentiments et d’opinions, on est dans un ventre mou européen : on n’est pas plus raciste que les autres.

POURTANT, DE NOMBREUX BELGES REMETTENT EN CAUSE LA VOLONTE DES PERSONNES D’ORIGINE ETRANGERE D’APPRENDRE L’UNE DES DEUX LANGUES NATIONALES OU DE RESPECTER LES VALEURS DE LA SOCIETE BELGE…

Plus on est dans des questions concrètes telles que l’accès au logement, à la santé, etc., plus les sentiments sont positifs. Mais lorsque l’on passe à des dimensions culturello-symboliques (volonté d’intégration, entente entre les communautés belge et allochtone, ), cela devient plus négatif. Pour moi, cela veut dire qu’il faut relancer le débat sur le vivre ensemble. On voit que le vivre ensemble continue à poser problème pour une partie significative de l’électorat. Mais il ne faut pas tout exiger d’un sondage; il faut aller voir de manière plus qualitative dans les quartiers comment cela se passe.

80  % DES BELGES CONSIDERENT QU’IL Y A UNE MONTEE DES RADICALISMES RELIGIEUX. CETTE FORTE TENDANCE EST-ELLE A METTRE EN LIEN AVEC LE CONTEXTE AMBIANT ACTUEL  : LE DEPART DE JEUNES EN SYRIE, L’AFFAIRE TRULLEMANS,...?

Je crois qu’on est dans une séquence qui remonte très loin : aux premiers attentats de New York, avant le 11 septembre 2001, en 1993; le conflit israélo-palestinien. Dans une grande partie des conflits aux quatre coins de la planète, d’une manière ou d’une autre, on met en avant la dimension religieuse, en particulier liée à l’islam. Donc, il y a des tendances lourdes et après, il y a, effectivement, des éléments plus conjoncturels. Réaliser ce sondage le 15 mai, coincé entre les jeunes en Syrie, les attentats de Boston et l’affaire Trullemans, provoque évidemment des résultats différents. Mais cela ne veut pas dire que l’on puisse tirer la conclusion que ce n’est que conjoncturel et qu’il n’y a pas de questions de fond.

C’est-à-dire…

Depuis le 11 septembre 2001 surtout, il est très difficile d’avoir des débats sereins sur ces questions. En Belgique, je crois malheureusement que cela va être beaucoup plus difficile encore dans les semaines et les mois à venir, puisque nous sommes déjà en campagne électorale.

UNE PART IMPORTANTE DE LA POPULATION BELGE (80  %) S’INQUIETE DE LA MONTEE DE CES RADICALISMES. POURQUOI  ?

Nous sommes dans une société qui a été fortement sécularisée. Maintenant, ce qui est interprété comme un retour du religieux dans la vie publique inquiète. Et ce retour est plus compliqué, puisqu’il y a un joueur en plus - les musulmans -, ce qui perturbe pas mal d’électeurs.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ORGANISER LE DEBAT SUR LE VIVRE ENSEMBLE

 

1.
Assurément, réaliser ce sondage le 15 mai, coincé entre les jeunes en Syrie, les attentats de Boston et l’affaire Trullemans, provoque évidemment des résultats assez dramatiques.

 

2.
Depuis le 11 septembre 2001 surtout, il est très difficile d’avoir des débats sereins sur ces questions et cela va être beaucoup plus difficile encore dans les semaines et les mois à venir, puisque nous sommes déjà en campagne électorale.
3.
Nous vivons dans une société fortement sécularisée. Ce qui est interprété comme un retour du religieux dans la vie publique inquiète. Et ce retour est plus compliqué, puisqu’il y a un joueur en plus - les musulmans -, ce qui perturbe pas mal d’électeurs.
4.
Je ne crois pas que la Belgique se différencie fortement d’autres pays.
5.
On est dans un ventre mou européen : on n’est pas plus raciste que les autres.
6.
Clairement , il faut relancer le débat sur le vivre ensemble qui continue à poser problème pour une partie significative de l’électorat.
7.
80  % des belges considèrent qu’il y a une montée des radicalismes religieux. Cette forte tendance est-elle a mettre en lien avec le contexte ambiant actuel  : le départ de jeunes en Syrie, l’affaire Trullemans,...?

Organiser le débat sur le vivre ensemble "SANS TABOU ET DANS LE RESPECT MUTUEL"

 CULTURE DE LA FRATERNITE OU CULTURE DE LA PEUR?

Qu'on se l'avoue ou non, nous vivons, nous baignons dans la peur de la culture de l'autre d'autant qu'on ne la connaît pas, donc qu'on ne la respecte pas, pas plus qu'on ne respecte l'autre.  On refuse de la découvrir, de le rencontrer ce Bruxellois venu d'ailleurs qui fait si peur aux nombreux Trullemans bruxellois d'ici et d'au delà des 19 communes.

Qui ne respecte pas l'autre ne se respecte pas, ne connaît que le miroir narcissique, le miroir ethnique où se mire l'homme blanc. L'Européen moyen de souche se comporte comme Dorian Gray de Oscar Wilde qui se pâme devant le miroir tandis que son portrait grimaçant accumule les tares, les grimaces en demeurant caché derrière un rideau. Le musulman belge moyen s'enferme dans son ghetto réel ou imaginaire, il ne sort pas volontiers de son couscous thé menthe, de sa commune, de son identité réductrice pour s'ouvrir à l'autre.


Venons en donc aux questions à poser:

Les musulmans progressistes bravo mais combien de divisions? Quel est votre taux de pénétration au sein des communautés musulmanes? Votre représentativité?

Le salafisme belge, bruxellois, combien de suiveurs, militants, convertis?

Les imams formés dans nos universités belges? Combien? Depuis quand? Comment? Un peu, beaucoup pas du tout?
Les imams parlant français (ou néerlandais) combien? Où? Quel impact?
Les imams importés du Maroc, d'Arabie saoudite? Combien? Quel discours?
Les ados Bruxellois partis en Syrie? Combien? Pourquoi? Sont-ils vivants? Vont-ils revenir? Quand? Comment?
Assistons-nous à la modernisation de l'islam ou à l'islamisation de la modernité?
Quid de l'islam européen, critique, citoyen, autonome, mature, éclairé?
Quid de l'influence des chaines télé arabes; de l'influence des sites internet extrémistes?
Quid des mariages mixtes musulmans-non musulmans?
Quid de la création d'un réseau d'enseignement musulman? Ou en est le dossier? Qui finance? Qui est à la manoeuvre? Quel est le but d'une telle opération?
Quid du parti Islam? Faut-il l'interdire?
Quelle est la signification du foulard? Religieuse? Politique?  Sociologique? Coranique? Symbolique?
L'islam est-il soluble dans la laïcité à la belge, la démocratie à l'européenne?
Le coran peut aussi se lire comme un traité d'éthique du Bel Agir, comme une guidance sur la voie de rectitude? Pourquoi cette lecture semble-telle si peu pratiquée par les musulmans?
"Lis le coran comme s'il t'était révélé  personnellement dit un adith." Pourquoi cette injonction virile  est-elle si rarement mise en pratique au profit d'un islam sociologique pratiquant et exigeant  l'orthopraxie c'est à dire le respect de gestes, de codes alimentaires et vestimentaires à observer?
Hallal est il devenu synonyme d'islam?
Quel est le sens, la signification profonde du ramadan?
Pourquoi la fête de l'Aïd, c'est à dire du sacrifice d'Abrraham, père des croyants tend-elle à se résumer de plus en plus à un banal échange de cadeaux, un peu comme la Noël?
Que sera l'islam dans 20 ans en Europe, en Belgique?

Il y a longtemps que DiverCity attend des réponses précises à ces questions précises. Nous les avons posées aux musulmans progressistes. Aucune réponse et pas la moindre réaction!

Ce silence est interpellant.

 

MG

Aucun commentaire: