vendredi 28 juin 2013

"Roi potiche", voie royale sans issue

Pierre Havaux

Source: Le Vif


La Belgique restera une monarchie non protocolaire… ou ne sera plus. Problème : à force de s’abriter derrière Albert II pour se sortir du pétrin, les politiques mettent le roi en danger. Et ses derniers leviers d’influence en péril.


© ImageGlobe

Un Roi a-t-il encore un avenir sous nos latitudes, et pour peu que la réponse soit positive, quelle raison d’exister faut-il encore lui donner ?

Remodeler la monarchie vaut-il vraiment la peine de s’exciter ? Après tout, prétend-on, le Roi a déjà largement perdu la main. La fédéralisation en mode continu du royaume ne lui laisse plus, pour tout périmètre d’activité, que le niveau fédéral, point de rencontre sensible entre Flamands et francophones. Et encore : à la stricte condition que le souverain s’y manifeste en marchant sur des œufs, pour ne fâcher personne.

Or, « les affaires » s’enchaînant, on prône de plus en plus souvent, de plus en plus fort, la monarchie protocolaire pour la Belgique.

Même si, dans les faits, un roi potiche, on s’en éloigne ! « Depuis la formation des gouvernements Leterme et Di Rupo, en 2007 puis 2010, le monde politique place le Roi dans une situation intenable. Confrontés à l’impasse, les hommes politiques commencent à improviser, ils incitent la Cour à en faire autant. Ce qui expose le souverain à la critique et le met en danger. La fonction royale risque de se retrouver ainsi politisée », s’inquiète l’historien et spécialiste de la monarchie, Mark Van den Wijngaert.

C’est une bien mauvaise pièce que l’on fait ainsi jouer à Albert II, retenu pour le rôle du casse-cou de service. Danger, prévient aussi l’historien Vincent Dujardin (UCL) : « Au fil de son règne, Albert II agit davantage « à la Baudouin », sous la contrainte du monde politique. Les réticences affichées, y compris au sein du gouvernement fédéral, à l’égard d’une possible abdication du Roi, accrédite faussement l’image d’un homme providentiel dont on ne saurait se passer. Cette façon de surestimer le statut de la fonction royale n’est pas saine. »

Encore faut-il que le Roi nouvelle formule garde un zeste d’étoffe, sa part invisible d’influence. « Qu’il soit autre chose que l’automate ou la poupée gonflable que certains en Flandre rêvent de placer sur le trône », assène Olivier Maingain, président du FDF. Sinon, à quoi bon ? « Un roi pot de fleur, sourd, aveugle et muet : non merci. Autant alors supprimer une monarchie qui coûterait cher pour ne rien faire. Et je ne dis pas cela pour sauver la monarchie, mais pour faire fonctionner l’Etat », abonde le sénateur CDH Francis Delpérée.

Le constitutionnaliste Marc Uyttendaele (ULB), lui, s’est bien lâché, dans une récente carte blanche : « Les fossoyeurs de la monarchie sont francophones. En refusant le débat réclamé par les nationalistes flamands sur les pouvoirs du Roi, ils commettent une erreur historique.» Celle de louper l’occasion de donner un nouveau départ à une monarchie en quête de souffle.

Pierre Havaux

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

TANT QUE NOUS AURONS UN ROI...

"Tant que l'Europe ne sera pas politiquement adulte, nous aurons besoin de la Royauté (non potiche) et non d'un président flamand pour que les Belges continuent d'exister."

Difficile de ne pas être d'accord avec ce commentaire lucide!

Entièrement d'accord également avec l'internaute qui écrit:

"Trop souvent ces dernières décennies, le monde politique, agissant de plus en plus avec la prochaine élection en ligne de mire au lieu du bien commun, n'a plus le courage d'assumer d'actes forts, et se cache frileusement derrière la fonction royale. Un peu de courage que diable ! N'y a-t-il donc plus d'hommes libres dans ce pays ? Libre de dire, libre de faire, libre de bousculer un peu ce monde politique de plus en plus coincé dans ses contradictions. Di Rupposemble le type même de personnage: un socialiste chef d'un gouvernement de droite ânonnant des lieux communs figés dans un sourire perpétuel .... triste ou risible ?"

Nous vivons dans une démocratie bloquée où chacun retient son souffle avant les élections de 2014.

Il est dangereux d'instrumentaliser Albert II comme l'ont fait sans scrupule Dehaene, Verhofstadt et Di Rupo.

Dans une monarchie constitutionnelle, la royauté est moins une personne couronnée qu'une fonction royale.

L'affaire de la fille naturelle de AlbertII risque de le forcer à la démission et de laisser le champ libre à Philippe.

Le cas de figure anglais frise la caricature: la reine est totalement sanctifiée au détriment de Charles dont la personnalité est infiniment plus séduisante et dans l'air du temps.

MG 

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