lundi 24 juin 2013

Pour décrocher un entretien, mieux vaut habiter à Uccle qu’à Molenbeek




© Lieven Soete via Flickr

On savait déjà que le nom, l’âge, le sexe, l’origine, l’handicap, l’orientation sexuelle ou le physique d’un candidat postulant pouvait être facteur de discrimination. Mauvaise nouvelle pour les habitants de zones considérées comme "défavorisées" : l’adresse en serait un aussi.

D’après une étude de l’Observatoire des zones urbaines sensibles (France), une "mauvaise" adresse diminuerait jusqu’à trois fois les chances d’être invité à un entretien d’embauche. Pour cette enquête, les chercheurs ont envoyé plus de 3000 faux CV aux recruteurs. Tous dépeignent le même genre de candidat, au nom neutre et aux parcours professionnel semblable. Une seule variable dans ces faux CV : le lieu de résidence. Le but ? Mesurer l’impact que peut avoir la réputation de l’une ou l’autre localité sur la décision du recruteur.

Et impact il y a : un serveur par exemple recevra 10% de réponses favorables s’il habite en Seine-Saint-Denis, contre 20% s'il réside à Paris. Les chercheurs ont également constaté une discrimination à l’intérieur même de Paris, en fonction des quartiers défavorisés ou huppés.

CV ANONYME?

D’après l’enquête, cette discrimination varie d’une fonction à l’autre. Les serveurs semblent ainsi souffrir davantage de discrimination en fonction de leur adresse que les cuisiniers. Un écart qui pourrait s’expliquer par le fait que les patrons pensent qu’habiter dans un quartier défavorisé présente moins bien face aux clients.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

RIEN DE NEUF SOUS LE SOLEIL

Il serait naïf de penser que le phénomène soit nouveau.

Les vaartkapoenen molenbeekois traînaient déjà une réputation douteuse au début du siècle dernier et les gars de Cureghem étaient rarement engagés comme majordomes dans les hôtels de maître de l'avenue Louise ou de la rue Beliard. Quant aux Ucclois, ils ne se perçoivent pas, paradoxalement comme les privilégiés de la capitale. Tout est relatif.

"Avec la présence du canal et d’une voie de chemin de fer, tous les éléments étaient réunis pour  la poursuite de l’industrialisation de cette partie occidentale de Bruxelles pendant la deuxième  moitié du 19e siècle et la première moitié du 20e siècle. D’importantes usines se sont installées  à Cureghem, la plupart le long de la voie ferrée et du canal. Un nouveau lotissement avec un plan de rues à angles droits, dessiné par Victor Besme, a  vu la construction de 1872 à 1880 d’un millier de maisons bourgeoises – la plupart à deux ou trois étages – destinées aux propriétaires des usines. Elles étaient situées entre l’avenue Clemenceau et la rue Rossini et pour terminer, on procéda à l’aménagement de la rue de Fiennes et à la construction de la maison communale. Le projet de construction d’une nouvelle école vétérinaire a donné le coup d’envoi de la construction en 1895-1896 des quartiers Aviation et Vétérinaires. La présence de la bourgeoisie à Cureghem est restée limitée tant dans le temps que dans l’espace. 

L’augmentation du nombre de travailleurs embauchés dans les usines a conduit à  la construction de centaines de maisons insérées entre les usines, surtout au nord et à l’ouest de Cureghem. Il s’agissait d’un enchevêtrement de ruelles et d’impasses où étaient logés  les nombreux travailleurs employés dans les usines voisines. Une impasse se composait de  rangées de maisons, petites et identiques dotées d’un confort minimal. La plupart de ces maisons n’avaient au rez-de-chaussée qu’une seule pièce qui servait à la fois de chambre, de cuisine et de salon. Certaines avaient un étage, accessible par une échelle.

La famine qui frappa les campagnes de 1845 à 1850 et qui fut causée par les mauvaises récoltes  de colza, de blé et de pommes de terre a poussé beaucoup de fils et de filles d’agriculteurs  pauvres et illettrés à venir chercher du travail à Cureghem. Les premiers « étrangers » ou  « allochtones » à Cureghem étaient donc des immigrants flamands.

Les travailleurs vivaient dans des conditions sordides. La relation entre les industriels et leurs  employés était placée sous le signe de l’exploitation pure et dure. Ce n’est pas par hasard que  Karl Marx a écrit à Bruxelles de la mi-décembre 1847 à fin janvier 1848 la version définitive du  Manifeste du parti communiste qui sera édité à Londres en février 1848. Marx y décrit ce qu’il  voit : le monde vers 1845-1848. A cette époque, la misère humaine était des plus déplorables –  Cureghem n’y échappait pas – et un fossé immense séparait les pauvres des riches.

De nombreux artisans du cuir (maroquiniers) faisaient également partie de la vague des  premiers immigrants. Ils se sont établis – surtout au début du 20e siècle – dans les environs  de l’abattoir. La plupart d’entre eux étaient juifs et fuyaient les pogroms en Russie, en Pologne  et en Roumanie ou – à partir des années 30 – le nazisme en Allemagne et en Autriche. En 1929, les trois quarts des maroquiniers étaient juifs. La synagogue de la rue de la Clinique fut inaugurée en 1933."  


UCCLE RECLAME SA PART DU GATEAU

RAPHAËL MEULDERS  La Libre Belgique


 Selon A. De Decker, la commune ne reçoit pas assez de dotation. Surtout en matière de prévention. “Or la sociologie d’Uccle a changé”, explique-t-il.

Verte et huppée : voici deux adjectifs que beaucoup de Belges relient volontiers à la commune d’Uccle. Un"cliché", selon le bourgmestre Armand De Decker(MR), pour qui le gouvernement bruxellois n’a pas assez tenu compte du changement sociologique de "sa" commune au cours de ces dernières années."Contrairement à Woluwe- Saint-Pierre, par exemple, on trouve à Uccle une réelle diversité sociale, explique-t-il. C’est vrai que 20 % des Bruxellois gagnant plus de 8000 euros/mois habitent à Uccle, mais à côté de cela, nous accueillons aussi 6 % de la pauvreté régionale."

Certains quartiers nantis "occulteraient", selon l’élu MR, la réalité uccloise. Pire, la commune du sud de la capitale serait même en train de s’appauvrir. "Si le revenu moyen du Bruxellois a baissé depuis 1985 de 21 % par rapport au revenu moyen du Belge, le revenu moyen de l’Ucclois a connu une baisse de 27 %", analyse Emmanuel De Bock, conseiller FDF et grand amateur de chiffres. Or cette donnée n’est, selon les deux élus, pas prise en compte par la Région dans ses dotations générales aux communes. En vingt ans, cette dotation générale est passée de 133 millions (1989) à 236 millions d’euros (2008).

Un "jackpot" à diviser entre les 19 entités bruxelloises et ce, selon différents critères (population, ressources fiscales, taux de chômage ). Si la dotation d’Uccle a stagné à 75 euros/habitant/an durant ce laps de temps, elle a littéralement explosé dans d’autres communes. Saint-Josse est ainsi passé de 237 euros/habitant à 471 euros, tandis que Koekelberg faisait un bond de 145 euros à 400 euros. Woluwe-Saint-Pierre est, par contre, la seule commune à avoir vu sa dotation diminuer (de 74 euros en 1989 à 68 euros en 2008). "Pourtant Uccle représente toujours 7,5 % de la population totale de la Région", s’étonne Emmanuel De Bock. "C’est profondément injuste, enchaîne Armand DeDecker. Cette politique est inacceptable et méprisante envers l’une des plus grandes communes de Bruxelles". Selon le sénateur, Uccle paie un trop lourd tribut à cette solidarité bruxelloise. Il estime entre 10 et 15 millions le manque à gagner pour la commune (sur un budget total de l’entité de 115 millions d’euros). "Notre position n’est pas celle du célèbre "I want my money back" de Margareth Tatcher face à l’Union européenne, mais certains critères d’attribution doivent être revus", poursuit Emmanuel De Bock. "Toute commune devrait au moins percevoir chaque année le même montant indexé."

Les deux élus pensent que d’autres critères doivent être pris en compte tels que les recettes liées à la superficie de bureaux, au stationnement, à la présence d’hôtels "Saint-Josse profite de la manne des taxes sur les nombreux hôtels de son territoire. Ici à Uccle, nous avons deux hôtels".

Autre grief du maïeur : Uccle a toujours été "écarté" des contrats de quartier depuis leurs existences. "Or des quartiers comme celui du Chat ou de l’Etoile en auraient bien besoin".

Selon les deux Ucclois, cette inégalité de moyens est particulièrement marquante dans les politiques de prévention. "Un Ucclois sur 8 est touché chaque année par un fait délictuel, soit la même proportion qu’à Etterbeek,Molenbeek ou Forest (taux des délits entre 12 et 13 %), explique Emmanuel De Bock. Or Uccle ne reçoit des politiques régionales de prévention et proximité qu’à peine 4 € par habitant, soit cinq fois moins qu’à Saint-Gilles et Molenbeek et douze fois moins qu’à Saint-Josse".

"L’actualité proche nous prouve pourtant que les phénomènes criminels ne s’arrêtent pas aux frontières de certaines communes", poursuit le député FDF qui interpellera prochainement Charles Picqué (PS) sur cette problématique.

 

 

 

 

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