mercredi 5 juin 2013

Turquie: pourquoi maintenant?


Christophe Lamfalussy, envoyé spécial à Istanbul

MLa libre Belgique

Il arrive à Erdogan ce qu’il est arrivé à Sarkozy, estime l’éditeur Ahmet Insel.

Si, la nuit, la place Taksim à Istanbul suffoque sous les gaz lacrymogènes, le jour, les gens y déambulent dans une atmosphère bon enfant. Ce matin, il y a là Ahmet Insel, 58 ans, éditeur d’Orhan Pamuk, intellectuel de gauche, né dans une famille musulmane et kémaliste. Il dirige aussi le département d’économie à l’université de Galatasaray.

UNE MULTITUDE DE GROUPES DEMANDENT LA DEMISSION D’ERDOGAN. EST-CE UNE FORCE OU UNE FAIBLESSE ?

Aujourd’hui, il y a un vide du pouvoir. Les manifestants n’ont pas d’interlocuteurs et le pouvoir, non plus, n’a pas d’interlocuteurs. Dans ce mouvement, il n’y a pas de tribun, pas de tribune, pas de discours. Il y a une vague plateforme de Taksim pour se battre contre le projet immobilier, mais ils sont complètement dépassés.

CE MOUVEMENT PEUT-IL SE TARIR ?

C’est l’espoir d’Erdogan. Qu’il y ait pourrissement, fatigue et lassitude. C’est difficile de faire des pronostics.

Est-ce un mouvement urbain ?

Il est très lié à la ville d’Istanbul car le cœur est à la place Taksim. Mais le ras-le-bol se manifeste dans une quarantaine de villes, dans un mouvement pacifique avec parfois des échauffourées. C’est comme si un événement mineur devenait le symbole d’un débordement de colère. Ils veulent surtout montrer àErdogan qu’ils sont là et lui dire de s’en aller. Ce sont sans doute les milieux d’affaires qui doivent ramener Erdogan à la raison car la Turquie, qui a servi d’exemple pour la stabilité et la croissance, se retrouve subitement dans une tornade incontrôlable. Comme elle est incontrôlable, ses effets sont aussi amplifiés sur le plan économique, notamment sur les marchés financiers.

EST-CE PARCE QU’IL A INTRODUIT DES LOIS QUI S’INSPIRENT DE L’ISLAM ?

En partie, oui. Erdogan a introduit des lois conservatrices en s’inspirant de l’islam comme d’autres lois, aux Etats-Unis par exemple, ont été introduites en s’inspirant du protestantisme. Le fait qu’il soit musulman ne change pas grand-chose. Il est d’abord conservateur. Il veut imposer sa morale, sa définition du bien aux autres. Il veut faire le bien aux autres malgré eux.

COMMENT LE PRINTEMPS ARABE, ET CE QUI S’EST PASSE A LA PLACE TAHRIR AU CAIRE, EST-IL REGARDE ICI A ISTANBUL ?

Avec beaucoup de sympathie. Avec un peu de méfiance à cause des risques de dérapage vers des régimes autocratiques animés par les préceptes de l’islam. Et aujourd’hui, les gens ne se voient pas - et ça, c’est très sain - faire un remake de la place Tahrir. Leurs motivations ne sont pas les mêmes, sauf le ras-le-bol et la colère contre l’autocrate. Qu’il soit bien ou mal élu, il reste un autocrate. Les manifestants ne sont pas les chômeurs de la place Tahrir ni les jeunes totalement désœuvrés de Tunis. Ce sont plutôt des gens bien éduqués, dans de bonnes universités. Ils n’ont pas peur de l’avenir. Ils ont confiance en eux. CECI RESSEMBLE PLUS A LA MENTALITE DES JEUNES QUI ONT FAIT MAI 68. CETTE GENERATION NE VEUT PAS D’UN PERE FOUETTARD QUI S’OCCUPE DE SA VIE DE A A Z. C’EST UNE DEMANDE DE LIBERTE, DE DEMOCRATIE ET

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

MAI 2013?

Voilà une analyse intéressante.

Elle montre au moins une chose, c'est qu'on ne manipule pas comme on veut une jeunesse urbaine instruite, formée dans les universités.

Seules les ignares, les semi analphabètes seraient-ils susceptibles de tomber dans les pièges islamistes?  Ce serait oublier que les boeings détournés sur les TwinTowers étaient pilotés par des terroristes de haut niveau intellectuel...

Il n'en demeure pas moins que l'avenir, -si on veut qu'il y en ait un- est entre les mains de ceux qui sont aujourd'hui dans l'enseignement secondaire.

Pour m'être occupé pendant deux ans de deux ados doués, un garçon et une fille, instruits dans une école de bonne réputation, je puis dire que le bilan est maigre pour ne pas dire misérable.

Celles et ceux qui ont suivi le reine Elisabeth ont pris la mesure du niveau pianistique que l'on peut atteindre avec des jeunes gens enthousiastes et parfaitement encadrés.

Si on peut y arriver en musique on doit pouvoir y parvenir en mathématiques, en français, en langues, en chimie, en tout ce qu'on veut. Mais on ne s'en donne pas ou plus les moyens.

On enseigne au rabais en faisant fournir à nos élèves un minimum d'effort pour atteindre le degré zéro de la réussite: la passage dans la classe supérieure. L'école vous habitue très jeune à fournir un minimum d'effort pour satisfaire à ses exigences minimales. C'est un système qui génère un degré maximum d'entropie (perte d'énergie et d'efficacité d'un système).

Il faut absolument changer cela et d'urgence.

L'informatique et internet rendent la chose possible. Qui veut peut tout ce qu'il veut, à condition de le vouloir vraiment. C'est là que le bât blesse. On n'apprend plus à vouloir sauf aux sportifs et aux musiciens de haut vol, pas aux élèves inscrits dans l'enseignement secondaire ou trop peu, voire pas du tout.

Pédagogie de l'effort? Oui, mais le problème c'est de vouloir faire effort. On ne se surpasse que pour des profs exceptionnels, or on manque de profs exceptionnels.

Pourquoi? Parce qu'on a découragé les enseignants. Qui cela on? Le pouvoir politique qui impose réforme sur réforme, décourage les vocations et infantilise les enseignants au lieu de les responsabiliser. Le politique qui n'a pas manqué de faire des coupes sombres dans l'encadrement et se moque de l'école.

Quelqu'un m'a dit: "ils le font exprès pour maintenir le peuple dans l'ignorance et la dépendance."

Je commence à croire que telle est, en effet, toute l'ambition de la majorité des hommes et des femmes politiques: régner sur des masses ignares et dociles. A l'évidence, c'est le rêve d'Erdogan.

MG

 

 

 

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