samedi 29 juin 2013

Un CEB de pacotille



En donnant à nos élèves leur attestation de réussite, nous sommes contraints de les abandonner en les propulsant là où ils ne seront pas à leur place.

Cette année 96 % des enfants de la Fédération Wallonie -Bruxelles ont obtenu leur CEB. Nous atteignons ainsi les sommets du nivellement par le bas. Ce qui nous fait dire que certains enfants le reçoivent plus qu’ils ne le réussissent. Nous, institutrices éprouvons de la colère et sentons la révolte monter en nous. C’est pourquoi nous lançons un réel cri d’alarme à tous ceux qui peuvent nous entendre et qui veulent bien nous écouter.
Nous nous sentons discrédités, non reconnus et humiliés. Tout au long de l’année, nous n’avons cessé de tirer nos élèves vers le plus haut, vers leurs propres sommets. Quand en juin on leur demande de compléter "3x5x…..=60", de qui se moque-t-on ? Qui humilie-t-on ? L’élève, l’instituteur ou les deux ? Quand tout au long de l’année, certains peinent, se laissent aller, refusent le travail, sont en échec grave, mais finalement réussissent le CEB avec 70 %, qui est discrédité ? L’instituteur qui aura tiré la sonnette d’alarme au fil de l’année, sera-t-il encore crédible en annonçant de pareils résultats ? Que dire de tous ces enfants qui reçoivent un message implicite : rien ne sert de travailler pendant l’année, la réussite est au bout du chemin malgré tout…
Nous devenons aussi menteurs, par obligation. Nous mentons aux parents, aux enfants et à nos collègues d’humanité. Quand nous leur disons qu’ils ont obtenu le CEB, nous leur signifions qu’ils sont aptes à entrer dans le secondaire et à poursuivre leur scolarité. Alors que nous savons que pour certains d’entre eux, c’est un leurre. Le niveau est loin d’être suffisant, leurs bases sont vacillantes. Très vite, la réalité du secondaire les rattrapera. Nous nous excusons par avance auprès de nos collègues du secondaire, un avenir bien difficile se profile à l’horizon…
École de la réussite… Décret inscription… Mixité sociale. Tels sont les slogans dont les responsables politiques nous abreuvent. Mais notre réalité quotidienne est aux antipodes de leurs (bonnes) intentions, de leurs discours. Nous travaillons dans une école à discrimination positive, ce fut pour nous trois un choix délibéré. Nous croyons que, pour ces enfants, l’école est un endroit privilégié où ils pourront expérimenter les valeurs qui nous motivent et que nous voulons leur transmettre : le sens de l’effort, le goût du dépassement de soi. Notre objectif principal est d’amener CHAQUE enfant au plus loin de SES propres possibilités.
Avec un niveau de CEB si médiocre, nous sommes obligés de renoncer à ces valeurs et de trahir notre éthique personnelle. En leur donnant leur attestation de réussite, nous sommes contraints de les abandonner en les propulsant là où ils ne seront pas à leur place. Malgré le fameux décret inscription. Car, à quoi bon vouloir la mixité sociale (artificielle) dans les écoles secondaires au prix de procédures lourdes et aux résultats inégalitaires, si nous leur envoyons des élèves qui ont réussi un CEB de pacotille. Ils ne vivront pas l’intégration, ils vivront cruellement la stigmatisation. Une stigmatisation structurellement et implicitement organisée. Quelle honte ! Vers quelle société nous dirigeons-nous ?
Alors, par honnêteté intellectuelle et par respect de l’autre, il serait bon d’élever le seuil de réussite du CEB. Pourquoi ne pas appliquer les mêmes normes que dans le supérieur ? La moitié partout et 60 % de moyenne. Ainsi, le CEB regagnerait ses galons et nous, élèves et instituteurs, retrouverions un peu de notre dignité. 96 % de réussite au CEB, mais quel superbe slogan pour les prochaines élections de 2014 ! Quand nous vous entendrons lors de la campagne, nous ne pourrons nous empêcher de rire ou de pleurer…

Caroline Hastrais, Catherine Jacolet et Béatrice Stiennon

Institutrices en 6ème année. Saint-Gilles.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

BRAVO

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