samedi 8 juin 2013

Vincent De Wolf: "Je ne me retirerai pas..."


Olivier Mouton VIF

Le chef de groupe MR à la Région explique pourquoi il est "légitime" qu'il soit candidat à la ministre-présidence bruxelloise. Malgré les ambitions de DidierReynders. "Je ne céderai pas", nous dit-il.


Vincent De Wolf (MR). © Image Globe

 

Au moment où la présidence de la régionale s'est renouvelée sur Bruxelles, moi, je m'étais assez naturellement porté candidat. Je n'avais pas du tout imaginé que Didier Reynders se présenterait puisqu'il était ancien président national et vice-Premier, cela me paraissait un peu sous-dimensionné pour lui. Lorsque j'ai appris qu'il se présentait, je ne voulais pas arriver à un clivage dans le parti. Les sections, majoritairement, m'auraient suivi mais en arriver à une dispute pour un poste, ce n'est pas mon style. On s'est vu et on s'est tout de suite accordé sur une répartition des rôles: lui à la Chambre, moi à la Région. Chacun va désormais composer sa liste en concertation avec le président.

DIDIER REYNDERS A DIT QU'IL ETAIT DISPONIBLE POUR LE POSTE DE MINISTRE-PRESIDENT...

Je ne céderai pas. Etant chef de groupe, bourgmestre depuis longtemps, étant Bruxellois et tête de liste à la Région, c'est quand même logique que je revendique ce poste.

Didier Reynders ? C'est une ambition personnelle qui est la sienne, ce n'est pas illégitime. Moi, je pense que les ambitions des hommes passent en second plan, après les résultats électoraux.

Je ne suis pas en antagonisme avec Didier Reynders, je ne suis pas en conflit avec lui, mais je suis très ferme sur le fait que j'élabore un projet pour Bruxelles avec les parlementaires bruxellois.

MAIS LA CANDIDATURE DE DIDIER REYNDERS BROUILLE LES CARTES, NON ?

Me retirer, je ne le ferai pas. J'ai les pieds dans Bruxelles, cette ville est dans mes tripes. Si cette possibilité m'est présentée par mon président, ma réponse sera oui.

QUELS SONT LES GRANDS ENJEUX BRUXELLOIS, SELON VOUS ?

Il y a tout d'abord ce boom démographique qui n'a pas été anticipé par la majorité. C'est un boom localisé dans certains endroits de Bruxelles, dans une population qui n'est pas nécessairement favorisée. Il faut concevoir un projet de logements moyens, dans un partenariat public/privé. La vérité du marché n'est pas à 3 000 euros/m2. Je ris quand je vois que le gouvernement relance un projet de 5 000 logements alors qu'il n'a pas fait sortir la moitié des 5 000 logements promis par Simonet en 2004. C'est quand même une sorte de méthode Coué.

En matière d'emploi, c'est sans doute l'autre enjeu le plus important puisque l'on a 25 % d'augmentation du chômage depuis que nous avons quitté le gouvernement. On a doublé le taux depuis la création de la Région ! Il y a des quartiers où 40 % des jeunes sont sans emploi. Tout le monde commence aujourd'hui à parler de la formation. Nous, nous en parlons depuis longtemps. Il y a beaucoup de créations d'emploi mais qui ne profitent pas aux Bruxellois ; 70 % d'entre eux ne parlent que le français, n'ont pas de diplôme d'humanités supérieures ni de formation technique. J'ai rencontré la fédération patronale, selon elle, ce qui peut sauver Bruxelles et l'Europe, c'est une réindustrialisationet je suis d'accord avec ça.

Moi, j'ai fait l'effort de garder une école technique et professionnelle dans ma commune. A Auderghem, Didier Gosuin l'a fermée. C'est un peu un apostolat, c'est vrai, mais la solution, c'est celle-là. Nous avons un plan précis pour la formation, avec une budgétisation claire. Sur base du refinancement de Bruxelles, nous avons décidé de mettre le paquet : des dizaines de millions d'euros par an en cinq ans. On peut arriver à des résultats majeurs d'inversion de courbe. J'y crois vraiment.

LE VIVRE ENSEMBLE EST UN AUTRE ENJEU MAJEUR A BRUXELLES AU VU DES TENSIONS QUI Y EXISTENT, NON ?

Je suis un ancien de l'équipe de Daniel Ducarme. J'étais très proche de lui, je l'ai accompagné jusqu'au bout. Il avait dit que l'intégration était un échec. Evidemment, ce sont des sujets délicats, on peut facilement diaboliser ce genre de propos. Il ne faut pas être excessif: beaucoup de gens sont intégrés. Mais j'ai rencontré des responsables de différentes communautés et beaucoup sont perdus. Il y a un repli religieux qui est inquiétant. Dans ma commune, Etterbeek, ce problème n'existait plus, il l'est aujourd'hui de plus en plus. Pour nous, c'est simple : il faut distinguer l'interculturalité et la multiculturalité. Chacun est le bienvenu, mais à condition de respecter notre socle hérité des Lumières. Il y a eu deux cent ans de combat pour ça : on a séparé l'Eglise et l'Etat, on a obtenu l'égalité entre l'homme et la femme... C'est un socle imposé, cela ne se discute pas ! Il faut oser le dire. A partir du moment où c'est clair, c'est un enrichissement pour tout le monde et cela se passe bien.

AU MR, VOUS ETES PROCHE DE CHARLES MICHEL ?

Oui. J'ai la seule prétention d'être sincère et loyal. Je n'ai jamais été un proche de Didier, mais il a toujours été tout à fait correct avec moi.

L'ARRIVEE DE DIDIER REYNDERS A BRUXELLES FAIT GRINCER QUELQUES DENTS...

Il a sa personnalité, il faut savoir trouver sa place là-dedans. Je suis un soldat du parti, ce n'était pas bon de me présenter contre lui à la présidence de la régionale. Surtout qu'il n'y a pas d'antagonismes de fond entre nous. Il a une autre envergure internationale.

MAIS DEUX CANDIDATS MINISTRE-PRESIDENTS, EST-CE TENABLE ?

Il vaut mieux avoir deux candidats de qualité que de ne pas en avoir. Ce n'est pas une dispute dans le parti, ce n'est pas un éclatement du parti.

COMMENT CELA SE PASSE-T-IL DESORMAIS AVEC LE FDF ?

Cela ne se passe pas bien. Didier Gosuin est agressif à mon égard, l'antagonisme est fort sur le plan politique.

QUELLE COALITION PRIVILEGIRIEZ-VOUS POUR 2014 ?

Si on pouvait faire dans l'intérêt du pays des majorités miroir, ce serait quand même mieux. Dans ce cas-là, une majorité MR-PS paraît s'imposer... mais il faut être prudent, on doit trouver un vrai commun dénominateur là-dedans.

Olivier Mouton, entretien réalisé le 27 mai 2013

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

DU RIFIFI CHEZ LES BLEUS

De Wolf, loup affamé de gloire n'a ni la stature, ni l'expérience d'homme d'état de Reynders qui, lui, n'a pas sa connaissance du terrain et du terreau bruxellois. C'est clair!

En somme Charles Michel Brutus a voulu défénestrer César Reynders qui rentre par la grande porte avec l'aide de Marc Antoine De Decker.

Shakespearien.

A qui profitera le crime? Le MR risque, une fois de plus, de galvauder un succès électoral prometteur,  le transformant en une débâcle, une vraie Bérézina.

En dehors d'une poignée de lecteurs de journaux et des Etterbeekois, personne ne connaît l'obscur député-bourgmestre De Wolf, à l'appétit de loup affamé.

MG

 

 

 

Aucun commentaire: