mardi 9 juillet 2013

L’armée n’utilise que ce qu’elle connaît: les armes


Jurek Kuczkiewicz



Après le renversement mercredi dernier du président Mohamed Morsi, tout ce que l’Egypte comptait d’opposants aux Frères musulmans s’est offusqué de l’appellation de coup d’État. Et tous les doutes sur la destitution d’un président démocratiquement élu voici un an à peine, étaient accueillis avec acrimonie.

Ce qui se passe depuis confirme hélas que les doutes et les craintes étaient justifiés. L’armée égyptienne a rompu l’ordre institutionnel. Elle prétend être intervenue très momentanément pour installer un nouveau pouvoir civil. Celui-ci doit rapidement construire un large consensus, incluant toutes les forces vives du pays, y compris les Frères musulmans. Mais force est de constater que lorsqu’on suspend l’ordre institutionnel, il n’y a plus de cadre qui permette à la négociation politique de fonctionner. Il n’y a, non plus, aucune force à la légitimité suffisante pour jouer le rôle de l’arbitre.

L’armée et son patron le général al-Sissi se retrouvent dès lors comme les vrais et seuls détenteurs du pouvoir égyptien. Mais dans un contexte d’affrontement, l’armée, qui se confondait jusqu’à il y a peu avec la dictature de Moubarak, ne tire son autorité que des armes. L’histoire prouve que lorsque l’autorité d’une armée est mise en cause hors de structures démocratiques éprouvées, elle n’utilise que ce qu’elle a à sa disposition et qu’elle connaît le mieux : ces mêmes armes.

Les arguments contre la dérive autocratique de Mohamed Morsi et des Frères musulmans ne manquaient pas de force, et en Occident, il ne se trouve pas grand monde pour les regretter. Mais ce qui se passe ces trois derniers jours en Egypte démontre que nous avons bien assisté à un coup d’État.

Si les choses continuent sur leur lancée, le général al-Sissi, qui perd déjà des membres de son éphémère coalition, court le risque énorme de devoir instaurer un ordre militaire qui s’abattra, cette fois indistinctement, sur tout le monde. Le cas échéant, il faudra appeler cela « état d’urgence »…

Il n’y a qu’une seule alternative à ce scénario catastrophe : l’interruption des poursuites et persécutions à l’égard des partisans du président déchu, et l’inclusion des Frères musulmans dans un grand dialogue national. Obtenir leur ralliement à ce processus ne sera pas la moindre des difficultés. Paradoxalement, il appartient maintenant à ceux qui détiennent le pouvoir, de faire les concessions nécessaires pour que cela soit possible.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

INTERPELLANT

De fait, il s'agit d'un coup d'état.

Armée et démocratie sont peu compatibles. Mais où donc est passé le printemps arabe?

 

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