mardi 9 juillet 2013

Les musulmans entament leur mois de jeûne


NICOLAS FRANCHOMME 



En Belgique, c’est ce mercredi que commence le ramadan, en plein été.

Pour les quelque 684.000 musulmans de Belgique, le Ramadan débutera ce mercredi au lever du soleil, a indiqué l’Exécutif des Musulmans de Belgique (EMB) à la Dernière Heure. Le premier jour du Ramadan n’est pas toujours le même dans tous les pays, car ceux-ci tiennent parfois compte de certains contextes nationaux, comme en Belgique où c’est l’EMB qui décide du jour du début du Ramadan. Pour les personnes qui tiennent néanmoins compte des calculs scientifiques, le Ramadan a débuté ce mardi, a précisé l’Exécutif.

Ce mois sacré de jeûne constitue l’un des cinq piliers d’islam, avec le pèlerinage à La Mecque, les cinq prières par jour, l’aumône envers les nécessiteux et la croyance en un seul et unique dieu et son prophète Mahomet.

Durant ce mois , tout bon musulman doit s’abstenir de manger, boire, fumer, d’avoir des relations sexuelles entre le lever et le coucher du soleil, afin de ne se consacrer qu’à sa foi. Le jeûne est rompu lors de l’iftar, chaque soir après le coucher du soleil.

Comme l’an dernier, le ramadan se déroule en plein été, durant de longues journées comprises cette année entre 3h33 et 21h57, dans des conditions climatiques difficiles mais fidèles à la tradition. Car d’un point de vue étymologique, le ramadan se veut être entamé durant une chaleur intense et un sol brûlant.

Si tout croyant pubère, sain d’esprit et capable de jeûner se doit d’accomplir le jeûne, les enfants, les personnes âgées, les malades, les femmes réglées, enceintes ou allaitantes et les croyants effectuant un long voyage sont exemptés du jeûne. Il existe une possibilité de rattrapage pour ces derniers : soit récupérer des jours de jeûne par après, soit accorder une générosité envers les plus démunis, les accueillir chez eux si nécessaire et les nourrir après le coucher du soleil.

Si un croyant rompt plusieurs fois son jeûne par inadvertance, il devra se rattraper à la fin du ramadan en accomplissant l’expiation de son péché à partir de l’Aïd-al-fitr, la fête de la fin du ramadan célébrant la rupture du jeûne.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

RAMADAN ETHIQUE?

"Jeûner pour affirmer la volonté de l'homme sur ses pulsions primaires, pour exprimer son libre arbitre et témoigner sa solidarité avec ceux qui ont faim de pain, de compassion et du réconfort de l'agir bellement."(Ali Daddy)

L'islam, on le sait désormais, n'est pas une orthodoxie, (comme le catholicisme ou le judaïsme) mais une orthopraxie avec des prescrits de comportement alimentaires (hallal or not hallal) et vestimentaires contraignants (le voile?).

Pour l'Européen sécularisé et déchristianisé que nous sommes, le ramadan est une pratique étrange et assez paradoxale: jeuner de jour, s'empiffrer de nuit!

Le texte d'Ali Daddy qui suit nous apporte un éclairage éthique de cette pratique qui rappelle celle des jeûnes "post carnavalesques" du christianisme: on s'empiffrait au mardi gras pour faire maigre dès le mercredi des cendres. Ce texte nous révèle la dimension spirituelle d'une pratique qui est jugée rétrograde par la majorité des non musulmans parce qu'ils en ignorent le sens profond. Si le dialogue interculturel a un sens, c'est bien dans sa démarche visant à respecter l'autre dans ses choix, à tenter de les comprendre, sans les partager pour autantNous sommes, quant à nous, persuadés que moyennant un peu de pédagogie, les tensions entre communautés "condamnées" au vivre ensemble pourraient être sensiblement réduites. On s'étonnera donc que l'"exécutif des musulmans" ou les "musulmans progressistes" ne se manifestent pas dans ce sens.

Nous l'avons toujours dit et maintes fois écrit: l'interculturalisme est un volontarisme.

MG

 

RAMADAN: DU RITUEL A L'ESSENTIEL

ALI DADDY La Libre Belgique ( 11 octobre 2005)

Ramadan est le neuvième mois du calendrier arabe et islamique. Le mot signifiait à l'origine grande chaleur, image tirée du calendrier solaire préislamique. Ce mois était sacré dans la tradition arabe d'avant l'islam et constituait un des mois de trêve.

Le jeûne (sawm) pendant ce mois est l'un des cinq piliers de l'islam et c'est probablement aussi l'obligation rituelle la plus pratiquée au sein du public musulman. Mais garde-t-on bien à l'esprit sa signification spirituelle essentielle? Ce mois, qui aurait pu n'être que le neuvième du calendrier lunaire arabe, s'est retrouvé tout d'un coup «sanctifié» lors de la désormais célèbre Nuit du Destin(1) (ou Nuit grandiose), qui constitua, il y a quatorze siècles, le point de départ de la Révélation islamique.

 

Certes, le mois de ramadan est le mois de l'abstinence, celui où l'on se prive notamment de nourriture. Pendant la journée, le jeûneur s'abstient, dans la mesure du possible, de tout plaisir sensuel. Mais, au-delà du jeûne lui-même, ce mois constitue une occasion propice pour s'interroger sur «la base(2) , les fondements» - pour paraphraser à rebours l'islamisme radical contemporain - de la pratique spirituelle islamique.

Le jeûne est une pratique commune des religions monothéistes. A cet égard, il est bon de rappeler que le prophète Muhammad s'est toujours présenté comme le restaurateur de la foi primordiale d'Abraham. Selon la lettre même du Coran, les grands courants de la culture monothéiste relèvent d'une parole commune. L'islam, qui constitue en quelque sorte le point d'orgue de cette culture, intègre parfaitement l'apport du judaïsme et du christianisme, qui l'ont historiquement précédé. La vocation première de l'islam était de revivifier la foi abrahamique originelle dévitalisée par des superstitions parasites et des rites insignifiants tout en permettant à l'homme de se retrouver en lui-même afin de mieux se rattacher au divin, en toute liberté et sans intermédiaire aucun.

«Dites: «Nous croyons en Dieu et en ce qui est descendu sur nous, en ce qui est descendu sur Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob, les Lignages, en ce qui fut donné à Moïse, à Jésus, fut donné aux prophètes de la part de leur Seigneur. De tous ceux-là nous ne séparons pas un seul, puisque c'est à Lui que nous nous soumettons».» (II, 136)

L'islam n'est pas une religion dogmatique. Il s'agit avant tout d'une démarche intérieure, une «vision du coeur» qui permet à l'homme de retourner au centre de lui-même. Le jeûne du mois de ramadan s'inscrit parfaitement dans cette démarche qui conduit l'homme à réaliser un effort constant pour lutter contre ses faiblesses et ses passions, pour sans cesse s'améliorer, s'humaniser totalement. C'est le véritable sens du "jihâd" en tant qu'effort intériorisé et non pas, comme la tarte à la crème qu'on nous balance sans cesse à la figure, en tant que pseudo-guerre sainte. Une guerre quelle qu'elle soit n'est jamais propre et encore moins sainte!

Le principe du jeûne est lié à celui du contrôle de soi. Il est l'affirmation de la volonté de l'homme et de sa liberté par rapport à lui-même et à son désir immédiat de satisfaction de ses besoins primordiaux. C'est aussi le lien de solidarité avec celui qui a faim et qu'il faut contribuer à arracher à sa situation de dénuement et de misère.

Le mois de ramadan constitue incontestablement une leçon spirituelle, de même qu'il fait naître un état de purification et un esprit de sacrifice qui, comme l'élagage d'un arbre, apporte un renouveau et des forces neuves. Jeûner pour affirmer la volonté de l'homme sur ses pulsions primaires, pour exprimer son libre arbitre et témoigner sa solidarité avec ceux qui ont faim de pain, de compassion et du réconfort de l'agir bellement.

C'est le mois de la convivialité et du partage. Aller vers l'autre qui n'est pas du même milieu social, de la même origine ou de la même religion que soi. Rompre le jeûne à la tombée de la nuit, non pas pour avaler tout ce que l'on peut, mais pour rompre le silence et le pain, partager le lait, les figues, les dattes, la hariraen famille, entre amis ou dans les associations, les mosquées, les restaurants, les cafés de Molenbeek, de Schaerbeek, de la gare du Midi...

L'islam substitue, aux liens de sang et du sol, un lien et une solidarité de la foi au sein d'une communauté prophétique fondée sur une expérience partagée de la transcendance divine. Cette expérience vécue de la transcendance de Dieu est pleinement concrétisée par le pèlerinage à La Mecque (hadj), qui reflète la dimension universelle de la communauté islamique tout en vivifiant, au sein de chaque croyant, le voyage intérieur vers la «Kaaba du coeur». Le coeur de l'homme comme véritable sanctuaire de Dieu tellement grand que rien ne peut le contenir hormis le coeur de celui qui l'aime.

«A chacun de vous, Nous avons ouvert un accès, une avenue. Si Dieu avait voulu, Il aurait fait de vous une communauté unique: mais Il voulait vous éprouver en Ses dons. Faites assaut de bonnes actions vers Dieu. En Lui, pour vous tous, est le retour. Il vous informera de ce qu'il en est de vos divergences.» (V, 48)

(1) Traditionnellement, la 27e du mois de ramadan.

(2) Al Qa'ida en arabe.

© La Libre Belgique 2005

 

 

 

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