dimanche 14 juillet 2013

"On n’est pas des écrivains !" Paresseuse, la génération copier/coller ?




La Libre

 "Comment aider les étudiants à éviter le plagiat et à les encourager à davantage maîtriser le français ?"

Une opinion de Mathilde Vandamme, enseignante de français

« Ah, on ne peut pas utiliser les mêmes phrases que celles sur Internet, on doit en inventer nous-mêmes ?, mais on n’est pas des écrivains, hein madame » ! En tant que professeur de français récemment sortie de l’université, cette remarque d’un étudiant en classe a longtemps résonné en moi comme une dissonance navrante avant de s’avérer par la suite plus interpellante. Je venais de réexpliquer ce qu’était le plagiat à mes étudiants en dernière année de bachelier en secrétariat de direction lors de la première étape de la rédaction du TFE. Le premier document qu’ils m’avaient remis, sans faute, dans un langage quasi scientifique, brillait en effet d’une étrange perfection que Google a eu tôt fait de me confirmer. ..

Une génération Y paresseuse et assistée ? Pour les enseignants, la tentation est irrésistible de se raccrocher à cette première analyse hâtive qui, soyons réalistes, vaut sans doute pour une catégorie bien précise d’étudiants…Or, ce n’est qu’après avoir suivi plus régulièrement des étudiants et d’après ce que je constate également dans d’autres cours que j’ai ravalé ma condescendance. J’ai compris qu’un malaise bien plus profond les habitait: un manque de confiance considérable face à l’écriture. Nombreux sont ceux qui ne sont pas sûrs d’eux car ils sont bien souvent trop conscients de leurs lacunes de base qui les frustrent. Leur sentiment de non maîtrise du français est indéniable et se vérifie malheureusement dans leurs productions. Je ne parle pas uniquement de la forme, c’est-à-dire de l’orthographe et de la syntaxe qui les handicapent lourdement, mais également et surtout du fond, de la rédaction proprement dite.Ils sont en effet pour la plupart incapables de reformuler des idées clairement exprimées et structurées, non parce qu’ils sont stupides, mais parce qu’ils y ont été très peu familiarisés. Par ailleurs, et ceci est tout aussi fondamental actuellement, très peu font preuve d’esprit critique face aux innombrables informations qui leur sont fournies sur Internet. Ils ne semblent pas avoir appris à traiter celles-ci  afin de juger de leur fiabilité. En effet, comment passer au peigne fin ces vastes mines d’informations ? Et enfin, si sélectionner des sources est important, encore faut-il après les synthétiser afin de les utiliser comme le terreau d’une analyse plus personnelle ; car on n’attend pas non plus d’eux qu’ils fournissent une compilation de données scrupuleusement copiées et collées les unes à côtés des autres…

Si J’enseigne dans un établissement de promotion sociale, ce problème me semble, d’après ce que j’entends, général à tout l’enseignement. Comment dès lors aider les étudiants à éviter le plagiat et à les encourager à davantage maîtriser le français à une époque où l’accès au savoir est devenu trop facile et, paradoxalement, moins facile à s’approprier ? Comment également les aider à lier ces connaissances à leur vécu afin de prendre de la distance par rapport à celui-ci et de mener une profonde réflexion constructive ? 

Serait-ce dans l’enseignement secondaire qu’il faudrait remonter à la source ? C’est-à-dire, apprendre, toutes disciplines confondues, à sélectionner, trier, critiquer l’information afin, ensuite, d’y apporter un avis personnel ?L’enseignement en France (épreuves du bac à l’appui) semble encore privilégier les incontournables commentaires composés et les dissertations dans les matières en  sciences humaines au collège et au lycée. Il s’agit, dans le premier cas, d’analyser la richesse d’un texte en organisant sa lecture autour de deux ou trois centres d’intérêts, et d’organiser ensuite ses remarques selon un plan détaillé. En ce qui concerne les dissertations, que l’on pratique également en Belgique (mais trop peu à mon goût), il s’agit de développer un avis personnel clairement argumenté après s’être documenté sur une problématique bien précise. En risquant de passer pour rétrograde, ne serait-il pas fondamental de s’inspirer encore de cette forme plus traditionnelle de l’enseignement, à l’heure où le jugement personnel est davantage mis à l’épreuve par la masse infinie d’informations ?

Si l’on en revient à ma propre expérience, vous me direz peut-être que mes exigences pour les TFE sont bien élevées pour des étudiants qui (ne) suivent (qu’) une formation professionnalisante. Peut-être, si l’on s’enferme dans une logique uniquement utilitariste, où l’on considère que l’on forme uniquement des étudiants fonctionnels, donc capables de réaliser des tâches sans trop prendre de distance par rapport à celles-ci et aux données qui s’imposent à eux. En somme, très schématiquement, cela reviendrait à les former à devenir des robots. Or, je pense que c’est une grave erreur qui les méprise bien davantage. Pourquoi ne pas prendre le problème à la racine et se dire que l’on va former les futurs professionnels au plus tôt, dès la première secondaire, afin qu’ils développent ces compétences essentielles à la base de toute éducation citoyenne responsable ? Si celles-ci sont en effet indispensables dans toute carrière, elles le sont également dans toute vie citoyenne confrontée au joug quotidien de la manipulation. Il me semble que l’égalité pour tous dans l’enseignement, c’est aider les élèves à la réussite de cette manière, et non pas en nivelant sans cesse le niveau vers le bas sous prétexte qu’ils ne sont pas capables. 

Des TFE médiocres qui sont acceptés, il y en a, hélas, beaucoup.  Parce qu’on ne peut plus rien faire pour ces pauvres étudiants et que ce n’est pas de leur faute s’ils ne possèdent pas les acquis de base ?



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE FRANCAIS? LA FRANCAIS? TOUJOURS LE FRANCAIS


Ils, elles sont sortis du secondaire sans connaître le français...

Hallucinant! Certes ils le parlent à peu près et si peu en famille, entre amis et on s'est toujours satisfait de cet "à peu près". Ils ont réussi leur CEB "à peu près", sont sortis "à peu près" du secondaire.

Ne serait-il pas temps de regarder cela en face?

Ne serait-il pas urgent d'envisager une autre technique d'apprentissage de la langue de Voltaire: français langue étrangère? Cela existe et donne des résultats.

Tout cela a été dit, répété, dénoncé et...rien ne change. Pourquoi? En raison du conservatisme hallucinant qui règne dans la majorité des établissements secondaires en communauté française. En raison également de l'indifférence de la classe politique en place pour la résolution de ce problème. On fabrique des analphabètes à la chaîne et on se retrouve avec des cohortes de jeunes gens et de jeunes filles sans formation professionnelle de base.

Encore une fois et au risque de lasser: quel est l'homme ou la femme politique qui va hurler au scandale et, au risque d'une belle impopularité auprès des enseignants, nous démontrer par a+b, non pas que le roi est nu (ça on le sait) mais que l'élève est nu, nu comme un ver. Tout le monde le sait, tout le monde s'en fout. Le réveil sera terrible d'ici très peu de temps. 40% de jeunes chômeurs à Molenbeek, à Saint-Josse, à Anderlecht. Y a-t-il encore un Bruxellois qui ignore ce chiffre?

MG

 

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