jeudi 25 juillet 2013

Kris Peeters, homme-clé pour l'avenir belge

Olivier Mouton (Le Vif)


Le ministre-président flamand sera la figure de proue du CD&V pour les élections de 2014. Son objectif ? Attaquer la N-VA pour partir à la reconquête de son électorat. Sans exclure de former ensuite une coalition avec les nationalistes. Ce politicien entrepreneur est un homme-clé pour l’avenir belge.


Kris Peeters, ministre-président du gouvernement flamand (CD&V) © IMAGEGLOBE


Il sera l’arme de choc du CD&V pour empêcher la marée N-VA annoncée le 25 mai 2014. Figure de proue des démocrates-chrétiens du nord pour la « mère de toutes les élections », ministre-président du gouvernement flamand, Kris Peeters s’est démultiplié sur tous les fronts tout au long du mois de juillet pour tenter d’occuper le devant de la scène d’une actualité belge riche en événements historiques. Entre loyauté fédérale et affirmations communautaires.

C’est que Kris Peeters veut donner l’image d’un leader à la poigne de fer et à la vision dynamique, un capitaine d’entreprise pour la Flandre. Pas encore un chef de campagne électorale face à Bart De Wever. « Kris Peeters dit lui-même qu’il ne veut pas partir en campagne trop tôt, souligne Nicolas Bouteca, politologue à l’université de Gand. Il veut se profiler comme un bon gestionnaire, pas comme le concurrent direct de Bart De Wever. Il sait qu’il est moins brillant en rhétorique que le patron de la N-VA. A vrai dire, il préférerait même… ne pas devoir mener de campagne si cela était possible. Et jouer le rôle de ministre-président jusqu’au bout. »

« Kris Peeters est la seule option sur laquelle le CD&V peut s’appuyer pour mener sa campagne, prolonge Dave Sinardet, politologue à la VUB. C’est le seul chef de gouvernement dont le parti dispose, le seul à avoir la carrure nécessaire. Il va jouer sur une image positive, responsable, face aux critiques incessantes des nationalistes. Sa position sera semblable à celles de Jean-Luc Dehaene en 1995 ou de Guy Verhofstadt en 2003 quand ils ont capitalisé sur leur rôle de chef de gouvernement. » Avec succès, alors.

« Le CD&V a en outre le problème d’un parti du centre, il n’y a pas un seul domaine où il est vraiment incontestable, pas un seul dossier au sujet duquel il peut tirer la couverture à lui, précise Nicolas Bouteca. C’est pourquoi il mise sur cette qualité de bon gestionnaire. Le paradoxe, c’est qu’il pourrait capitaliser sur le fait d’avoir engrangé la sixième réforme de l’Etat mais cela servirait les intérêts de la N-VA. La priorité sera socio-économique. Le paradoxe est d’autant plus grand que… la Flandre n’est pas aussi bien gérée que cela. Le principal résultat de cette législature, c’est avant tout un équilibre budgétaire dans des circonstances difficiles, c’est vrai. Mais le bilan global n’est pas impressionnant, beaucoup de promesses n’ont pas été réalisées. »

En donnant les coudées franches à Kris Peeters, le CD&V espère reconquérir une part de son ancien électorat et redépasser la barre des 20 % de voix en Flandre. « Les enquêtes réalisées à l’issue des dernières élections montrent que l’électorat du CD&V est devenu majoritairement de centre-gauche, explique le politologue Nicolas Bouteca. La plupart des électeurs de centre-droit sont partis vers la N-VA. C’est dire l’enjeu ! »

« Si la N-VA devient le plus grand parti de Flandre et réclame la ministre-présidence, Kris Peeters a déjà annoncé qu’il ne pourrait pas fonctionner comme ministre dans ce gouvernement, poursuit le politologue. Il pourrait alors briguer le poste de Premier ministre fédéral. Mais ce scénario là non plus, n’est pas forcément évident : si le CD&V n’est pas le plus grand parti flamand, le risque est grand que le PS soit plus important. En termes de rapport de forces, le scénario ne serait pas intéressant pour Kris Peeters. »

« Pendant tout un temps, on a évoqué un accord secret entre le CD&V et la N-VA, rappelle Nicolas Bouteca. A De Wever le maïorat d’Anvers, à Peeters, la ministre-présidence flamande, tous deux à la tête d’une coalition de droite N-VA/CD&V/Open VLD. »

Dans la compétition post-électorale, au soir du 25 mai 2014, l’enjeu numéro un sera bien le score des nationalistes flamands. Il s’agira aussi de savoir quel gouvernement sera constitué en premier lieu : le fédéral ou le régional ? Dans les deux cas, Kris Peeters sera un des pions majeurs sur l’échiquier. Un informateur royal en puissance, un faiseur de coalitions.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

COME BACK DES CHRETIENS DEMOCRATES FLAMANDS?

Il est trop tôt pour le dire, mais c'est peu probable. Brillante analyse de Olivier Mouton au demeurant.

Nous allons vivre une année dramatique avec un PS qui vire à gauche, une N-VA ancrée à droite et un CD&V girouette. "Ce n'est pas que je sois une girouette, c'est que le vent tourne" aimait dire Edgar Faure.

Les chrétiens démocrates flamands ont perdu leur aile droite et comme un avion en détresse volent avec deux moteurs sur quatre en tentant d'éviter un atterrissage sur le ventre. S'il ne manque pas de charisme, le beau Kris ne fait pas le poids, devant un Bart De Wever même amaigri par son régime mais surtout par sa difficulté à bien gérer Anvers. En somme, tout est dit: tout indique d'ores et déjà que Peeters sera d'office désigné comme formateur royal avec le ventriloque royal van Daele, lui aussi CD&V.

Il ira au charbon soit avec le PS wallon et la gauche flamande, soit avec DeWever et la droite wallonne selon la manière dont l'électeur distribuera les cartes. S'il devait échouer dans sa mission d'exploration, Philippe le hardi (ik ben een taaie) n'aura d'autre choix que de désigner le roi Bart comme formateur supérieur. Crise de régime en perspective!

Bon sang que ce pays est compliqué!

MG

 

 

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