mardi 23 juillet 2013

Portrait: Van Daele, l’homme qui connaît bien des secrets belges


MARTINE DUBUISSON et BEATRICE DELVAUX

Il a occupé les plus grandes ambassades, a servi les principaux responsables politiques. Il raconte les crises, vécues de l’intérieur. Grand entretien


Frans VanDaele. Photo Bruno Dalimonte

LA QUALITE PREMIERE DU DIPLOMATE

« Il faut laisser de côté les émotions, même si on en a. Et raisonner, analyser le problème, voire les séquences, le timing et le dosage à pratiquer pour résoudre un problème. (…) Comme disait Spinoza : en toute chose, quand vous avez un problème, il faut réfléchir, analyser. »

L’AMI HERMAN

« Nous sommes liés d’amitié depuis 40 ans : nous étions ensemble chez les jeunes démocrates-chrétiens.

Au Palais ?

Lorsqu’on l’interroge sur la possibilité qu’il devienne chef de cabinet du prochain roi Philippe Ier, comme certains le disent, Frans van Daele répond simplement : « La question ne se pose pas. » Mais sa conviction est là : « La monarchie est indispensable, car c’est un élément d’équilibre et d’unité dans un pays complexe. »

Frans van Daele, qui a pris sa retraite le 1er novembre, fut « le » diplomate belge, occupant tous les postes importants – de Washington à l’Otan en passant par l’Union européenne –, travaillant sous 14 ministres des Affaires étrangères, terminant sa carrière comme chef de cabinet d’Yves Leterme, ministre des Affaires étrangères, mais surtout accompagnant l’ex-Premier ministre Herman Van Rompuy, son ami depuis les jeunesses CVP voici 40 ans, à la présidence européenne.

Herman Van Rompuy lui a demandé de constituer pour lui un groupe d’experts internationaux en politique étrangère. Il donne cours au Collège d’Europe à Bruges, est administrateur de la KUL.

 

LES ETATS-UNIS RESTENT UN PAYS CLEF POUR L’EQUILIBRE DU MONDE ?

Les deux régions du monde qui sont des facteurs de stabilité sont l’Europe et l’Amérique du Nord. Sont-elles toujours exportatrices de stabilité et jamais d’instabilité ? Je n’oserais pas le dire. La perfection n’est pas de ce monde. Et je ne suis pas aveugle face aux facteurs qui ont un autre effet. Mais dans l’ensemble, les Etats-Unis restent un grand facteur de stabilité.

« La fin de l’euro signifierait la fin de la civilisation européenne »

 

POURQUOI FAUT-IL SAUVER L’EURO A TOUT PRIX ?

Sans euro, on ne serait pas en récession, mais en dépression. Sans euro, le cœur même de la construction européenne s’arrêterait de battre. Du coup, l’Union européenne, commencerait à se vaporiser. Quel autre projet que le projet européen l’Europe a-t-elle dans le monde pour sauvegarder ses intérêts ? Aucun.

LA FIN DE L’EURO, C’EST LA FIN DE L’UNION EUROPEENNE ?

En tout cas ce serait une Union européenne qui ne serait plus elle-même.

VOUS DITES AUSSI QUE CE SERAIT LA FIN DE LA CIVILISATION EUROPEENNE ?

Si l’Union européenne devait disparaître, sur quoi retomberions-nous ? Nous perdrions nos assises économiques. Dieu sait quels vieux démons réapparaîtraient ! Et serions-nous encore en position d’illustrer notre civilisation ? J’en doute. L’enjeu est tellement énorme !

Je pense que ceux qui décident en sont parfaitement conscients. C’est pourquoi l’euro ne va pas disparaître.

« LA BELGIQUE EST CORIACE »

EN EUROPE, IL Y A LES GENS « RAISONNABLES » ET CEUX QUI SONT DANS L’EMOTION, NOURRISSANT SURTOUT DES PROJETS NATIONALISTES ?

L’Europe, dans ses richesses, repose sur un équilibre entre unité et diversité. Si cet équilibre est rompu, les conséquences sont imprévisibles. L’Europe n’est pas l’ennemi des identités nationales, mais elles doivent cohabiter de façon productive avec les autres.

C’EST ENCORE LE CAS EN BELGIQUE ?

Gaston Eyskens disait que la Belgique est plus coriace qu’on ne le pense. La cohabitation entre les composantes de notre pays est parfaitement possible, l’histoire commune le prouve. Historiquement, la Belgique est constituée du comté de Flandre, du duché du Brabant et de la principauté de Liège. Dans chacun, il y avait des néerlandophones au nord et des francophones au sud.

VOUS CROYEZ ENCORE A LA BELGIQUE ?

Bien sûr.

QUE VOUS INSPIRE LE SUCCES DE BART DE WEVER, SA FAÇON D’OPPOSER LES GENS ?

Les cohabitations entre communautés passent par des hauts et des bas. Et les études montrent que les phénomènes de surface n’entament pas le fond des choses.

QU’AVEZ-VOUS PENSE DE LA MARCHE N-VA SUR L’HOTEL DE VILLE D’ANVERS, LE 14 OCTOBRE ?

Je me suis dit que cela n’est pas dans nos habitudes politiques belges. Ce qui s’est passé le 14 octobre est évidemment un phénomène politique de premier ordre. Mais Anvers ne s’est pas répliqué à Gand, par exemple.

COMME DIPLOMATE, AURIEZ-VOUS UN PETIT CONSEIL A DONNER AUX HOMMES POLITIQUES ?

La denrée essentielle en diplomatie, et probablement en politique, c’est le temps. Il permet d’imaginer une solution. C’est comme la conjonction des planètes : il faut attendre le bon moment pour les réunir. En démocratie, on a besoin de temps pour amener les gens à une analyse convergente et à une solution convergente. Aux responsables qui entreprennent une œuvre difficile, il faut laisser la marge et le temps d’avancer.

C’EST POUR CELA QUE DE WEVER VEUT ALLER VITE : POUR EVITER LES CONSENSUS ?

Il est toujours très intéressant, en diplomatie, d’observer l’interaction entre celui qui est pressé, et celui qui ne l’est pas…

FAUT-IL, VU LA CRISE, REDONNER DE LA MARGE BUDGETAIRE, COMME LE PRONE ONKELINX ?

Beaucoup de dirigeants européens partagent le souci de l’effet social de la rigueur budgétaire et de l’austérité. Cette rigueur peut-elle être modulée ?Juridiquement, via le nouveau pacte de stabilité et de croissance, c’est possible. Mais le problème n’est pas juridique : il est politique. Si on revenait tous azimuts à des disciplines budgétaires flexibilisées pour tous les pays, quel serait l’effet sur les marchés ? On l’a fait dans un cas évident, l’Espagne ; mais si on le fait de manière courante et régulière, on revient à la case départ. Au conseil européen de juin, nous avons essayé de trouver tous les moyens possibles et imaginables pour dégager un supplément de croissance. Cela va-t-il créer de la croissance dans les cinq mois ? Non. Mais on paie aussi un certain laxisme pratiqué dans tous les pays européens.

LA BELGIQUE N’AURA PAS UNE BOUFFEE D’AIR ?

Dans les pays comme le nôtre, lorsqu’on est près d’une récession, les stabilisateurs sociaux jouent (indemnités de chômage). La solidarité à l’intérieur de chaque pays est importante pour répondre aux effets d’une crise économique, qui par ailleurs n’est pas la faute de l’euro.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

HOMME DE L'OMBRE ET DU TEMPS LONG



"La denrée essentielle en diplomatie, et probablement en politique, c’est letemps." Et on pourrait ajouter, la monarchie c'est le temps long par opposition au temps court du politique qui travaille sur un horizon de quatre ans.

En lisant ceci, on comprend mieux pourquoi Elio Di Rupo aurait vendu son âme au diable pour conserver Albert II sur le trône jusqu'en 2014 et au-delà: il avait la main sur le roi et le chef de cabinet de la maison royale (le vice-roi) laissait faire.  Cet article nous apprend que Frans vaDaele est une personnalité politique flamande de toute première force et surtout un diplomate c'est -à-dire un homme de l'ombre, des couloirs et du temps long. 

Par ce choix judicieux, le CD&V entend bien remettre la main sur cette institution capitale qu'est la monarchie dans notre pays.  Philippe sera comme son oncle, un roi catholique qui succédera à son pas trop catholique géniteur.  

Ajoutons à cela que Kris  Peeters, ministre président du gouvernement flamand(CD&V également) insiste pour être reçu régulièrement par le roi en audience comme le premier ministre fédéral, ce qui exaspère la N-VA et on comprendra que le CD&V n'est pas prêt à lâcher la Belgique. Gaston Eyskens disait que la Belgique est plus coriace qu’on ne le pense. La cohabitation entre les composantes de notre pays est parfaitement possible, l’histoire commune le prouve.


Reste à voir comment l'électeur flamand distribuera les cartes en mai 2014. (Vanmij mag De koning best blijvenook BelgieMaakt me niet uit. Maar de enige reden waarom ik N-VA stem, is om de PS en spa uit de regering te krijgen of hen zo weinig mogelijk zetels te laten behalen. Die 2 hebben ons al veel te veel gekost en ze hebben ZERO principes, lezerbrief <DM). 


Il y a fort à parier que le binôme Albert II-Elio premier ne sera pas remplacé par un binôme Philippe-Elio. Et on a quelque raison de penser que c'est Van Daele qui tiendra la régie lors des prochaines négociations post-électorales pour la formation d'un gouvernement de coalition.

C'est, du moins selon nous, un très rude coup pour na N-VA qui, quoiqu'on pense, ne dispose pas dans sa réserve de talents d'un homme de cette trempe doué de pareille expérience.

Il y a donc fort à parier que le parti de Bart De Wever ne tardera pas à tirer à boulets rouges sur "l'homme de cour" arguant notamment qu'il n'est pas un élu du peuple, ce qui ne saurait être démenti. Comme toujours, Béatrice Delvaux a eu du nez en tendant un micro indiscret au coming man de l'entourage royal. A suivre donc et de très près. Gageons dès à présent que ce brave Philippe ne sera qu'une marionnette entre les mains du ventriloque Frans van Daele, premier rédacteur de ses futurs discours. Autrement dit du CD&V.

Et ça, c'est vraiment un très rude coup pour la N-VA.

Le plus dur pour le Flamand van Daele ce sera sans doute de ne point trop enfaire...

Retenons la passion de l'homme pour l'Europe et sa diversité.

On a donc quelque raison de reconnaître sa patte dans  l'allusion à la diversité dans le discours du trône de Philippe.

"La diversité fait la force" serait une excellente devise pour ce nouveau règne.

Ce n'est pas nous qui nous en plaindrions.  

MG

 

 

 

 

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