samedi 31 août 2013

Frédéric Flamand : "La schizophrénie entre francophones et Flamands est un gâchis"


Le Vif

Il a quitté les brumes du Nord il y a huit ans pour prendre la tête du Ballet national de Marseille (BNM). Alors, forcément, à l’heure où cette ville rebelle s’installe dans son fauteuil de Capitale européenne de la culture, Frédéric Flamand, 67 ans, a des choses à dire. Le chorégraphe belge, visionnaire dans l’univers de la danse contemporaine, lui qui n’a de cesse d’interroger le corps dans son rapport à la vie urbaine et ses grandes transformations, en est convaincu : après 2013, la cité phocéenne ne sera plus la même. Il regarde aussi dans le rétroviseur, dressant des ponts entre le Nord et le Sud, entre Bruxelles, Charleroi et Marseille, villes de cette Europe à laquelle il se sent si intimement appartenir.


Frédéric Flamand. © Patrick Gherdoussi

LE VIF/L’EXPRESS : MARSEILLE-PROVENCE 2013 EST LANCE. VOUS ETES SATISFAIT ? 

FREDERIC FLAMANd : 400 000 personnes dans les rues, ça ne s’était pas vu depuis longtemps ! Mais c’est la ville qui est l’événement, ce public de plusieurs générations, ce métissage marseillais extraordinaire qui s’est rencontré sur toutes les places et sans violence. C’est une autre ville qui est en train de naître, et qui fait penser à de grandes transformations qui se sont imposées ailleurs, comme le Harbour à Toronto. Aujourd’hui, la tour CMA-CGM, dans le quartierEuroméditerranée, de l’architecte irako-britannique Zaha Hadid, qui a d’ailleurs été la scénographe du spectacle Metapolis II que j’ai monté avec Charleroi-Danses, est la plus haute de la ville. Cette modernité absolue de l’architecture contemporaine, et Dieu sait si je l’aime, puisque je ne cesse de l’interroger dans mon travail, je me demande comment elle va vivre, parce qu’elle peut avoir un côté glacial. C’est un grand point d’interrogation sur ces nouvelles villes qui se bâtissent en dehors des centres. Marseille-Provence 2013 ouvre tout ce nouveau parcours. C’est une invitation fantastique au changement. En espérant qu’elle garde malgré tout cette vie de villages qui la caractérise. Parce que pour moi, c’est le plus beau Marseille. 

UNE BELLE OCCASION POUR MARSEILLE, EN SOMME, D’ALLER A LA RENCONTRE DE LA CULTURE POPULAIRE, VOUS QUI DENONCEZ SOUVENT UNE CULTURE DE PLUS EN PLUS ELITISTE... 

Même si l’on peut être tenté de le dire aussi du ballet. La première chose que j’ai faite ici, c’est justement de le descendre de son piédestal. En ouvrant une salle au public, lui qui n’y était jamais venu, en y montrant la danse de façon tout à fait différente lors des soirées : les gens prennent un pot avec les danseurs dans le hall que l’on a transformé en cafeteria... Je crois que Marseille est très métissée, perméable aussi. On parle beaucoup de violence, des règlements de comptes qui sont principalement liés à la drogue, mais elle n’est pas aussi violente que certains médias le disent. Nous, par exemple, on travaille avec des petits Comoriens de la cité Bellevue, dans les quartiers nord. Des gens très pauvres. Il y a là un travail en profondeur d’un ballet qui se pose la question de savoir ce qu’il doit être au XXIe siècle. 

EN TANT QU’ACTEUR CULTUREL DE LA VILLE, VOUS VOUS SENTEZ PARTICULIEREMENT INVESTI DANS CE MARSEILLE 2013 ? 

Je prépare un spectacle très important qui sera présenté, en mai et gratuitement, devant la nouvelle esplanade de la gare Saint-Charles où l’on attend 3 000 personnes. J’ai choisi une thématique un peu provocante, mais qui convient merveilleusement bien à Marseille, c’est le rapport entre la danse et le sport : « Sport Fiction ». Mons, qui sera Capitale européenne de la culture en 2015, et qui invite le spectacle en juillet au Festival au Carré, le coproduit d’ailleurs. J’ai mis en rapport l’Ecole d’architecture de Mons et l’Ecole de design de Luminy, ici à Marseille. A la fin de l’année, il y aura l’opéra, Orfèvre-Udisse, avec 45 musiciens, 23 choristes... 

CELA FAIT HUIT ANS QUE VOUS AVEZ POSE VOS VALISES ICI. VOUS VOUS Y SENTEZ BIEN... 

Oui, je m’y plais bien. D’abord parce que l’on est au bord de la Méditerranée. Je n’oublierai jamais le jour où je suis arrivé : le bus 83, sur cette Corniche, que vous attendez pour aller travailler. Vous êtes là, regardant la mer... C’est très différent des conditions que j’ai connues en Belgique ! (Rires). Mais tout en disant que j’ai quand même parfois la nostalgie des brumes du Nord. Il y a une tout autre convivialité là-bas. Je pense parfois à des cafés comme La Mort Subite, où l’on se retrouve tard pour boire une Gueuze... Vous êtes dans un tableau de Breughel ! Quelle chaleur incroyable ! D’ailleurs j’y ai gardé nombre d’amis. Et un appartement, galerie de la Reine à Bruxelles. Ici, c’est autre chose : on est en terrasse avec des lunettes de soleil, un peu en représentation... 

CHARLEROI-MARSEILLE : CHACUNE AFFICHE UN TAUX DE CHOMAGE DES PLUS IMPORTANTS, SOUFFRE D’UNE MAUVAISE REPUTATION... 

Charleroi, c’est une ville dont on ne peut pas dire qu’elle soit belle comme Marseille. Mais il y a là-bas une solidarité où l’on se tient et où l’on recrée un monde dans un monde difficile, ce qui est une chose très belle. J’y suis resté treize ans. C’est vrai que sur les points que vous citez, les deux villes peuvent se ressembler. Mais nous sommes dans un monde difficile, les grandes utopies sont loin. C’est justement pour cela qu’il faut relancer l’utopie. La création artistique est sans doute l’un des moyens, aussi modeste soit-il, de le faire. Pour au moins continuer à ouvrir les mentalités et montrer que les choses sont possibles. 

La Wallonie est en train de rebondir. Il faut arrêter d’en dresser un tableau noir, elle a une réelle force vive. A force de rester sur des clichés, on ne voit pas que les choses évoluent. Le monde a changé. Il est pluriculturel. Les gens qui n’acceptent pas ça sont en dehors du coup. 

L’AVENIR DE LA BELGIQUE, VOUS LE VOYEZ COMMENT DE LA OU VOUS ETES ? 

Je ne vois de l’avenir que dans l’acceptation de l’autre. Ce qui n’est pas ça, ne me semble être ni un avenir prospère, ni intéressant. C’est un trompe-l’œil qui ne peut mener qu’à la petitesse. 

AUJOURD’HUI, VOUS VOUS SENTEZ APPARTENIR PLUTOT A LA PATRIE DE BREL OU DE PAGNOL ? 

C’est trop limitatif, en tant qu’artiste, qui a une carrière derrière lui, qui voyage dans le monde entier, de dire je suis ça, ou je suis ça. Je crois très fort en l’Europe. Je me sens très européen et depuis très longtemps. C’est aux Etats-Unis que je me suis mis à comprendre l’Europe. Lorsque j’y étais, j’avais une sorte de nostalgie terrible face à la puissance de l’Amérique. 

ET UN RETOUR EN BELGIQUE ? 

Oui, mais pas de façon définitive. Plus comme une base, un lieu où je peux retrouver mes racines. J’y garde mon appartement, ça veut tout dire. Mais moi, c’est l’Europe ! 

PROPOS RECUEILLIS À MARSEILLE PAR FRÉDÉRIQUE JACQUEMIN Le Vif


 

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

MOI, C'EST L'EUROPE


Bruxelles et Marseille ont un point commun, ce sont sans doute les deux villes les plus cosmopolites d'Europe.

La différence c'est que Marseille a tendance à y voir un atout quand Bruxelles en fait un tabou.

Une fois de plus, les grandartistes se révèlent plus visionnaires que les hommes et les femmes politiques au regard étriqué. Ils ouvrent l'horizon et regardent loin en avant. "Il faut relancer l’utopie. La création artistique est sans doute l’un des moyens, aussi modeste soit-il, de le faire. Pour au moins continuer à ouvrir les mentalités et montrer que les choses sont possibles."

Frédéric Flamand qui se sent plus européen que belge prône un dialogue interculturel 
"Je ne vois de l’avenir que dans l’acceptation de l’autre.

Je me sens très européen et depuis très longtemps. C’est aux Etats-Unis que je me suis mis à comprendre l’Europe."

DiverCity en est persuadé: on a tort de ne pas plus écouter les artistes.

MG

COUPLE ROYAL A MALINES: UN ECHEVIN N-VA DENONCE LE COUT DE LA VISITE


BELGA 

Le bourgmestre Bart Somers (Open Vld) regrette le ton des propos ainsi que le contenu du message de l'échevin.

La visite dimanche du roi Philippe et de la reine Mathilde à la Cavalcade deHanswijk à Malines a valu une réaction exacerbée du premier échevin Marc Hendrickx (N-VA), qui regrette et se dit horrifié que la venue du couple royal n'engendre des frais supplémentaires aux contribuables malinois, a-t-il fait savoir vendredi par voie de communiqué. L'ornement de la tribune coûterait ainsi 20.000 euros, selon l'échevin.


Le bourgmestre Bart Somers (Open Vld) regrette le ton des propos ainsi que le contenu du message de l'échevin. "Non seulement, les chiffres avancés ne sont pas exacts, mais je trouve en outre son acte très imprudent. La Cavalcade deHanswijk laisse entrevoir, une fois tous les 25 ans, un 'sentiment d'union' parmi les habitants de Malines. Les convictions politiques et philosophiques doivent être mises de côté. Avec ce genre de déclarations, monsieur Hendrickxendommage le positivisme qui entoure la Cavalcade et sème la discorde. L'arrivée de notre chef d'Etat donnera du poids à ce qui va se dérouler dimanche. La ville recevra une attention médiatique supplémentaire, ce qui apportera une image positive à Malines."

Bart Somers ne s'attend à aucun problème quant à la poursuite de leur collaboration. "Nous avons un conseil communal très efficace, mais avec des différences politiques, également au sein du collège des échevins. Et cela restera ainsi", a-t-il conclu.

 

LA N-VA AU FEDERAL SANS REFORME DE L'ÉTAT?

BELGA La Libre


 

Siegfried Bracke pointe le volet socio-économique comme priorité absolue du parti nationaliste.

 

Siegfried Bracke confie dans la presse que son parti serait prêt à négocier un virage à 180 degrés. "Nous sommes candidats au pouvoir à l'échelon fédéral, avec un programme socio-économique. On ne pourra plus nous faire le reproche de tout bloquer."

"Nous devons nous poser la question de savoir si un programme socio-économique ne mènera pas en lui-même à un modèle confédéral", ajoute-t-il, indiquant que selon lui, le confédéralisme ne serait plus la priorité de la N-VA, que "cela se fera en cours de route".

Et de pointer les vraies urgences: les pensions, la compétitivité et la fiscalité.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE POT DE MIEL ET LE POT DE CORNICHONS

Siegfried Bracke est le pot de miel, Lisbeth Homans le pot de cornichons, ce qui permet à Bart De Wever de prêcher l'aigre-doux, un peu comme Di Rupo entouré de Paul Magnette et de Laurette mais aussi d'un bon papa Flahaut qui arrondit les angles.

Il est à redouter qu'une fois au pouvoir, ils bloqueront tout ce qui ne leur convient pas, ils installeront un confédéralisme tout de go et ils tenteront d'empocher Bruxelles en passant

Un internaute commente:  "Bracke est un trompe-l'oeil, pendant des années, au temps de sa carrière télévisée il était plus rouge que rouge, il torpillait tout ce qui venait de droite à gogo.
Depuis il serait devenu de droite? Je pense que non. Mais il fait semblant. Cela rapporte des voix... En tous cas il n'a pas l'étoffe ni l'attitude d'un entrepreneur, il n'a -que je sache- jamais risqué un centime dans une entreprise de sa vie."

Un autre de pointer avec pertinence que " La direction de la N-VA se rend compte que dans les villes et communes où elle est majoritaire, mis à part le changement de nom des rues et des établissements à consonance francophone, les mandataires locaux ne parviennent pas à gérer le social et l'économie en accord avec la population.
La direction du parti nationaliste flamand constate une certaine lassitude des électeurs, dès lors, elle modifie son cap.
Toutefois, les statuts de la N-VA sont clairs, la Flandre doit devenir un Etat Nation à moyen terme.
Mr Braecke ne fait que de la gesticulation, d'autant qu'il n'y a pas, dans la direction du parti d'économistes valables, permettant de faire face à la situation qui s'annonce."

C'est une observation pertinente. Déjà, on constate que l'historien De Wever a bien du mal à gérer l'énorme entreprise publique qu'est Anvers.

 


LA POPULARITE DE PHILIPPE EN HAUSSE: ATTENTION, FRAGILE!

Martine Dubuisson
Le Soir

Avant l’été, le (toujours) prince Philippe peinait à convaincre ses concitoyens qu’il ferait un bon Roi : seul un Belge sur deux (51 %) se montrait « très » (13 %) ou « plutôt confiant » (38 %) à cet égard. Et ils étaient 20 % à se sentir « très peu confiants. »

C’est du côté flamand que se situaient les plus sceptiques (qui faisaient largement baisser la moyenne nationale) : si deux tiers des francophones se déclaraient globalement optimistes, seuls 4 néerlandophones sur 10 l’étaient. Autrement dit : en Flandre, le futur roi Philippe ne parvenait toujours pas à convaincre la moitié de la population de sa capacité à régner.

Un vrai souci…

Trois mois plus tard, les chiffres sont largement à la hausse : désormais, 69 % des Belges lui font confiance. Mieux : au Nord aussi, une confortable majorité lui accorde, pour la première fois, sa confiance (59 %).

Etonnant, comme le passage à l’acte peut changer les choses. Comme la concrétisation d’un plan, pourtant annoncé de longue date, peut modifier la perception. Comme le « simple » fait d’être monté sur le trône apporte une légitimité que le titre de prince héritier ne conférait pas.

Bien sûr, le succès de la journée de passation de pouvoir royal, le 21 juillet, a aussi contribué à rassurer l’opinion. Que Philippe ait « assuré » ce jour-là, lui a sans doute donné une stature qu’il n’avait pas.

On pourrait juger que la popularité d’un Roi importe peu, finalement, étant donné l’étroitesse de ses pouvoirs réels. Justement : son travail consistant essentiellement en de la représentation, en un soutien humain ou moral, en un accompagnement sociétal, la popularité lui est nécessaire. Il lui faut donc la préserver.

Or, le nouvel engouement populaire est fragile. L’impression positive pourrait n’être qu’éphémère. Et l’image gauche longtemps traînée par Philippe resurgira au premier couac. Le nouveau Roi et ses conseillers en sont certainement conscients. Ce qui accentue encore l’importance de l’entourage royal, chargé d’encourager positivement un homme qui l’a peu été jusqu’ici ; mais aussi de le garder scrupuleusement dans les balises de la fonction monarchique – dont on sait à quel point il la prend au sérieux.

Des balises que les responsables politiques devront continuer à définir et préciser, de façon à ce que le nouveau Roi sache exactement ce que l’on attend de lui et ce qui, dans une monarchie moderne du XXIe siècle, n’est plus jugé de son ressort.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

MOINS ON LE VOIT PLUS IL EST POPULAIRE

Surprenant, moins on voit Philippe, plus il devient populaire.

C'est singulier.

Il semble qu'on le verra d'avantage lors des joyeuses entrées qui risquent d'être très chahutées en Flandre, singulièrement Anvers.

D'où l'idée de commencer par Louvain, la bonne ville du bourgmestre socialiste bilingue et bon enfant Louis Toback

Mais il passera son examen de passage après le 25 mai , au lendemain de élections fédérales

 

LE ROI PHILIPPE ET LA REINE MATHILDE COMMENCERONT LEURS JOYEUSES ENTREES A LOUVAIN

LE VIF

Source: Belga 

Le Roi et la Reine feront leurs Joyeuses Entrées dans le pays, en commençant le 6 septembre à Louvain, chef-lieu de la province du Brabant flamand. Le Roi Philippe et la Reine Mathilde rencontreront les autorités provinciales et les bourgmestres des communes de la province dans chaque chef-lieu de province durant les mois de septembre et octobre.


© Reuters

Pour leur première sortie, à Louvain le 6 septembre, les souverains sont attendus à 11h à l'hôtel de ville de Louvain. Ils y rencontreront les représentants officiels ainsi que certaines personnalités issues des mondes culturel, des entreprises, sportif, ... 

A 11h45, ils prendront leur premier bain de foule sur la Grand-Place de Louvain. Ils assisteront ensuite, aux alentours de 12h20, à des représentations artistiques de jeunes artistes à la salle de concert 'Het Depot'. 

Enfin à 13h15, ils auront un dîner de travail sur le thème de l'internationalisation du Brabant flamand, à travers la vie en communauté et l'enseignement, entre autres. La visite du Roi et de la Reine prendra fin vers 14h30. 

Les souverains se rendront à Wavre (Brabant wallon) le 10 septembre, à Mons (Hainaut) le 17, à Hasselt (Limbourg) le 24 et à Anvers (Anvers) le 27 septembre. En octobre ils se rendront à Namur (Namur) le 2, à Liège (Liège) le 11, à Gand (Flandre orientale) le 16, à Arlon (Luxembourg) le 18, à Eupen (Communauté germanophone) le 23 et finalement à Bruges (Flandre occidentale) le 25.

 

jeudi 29 août 2013

Le rêve des prophètes, l’acte des dirigeants


Béatrice Delvaux, Le Soir.



« Je vous dis mes amis. J’ai un rêve, – qu’un jour cette nation se lèvera, et vivra la véritable signification de sa croyance : Nous tenons ces vérités comme allant de soi, que les hommes naissent égaux. (…) J’ai un rêve, -que mes quatre enfants habiteront un jour une nation où ils seront jugés non pas par la couleur de leur peau, mais par le contenu de leur personnalité. »

Ces mots prononcés il y a 50 ans à Washington par Martin Luther King, devant une foule immense, a fait plus que torpiller la ségrégation raciale et mobiliser les énergies pour la défense des droits de l’homme Ce « I’ve a dream » est devenu l’incarnation pour des générations, que la politique peut changer le monde, que des hommes peuvent renverser des montagnes, au nom de valeurs. Martin Luther King voisine ainsi dans le panthéon des héros qui ont nourri notre foi dans l’idéal, avec Nelson Mandela.

Le monde a un besoin vital de ces prophètes, qui tracent les horizons de l’homme, au-delà des difficultés politiques et stratégiques. Il ne faut cependant pas les confondre avec les autres, ceux auxquels on demande de gouverner, de prendre des responsabilités en faisant atterrir dans le réel, les rêves tracés par les premiers. Il ne faut pas demander aux dirigeants de ressembler aux prophètes, et inversement, ce sont des hommes de genre différents, tous deux indispensables à la marche du monde. On attend des dirigeants, comme par exemple dans le dossier syrien, qu’ils règlent les problèmes, et cela passe souvent par des compromis, cela exige de se mouiller. Ils sortent rarement immaculés de leurs actions, au contraire des prophètes qui sont quasi sanctifiés – mais souvent assassinés suite à leurs prédications. C’est aujourd’hui le dilemme d’un Obamaqui voudrait figurer dans l’histoire comme un prophète, mais exerce la fonction du dirigeant : on n’attend plus de lui qu’il exalte des valeurs, mais qu’il concrétise leur mise en pratique.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

NO HE CAN'T

Son prix Nobel de la paix le rend hésitant, enclin à procrastiner, à ne rien décider. Rappelons avec le Vif que Barack Obama a bâti sa conquête de la Maison blanche sur l’idée d’une rupture avec l’ère Bush

Des "prophètes", oui ils sont utilesIdéalement, les dirigeants, les  politiques devraient être prophètes comme surent l'être Churchill et de Gaulle, à l'heure décisive, c'est à dire de grands visionnaires capables de prévoir l'imprévisible et son cortège de drames; faire donc en sorte qu'ils ne se produisent pas.

"Une solution politique est la seule qui permettra de sauver la Syrie. Mais l’opposition armée ne parvient pas à se mettre d’accord sur une délégation." On lira avec intérêt l'interview de Haytham Manna qui s’oppose avec force à toute intervention étrangère contre son pays et explique pourquoi

En quoi somme-nous concernés? Dix jeunes de Vilvorde, de confession musulmane, sont partis vers la Syrie juste avant la fin des vacances scolaires; quinze autres, qui ne sont pas rentrés chez eux depuis quelques jours, eux aussi présumés en route vers la Syrie.

Quelque 200 jeunes Belges combattraient actuellement en Syrie, dont une vingtaine de Vilvorde. Des estimations font état de dix à quinze Belges déjà tombés au combat.

200 gamins sont donc passés sans difficulté à travers les contrôles policiers à Zaventem et cela malgré les mesures anti-terroristes, lesquelles rognent la liberté de l'ensemble des citoyens en les soumettant à une surveillance informatique permanente.  200 gamins se sont donc laissé embobiner par les salafistes recruteurs de combattants djihadistes.

En quoi cela nous concerne-t-il?

Poser la question c'est déjà  y répondre!

MG

JEU DANGEREUX EN SYRIE

Le Vif

L’agitation qui a envahi les chancelleries occidentales autour du dossier syrien est à la fois saine et suspecte.

Saine parce que l’utilisation de gaz toxiques contre son peuple par le régime syrien, si elle est avérée, est un « crime contre l’humanité », comme l’a opportunément rappelé le secrétaire général des Nations unies, le pourtant très prudent Ban Ki-moon. Suspecte parce que, sans en fournir la preuve que pouvait lui apporter la Commission d’enquête de l’ONU dépêchée sur place, le chef de la diplomatie américaine John Kerry s’est empressé de juger « indéniable » l’usage d’armes toxiques et d’en désigner responsable le régime de Bacharal-Assad. 

Le syndrome de la mystification américaine sur les armes de destruction massive en Irak en 2003 est encore trop prégnant pour que soit évacué aujourd’hui le soupçon, fut-il mineur, d’une manipulation. Barack Obama, qui a bâti sa conquête de la Maison blanche sur l’idée d’une rupture avec l’ère Bush, ne peut pas laisser planer le moindre doute. Il y va de l’image des Etats-Unis dans le monde à travers le lien de confiance à restaurer avec les peuples, notamment dans les pays arabes. Mais c’est aussi une question d’intelligence stratégique. Sachant que la Chine et surtout la Russie ne sont pas enclines à donner leur aval à une opération militaire appuyée par le Conseil de sécurité de l’ONU, les Américains et leurs alliés ont tout intérêt à en atténuer les répercussions négatives. 

Le précédent irakien démontre que dans un Moyen-Orient aussi complexe, un régime démocratique ne peut pas émerger par la grâce d’une victoire militaire et d’un agenda imposé de l’extérieur. En l’occurrence, un engagement massif de troupes occidentales et arabes en Syrie conduirait inévitablement à un bourbier aux conséquences régionales désastreuses. 

Ce scénario n’est pas envisagé aujourd’hui au sein de l’état-major américain où prévaut l’idée de frappes ciblées. Combinées à l’offensive terrestre de commandos rebelles formés par les Américains en Jordanie dont Le Figaro a annoncé l’entrée en action depuis la mi-août, elles pourraient d’ailleurs se révéler d’une redoutable efficacité et contribuer à l’objectif affiché par les Occidentaux de renversement de Bachar al-Assad. 

Depuis 2005, l’ONU prévoit une responsabilité des Etats-membres à protéger les peuples en cas de « défaillance » de leurs dirigeants. Elle n’envisage l’usage de la force que comme ultime recours. Accusés d’avoir abandonné les Syriens à leurs luttes fratricides, les Occidentaux sont taxés d’impuissance. Leur réponse ne doit cependant pas satisfaire au seul désir de riposter pour riposter, de projeter de la puissance par simple vanité. Si l’implication du régime syrien dans le massacre au gaz toxique de la Ghouta est confirmée, si une coalition de grandes nations en tire la justification d’une intervention avec une forme de consensus international, le plan mis en œuvre ne pourra pas faire l’impasse sur une indispensable négociation politique, avec des représentants du régime alaouite, avec ses alliés russes et iraniens, s’il ambitionne vraiment de servir tous les Syriens.


SYRIE : "LES ATTAQUES CHIMIQUES SONT UN COUP MONTE"


François Janne d’Othée Le Vif

En exil depuis 35 ans, l’opposant Haytham Manna, responsable à l’étranger du Comité de Coordination nationale pour le changement démocratique (opposition syrienne non armée), s’oppose avec force à toute intervention étrangère contre son pays. 


Haytham Manna © Reuters

L’UTILISATION D’ARMES CHIMIQUES EN SYRIE POURRAIT AMENER LES OCCIDENTAUX A "PUNIR" LE REGIME. QU’EN PENSEZ-VOUS ?

HAYTHAM MANNA : Je suis totalement contre, tout comme la coordination que je dirige. Cela ne fera que renforcer le régime. Ensuite, une intervention risque d'attiser encore plus la violence, d'ajouter de la destruction à la destruction et de démanteler un peu plus la capacité de dialogue politique. Le régime est le premier responsable car il a choisi l’option militaro-sécuritaire. Mais comment peut-on parler de guerre contre le terrorisme et donner un coup de main à des extrémistes affiliés à Al Qaeda ? 

LES OCCIDENTAUX CHOISISSENT LA MAUVAISE OPTION, SELON VOUS ? 

Depuis le début, c’est une succession d’erreurs politiques. Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont poussé les parties à se radicaliser. Ils n’ont pas empêché le départ de djihadistes vers la Syrie et ont attendu très longtemps avant d’évoquer ce phénomène. Où est la démocratie dans tout ce projet qui vise la destruction de la Syrie ? Et pensez-vous que ce soit la morale qui les guide ? Lors du massacre d’Halabja [commis par les forces de Saddam Hussein en 1988], ils ont fermé les yeux. Je m’étonne aussi de voir que les victimes d’armes chimiques sont bien davantage prises en considération que les 100 000 morts qu’on a déjà dénombrés depuis le début du conflit.

QUI EST RESPONSABLE DU DERNIER MASSACRE A L’ARME CHIMIQUE ? 

Je n’ai pas encore de certitude mais nos informations ne concordent pas avec celles du président Hollande. On parle de milliers de victimes, alors que nous disposons d’une liste de moins de 500 noms. On est donc dans la propagande, la guerre psychologique, et certainement pas dans la vérité. Ensuite, les armes chimiques utilisées étaient artisanales. Vous pensez vraiment que l’armée loyaliste, surmilitarisée, a besoin de cela ? Enfin, des vidéos et des photos ont été mises sur Internet avant le début des attaques. Or ce matériel sert de preuve pour les Américains ! 

PENSEZ-VOUS QU’UNE PARTIE AU CONFLIT A VOULU PROVOQUER LES OCCIDENTAUX A INTERVENIR ? 

C’est un coup monté. On sait que les armes chimiques ont déjà été utilisées par Al Qaeda. Or l’Armée syrienne libre et les groupes liés à Al Qaeda mènent en commun 80% de leurs opérations au nord. Il y a un mois, Ahmad Jarba [qui coordonne l’opposition armée] prétendait qu’il allait changer le rapport de forces sur le terrain. Or c’est l’inverse qui s’est produit, l’armée loyaliste a repris du terrain. Seule une intervention directe pourrait donc aider les rebelles à s’en sortir… Alors, attendons. Si c’est Al Qaeda le responsable, il faudra le dire haut et fort. Si c’est le régime, il faudra obtenir une résolution à l’ONU. Et ne pas laisser deux ou trois payer fédérer leurs amis, pas tous recommandables d’ailleurs. 

ENTRE OCCIDENTAUX ET RUSSES, QUELLE POSITION VOUS SEMBLE LA PLUS COHERENTE ? 

Les Russes sont les plus cohérents car ils travaillent sérieusement pour les négociations de Genève 2 [sensées mettre autour d’une même table le régime et les opposants]. Les Américains ont triché. Deux ou trois fois, ils se sont retirés, au moment où s’opérait un rapprochement.

UNE SOLUTION POLITIQUE EST-ELLE ENCORE POSSIBLE ?

Tout est possible mais cela dépendra surtout des Américains. Les Français se contentent de suivre.

QUE DEVIENDRA BACHAR AL ASSAD? 

Il ne va pas rester. Si les négociations aboutissent, elles mèneront de facto à un régime parlementaire. Si du moins on accepte de respecter le texte de base de Genève 2 qui est le meilleur texte, avec par-dessus un compromis international. Mais laissez-moi dire ceci : quand on parle de massacrer des minorités, et que le président fait partie d’une minorité, comment peut-on lui demander de se retirer ou ne pas se retirer ? Aujourd’hui, la politique occidentale a renforcé sa position de défenseur de l’unité syrienne et des minorités. Cela dit, personne ne pourra revendiquer de victoire : la violence est devenue tellement aveugle qu’il faudrait vraiment un front élargi de l’opposition et du régime pour en venir à bout.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

SURPRENANT

Une internaute commente: "Voilà un article intelligent, c'est la logique du bon sens. Les médias occidentaux étaient tous en train d'affirmer la responsabilité du régime, ce qui est selon moi un non-sens car comme le dit El Assad lui-même, ce serait du suicide politique. A qui profite le crime ?

Guy Verhofstadt  ne veut pas d'une simple coalition de pays volontaires, mais d'une "forte coopération entre les Etats-Unis, l'UE, la Turquie et la majorité des pays arabes". Il a réclamé mardi une prise de position commune de l'Union européenne en faveur d'une réaction militaire en Syrie.

Il juge cette réaction "nécessaire" dès lors que le président syrien Bacharal-Assad "semble convaincu de pouvoir faire tout ce qu'il veut et de ne rencontrer aucune limite à ses crimes contre l'humanité".

Dans le même temps, le chef des libéraux européens propose de débattre de la manière d'armer l'Armée syrienne libre (rébellion), d'instaurer une interdiction de survol pour protéger la population syrienne et de gérer le nombre croissant de djihadistes.


"A quel jeu jouent l'Europe, les Américains et les Anglais?"s' interroge un internaute. "Deviendraient-ils des sponsors du terrorisme?

Ce qui est sûr, c'est que les interventions occidentales en Irak, en Lybie n'ont rien résolu. Alors intervenir ou ne pas intervenir that's the question!

"Une solution politique est la seule qui permettra de sauver la Syrie."

Une solution politique certes mais laquelle?

L'Irak, la Lybie, la Syrie et désormais l'Egypte furent ou sont les otages d'un régime militaire que les islamistes tentent ou ont tenté de renverser.  Le choix est entre le putch militaire et le putch islamiste. Et la démocratie? Il ne semble pas qu'elle veuille prendre racine au moyen Orient.

MG


VERHOFSTADT: "BLOEDVERGIETEN IN SYRIË MOET STOPPEN"

De Morgen

 


© belga"Hoe langer we talmen, hoe slechter de situatie wordt", zegt Guy Verhofstadt.

Europa moet zich als één blok achter een militaire interventie in Syrië scharen. Dat zegt oud-premier en liberaal fractievoorzitter in het EU-parlement Guy Verhofstadt. "Niets doen maakt de situatie erger."

"Ik pleit al bijna twee jaar voor interventie", zegt Verhofstadt (Open Vld) in een gesprek met De Morgen. " Ik zie niet in waar we nog op moeten wachten. Na meer dan 90.000 doden en 1,7 miljoen vluchtelingen en de inzet van chemische wapens is de tijd gekomen om een einde te maken aan het bloedvergieten."


 

 

mercredi 28 août 2013

Les profs au feu? «Sur le terrain, tout le monde est un peu perdu


Elodie Blogie LE SOIR

Le livre de Frank Andriat, « Les profs au feu et l’école au milieu » suscite la polémique. « je n’ai pas été dans la dentelle », reconnaît son auteur. « Mais je crois qu’il est important de parfois frapper avec sa chaussure sur la table ». Son interview.


FrankAndriat : « Je n’ai pas été dans la dentelle »

Depuis fin de semaine dernière, le petit brûlot de Frank Andriat, « Les profs au feu et l’école au milieu » suscite la polémique. Les pédagogues et didacticiens se défendent tandis que des professeurs félicitent leur confrère d’enfin dire tout haut ce que tous pensent tout bas. À savoir, en quelques mots : une multiplication de décrets et de réformes qui depuis 20 ans ne cessent d’imposer aux professeurs de nouvelles formules, de nouvelles manières d’enseigner qui, derrière leurs intitulés pédagogiques alambiqués et jargonnants, laissent complètement de côté les savoirs, selon l’auteur. Il s’agit de développer les compétences de l’enfant et de l’adolescent, de lui apprendre à apprendre, pour finalement ne plus rien lui apprendre réellement !

FRANK ANDRIAT, VOTRE LIVRE RUE DANS LES BRANCARDS. VOUS EVOQUEZ UN VERITABLE « MERDIER », UN « FOUTOIR MONUMENTAL OU UNE CHATTE NE RETROUVERAIT PAS SES PETITS » CONSTRUIT DEPUIS UNE VINGTAINE D’ANNEES PAR DES « MASTURBATEURS PEDAGOGIQUES » VERITABLES « FOSSOYEURS DE L’ECOLE ». VOUS DENONCEZ UN NIVELLEMENT PAR LE BAS, UNE « MEDIOCRATIE ». VOUS DITES DANS VOTRE PREFACE QUE VOUS VOULIEZ CONSERVER LA « COLERE » A L’ORIGINE DE CE PAMPHLET. IL Y A UNE VERITABLE VOLONTE DE LIVRE COUP DE POING ?

« Il est vrai qu’au niveau de la nuance du vocabulaire dans le pamphlet, je n’y ai pas été dans la dentelle, je le reconnais. Mais je crois qu’il est important, comme je le dis dans le livre, de parfois frapper avec sa chaussure sur la table. Car j’ai vraiment le sentiment, depuis des années, d’un discours autosatisfaitsur l’enseignement. On prétend que tout va bien alors que moi sur le terrain, à la fois en tant que professeur mais aussi comme auteur jeunesse qui visite plusieurs établissements, je constate qu’il y a un réel souci. »

ON POURRAIT PENSER QU’IL S’AGIT JUSTE DU COUP DE GUEULE D’UN VIEUX PROF RONCHON. À TRAVERS CE LIVRE, VOUS VOUS FAITES PORTE-PAROLE D’UNE LARGE COMMUNAUTE D’ENSEIGNANTS QUI PARTAGE VOTRE SENTIMENT ?

« Je ne sais pas si je peux me permettre de me proclamer « porte-parole », mais au vu des centaines de messages que je reçois depuis la sortie du livre, de profs qui me disent : « Enfin quelqu’un dit tout haut ce qu’on pense tout bas », j’ai peut-être en tout cas ouvert à une parole, la parole des autres. En fait, si je me suis permis d’écrire ce livre c’est parce que plusieurs personnes m’ont presque demandé de le faire. On me disait : « Toi, on ne pourra pas dire que tu es un prof grognon, car tu as écrit Vocation prof (Labor Education, 2008), tu as mené plein de projets avec tes élèves et on sait que tu aimes ton boulot. Tu es un peu à la marge en tant qu’écrivain, donc tu seras peut-être crédible ».

Je me rends compte au vu des multiples réactions que pour ma tranquillité personnelle, j’aurais mieux fait de me taire (rires). Mais sincèrement, j’adore mon métier et j’ai le sentiment que tout le monde sur le terrain est un petit peu perdu. C’est ça qui m’a donné l’élan pour écrire ce texte. Et en tant qu’écrivain, j’avais la volonté d’écrire un livre lisible par tout le monde, qui ne soit pas un énième livre sur l’enseignement, un bouquin de technicien. Les profs au feu et l’école au milieu, c’est un texte écrit avec le cœur et avec les tripes. »

SI BEAUCOUP DE COLLEGUES PARTAGENT VOTRE SENTIMENT, COMMENT EXPLIQUER QU’IL N’Y A PAS DE MOUVEMENT DE PROTESTATION PLUS COLLECTIF ? LES PROFS N’OSENT PAS ? ILS SE SONT RESIGNES ?

« Je crois que d’abord le prof est toujours confronté à l’image qu’on a de lui dans la société : quand un prof manifeste ou fait la grève, il prend ses élèves en otage ou il ne fait rien alors qu’il a déjà 3 mois de vacances par an.

Personnellement je suis prof depuis les années 80 et j’ai vraiment vécu une coupure lors des grèves de 95-96 quand les réformes d’Onkelinx ont mis plusieurs profs dehors. C’est la seule grève à laquelle j’ai participé. On était tous ensemble dans la rue… et on n’a rien obtenu. À ce moment-là, on s’est dit : on se fout de nous. Donc, oui, il y a une forme de résignation : de toute façon, ça ne sert à rien et quand on ouvre la bouche, c’est pour être mal vus, donc tant pis. »

SI VOUS ECRIVEZ CE LIVRE, C’EST QUE VOUS N’ETES PAS SI PESSIMISTE. QU’ATTENDEZ-VOUS DE CE PAMPHLET ?

« Peut-être que ça remue un peu les consciences. Mais j’ai peur que ce coup de gueule soit vite étouffé par les responsables du ministère et les didacticiens. Ces derniers sont déjà très critiques en estimant que je ne veux que « l’école du passé ». C’est faux !

J’espère simplement faire prendre conscience qu’il y a quand même quelque chose qui ne fonctionne pas. Ensuite, et je crois que peut-être ce livre a déjà un peu réussi de ce point de vue, j’aimerais qu’il redonne un peu de punch aux profs et un peu de leur fierté. Nous exerçons un métier merveilleux, mais on voudrait l’exercer sans devoir être soumis à toute une série de techniques dont on se rend compte qu’elles ne sont issues que d’une théorie sans réflexion sur ce qui se passe réellement sur le terrain. »

MAIS IL Y A TOUT DE MEME DES CHOSES A EN RETENIR DE CES METHODES ? VOUS DITES QU’IL N’Y A PAS DE NOSTALGIE DANS VOTRE LIVRE, POURTANT LE TEMPS OU LE PROF ETAIT « UN MAITRE » EST TRES SOUVENT EVOQUE AVEC REGRET…

« Quand j’étais jeune prof, on m’a reproché pendant des années de ne pas être assez « traditionnel » car je travaillais beaucoup avec des projets, etc. Il y a de très bonnes choses dans les projets mais j’ai l’impression que pour promouvoir la pédagogie par compétences, on a jeté tous les savoirs. C’est un peu jeté le bébé avec l’eau du bain. Je me retrouve parfois devant des élèves très faibles en première secondaire, qui ne connaissent plus l’indicatif présent du verbe « être » mais qui savent la différence entre un texte affirmatif et argumentatif. Or, ils n’ont aucune base pour utiliser ces compétences ! Ils apprennent sur du vide. »

LA NOUVELLE MINISTRE DE L’ENSEIGNEMENT, MARIE-MARTINE SCHYNS A ETE ENSEIGNANTE PENDANT 10 ANS. VOUS AVEZ L’ESPOIR QU’ELLE VOUS ECOUTE DAVANTAGE ?

« J’ai beaucoup d’espoir par rapport à elle en tant que personne et enseignante. Mais en même temps, elle est aussi dans un système qui risque de l’étouffer… Depuis les 20 dernières années, le seul ministre qui nous a un peu laissé travailler, c’est Pierre Hazette qui était prof lui-même.

Les réformes d’Onkelinx et d’Arena, je pense qu’elles partaient d’une bonne idée à la base. Mais dans la pratique, on lance la réforme, puis on se rend compte qu’il faudra plus de temps et qu’on n’a pas les moyens. C’est un peu comme les travaux du RER. Ensuite, un autre ministre arrive et lance encore une nouvelle réforme. Je suis d’accord pour une réforme dans l’absolu mais avec les moyens nécessaires alors. Pas une réforme lancée davantage pour répondre à une échéance électorale qu’à sa réussite. »

«Les profs au feu et l’école au milieu», de Frank Andriat, est publié à la Renaissance du Livre, 9,90 euros.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

POTION MAGIQUE OU HUILE DE FOIE DE MORUE?

Je l'ai lu d'un trait, comme on avale une gorgée de potion magique au village d'Astérix, ou plus exactement comme on ingurgite une grosse cuillérée d'huile de foie de morue. Par chance il ne fait que 137 pages, y compris les triples remerciements obséquieux au chef d'établissement en titre  (un vieux truc destiné à se garantir un excellent horaire à la rentrée scolaire, pour écrire d'autres pamphlets du même tonneau).

Je craignais le pire après avoir lu le Vif.  J'en ai eu pour mes dix euros avec ce galimatias de vieux prof  jeunet en colère, à l'éternel sourire béat.

A lire ses premiers romans destinés à un jeune public, j'eus d'emblée le sentiment  que Frank Andriat surfait habilement dans le sillage de Gilbert Cesbron, à la recherche de nouveaux "chiens perdus sans collier".

D'emblée, Frank s'était voulu l'ami public numéro un, un Walt Disney à la plume alerte pour adolescents en roue libre et le confident angélique des jeunes filles pubères en crise (amours contrariées, révoltes contre les parents, la société, se retrouvent de livre en livre. Il lui est même arrivé d’aborder le sujet "tabou" de l’homosexualité.)

Mais le voici soudain en délicatesse avec les petits monstres analphabètes qui désormais, dit-il, peuplent ses classes par la faute du décret mixité instauré par le pouvoir politique. S'il a du mal aujourd'hui à les faire taire c'est la faute à Voltaire (lisez: les cancrelats administratifs qui "mérulent" l'école) et s'ils sont devenus incultes voire carrément idiots, c'est la faute à Rousseau (lisez: aux disciples d'Emile, les didacticiens du ministère de l'Education et les méchants inspecteurs qui endossent l'habit pédagogique comme autrefois les moines, la bure des inquisiteurs)

En trente ans de carrière Frank Andriatdevrait comprendre que le monde a beaucoup changé, Schaerbeek et son école phare tout particulièrement.

Les plus anciens élèves vous le diront: l'Athénée de Schaerbeek a beaucoup évolué depuis qu'il a pris le nom de Fernand Blum après la seconde guerre.

J'y fis mes humanités dans les années soixante, c'était rude, assurément, j'y fus aussi le prof de Frank à une époque où les élèves étaient correctement formés par des instituteurs consciencieux et compétents (l'élite des classes ouvrière et paysanne), des hommes et des femmes de talent, très différents des instits "au rabais" d'aujourd'hui sur qui Andriat tire à vue. Certes, on dénombre quelques belles exceptions, mais trop peu hélas à son goût et au mien, je l'avoue. Sur ce point, Frank, qui n'y va pas de main morte, n'a pas vraiment tort.  

Les classes étaient alors homogènes (soigneusement écrémées pour ne garder que la crème de la crème) et le niveau excellent.  Les profs de ce temps-là, presque tous formés par l'enseignement  communal schaerbeekois étaient cependant assez rarement bon pédagogues. Mais ils se piquaient d'incarner l'esprit Blum: un mélange de farouche indépendance et de scepticism frondeur. Quelques-uns étaient certes de grands "éveilleurs" mais il y avait à côté d'eux beaucoup d'indécrottables  raseurs.  Et ce n'est pas blasphémer que de le dire en cette année jubilaire.

Fondé il y a cent ans, l'athénée fut créé pour offrir aux fils des patriciens libéraux schaerbeekois  une alternative à l'enseignement jésuite.  Il fut d'emblée un "établissement de combat" ( Armand Abel) destiné à former des  libre exaministes au caractère bien trempé, destinés à alimenter l'Université de Bruxelles en futurs étudiants. Son ambition: former les meilleurs et tant pis pour les médiocres; son slogan: "100% de réussite à l'examen d'entrée de polytech" (mais à peine une demi-douzaine de rhétoriciens s'y risquaient) et "80%  de réussites à l'ULB".  C'était un dogme, un tabou et un crédo auquel nous fûmes de moins en moins nombreux à adhérer au fil des décennies nonante et suivantes.  

Schaerbeek connut dans les années quatre-vingt une période très difficile avec l'arrivée de Roger Nols au maïorat. L'homme fort du FDF n'aimait pas les étrangers, méprisait les enseignants -il gardait un atroce souvenir de sa propre scolarité-  et voulut liquider Blum. Blum se révolta et prit son destin en main en maintenant un enseignement de bonne qualité très attaché à son style maison, aux valeurs de la démocratie et de la laïcitéEt malgré l'exil massif des classes moyennes schaerbeekoises vers la périphérie, Blum maintint son cap d'excellence, hardiment.

"Frank Andriat, prof de français à l'athénée Fernand Blum de Schaerbeek et romancier, fait parler la poudre dans un livre-brûlot consacré à l'enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles dont "la réalité n'est plus gérable par les profs" écrit Christine Laurent rédactrice en chef dans son Vif.

Allons donc?

"Je suis quelqu'un de plutôt gentil. Mais à un moment, il faut sortir du consensus et dire quand cela ne va pas...".

L'école aujourd'hui, dit-il impose aux profs de plus en plus de paperasseries inutiles aux dépens de la transmission des savoirs et de la relation avec les élèves. Ce n'est pas faux. On se plaint -à raison-  des attentes tatillonnes des inspecteurs exigeant des préparations formalistes et inutilement compliquées, auxquelles même les plus chevronnés perdent un temps précieux. En somme le gros reproche des enseignants à l'égard du pouvoir subsidiant (Communauté française) serait de manquer terriblement de pédagogie à leur égard. Un comble!

"Frank en a vraiment ras-le-bol", écrit la belle Christine ! En somme, l'enseignant romancier ne supporte pas qu'on lui dise ce qu'il a à enseigner et surtout comment l'enseigner et moins encore d'être évalué, comme lui évalue ses élèves à longueur d'année. Il est nostalgique d'un temps révolu où "le maître était le maître".

Il s'insurge contre la pédagogie dite des compétences qui vise "à apprendre à apprendre" c'est-à dire à armer l'élève d'une bonne boite à outils pour aider l'"apprenant" (l'élève) à comprendre les matières et intégrer le savoir dispensé.

Il s'autoproclame chevalier blanc des maîtres à enseigner à l'ancienne et s'insurge contre tous ceux qui veulent transformer l'école en une machine à apprendre à comprendre. Une école dans laquelle l'élève serait le centre de gravité, et où il serait  regardé désormais  comme "un apprenant", au sens ou on parle d'étudiants (participe passé, voix active) et plus comme "un enseigné" (participe passé voix passive) entre les mains d'un, de plusieurs, enseignants. Pourtant, tous les profs s'en plaignent, les élèves n'ont pas de méthode de travail.

Du temps où je dirigeais Blum, je réunis un jour dans mon bureau les élèves des trois classes terminales ayant les meilleurs résultats. Je leur posai une seule question. De qui tenez-vous votre méthode de travail? Curieusement personne ne répondit "de l'école"! Le plus souvent on en remerciait les parents. Et de vanter les fiches d'Alexandre qui circulaient sous le manteau, qui s'achetaient même. Alexandre rougit et avoua que sa mère lui avait appris ce "savoir faire" quand il avait huit ans! Alexandre était le fils d'une excellente institutrice de l'école primaire voisine à qui j'en fis le compliment avec cette question:"J'imagine que tu enseignes "ce savoir faire" à tes propres élèves?" Réponse de l'enseignate"Non, pourquoi?"... J'en demeurai comme deux ronds de flan.  

 

Louis Vande Velde ancien patron de la chaire de pédagogie à l'ULB  résumait l'affaire en quelques points. Que peut-on faire avec un cerveau? demandait-il d'un air narquois. Et de répondre: on peut le former (compétences et savoir faire) et on se doit aussi le meubler (savoir et matières)! Les deux sont nécessaires et en cela réside le rôle de l'école qui  devrait selon lui pratiquer la "directivité transparente".

Les directives doivent être données par l'enseignant mais en toute rigueur et en toute clarté. "Aujourd'hui je te demande de me résumer ce texte, pas de le critiquer, cela on le fera demain. Dis moi, sans calculer la réponse, comment tu vas résoudre ce problème, donne moi ta méthode. Demain nous le résoudrons en classe. Analyse-moi cette phrase de Malraux , cet énoncé de problème, ce précipité chimique, cet article de journal, ce roman de Flaubert, invente lui une autre fin etc. 

"Maître que faut-il apprendre pour l'examen?" Toute la matière vue ce semestre! Voilà qui est directif mais point transparent du tout.

Il vaudrait mieux répondre: "attendez vous à une contraction d'un texte vu ou non vu, à l'analyse d'un caractère de La Bruyère, à restituer un poème de La Fontaine mémorisé pendant l'année, à me donner votre avis sur une maxime de La Rochefoucauld, une pensée de Pascal etc. Je ne vous impose pas de dictée mais je coterai votre orthographe." De quoi balayer plusieurs compétences transversales sans sacrifier aucunement les sacro-saints "savoirs".

 

Là où Andriat ne rêve que de "meubler les esprits" en  gavant de savoir les cerveaux de ses élèves comme on gave les oies pour la Saint-Sylvestre, Vande Velde en revanche, s'inspirant de la célèbre taxonomie de Bloom (1956) dont Frank, (né en 1958)  semble ignorer le premier mot, considérait qu'on peut faire une huitaine de choses avec un cerveau: mémoriser et restituer ce qu'on a mémorisé, observer et analyser, synthétiser, rechercher des infos, communiquer, appliquer des règles, résoudre des problèmes et créer.

Et d'ajouter qu'il revient à l'école d'entraîner ces compétences toutes matières confondues. On appellera cela beaucoup plus tard les compétences transversales. Pas de "savoir" sans" savoir faire" (compétences), pas de "compétences" sans transmission de "savoirs".

C'est sûr, la mémoire cela s'entraîne, systématiquement, méthodiquement et aussi la résolution de problèmes (c'est au moins aussi important que les tables de multiplication tant vantées par Frank et qui cependant sont un excellent exercice de mémorisation), la communication orale et écrite peut s'acquérir loin du "Bled" du Grévisse ou du Bescherelle, en atelier d'écriture, en cercle de lecture (ce que fait Frank depuis toujours dans ses classes avec un réel bonheur entraînant des "compétences cognitives" sans le savoir).

Les enseignants traditionnels misent tout sur la mémorisation-restitution des savoirs. Je ne pensais pas que Frank, poète et écrivain à ses heures, faisait partie de cette catégorie de maîtres aigris. Je me trompais. Toujours soucieux de créer dans ses classes un bon climat affectif au grand dam de ses collègues (il y a aussi un volet affectif chez Bloom, analysé par Paule Masai-Perl, une collègue de Frank à Blum, dans son excellent livre "L'éducation de l'affectivité"). Frank me donnait l'impression d'être un lointain disciple de Célestin Freinet toujours soucieux de susciter le désir d'apprendre ? "Parce que l'apprentissage ne se décrète pas et que chacun doit l'effectuer librement pour soi... Parce qu'il faut sans cesse inventer des moyens pour stimuler et accompagner les apprentissages"...

Très rares sont les enseignants qui entraînent de manière systématique la mémoire ou l'esprit de synthèse, la communication, la résolution de problème, l'analyse, la recherche d'infos (comment j'utilise internet). Tout est question d'entrainement, les sportifs qui ne sauraient se passer de leur coach le savent mieux que personne.

La grande majorité des enseignants préfèrent dispenser leur savoir inlassablement, comme on enseignait jadis le catéchisme ou comme on dit la messe sur un ton monotone.

« Mon métier n’est plus ce qu’il était ; en des sphères où l’on rêve l’école, lentement, patiemment, et semble-t-il passionnément, on la détruit ».  Les fautifs ? Les « penseurs en chambre », déconnectés du réel, qui « cassent les profs » qui n’acceptent plus leur autorité.

Autorité? Le vilain mot! Aristide Berré, le préfet de mon adolescence parlait d'ascendant.

« Nostalgie déplacée, mauvais combat, trop de haine pour peu d’arguments » (Christine Laurent)  

En effet, le discours de Frank est stérile et somme toute assez creux.

Pour lui, enseigner c'est imiter mes profs de jadis qui eux, tenaient leurs recettes de leurs profs à eux, selon la formule sarcastique de l'inspecteur Louis Habran : l'enseignement traditionnel c'est "faites ceci en mémoire de moi".

"Le pamphlet est l’arme de ceux qui ont découvert l’erreur, pas encore la vérité " rappelle un détracteur dans le Vif. Christine Laurent résume: Andriat a le mérite de poser les bonnes questions en secouant enfin le cocotier scolaire.

Mais bon sang, face au défi démographique qui se profile à l'horizon 2020, face aux nouveaux publics scolaires largement issus de l'immigration, ne convient-il pas de revoir les fondements de notre enseignement, de réécrire inlassablement le projet éducatif de l'enseignement en Communauté française, d'adapter sans relâche les projets pédagogiques de chaque établissement au lieu de geindre en regrettant l'école de bon-papa?

"Souvenons-nous, rappelle très opportunément Christine Laurent, des dernières élections régionales et de l’énergie déployée par le CDH pour s’emparer, enfin, du maroquin de l’enseignement en Communauté française (aujourd’hui, Fédération Wallonie-Bruxelles) ! L’intense bataille, les obscures négociations. On allait voir ce qu’on allait voir : les grands projets, les grandes idées, les grands changements... Trois ans plus tard, le bilan est bien maigrichon. Entre-temps, les parents ont dormi dans la rue, les inégalités sociales se sont révélées

Il faut tout revoir, tout dépoussiérer, tout réinventer, mais sans jeter pour autant le bébé avec l’eau du bain".

"Ce  gigantesque chantier" exige de se libérer d’une camisole mentale pour innover. Mais le drame c'est que Frank Andriat et les siens sont incapables de se libérer de leur carcan de recettes de Tante Léa (un vieux bouquin de cuisine d'où ma grand-mère tirait ses recettes,quand ce n'était pas de Gaston Clément).

Un excellent instituteur, pédagogue-né me dit un jour: "tout a changé pour moi, le jour au j'ai changé de camp; où j'ai cessé d'être du côté du savoir, de la matière contre mes élèves mais avec mes élèves contre la matière. Et c'est précisément cela  -si j'y comprends quelques chose-  l'esprit qui anime les réformes mises en place en faveur de l'apprenant. L'esprit peut-être mais pas la forme, je le concède et c'est là que le bât blesse le baudet.

J'ai enseigné comme Frank et comme mes collègues de Fernand Blum bardés de savoir et de certitudes, puis j'ai fait ma révolution en devenant, à 25 ans, professeur à l'école normale où j'ai découvert les vertus de la pédagogie, celle qu'Andriat dénonce et qu'on vilipende dans les salles de profs et singulièrement à Blum où quand on entend prononcer le mot pédagogie, quelqu'un sort son bic rouge, ostensiblement. "L'école est l'école et la pédagogie est la pédagogie" écrit Frank à l'encre rouge (p. 20) Et il ajoute: Les pédagogues sont la mérule de l'enseignement" (p. 21)

 

Dans leur LETTRE OUVERTE A NOS HOMMES POLITIQUES Béatrice Delvaux (Le Soir) et Yves Desmedt (de Morgen) posèrent hardiment et ensemble le problème ! « Bruxelles est une ville fabuleuse, la seule vraiment cosmopolite dans notre pays, une ville où la richesse produite se situe à 65 %, c'est-à-dire au-dessus de la moyenne européenne mais où les chiffres du chômage des jeunes y sont affolants : Anderlecht 35,4 %, Schaerbeek 40 %, Saint-Josse 45 %, Molenbeek 45,9 %. Dans certains quartiers à problèmes, ce chiffre dépasse les 50 %. » Et de préciser encore ceci : « plus d'un jeune Bruxellois sur cinq quitte l'école secondaire sans diplôme, soit le double de ce que connaît la Flandre ou la Wallonie. Un tiers des jeunes Bruxellois grandit dans une famille qui vit de revenus ne provenant pas du travail. Un quart des familles bruxelloises vit sous le seuil de pauvreté.

Circonstance aggravante : la carte des statistiques du chômage et de la pauvreté et celle des chiffres de la criminalité (cette criminalité dont on parle tant désormais) coïncident parfaitement. Dès lors, tous les niveaux de pouvoir, fédéral, flamand, francophone et bruxellois doivent coopérer pour trouver des solutions, sans se cacher » « Ceci », précisent les auteurs, est vrai tout particulièrement pour l’enseignement ».

« Par facilité, aveuglement ou clientélisme, le monde politique, appuyé en cela par les syndicats d'enseignants, refuse une évaluation sérieuse dans l'enseignement secondaire » concluent encore nos deux éditorialistes.

Pas tout à fait! Le rapport des inspecteurs, signé Godet est accablant.

Que dit ce réquisitoire de 35 pages ? Synthétisons-le en quelques phrases qui tuent:

 

"Rares sont les équipes pédagogiques qui appliquent au quotidien les prescriptions décrétales ou réglementaires en matière de promotion des compétences transversales beaucoup trop peu entraînées sur le terrain.

Les inspecteurs constatent en outre un manque de continuité et de cohérence dans les pratiques pédagogiques au primaire et secondaire.

 

Continuité et cohérence, deux mots à marquer d’une pierre blanche.

 

L’évaluation formative (stimuler, encourager plutôt que sanctionner) ferait figure d’exception quand elle devrait être de règle.

Et de préciser:

que les stratégies de remédiation seraient trop peu pratiquées
que les élèves sont rarement confrontés à des situations problèmes
qu’il y a trop peu de communication coordination primaire secondaire et pas assez de coordination entre les disciplines dans le secondaire, trop peu de zèle chez les enseignants du secondaire pour entraîner les compétences.

En revanche les inspecteurs dénoncent une multiplication d’exercicesprocéduriaux, de procédures identiques, fastidieuses, répétitives  et abusivement complexes et un abus d’exercices morphologiques et grammaticaux conformistes.

En cause : une pédagogie excessivement centrée sur la transmission/restitution .

Les compétences liées à l’oralité sont peu entraînées, les

corrections sont  normatives/Manque de référentiels communs d’où manque de cohérence...

 

En somme ou pourrait opposer ce lamento accusateur et désabusé  de l' inspecteur général Goliath au pamphlet rageur du petit prof frondeur.

Que répondre à Frank quand il affirme:

"qu'au commencement était le maître et sa mission était claire. A l'école on transmettait les savoirs et on conduisait chacun vers le meilleur de lui-même" (p.17)?

"De passeur, de guide, le maître devrait se muer en gentil animateur du club Web" (p. 22)

"Il est urgent de remettre les pendules à l'heure" (p.39)

L'heure de jadis s'entend! : "Jadis le maître était le maître!"( p. 36) et l'élève était l'élève aurait dit Lapalisse!

"Oubliée la liberté pédagogique?" (p. 44)

"Revenons bien vite aux "méthodes anciennes" (p;116) quand les "maîtres étaient des passeurs de lumière" (p. 119)

C'est qui au juste, Frank,  tes "passeurs de lumière". Au lieu de psalmodier de tels mantras en agitant le moulin à prières bourré de recettes didactiques de ses instituteurs retraités, Frank aurait intérêt à lire un bon traité de linguistique française, une bonne méthode d'apprentissage des maths et surtout "Aider à devenir" de Louis Vande Velde. Il comprendrait à quel point son propos, souvent entendu au café du commerce, est ringard et complètement dépassé.    

"Les choses étaient simples, peut être un peu simplistes: il y avait des listes de savoirs à apprendre, des règles précises et strictes à respecter. Cela tournait plus ou moins rond, tellement rond que cela devenait banal (p. 87 et 88)

"Le cours ex cathedra amène l'élève à écouter à se débrouiller et développer ses compétences et seuls ceux qui sont capables de faire face à l'ennui souvent généré par ce type de cours en récoltent les lauriers etc. (p. 90 et 91)

"L'école est en panne de sens, en panne d'essence" (sic p. 107)

"Aujourd'hui, il ne s'agit plus d'avoir la tête vautrée vers les nuages de la connaissance, mais le groin vautré dans la boue du quotidien le plus plat; la réalité qui transcende a été remplacée par la téléréalité qui engraisse." p.110)

 

Je pourrais ironiser sur la naïveté de ce discours, je ne le ferai pas. EvelyneTollet qui fut longtemps directrice du PMS schaerbeekois me dit un jour: la différence avec les autres écoles de bonne réputation, c'est que Blum forme de fortes personnalités. En pédagogie on appelle cela le "savoir être". En effet, la pédagogie distingue trois niveaux, celui des "savoirs scolaires", celui du ou des " savoir faire" et enfin celui du "savoir être" autrement dit la formation de la personnalité et, au delà, du citoyen. De cela pas un mot dans le pamphlet courroucé du professeur Frank Andriat qu'on verra sans doute très bientôt sur les plateaux télé de la rentrée.  Espérons qu'il se montrera  aussi excellent "passeur de lumière" qu'il prétend l'être.

"Une toute petite lueur, Jean François..." (Arletty dans les Enfants du Paradis).

Terminons par la phrase clef du testament pédagogique de Frank :

"Comment un élève peut-il avoir des compétences  en écriture s'il ne connaît plus ni conjugaisons, ni règles de grammaire? Comment peut-il évoluer en maths s'il ne connaît plus les tables de multiplications?" (p. 70)

 

Moi, je lui réponds qu'il ne résoudra pas les problèmes de demain avec la pédagogie d'avant-hier que pratiquaient mes profs à moi, (les siens ensuite) et les leurs avant eux.

Volontiers,je me tourne pour conclure vers Sir Ken Robinson, un homme de ma génération, expert en éducation internationalement reconnu pour ses interventions en faveur du développement de la créativité et de l’innovation.

 

Il nous dit ceci en évoquant le génie de la mise en scène théâtrale qu'est Peter Brook. De quoi peut-on se passer au théâtre, se demanda Peter Brook? Et de répondre: on peut se passer de rideau assurément, de décors, le cas échéant, de costumes, de souffleur, d'éclairage. Tout cela peut être supprimé. Même le texte dans la pire des hypothèses mais il faut impérativement conserver  deux choses: le public et le ou les comédiens. J'ai assisté à la représentation de la Flûte enchantée de Brook. C'était d'une totale sobriété, pas de décors, quelques bambous seulement, pas de costumes, pas d'orchestre, un simple piano, un libretto réduit à sa plus simple expression et de brillants comédiens chanteurs habillés de noir. Je n'ai rien vu de plus émouvant et les deux ados qui m'accompagnaient furent littéralement fascinés.

Et Ken Robinson de rebondir: pour l'enseignement, dit-il c'est pareil! On peut supprimer les classes, les bâtiments, les tableaux noirs, les examens, les interros, les devoirs, les leçons, la discipline, les cahiers, les PC. Mais pas question de se passer des élèves et du prof.

Donc, fondamentalement ce qu'il convient de préserver, de restaurer, de construire, de travailler, c'est la relation enseignant-enseigné.

Frank se plaint qu'on ait placé l'élève-roi au centre du processus éducatif au détriment des maîtres détrônés selon lui. 

Il n'a pas tout à fait tort sur ce point!

Mais il passe à côté de l'essentiel: les enseignants agrégés furent de tout temps et continuent à être très mal formés pour exercer leur métier.

Ils sont certes très érudits mais très gauches quand il s'agit de transmettre leur savoir et souvent franchement malhabiles à aider leurs élèves à comprendre les messages qu'ils leurs transmettent.

Combien se rangent du côté de l'élève face à la matière enseignée?

Ce n'est pourtant pas si difficile et c'est tellement efficace.

Mais attention, Frank Andriat estime que "laisser le droit de donner aux jeunes  leur opinion sur tout sans leur avoir appris le devoir d'écouter l'autre ne conduit qu'au chaos, à l'hypertrophie d'un moi déjà nourri de lui-même" (p. 78)Voilà qui est en contradiction totale avec l'éducation à l'esprit critique qui fut de tout temps la marque de fabrique de Blum.

Mais revenons à l'essentiel: "A quoi cela sert-il de former 15% de hauts cadres si c'est pour traîner 85% de personnes en délicatesse avec la société?" m'écrivait un ami.

Lors d’un colloque passionnant sur l’avenir de Bruxelles, sir Peter Hall, géographe anglais distingué a lancé ceci qui m'a laissé pantois :

Les fossés entre itinéraires de vies s’approfondissent. On rencontre dans nos villes des hommes d’affaire cosmopolites nomades se déplaçant en Boeing ou en TGV, parfaitement au courant de tout ce qui se passe dans le monde . Ils habitent dans le voisinage immédiat d’immigrés de la première ou deuxième génération qui connaissent mal leur propre ville, se rendent exceptionnellement au centre-ville et qui ont une connaissance très limitée de tout ce que leur ville et le monde peut leur offrir.

Ces derniers sont peu conscients de ce qu’est leur propre potentiel, encore moins de celui de leurs enfants obligés de fréquenter des écoles disons à discrimination positive, victimes de la ségrégation.

Une étude très récente menée au Royaume-Uni par le géographe DanyDawling de l’université de Sheffield montre combien la ségrégation de caractère social et spatial gagne du terrain en Angleterre. J’imagine, ajouta Peter Hall, que c’est pareil en Belgique.

La seule manière de relever ce défi consiste à accroître la mixité scolaire, ce qui est de nature à restreindre le choix d’école pour les parents de la classe moyenne soucieux d’envoyer leurs enfants dans les meilleures écoles. Il s’agit là d’une question politique extrêmement difficile ainsi que nous pouvons le constater en Angleterre. (…)

Nous touchons ici le nerf. Sans doute est-ce autour de ce point que vont se déchaîner les débats politiques de la rentrée. Mais pouvons-nous décemment faire l’impasse sur cette question?

Il ne faut pas être marxiste ou même marxien pour comprendre que l’échec de l’enseignement à Bruxelles, dénoncé notamment par les excellents Etats Généraux de Bruxelles, prépare le terreau soit d’une explosion sociale, soit d’une flambée d’intégrisme ; d’une combinaison des deux dans le scénario du pire.

« La bourgeoisie, m’écrit ce même ami « ne s'intéresse qu'à ses propres enfants dans un souci égoïste de protéger les avantages acquis ».

En 1913, l'athénée de Schaerbeek fut fondé essentiellement pour les fils de patriciens, comme le Lycée Emile Max le sera pour leurs filles en 1917. Cette tradition se perpétra jusqu'à la fin de l'ère Gaston Williot (vers 1970) un grand journaliste diplômé de l'école normale pour instituteurs Charles Buls.

En 1958 année de l'expo et de la transformation du boulevard Lambermont en une autoroute urbaine cassant Schaerbeek en deux, la bourgeoisie a quitté la commune pour la périphérie verte.

C'est alors que commença la grande mutation sociologique et démographique qui affecta profondément la composition de la population scolaire de l'Athénée Blum qui choisit d'ouvrir une implantation avenue de Roodebeek, non loin de la prospère Woluwé-Saint-Lambert.

Il ne faut pas revenir au système ancien, sinon on reproduira indéfiniment la crise, un peu comme l’église catholique des Léonard et des Ratzinger

Donc, il faut inventer quelque chose de radicalement nouveau, comme une métamorphose de l’école. 

« Si nous sommes vraiment en crise, alors il faut inventer du nouveau. » (Michel Serres)

Oui, nous sommes vraiment en crise ! Ouic’est donc bien d’une révolution copernicienne que notre enseignement a besoin et non d'un retour à l'école à l'ancienne défendue par Frank Andriat.


Marc Guiot