mercredi 21 août 2013

Au camp de Dachau, Merkel exprime sa "tristesse profonde" et sa "honte"

LA LIBRE



Le camp de Dachau avait ouvert en mars 1933, peu après l'arrivée d'Hitler au pouvoir, pour des prisonniers politiques. Ce fut le premier des camps nazis, et il a servi de modèle.

La chancelière Angela Merkel a exprimé mardi sa "tristesse" et sa "honte" "profondes" au camp de concentration de Dachau où elle a fait une visite historique mais controversée, à près d'un mois des élections législatives.

"Le souvenir des destins (fracassés des détenus) me remplit d'une tristesse et d'une honte profondes", a souligné la chancelière allemande au cours d'une brève allocution pendant sa visite, la première d'un chef de gouvernement allemand dans ce camp proche de Munich (sud).

"Chaque détenu du camp de Dachau ou d'autres camps de concentration avait évidemment une histoire personnelle qui a été interrompue ou même anéantie", a souligné Angela Merkel, qui a également déposé une gerbe de fleurs avant de s'entretenir avec des survivants au cours de cette visite d'une heure.

Le camp de Dachau, où figure à l'entrée la sinistre devise des nazis "Arbeitmacht frei" ("le travail rend libre"), incarne "un chapitre effroyable et sans précédent de notre histoire", selon elle.

"En même temps, cet endroit est un avertissement insistant : comment a-t-on pu en arriver en Allemagne à ce qu'on retire le droit de vivre à des gens en raison de leur origine, de leur religion (...) de leur orientation sexuelle ?" a interrogé la chancelière, qui prononçait ce discours sur la place d'appel du camp où périrent plus de 43.000 personnes, selon les responsables du Mémorial.

La dirigeante, en tailleur anthracite, le visage fermé et la voix empreinte d'émotion, a également rappelé qu'une "immense majorité des Allemands" avait fermé les yeux ou n'avait rien fait contre la déportation des Juifs ou des opposants politiques.

Ce déplacement de la chancelière, en pleine campagne électorale pour les législatives du 22 septembre, devait se poursuivre par un meeting électoral sous une "tente à bières" dans cette localité, ce qui a suscité des critiques.

Les Verts allemands et certains médias avaient ainsi jugé maladroite la concomitance de ces deux événements dans une même journée.

Le camp de Dachau avait ouvert en mars 1933, peu après l'arrivée d'Hitler au pouvoir, pour des prisonniers politiques. Ce fut le premier des camps nazis, et il a servi de modèle.

Plus de 200.000 opposants politiques, homosexuels, Juifs, handicapés, Tziganes ou prisonniers de guerre y furent internés, dont l'ancien Premier ministre français Léon Blum, qui était juif. Plus de 41.000 d'entre eux y furent tués, ou moururent d'épuisement, de faim ou de maladie avant que le camp ne soit libéré par les Américains en avril 1945.

Aujourd'hui il accueille quelque 800.000 visiteurs par an.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LA TRISTESSE ET LA HONTE

 "Sur les 200.000 internés à Dachau, seul 1/3 était Juif3,5 million d' Allemands avaient été internés dans des camps de 1933 à 1945 , pour raisons politiques"

Comment ne pas songer en lisant ceci aux photos de Willy Brandt, chancelier d'Allemagne, -comme Bismarck, Hitler ou Angela- s'agenouillant devant le ghetto de Varsovie en 1970 il y a 43 ans, c'était 25 ans après la fin de la guerre.

Elles ont provoqué un état de choc en Allemagne ; " A symbol of accepting the past and of understanding it as an obligation for reconciliationAs an obligation for a common future. "

"J’ai fait ce que font les hommes quand les mots leur manquent " a déclaré alors Willy Brandt en sollicitant le pardon pour la faute collective de ses compatriotes. Cette faute, pourtant lui, ancien résistant antinazi, ne l’a pas commise...
La force inouïe de ce geste improvisé réside dans sa bouleversante humilité.

En s'en inspirant, la chancelière de fer en campagne électorale cherche incontestablement à humaniser, à adoucir son image rude.

"Cette visite, accompagnée de survivants est un pont de l'Histoire vers le présent et vers l'avenir que nous voulons continuer de bâtir" 

Seul l'humble pardon, la tristesse et la honte sont de nature à réconcilier les communautés humaines qui se sont déchirées et massacrées au cours de l'histoire, en l'occurrence les juifs et les Allemands, mais aussi les Allemands entre eux. Ceci participe du dialogue entre humains de bonne volonté, "as an obligation for a common future"

MG

 

WILLY BRANDT A VARSOVIE

KARAMBOLAGE



Regardez cette image. C’était le 7 décembre 1970 à Varsovie. On y voit Willy Brandt, le chancelier allemand, agenouillé devant le monument qui commémore le soulèvement du ghetto de Varsovie en 1943. Avec ce geste, Willy Brandt demandait pardon au nom de tout le peuple allemand pour les horreurs commises par les nazis en Pologne.

C’est la première fois depuis la fin de la deuxième guerre mondiale  qu’un chancelier allemand se rend en Pologne. Cette visite de Willy Brandt est donc un événement. D’autant que l’enjeu est de taille. En août 1939, Hitler et Staline décident de se partager la Pologne et effectivement, sept jours plus tard, Hitler envahit l’Ouest de la Pologne. On connaît la suite, l’occupation allemande sera redoutable : camps de concentration, extermination, horreur.

En 1945, l’Allemagne nazie est battue. Ses frontières reculent en  deçàde celles de 1939 jusqu’à la fameuse ligne Oder-Neisse, la ligne constituée par le cours de l’Oder et de son affluent la Neisse. De nombreux Allemands vivent dans ces territoires perdus, ils sont expulsés. Beaucoup meurent de faim et d’épuisement dans cette marche forcée vers l’Ouest. Les survivants se battront inlassablement pour récupérer leurs terres, leurs domaines, désormais polonais.

Et c’est la raison pour laquelle depuis la guerre, l’Allemagne s’est toujours refusée à reconnaître officiellement sa nouvelle frontière à l’Est, autrement dit la nouvelle frontière de la Pologne : Ce 7 décembre 1970, c’est précisément ce que Willy Brandt est venu faire en Pologne : reconnaître cette frontière en signant le traité de Varsovie, un geste que le peuple polonais attend depuis longtemps mais un geste qui, on l’a compris, est très controversé en Allemagne.

Après la signature du traité, le chancelier se rend au monument du ghetto de Varsovie pour y déposer une gerbe. Willy Brandt avance lentement vers le monument, son visage est impassible. Il se penche sur la gerbe, en arrange les deux rubans aux couleurs de l’Allemagne. Il recule d’un pas, demeure un instant dans la pose de l’homme d’État recueilli, tel que le protocole le prévoit. Puis, soudainement, il tombe à genoux. Son visage est grave.

Lui, Willy Brandt, lui qui n’avait pas soutenu le régime nazi, mais qui l’avait au contraire activement combattu, s’agenouille devant le mémorial juif à Varsovie. Lui, qui n’est pas responsable des horreurs allemandes, demande pardon. Mais bien sûr, ce n’est pas en son seul nom que WilllyBrandt s’est agenouillé, c’est pour l’Allemagne toute entière qu’il demande pardon. Pendant environ trente secondes, il demeure dans ce geste de recueillement presque religieux. Puis il se relève et se détourne rapidement.

Beaucoup de personnes se sont demandé si ce geste était prémédité ou spontané. Willy Brandt dira plus tard qu’il avait su, sur le chemin vers le monument, que "cette fois, ça ne serait pas comme lors d’un dépôt ordinaire de gerbe, juste en inclinant la tête." Il dira aussi : "J’ai fait ce que font les hommes quand les mots font défaut." Cette image qui fera le tour du monde deviendra le symbole de la réconciliation entre l’Allemagne et la Pologne. Un an plus tard, Willy Brandt recevra le Prix Nobel de la paix.

 

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