mercredi 7 août 2013

Démence numérique? Par manque de structure et d'audace!


Guy Kindermans in Le Vif



Les vacances permettent brièvement d’échapper au train-train des informations et d’épiloguer quelque peu sur un fait actualité précédent. Comme sur la stupéfaction provoquée par le psychiatre allemand Manfred Spitzer avec ses remarques quant au fait que l’utilisation de systèmes numériques par de jeunes enfants générait une sorte de ‘démence numérique’ (qui est également le titre de son livre). Il est ici question d’un endommagement persistant des capacités cérébrales et d’un isolement social. De quoi soupirer profondément! Voilà qui fait aussitôt penser aux prévisions effroyables relatives au visionnement de la télé et à la lecture des bandes dessinées, qui nous étaient réservées, lorsque nous étions nous-mêmes (encore) jeunes. Malgré les avertissements apocalyptiques présentés dans ces études (probablement guère étayées), il semble qu’on n’ait pas quand même pas connu une telle évolution des problèmes attendus. Quoique... Ce sont bien les jeunes téléspectateurs et lecteurs de BD d’autrefois qui ont accéléré la révolution numérique des ordinateurs dans les années quatre-vingts…

Tout aussi navrante a été la réaction furieuse du lobby pro-tablettes, ces systèmes numériques présentés comme salvateurs... Nouveau profond soupir… car en fin de compte, le contenu prime quand même sur le support utilisé. Avec le stylo et le papier ou avec le tableau et la craie, l’enseignant enthousiaste inculquera en effet davantage de connaissances et de notions aux enfants et fera mieux se développer leur cerveau que celui qui les laissera errer sans accompagnement sur internet. Oui, l’on peut (quasiment) tout trouver sur internet, mais laissez-moi ici quand même plaider pour la connaissance fin prête. Par expérience, je sais en effet que cela aide bougrement bien à trouver quelque chose plus vite et à l’évaluer à sa juste valeur. A coup sûr! 

A relever ici aussi la remarque figurant dans l’article de Nicholas Carr, autrefois dans ‘The Atlantic’, à propos de quelqu’un qui affirmait ‘ne plus pouvoir lire de longs articles’ et encore moins un livre comme ‘Guerre et Paix’. Voilà une remarque bizarre qui m’apparaît comme un non-sens… Il semble plutôt que l’on n’ose plus investir du temps (et les efforts nécessaires) dans la lecture de textes assez longs et ce, sous la (prétendue) pression du temps qui passe. Il va de soi que l’on peut encore lire (et écrire) de longs articles, mais dans ce cas plutôt si l’on a la certitude de ne pas y perdre son temps. Une certitude que l’on obtient par la réputation de l’auteur, le support ou par des recommandations de bouche à oreille/virales. Il y a aussi le problème que l’on consacre assurément encore trop peu de temps à rendre ce genre de longs textes compréhensibles et structurés. Il en résulte que nous sommes dénaturés par l’hyper-fragmentation et le haut débit de l’actualité auxquels nous sommes confrontés, et qu’il y a rarement encore une bonne structure dans le flot des informations. Avec tout ce que cela suppose en termes de difficultés de lecture et de compréhension. La démence numérique? Il semble que nous subissions plutôt docilement et sans défense cette impétueuse tendance à la fragmentation... et que nous affichions un manque d’audace, pour regarder à travers le voile de l’hystérie de groupe en matière de médias et de moyens. 

Du reste, c’est encore les vacances pour beaucoup, et il convient donc de terminer sur une note légère. Certains estiment en effet que ‘l’abrutissement’ numérique actuel constitue simplement une (dernière) phase d’une attaque lancée par des ‘aliens’ contre notre Terre. Cette attaque a débuté en poussant l’homme vers la révolution industrielle, laquelle a entre-temps conduit à un changement climatique mondial (afin que notre monde soit mieux adapté aux besoins de ces ‘aliens’). ‘L’abrutissement’ veillera alors à ce que l’humanité, de par le fait qu’elle soit accro aux jeux et aux informations sans rime ni raison, ne soit plus capable d’offrir une solide résistance aux ‘aliens’, lorsqu’ils se manifesteront vraiment... 

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LES MUTANTS

Il va de soi que des enfants qui auraient reçu une tablette iPad dans leur berceau ne réagiront pas tout à fait comme ceux qui ont appris à écrire avec une touche sur une ardoise. The medium is the message disait Marshall Mac Luhan! 


Il était un mutant de l'âge de la télé, biberonné à l'imprimé, comme le montre cette photo de lui. Mesure-t-on quel type de mutant on est en train de former avec toute cette nouvelle technologie. Mais au total elle ne serait que comme la langue d'Esope: la meilleur et la pire des choses!

MG



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