jeudi 15 août 2013

Egypte : l'état d'urgence décrété, El-Baradei présente sa démission


Le Monde.


La police égyptienne a commencé, très tôt mercredi 14 août, à évacuer de force plusieurs places du Caire occupées depuis six semaines par les partisans du président déchu Mohamed Morsi. L'opération, que le pouvoir ne voulait pas voir se transformer en "bain de sang", a pourtant fait de nombreuses victimes.

AU MOINS 278 MORTS, LE BILAN ENCORE INCERTAIN

Les bilans restent contradictoires, notamment en raison de l'interdiction faite aux journalistes de pénétrer dans la zone. Le ministère de la santé égyptien fait état d'au moins 278 morts dont 43 policiers dans tout le pays. Mais le bilan est probablement bien plus élevé, un journaliste de l'AFP ayant décompté 124 cadavres sur la seule place Rabaaal-Adawiya, QG des manifestants pro-Morsi au Caire, où le ministère de la santé a fait état de 61 morts.

Les Frères musulmans, qui parlent de "massacre"évoquent de leur côté le chiffre de 500 morts et au moins 10 000 blessés. En outre, deux journalistes ont été tuéslors de l'évacuation par la police des deux campements des partisans deMohammed Morsi au Caire. Plusieurs autres ont été arrêtés, certains battus par les forces de sécurité, puis relâchés.



EGYPTE : L'ARMEE A AUSSI ECRASE LA DEMOCRATIE NAISSANTE

Le Monde.fr | 


Les islamistes ne sont pas les seules victimes de l'assaut donné mercredi par les forces de sécurité contre les deux "sit-in" de militants pro-Morsi, au prix, semble-t-il, de plus de 230 morts selon des bilans encore provisoires à l'échelle nationale. Les libéraux ont été politiquement laminés par le choix du tout-sécuritaire qui a prévalu. Mohamed El-Baradei l'a bien compris, en donnant sa démission mercredi, en milieu d'après-midi.

Jusqu'au bout, le Prix Nobel de la paix 2005 a lutté pour arracher une solution pacifique au sein du gouvernement de transition installé après la destitution par l'armée du président islamiste Mohamed Morsi. Mais les "sécuritaires", dont la ligne est incarnée par le chef d'état-major et ministre de la défense, AbdelFattahAl-Sissi, l'ont emporté.

RETOUR EN ARRIÈRE

C'est un terrible retour en arrière, à commencer par la mise en place du pire symbole des années Moubarak : l'état d'urgence, en vigueur pendant les trente ans de règne de l'ex-raïs, qui a été réinstauré pour une durée d'un mois. Il donnele droit à l'armée d'arrêter et de juger des civils. C'est une négation de tous les acquis de la révolution de janvier 2011.

 

A la suite de M. El-Baradei, la plupart des libéraux du gouvernement vont devoir partir, sous peine de cautionner une répression aveugle et cynique. Et, s'ils restent, ils savent désormais que leur voix ne comptera pas. Pour avoir cautionné, voire contribué à provoquer le retour au pouvoir de l'armée, ils sont exécrés par les islamistes, et le grand public, chauffé à blanc par la propagande nationaliste et anti-Frères des médias, les tient au mieux pour des "lâches", au pire pour des"traîtres".

Avec la vague de violences sans précédent qui a été soulevée par l'assaut contres les camps de Rabiya Al-Adawiya et de la place Al-Nahda – attaques d'églises, de citoyens coptes, de commissariats –, l'état d'urgence n'est pas près d'être levé. L'Egypte s'apprête à entrer dans un cycle de violences au moins comparable à celui des années 1990, lorsque le pouvoir a mis six ans (1992-1998) à écraser une insurrection de bien moindre ampleur des Gamaat al-islamiya, qui s'en prenaient quotidiennement aux policiers, aux coptes ou aux touristes, d'abord au Caire, puis en Haute-Egypte. Le retour au calme s'était fait au prix de la détention de quelque 90 000 personnes, de violations massives des droits de l'homme et d'une absence totale de démocratie. La passivité de l'Occident estplus qu'inquiétante.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

GUERRE CIVILE?

Le coup d'Etat militaire tourne tragiquement à la guerre civile.

"C'est un terrible retour en arrière, à commencer par la mise en place du pire symbole des années Moubarak : l'état d'urgence, en vigueur pendant les trente ans de règne de l'ex-raïs, qui a été réinstauré pour une durée d'un mois. Il donne le droit à l'armée d'arrêter et de juger des civils. C'est une négation de tous les acquis de la révolution de janvier 2011."

"L'Egypte s'apprête à entrer dans un cycle de violences au moins comparable à celui des années 1990, lorsque le pouvoir a mis six ans (1992-1998) à écraser une insurrection de bien moindre ampleur.

Le retour au calme s'était fait au prix de la détention de quelque 90 000 personnes, de violations massives des droits de l'homme et d'une absence totale de démocratie."

Il y a trois facettes à ce conflit: la démocratie qui agonise, les frères musulmans  qui vont organiser leur revanche et l'armée qui reprend le dessus, comme sous Nasser et Moubarak. C'est un très mauvais signal pour le Maghreb et l'ensemble du monde islamique.

 MG

 

 

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