mercredi 21 août 2013

La vision biaisée de l’Occident à propos des Frères musulmans


CONTRIBUTION EXTERNE  la Libre




"Mausolées soufis détruits, familles chiites massacrées, chrétiens attaqués et tués par les milices de Morsi ne soulèvent aucune émotion internationale. Par contre, l’Occident est outré quand l’armée égyptienne s’oppose aux Frères musulmans."

Une opinion de Henri Boulad, SJ - Prêtre jésuite égyptien et écrivain.

L’Occident tout entier est outré, offusqué, scandalisé parce que l’armée égyptienne a osé déloger les Frères musulmans des deux bastions de Rabia et deNahda, où ils s’étaient barricadés depuis plusieurs semaines. Bilan : plus de 600 morts dans les deux camps.

Aussitôt, les médias bien pensants poussent des cris d’orfraie et demandent que le Conseil de Sécurité et les associations internationales des droits de l’homme condamnent avec la plus extrême fermeté cette sauvage agression.

Pauvres Frères musulmans victimes de la violence ! Ces gentils moutons, bien connus pour leur douceur et leur innocence, sont l’objet de procédés inacceptables. Il faut donc les défendre contre les loups dévorants de l’armée etde la police égyptiennes. Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Allemagne, Turquie, Onu… se lèvent alors comme un seul homme pour dénoncer l’injustice, défendre ces innocents et inviter le monde à voler à leur secours. Les médias internationaux enfourchent aussitôt Pégase pour pourfendre les coupables…

Cette levée de boucliers pour réclamer et proclamer le droit de tout citoyen à manifester “pacifiquement” a quelque chose de tragi-comique.

Mais, passons aux faits :

- La mosquée de Rabaa, où s’étaient enfermés les Frères, était une véritable poudrière, où l’on a découvert un arsenal de guerre inouï. Aucune dénonciation de l’Occident.

- Depuis des semaines, les milices des Frères, armées jusqu’aux dents, sèment la terreur dans l’ensemble de la population d’Egypte : meurtres, enlèvements, kidnappings, demandes de rançons, rapts et viols de filles mariées de force à des musulmans. Aucune réaction de l’Occident.

- Plus d’une vingtaine de postes de police pillés et brûlés ; près d’une cinquantaine de policiers et d’officiers massacrés et torturés de la manière la plus sauvage. Silence de l’Occident.

- Mausolées soufis détruits et familles chiites massacrées ne soulèvent aucune émotion internationale.

- Une cinquantaine d’églises, d’écoles et d’institutions chrétiennes brûlées dans la seule journée du 14 août. Aucune protestation de la part de l’Occident.

- Prêtres et chrétiens attaqués et tués – dont des enfants en bas âge – pour la seule raison qu’ils sont chrétiens. Aucune dénonciation occidentale qui serait taxée d’“islamophobie”, qui est aujourd’hui le crime des crimes.

- Près de 1 500 personnes massacrées par les milices de Morsi au cours de son année de règne. Silence des médias.

- (...)

Lorsque l’Egypte décide enfin de réagir pour mettre un peu d’ordre, l’Occident crie à la persécution, à l’injustice, au scandale.

Ce n’est un secret pour personne que les élections présidentielles furent une vaste mascarade et que le scrutin fut entaché d’énormes fraudes. Malgré tout, les médias persistent à affirmer que Morsi a été le premier président de l’histoire d’Egypte élu “démocratiquement” et qu’il a pour lui la “légitimité”.

BRULER, ATTAQUER, TUER, DETRUIRE

Le peuple égyptien, qui a bon dos, a quand même accepté de jouer le jeu, en se disant : voyons-les à l’œuvre. Le résultat fut tellement catastrophique – insécurité, chômage, inflation, pénuries de pain et d’essence, économie en chute libre, tourisme agonisant… – que l’ensemble de la population, au bout d’un an, demande à Morsi de dégager.

En moins de deux mois, le mouvement “Tamarrod” rassemble plus de 22 millions de signatures réclamant son départ. En vain ! Face à son obstination, plusieurs dizaines de millions d’Egyptiens – dont une majorité de gens du petit peuple qui étaient ses anciens partisans – déferlent dans les rues des grandes villes pour exiger son départ. Encore en vain !

L’armée – jusqu’alors neutre – se décide à intervenir pour soutenir le peuple et écarter l’indésirable, qu’elle garde en résidence surveillée. Au cours de longues heures d’interrogatoire, elle obtient de lui des révélations d’une gravité exceptionnelle, qui compromettent aussi bien les Frères musulmans qu’un certain nombre de pays étrangers.

Face à la prise de pouvoir de l’armée, l’Occident crie aussitôt au “coup d’Etat”. Si “coup d’Etat” il y a eu, celui-ci fut populaire et non militaire, l’armée n’ayant fait qu’obtempérer à la volonté du peuple. Celui-ci, excédé par un Président qui l’avait trompé, floué, berné, a donc, par une réaction de survie, réclamé son départ.

Une petite histoire très savoureuse illustre bien ce que je dis. Quelqu’un achète au marché une boîte de conserve qui, une fois ouverte, se révèle avariée. Que va-t-il faire ? La manger ou la jeter ? La jeter bien entendu. C’est un peu ce qu’a fait le peuple égyptien auquel Morsi et les Frères promettaient monts et merveilles. Une fois la boîte ouverte, il s’est aperçu que l’intérieur était pourri. D’où sa réaction de rejet.

Suite à l’exclusion de Morsi, l’armée a voulu quand même associer les Frères musulmans au nouveau gouvernement en leur proposant de faire équipe avec les autres tendances. Ils se sont heurtés à un refus obstiné et systématique.

Après de nombreuses tentatives infructueuses de dialogue et de négociations avec eux, un nouveau gouvernement provisoire est mis en place.

Ils décident alors de “prendre le maquis” et de semer la terreur, ce en quoi ils ont bien réussi. Mais cette stratégie ne fait qu’augmenter leur impopularité, et l’on peut dire aujourd’hui que le peuple égyptien les exècre et les honnit.

Equipés des armes les plus sophistiquées, ils s’organisent un peu partout pour brûler, attaquer, tuer, détruire…

L’armée décrète alors l’état d’urgence et impose un couvre-feu du coucher au lever du soleil. Mais les Frères musulmans s’estiment dispensés d’obéir. Le 16 août, de ma chambre, toute proche de l’avenue et de la place Ramsès grouillantes de leurs miliciens, j’entends explosions, coups de feu et tirs de mitraillettes provenant des rues avoisinantes.

Après plusieurs sommations aux jeunes de rentrer chez eux, l’armée décide alors d’envoyer ses chars pour faire respecter le couvre-feu. Face aux dégâts probables, l’Occident bien pensant incriminera alors l’armée d’avoir eu le culot d’attaquer des manifestants “pacifiques”…

Mais de qui se moque-t-on ?

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

"UN CHAOS DURABLE DANS LA REGION, QUI FERA REGRETTER LA STABILITE DES DICTATURES PRECEDENTES, EST VRAISEMBLABLE."

 

Difficile de se faire une opinion quand on en est réduit suivre ce début de guerre civile uniquement à travers les medias. De toute évidence la partie de fer qui oppose depuis 60 ans les Frères musulmans à l'armée est loin d'être terminée.

Il est clair que le coup d'Etat militaire de cet été anéantit le printemps arabe et jette une lumière crue et sur les militaires et sur les frères musulmans et sur Erdogan qui les soutient depuis sa Turquie qu'il rêve d'islamiser davantage.

On lira avec stupéfaction les déclarations du général Amr dans le Monde. Il semble bien que l'ensemble du Moyen Orient se divise en pro et en contre Morsi"Nous sommes 90 millions d'Egyptiens et il n'y a que 3 millions de Frères musulmans. Il nous faut six mois pour les liquider ou les emprisonner tous. Ce n'est pas un problème, nous l'avons déjà fait dans les années 1990."(...) "Ce qui se déroule dans les rues n'est pas une dispute politique. Lorsque des extrémistes brûlent des églises, abattent des policiers, tirent sur des citoyens et mettent littéralement le feu à toutes les villes du pays, c'est une guerre." 

Question très naïve: cette guerre est-elle susceptible d'embraser l'ensemble du Moyen Orient ainsi et qui sait aussi nos banlieues européennes? "Les Frères ne voient que deux possibilités : soit ils dirigent l'Egypte, soit ils la brûlent."

"Aujourd’hui, les printemps arabes sont donc très mal partis. Un chaos durable dans la région, qui fera regretter la stabilité des dictatures précédentes, est vraisemblable.Alors, que faire? Soutenir partout les mouvements laïcs. Clairement. S’opposer à toutes les formes d’obscurantisme, d’hostilité aux droits de l’homme et des femmes, où qu’elles soient en mouvement. Sans complexe. Se préparer à combattre les régimes terroristes islamiques qui pourraient s’installer sans pour cela légitimer le retour de dictatures militaires au nom de la laïcité. Assumer qu’il faudra beaucoup de temps, peut-être des décennies, voire un siècle comme ce fut le cas en France, pour que la chute d’un régime totalitaire aboutisse enfin à une démocratie.D’ici là, ne pas compromettre nos valeurs, ni chez nous, ni dans les relations internationales, demeure le meilleur service qu’on puisse rendre aux courageux démocrates de ces pays."j@attali.com

En somme, si je lis bien c'est l'essence même de la démocratie qui est menacée au Moyen-Orient. A y regarder de plus près, il faut bien voir qu'en Europe également, le consensus démocratique est sérieusement mis en cause par un courant populiste et antipolitique qui partout gagne du terrain. Autrement dit, l'interminable crise économique nous menace d'une véritable montée des périls.

L'Egypte et la Syrie nous montrent à quoi peut entraîner très rapidement l'escalade dans la violence et le fanatisme.

MG

 

EGYPTE : "IL FAUT TUER OU ARRETER LES LEADERS DES FRERES MUSULMANS"

LE MONDE ||Par Serge Michel



Le général Amr a choisi de passer ce dimanche 18 août en famille au club Al-Ahly, dans le quartier de Nasr City, à l'est du Caire. C'est là qu'il reçoit Le Monde pour évoquer la situation du pays et partager ses opinions. "Pas mes opinions, des informations factuelles et documentées", précise-t-il d'emblée.

Et d'abord ceci : "Nous sommes 90 millions d'Egyptiens et il n'y a que 3 millions de Frères musulmans. Il nous faut six mois pour les liquider ou les emprisonner tous. Ce n'est pas un problème, nous l'avons déjà fait dans les années 1990." Il s'exprime en arabe, que son épouse traduit dans un anglais parfait – elle est guide touristique, au chômage depuis deux ans en raison de l'effondrement du nombre de visiteurs. "Il y a 200 000 chambres d'hôtel vides dans le pays", souffle-t-elle lorsque son général allume une cigarette. Les deux garçons, qui jouent chaque jour au tennis dans ce club, écoutent respectueusement le discours paternel."Après, les touristes reviendront, les investissements étrangers aussi. Et l'Egypte sera en paix pour les siècles à venir."

 

Le général de police sait de quoi il parle et ne partage aucune des inquiétudes occidentales pour l'avenir de l'Egypte. A la fin des années 1990, il a été responsable de la sécurité de la province de Louxor, peu après le massacre de 1997 au temple d'Hatchepsout qui avait causé la mort de 62 touristes. Heureusement, nous sommes l'armée la plus puissante du monde arabe, et la 14e au niveau mondial. Nous sommes le seul pays qui a gagné une guerre contre le terrorisme. Nous savons comment nous y prendre."

"COMPLOT"

Au début des années 2000, le général Amr a dirigé au Caire une prison réservée aux extrémistes musulmans. Il affirme avoir reconnu certains de ses anciens "clients" parmi les partisans du président Morsi, déposé le 3 juillet par l'armée et qu'il accuse d'avoir libéré 25 000 détenus, dont certains ultra-dangereux. Même si elles ont été vidées, les prisons égyptiennes ont-elles vraiment la capacité d'accueillir trois millions de Frères musulmans ? "Je voulais dire qu'il faut tuer ou arrêter leurs leaders, 30 hauts responsables et 500 subalternes. Alors les autres retourneront chez eux. De toute façon, ils manifestent aujourd'hui parce qu'ils sont payés."

Le général connaît les prix. Au sit-in de Rabiya Al-Adawiya, à trois kilomètres de ce club privé, dont la dispersion, le 14 août, par les forces de sécurité, a laissé de 200 à 300 cadavres sur le bitume, les "protestataires syriens" étaient, selon lui, payés 500 livres par jour (54 euros), les Egyptiens 100 livres, les femmes 50 et les enfants 30. En tout (nourriture, logistique, salaires), les deux sit-in du Caire où s'étaient installés plusieurs dizaines de milliers de pro-Morsi, "soi-disant pacifiques, en vérité des terroristes armés jusqu'aux dents", auraient coûté 60 millions de livres par jour aux Frères musulmans, pendant quarante-huit jours, soit 313 millions d'euros.


Une bagatelle pour la coalition des ennemis de l'Egypte, accusée par le général Amr d'avoir soutenu la confrérie : la Turquie, le Qatar, Israël et les Etats-Unis – ou plutôt le président Barak Obama en personne. "Ils voulaient tout simplement abattre notre pays, mais nous avons eu connaissance de ce complot, dit-il. L'Egypte est la première civilisation du monde. Nous avons souvent été envahis, nous avons toujours retrouvé notre souveraineté."

Autour de cette table ombragée, agréablement rafraîchie par un courant d'air, quelques-unes des 50 000 familles membres d'Al-Ahly déambulent vers les dizaines de terrains de sport et les nombreux bassins. Les femmes peuvent y nager, selon leurs convictions, en bikini ou entièrement habillées. Le club, fondé en 1907 par des étudiants luttant contre les colons britanniques, possède 23 hectares en trois endroits du Caire ainsi que l'équipe de foot du même nom, sacrée "club du siècle" en 2000 par la confédération africaine de football.

Le général Amr instruit maintenant le procès du président déchu Mohamed Morsi. Extraits : "C'est un espion du Hamas. Il a voulu vendre 40 % du Sinaï pour 8 milliards de dollars afin de le rattacher à la bande de Gaza. C'est Barack Obama qui a proposé ce deal. Morsi a d'ailleurs creusé mille tunnels vers Gaza. Il était aussi sur le point de vendre le sud de l'Egypte au Soudan et a donné son feu vert à l'Ethiopie pour construire un barrage qui allait réduire de trois quarts l'eau du Nil. Il avait interdit le tourisme (sic) et avait prévu de louer, pour cinq ans, au Qatar tous les sites antiques, les pyramides, le sphinx, les temples. Il a versé 2 milliards de dollars à la presse étrangère pour qu'elle chante les louanges des Frères musulmans."

"FASCISME THÉOLOGIQUE"

A courir les rues et les dîners du Caire, à lire la presse égyptienne, il faut constater que ces "informations" font aujourd'hui l'objet d'un quasi-consensus dans le pays. C'est d'ailleurs un discours comparable, même s'il était lissé par l'éloquence et les responsabilités, qu'a tenu, samedi 17 août, au palais présidentiel, Moustapha Hegazy, conseiller politique de la présidence intérimaire.

"L'Egypte n'est pas un pays faible, un pays satellite, a-t-il proclamé. C'est un pays souverain. (...) Rien ne nous arrêtera, rien ne nous fera perdre du temps. (...)Nous interdirons au fascisme théologique de priver nos citoyens de leurs droits élémentaires."



Selon M. Hegazy, les Egyptiens sont plus unis que jamais par l'ennemi commun que sont les terroristes islamiques, et par le rêve commun d'une marche vers le futur et la démocratie. "Ce qui se déroule dans les rues n'est pas une dispute politique. Lorsque des extrémistes brûlent des églises, abattent des policiers, tirent sur des citoyens et mettent littéralement le feu à toutes les villes du pays, c'est une guerre." A l'adresse des chancelleries occidentales qui critiquent les opérations musclées des forces de sécurité, il a lancé : "Nous voyons, en cesmoments fondateurs, qui est avec nous, qui est contre nous, et nous en prenons note."

 

Moustapha Hegazy avait invité toute la presse étrangère, mais une partie de celle-ci semble avoir été retenue, place Ramsès, par l'évacuation, au même moment, des militants islamistes retranchés dans la mosquée Al-Fath. Ses services ont alors distribué un DVD où l'on voit clairement, sur des images tournées par hélicoptère le 14 août, des pro-Morsi mettre le feu à des bâtiments et à des voitures, lancer des cocktails Molotov sur la police et, certains, faire usage d'armes automatiques. Pour lui, le gouvernement égyptien est aujourd'hui victime d'un immense malentendu, avant tout médiatique : "Les Egyptiens conçoivent une immense amertume devant la couverture biaisée et tellement partielle de la presse étrangère."

Serge Michel

 

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