jeudi 15 août 2013

Le commissaire David Yansenne est décédé

MARC METDEPENNINGEN Le Soir

Le commissaire de la zone de police de Bruxelles Nord est décédé des suites de son accident de bateau. Il se voulait proche des citoyens. Son portrait.





© Dominique Duchesnes/Le Soir


Le commissaire de la zone de police de Bruxelles Nord David Yansenne est décédé jeudi après-midi des suites de son accident de bateau survenu la semaine dernière en France. Skipper chevronné, il avait été retrouvé inconscient dans l’eau près du port de Dunkerque. Une blessure à la tête semblait indiquer qu’il était passé par-dessus bord après avoir été percuté par la baume de son voilier.

Il était dans le coma depuis et avait été rapatrié lundi soir dans un hôpital bruxellois.

DAVID YANSENNEN, UN COMMISSAIRE PROCHE DES CITOYENS

Il aurait pu être capitaine au long cours, comme il en rêvait. Il s’est retrouvé, comme son grand-père, lieutenant-colonel de la gendarmerie. Il en rêvait aussi. Depuis la réforme des polices, il était le commissaire en chef de la zone de police 5, à Bruxelles.

C’est le droit de chaque citoyen de critiquer sa police, disait David Yansenne. C’est aussi le nôtre de combattre les fausses rumeurs, de rétablir la vérité. Jamais encore un service de police n’avait eu à affronter une situation à ce point critique : un fort Chabrol, un incendie fulgurant, une fusillade. Alors, pour apaiser le quartier, pour contenir la colère de voisins traumatisés, pour rassurer les habitants belges et immigrés de la commune, il a alors visité les mosquées, rencontré les associations, parlé ses policiers, eux aussi bouleversés par ce déchaînement inouï de violence. Dialoguer. Tel semblait être le maître mot du patron de la zone 5, pour lequel la police se doit d’être le reflet de la société qu’elle sert.

David Yansenne prônait le partenariat entre les citoyens à la reconquête positive de leur espace de vie et la police, dernier service public vraiment en ligne. Ses modèles de police locale, il les trouvait au Canada et en Grande-Bretagne. La police de véritable proximité était son credo. Et les citoyens, il entendait en faire ses alliés. Comme les « mamas africaines » regroupées naguère en association à l’initiative de la gendarmerie pour lutter contre les bandes qui terrorisaient le métro bruxellois.

Le plan de réorganisation de la zone 5, présenté le 23 mai 2002, avait pour but de concrétiser cette profession de foi. Cinq commissariats au lieu de trois, un doublement du nombre d’agents de quartiers, la décentralisation des services : pour David Yansenne, la police, pour être citoyenne, ne pouvait être qu’implantée dans les quartiers. Ce qui n’exclut pas la répression lorsqu’elle s’impose, disait-il. Car la prévention ne peut tout résoudre.

« C’est Au Burundi Que J’ai Appris Le Respect De L’autre »

Issu de l’École royale militaire, licencié en criminologie de l’Université de Liège (où il est né), David Yansenne n’avait pas forgé sa conviction dans la littérature. Homme de terrain, il arpentait depuis 1986 les pavés bruxellois comme officier au district de Bruxelles. Un poste que peu de candidats revendiquaient, se souvient-il. «  Pour moi, ce fut comme un défi. » Les lendemains du drame du Heysel, les émeutes de 1991, les manifestations des mineurs, des agriculteurs ou des profs : David Yansenne a veillé sur les nuits et les journées les plus chaudes de Bruxelles. Il en a retiré des enseignements, des tactiques, des procédures de dialogue avec ceux qu’autrefois seule la police avait pour mission de «  faire rentrer dans le droit chemin  ».

Le droit chemin, pour David Yansenne, c’était d’abord celui de la discussion. Faire en sorte que l’expression s’accommode de l’ordre public. Il faut avoir du respect pour ceux qui manifestent, les laisser se défouler devant les points critiques, comprendre le jeu médiatique qui les entoure, être capable de faire reculer symboliquement des barrages. Ce « modèle belge » de la gestion des mouvements de foule a fait école, notamment en Afrique du Sud, et est souvent exposé dans des colloques internationaux. Cette expérience, David Yansenne l’avait aussi mise à l’épreuve du terrain dans le cadre d’un audit « Police et Population » menée pour compte de l’ONU à Abidjan (Côte d'Ivoire).

Père de deux fillettes, David Yansenne a grandi en Afrique au sein d’une famille protestante. Son père était coopérant technique. «  C’est là-bas, au Burundi, dit-il, que j’ai appris le respect de l’autre  ».

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

POLICIER A VISAGE HUMAIN PRONANT  ET PRATIQUANT LE DIALOGUE INTERCULTUREL

De l'avis général, David Yansenne était un  chef de zone d'une efficacité et d'une humanité exceptionnelle.

Il succéda au très controversé Demol dont il réussit à faire oublier assez rapidement la réputation de cow-boy xénophobe en uniforme. Il sut apaiser la zone Nord et fut un atout majeur pour le bourgmestre de Schaerbeek, Bernard Clerfayt, pour qui son décès est une lourde perte.

 Homme de dossiers, manager efficace, fin communicateur, il était un policier de terrain, très à l’écoute de l’humain dans sa dimension interculturelle. Il lui arrivait souvent de prendre place la nuit à bord d’une patrouille sur la banquette arrière d’un véhicule de police comme il lui arrivait de venir voir si tout allait bien à un barrage de police, coiffé de sa casquette civile.

En tant que chef de la zone de police de Bruxelles-Nord depuis 2003, il y fusionna trois corps de police communale et l’unité locale de gendarmerie, ouvrant un nouveau concept d’organisation impliquant un changement fondamental et une réorientation marquée vers les principes de la police de proximité à la québéquoise.

 Tenant compte de la présence de nombreux quartiers sensibles et de la situation très difficile au niveau de la sécurité, un modèle de police axé sur le "service à la clientèle" et sur la proximité avec le citoyen a été mis en place, tout en renforçant la politique de sécurisation. Les résultats obtenus sont fort encourageants et sont reconnus. Il a également engagé son organisation dans une démarche approfondie de recherche de la qualité.

 MG

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