dimanche 25 août 2013

Le djihadisme, ce chancre de l’islam


 

Fouad Benyekhlef, musulmans progressistes


Certains qualifient le djihadisme de secte nuisible et y voient un groupe religieux dissident de l’islam. Cependant, cette mouvance n’est pas une « simple » secte, aussi péjoratif que soit ce terme, car il n’est tout simplement pas un groupement religieux au sens étymologique du terme mais plutôt un projet politique aux méthodes criminelles en contradiction totale avec l’esprit religieux à proprement parler. En effet, le djihadisme a un macabre projet qui consiste à éliminer toutes personnes, musulmanes ou non d’ailleurs, qui porteraient atteinte à ses visées masquées par un habit religieux : en somme, les djihadistes ne sont ni plus ni moins que des tartuffes en kalachnikovs.

 

On est loin des formes fondamentalistes d’une religiosité qui met l’accent sur l’observance des rites mais on a plutôt affaire à un phénomène "d’hybridation" ou "de convergence" (1) avec l’univers politico-criminel coiffé de la sémantique islamique. Effectivement, la bonne pratique rituelle ainsi que la  quête du savoir, profane ou religieux,  ne sont que secondaires pour ne pas dire  de circonstance. En revanche, les adeptes restent obnubilés par l’instauration d’un régime totalitariste comme seul objectif dans ce monde et de surcroît dirigé par leurs leaders sanguinaires qui appliquerait une charia interprétée à leur sauce indigeste. La rétribution espérée n’est donc pas que céleste, leur royaume est bien de ce monde.

 

Exception faite pour les « petits soldats » embrigadés auxquels on ne promet qu’une récompense post-mortem : le paradis du martyr. Reste à espérer que ce statut sera attribué aux victimes plutôt qu'à leurs bourreaux. Sans oublier le fait que certains de leurs parrains-gourou si vénérés trempent dans divers trafics. En effet, leurs activités relèvent davantage de la polycriminelle car les organisationsdjihadistes s’adonnent à des secteurs d’activité en fonction des opportunités et des incitations, au sens économique du terme.  Ce ne sont pas les prescriptions religieuses qui prévalent en matière pécuniaire. L’apport de certains princes ou états complices de manière officieuse n’est évidemment pas à négliger. Leur capacité financière est incontestablement d’ampleur macro-économique.

 

La grille d’analyse adéquate afin d’appréhender le djihadisme est donc bel et bien la géopolitique, la criminologie jointes à la géothéologie (2). De plus, ledjihadisme n’est plus uniquement étatique, la globalisation a permis la multiplication des flux humains qui transcendent les frontières de l’État. La Syrie et les attentats perpétrés dans de grandes villes aux populations innocentes en sont de tristes exemples. Saisir la complexité ainsi que la logique de cette mouvance dans sa globalité sans occulter son véritable projet est primordial pour en saisir les visées. Malheureusement, il est juste de dire que cette idéologie a influencé la politique sécuritaire voire autoritaire par moment de notre pays ainsi que l’image assez négative qu’a l’opinion publique de la communauté musulmane locale.

 

Car le djihadisme s’invite et se cache au sein même de la communauté musulmane en utilisant les mêmes codes vestimentaires et les mêmes terminologies religieuses que les imams ou ultra-orthodoxes. Le terme même de « djihad » est usurpé et cette mouvance n’en respecte pas les règles scripturaires. Ils font valoir des concepts dévoyés qui sont présentés avec sympathie à la future recrue potentielle tout en exprimant de l’empathie quant au sort des opprimés dans le monde, lequel est bien évidemment instrumentalisé. Notons qu’en définitive, en filigrane de ces discours apparait la silhouette d’undjihadiste armé qui recrute pour envoyer au front les sympathisants traités en vulgaires chairs à canon tandis qu’eux-mêmes se complaisent à vivre dans l'aisance des fastes palais orientaux ou pire des aides sociales occidentales.

 

La véritable identité des recruteurs est donc bel et bien passée sous silence, c’est grâce à cela que les djihadistes, très actifs sur la toile, ont pu embrigader nombre d’individus la plupart du temps des convertis ou born again, à la situation souvent précaire, des pseudo-islamisés de manière émotive et non intellectuelle ou encore moins spirituelle. Ils auront réponse fallacieuse à tous les maux de leur nouvelle recrue, surtout concernant les régimes autoritaires dans les pays musulmans ou encore du racisme institutionnel en Belgique. Ces derniers constituent des facteurs qui favorisent et légitiment l’extrémisme.

 

Enfin, force est de constater que l’univers symbolique de l’islam n’est toutefois qu'une stratégie car la politique n’a pas vocation à réformer le cœur et l’esprit, ce travail spirituel ne leur importe que très peu. Il est donc important de prévenir ce genre d’immixtion entre le politique et le religieux afin de ne pas laisser des individus en quête de foi se retrouver otage d’une idéologie dont le seul culte est la fascination du djihad dans sa forme erronée. Le projet suicidaire inavoué et non orthodoxe est un terrorisme perpétré à l’étranger et peut-être un jour ici-même. Le djihadisme n’a pas sa place au sein de la communauté musulmane plurielle, sa réalité doit être exposée en pleine lumière en plus d'être combattue avec force par toutes les composantes de la société et en premier lieu, les musulmans eux-mêmes. Il est primordial de dénoncer ce chancre de l’islam afin de permettre une prévention sous forme de sensibilisation contre ces logiques immorales et ces méthodes propres au crime organisé.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

"CECI NEST PAS L'ISLAM"


En somme, les progressistes musulmans nous disent du djihadisme(autrement dit du salafisme à la Sharia 4 Belgium, autrement dit l'islamisme des frères musulmans et le jusqu'auboutisme d'Erdogan) qu'il ne participent pas vraiment de l'islam. "Ceci n'est pas une pipe" titrait Magritte en signant son drôle de tableau représentant une bouffarde.


Les djihadistes sont qualifiés par eux de Tartuffes en kalachnikovs.

Fort bien. On applaudit des deux mains! Mais demeure l'éternelle question : l'islam de la paix, des Lumières, l'islam positif comme le qualifie Larbi Kechat , "combien de divisions"?

En revanche on en apprend sur les recruteurs salafistes et leurs recrues  "pseudo islamisées""La véritable identité des recruteurs est bel et bien passée sous silence, grâce à cela les djihadistes, très actifs sur la toile, ont pu embrigader nombre d’individus, la plupart du temps des convertis ou born again, à la situation souvent précaire, des pseudo-islamisés de manière émotive et non intellectuelle ou encore moins spirituelle."

Au vrai, le jihad est regardé en islam d'abord comme une guerre contre soi, un véritable travail éthique sur soi, pour la maîtrise de soi.

 DES PSEUDO ISLAMISÉS? QU'EST CE À DIRE?

 "Le travail spirituel ne leur importe que très peu. Il est donc important de prévenir ce genre d’immixtion entre le politique et le religieux afin de ne pas laisser des individus en quête de foi se retrouver otages d’une idéologie dont le seul culte est la fascination du djihad dans sa forme erronée. Le projet suicidaire inavoué est une démarche de terrorisme perpétré à l’étranger et peut-être un jour ici-même."

Ce "et peut-être un jour ici même" à savoir chez nous, donne froid dans le dos!

 "Ldjihadisme n’a pas sa place au sein de la communauté musulmane plurielle, sa réalité doit être exposée en pleine lumière en plus d'être combattue avec force par toutes les composantes de la société et en premier lieu, les musulmans eux-mêmes. Il est primordial de dénoncer ce chancre de l’islam afin de permettre une prévention sous forme de sensibilisation contre ces logiques immorales et ces méthodes propres au crime organisé."

 Ce texte téméraire nous interpelle.

Si ceci, on parle du djihadisme islamiste, n'est pas l'islam, qu'on nous explique ce qu'est l'islam d'Europe et s'il existe un islam d'Europe.  Tant que ne s'élèveront point les voix de cet islam "authentique et pacificateur", l'opinion publique européenne, de plus en plus, fera l'amalgame entre l'islam d'ici et l'islamisme de là-bas qui répand le sang avec la même passion que les régimes militaires implacables du Moyen Orient. Comment, devant tant de barbarie sanguinaire ne pas songer au sinistre cri du général franquiste Miguel Astray hurlant à l'université de Salamanque: "viva la muerte!"?



VIVA LA MUERTE (extrait de "la République des Livres" le blog de Pierre Assouline)

   

Des années que je cherche le fameux discours prononcé par le philosophe Miguel de Unamuno à l'université de Salamanque le 12 octobre 1936. En présence de l'épouse du Caudillo entourée de généraux et de ministres, l'auteur du Sentiment tragique de la vie était requis en sa qualité de recteur pour prendre la parole à la cérémonie en l'honneur de la Vierge du Pilar. Il eut d'abord à subir tous les discours, notamment celui, vociférant et particulièrement haineux à l'endroit des Basques et des Catalans, du généralAstray, commandant la Légion, ponctué par les bras levés des jeunesses phalangistes. Puis Unamuno prit la parole et, avec le courage du vieil homme qui n'a plus rien à           
perdre, la ferme sérénité du penseur indigné par la barbarie à l'oeuvre, l'héroïsme tranquille de celui qui entend conserver sa dignité jusqu'au bout, il prononcacalmement des mots de désapprobation, suscitant les "Viva la muerte !" et les "Mueranlos intelectuales !" du généralAstray, avant de reprendre :" Cette université est le temple de l'intelligence. Et je suis son grand prêtre. C'est vous qui profanez son enceinte sacrée. Vous vaincrez parce que vous disposez de la force brutale ; vous ne convaincrez pas car il vous manque la raison. Je considère comme inutile de vous exhorter à penser à l'Espagne. J'ai terminé". Et il quitta l'estrade dans un silence de mort avant d'être prestement évacué sous les insultes des phalangistes. (Photo) Michel del Castillo raconte très bien cette journée historique dans son précieux Dictionnaire amoureux de l'Espagne(Plon). Le scandale provoqué par ce "Non!" magistral fut considérable. Démissionné et assigné à résidence, Miguel de Unamuno mourut peu après "de tristesse et d'écoeurement" souligne Castillo.

   J'aurais aimé retrouver l'intégralité de son discours pour le faire traduire et le distribuer à la manière d'un tract, tant l'attitude intellectuelle de cet homme me parait exemplaire. Un diplomate espagnol à Paris, à qui je m'en étais ouvert, m'a envoyé quelques pages de La guerra civil  espanola de l'historien AntonyBeevor rappelant l'affaire ; mais dans les notes, on apprend qu'il n'existe pas de trace du texte original du discours de Miguel de Unamuno, les journaux de Salamanque ayant publié le lendemain les interventions de tous les orateurs sauf la sienne... Il n'en reste que des témoignages. Pourquoi j'en reparle aujourd'hui ? A cause d'un article (illustré d'une photo terrible par son éloquence) découvert à la "une" de El Pais, relatif aux actuelles polémiques politiciennes entourant la réhabilitation de Miguel de Unamuno, lequel avait été, aussi, évincé du Conseil municipal de la ville où il siégeait, il y a 70 ans...

 


MIGUEL DE UNAMUNO, RECONSTITUTION DU DISCOURS DE SALAMANQUE (12 OCTOBRE 1936) 

“Vous êtes tous suspendus à ce que je vais dire. Tous vous me connaissez, vous savez que je suis incapable de garder le silence. En soixante treize ans de vie, je n’ai pas appris à le faire. Et je ne veux pas l’apprendre aujourd’hui. Se taire équivaut parfois à mentir, car le silence peut s’interpréter comme un acquiescement. Je ne saurais survivre à un divorce entre ma parole et ma conscience qui ont toujours fait un excellent ménage. Je serai bref. La vérité est davantage vraie quand elle se manifeste sans ornements et sans périphrases inutiles. Je souhaite faire un commentaire au discours, pour lui donner un nom, du général Millan Astray, présent parmi nous. Laissons de côté l’injure personnelle d’une explosion d’invectives contre basques et catalans. Je suis né à Bilbao au milieu des bombardements de la seconde guerre carliste. Plus tard, j’ai épousé cette ville de Salamanque, tant aimée de moi, sans jamais oublier ma ville natale. L’évêque, qu’il le veuille ou non, est catalan, né à Barcelone. On a parlé de guerre internationale en défense de la civilisation chrétienne, il m’est arrivé jadis de m’exprimer de la sorte. Mais non, notre guerre n’est qu’une guerre incivile. Vaincre n’est pas convaincre, et il s’agit d’abord de convaincre ; or, la haine qui ne fait pas toute sa place à la compassion est incapable de convaincre…On a parlé également des basques et des catalans en les traitant d’anti-Espagne ; eh bien, ils peuvent avec autant de raison dire la même chose de nous. Et voici monseigneur l’évêque, un catalan, pour vous apprendre la doctrine chrétienne que vous refusez de connaître, et moi, un Basque, j’ai passé ma vie à vous enseigner l’espagnol que vous ignorez. (Premières interruptions, « Viva la muerte ! » etc) Je viens d’entendre le cri nécrophile « Vive la mort » qui sonne à mes oreilles comme « A mort la vie ! » Et moi qui ai passé ma vie à forger des paradoxes qui mécontentaient tous ceux qui ne les comprenaient pas, je dois vous dire avec toute l’autorité dont je jouis en la matière que je trouve répugnant ce paradoxe ridicule. Et puisqu’il s’adressait au dernier orateur avec la volonté de lui rendre hommage, je veux croire que ce paradoxe lui était destiné, certes de façon tortueuse et indirecte, témoignant ainsi qu’il est lui-même un symbole de la Mort. Une chose encore. Le général MillanAstray est un invalide. Inutile de baisser la voix pour le dire. Un invalide de guerre. Cervantès l’était aussi. Mais les extrêmes ne sauraient constituer la norme. Il y a aujourd’hui de plus en plus d’infirmes, hélas, et il y en aura de plus en plus si Dieu ne nous vient en aide. Je souffre à l’idée que le général MillanAstray puisse dicter les normes d’une psychologie des masses. Un invalide sans la grandeur spirituelle de Cervantès qui était un homme, non un surhomme, viril et complet malgré ses mutilations, un invalide dis-je, sans sa supériorité d’esprit, éprouve du soulagement en voyant augmenter autour de lui le nombre des mutilés. Le général Millan Astray ne fait pas partie des esprits éclairés, malgré son impopularité, ou peut-être, à cause justement de son impopularité. Le général Millan Astray voudrait créer une nouvelle Espagne – une création négative sans doute- qui serait à son image. C’est pourquoi il la veut mutilée, ainsi qu’il le donne inconsciemment à entendre. (Nouvelles interruptions » A bas l’intelligence ! «etc.) Cette université est le temple de l’intelligence et je suis son grand prêtre. Vous profanez son enceinte sacrée. Malgré ce qu’affirme le proverbe, j’ai toujours été prophète dans mon pays. Vous vaincrez mais vous ne convaincrez pas. Vous vaincrez parce que vous possédez une surabondance de force brutale, vous ne convaincrez pas parce que convaincre signifie persuader. Et pour persuader il vous faudrait avoir ce qui vous manque : la raison et le droit dans votre combat. Il me semble inutile de vous exhorter à penser à l’Espagne. J’ai dit. »

 

 

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