jeudi 22 août 2013

Les gens intelligents ne sont pas moins racistes

Le Vif

Les gens ne sont pas moins racistes que les autres. Ils arrivent juste à mieux dissimuler leurs préjugés si l’on en croit une étude de l’université de Michigan rapporté par le Science Daily.



En analysant le comportement de plus de 20.000 blancs, l’étudiant en doctorat américain Geoffrey Wodtke a découvert que les personnes intelligentes ont autant de préjugés que leurs congénères au QI moins élevé.

Selon Wodtke, l’étude démontre que le racisme et les préjugés ne découlent pas d’un niveau de QI, mais plutôt d’un besoin des groupes dominants de "légitimer et "protéger" leur position sociale privilégiée vis-à-vis d’autres groupes sociaux.

"Dans l’Amérique d’aujourd’hui cela signifie que les blancs d’aujourd’hui tiennent un discours correct sur les principes généraux d’égalité raciale, mais qu’en réalité ils ne font rien qui pourrait menacer leurs privilèges" a expliqué Wodtke lors de l’assemblée générale de l'Association américaine de sociologie (American Sociological Association) .

"Souvent, ils sont tellement habitués à ces privilèges qu’ils sont devenus comme invisibles et toute tentative de modifier ou d’abolir cette situation privilégiée est considérée comme une totale injustice par les blancs intelligents" a encore ajouté le scientifique. 

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

L'INNE ET L'ACQUIS

Un internaute commente "Le racisme est l'expression du réflexe biologique le plus fondamental de la nature. C'est le rejet du non soi qui s'exprime en particuliers dans le système immunitaire de tout être vivant, végétal ou animal. Ce réflexe, l'humain est le seul à essayer de le dominer au niveau social ce qui se traduit à brider ces instincts de rejets (xénophobie, racisme, intolérance religieuse et sociale etc...) Les guerres de tribales à mondiales sont déclenchées sur cette base. Alors intelligence ou pas le racisme est tellement incrusté dans le biologique que le vaincre est extrêmement difficile et digne de félicitations urbi et orbi...."

Si le racisme participe du biologique, l'anti-racisme se veut, se doit de participer de la sphère du culturel. Autrement dit, le racisme serait de l'ordre de l'instinct, le non racisme serait de l'ordre de la volonté comme l'interculturel du reste. C'est une des raisons pour laquelle nous pensons que le choix est entre la barbarie (le racisme, l'intégrisme, l'extrême-droite) et l'interculturel.

MG

L'EUROPE INTERCULTURELLE OU LA BARBARIE

La barbarie progresse partout dans le monde, cela relève du lieu commun. Dans son Éthique, Edgar Morin écrit : «Deux terreurs se conjuguent : la terreur terroriste et le terrorisme d’État qui tendent en s’accroissant et en s’intensifiant à susciter la guerre mondiale de civilisation entre Occident et Orient islamiste. La dégénérescence éthique s’y manifeste dans l’extension et l’aggravation des manichéismes.  Nous ne voyons pas encore de signes de régénération ».  

Les comportements barbares se multiplient en Syrie, en Irak, en Afghanistan, en Egypte…, et jusque au sein de l’Europe où le racisme idéologisé tue de sang-froid  comme en Norvège. Ne perdons pas de vue que le plus grand massacre en Europe depuis la seconde guerre mondiale a eu lieu il y a peu d'années sur le territoire de l’ex-Yougoslavie…

Nous assistons de fait à une lutte sans merci entre d'une part les intégrismes de tous bords-islamistes, salafistes mais aussi FN, N-VA- qui aspirent au conflit des cultures et des civilisations et d'autre part les partisans de l’ouverture, du pluralisme, de la diversité culturelle qui plaident pour le dialogue des cultures, des convictions, des civilisations, bref au dialogue entre les humains dans leur grande diversité.

Oser l’interculturel, c’est préparer notre société et plus largement l’horizon européen au dialogue et à la coexistence pacifique. Il ne s’agit pas seulement d’un choix de société mais d’un choix de civilisation, bref d’un choix éthique !

Que cette éthique soit transcendante et fondée sur l’amour comme nous le suggèrent les chrétiens, sur la plénitude de l’être comme le déclarent volontiers les penseurs juifs, sur le bel-agir comme le veulent les musulmans les plus éclairés ou qu’elle soit de caractère immanent comme le disent les libres-penseurs dans la foulée de Nietzsche, c’est à chacun de nous d’en décider dans sa sphère la plus intime.

 

Il s’agit dans tous ces cas de figure d'opter pour l’entrelacement des cultures afin que celles et ceux qui composent notre société, quelle que soient leur origine, leur religion ou leur culture, cohabitent et vivent en bonne intelligence.

Les démocrates doivent se battre contre le danger de fragmentation de la société et pour un nécessaire renforcement de la coexistence pacifique meilleure garante de la cohésion sociale.

 

Il est devenu urgent de lutter contre les multiples communautarismes, de rouvrir les fenêtres du dialogue et de baisser les ponts-levis des ghettos en vue d'une reconnaissance mutuelle. Notre société, le monde lui-même ne s’en sortira que s’il replace la personne, les hommes et les femmes, et non les communautés, au centre de l’échange interculturel. Le dialogue ne doit pas uniquement se nouer entre communautés, entre une "civilisation" et une autre, mais bien évidemment aussi entre des individus tous riches de leurs cultures, de leurs croyances, de leurs doutes mais aussi de leurs espoirs.   

De toute évidence la solution, si elle existe passe par l’éducation, par l’enseignement, la formation et l’initiation culturelle. Ce cosmopolitisme d’un genre nouveau, loin de se limiter aux seules questions d’intégration, engage les sociétés modernes à se tourner vers la diversité et la pluralité des appartenances. S'il est assurément un humanisme, l’interculturalisme cosmopolite exige un engagement de tous les acteurs de la société. En cela il est fondamentalement utopique. Mais ne mourrons-nous pas de l'agonie des utopies?

Mais attention, l'interculturel, fondé sur le respect et  le dialogue des civilisations et des convictions ne va nullement de soi. Oser l’interculturel, c’est relever un formidable défi au moment où les communautarismes à tendance intégriste gagnent du terrain. Le propre de toute démarche interculturelle, c’est de respecter la culture de l’autre, d’aller à sa rencontre pour construire quelque chose de radicalement neuf : un vivre ensemble pacifié auquel aspirent les hommes et les femmes de bonne volonté.

Cette démarche interculturelle est par nature inductrice de cohésion sociale, elle en est même le ciment car elle vise à promouvoir une dynamique d'échange et de partage de l'espace public.

Il s'agit bien de considérer désormais comme des citoyens à part entière, acteurs et responsable de leur destin personnel et de notre destin collectif toutes celles et tous ceux que l’on a tour à tour regardés de haut comme autant d'étrangers, d’immigrants, d’allochtones en terre flamande (le mot a fini par recevoir l'anathème des intellos) voire même de « barbares ».

Cette démarche de pacification culturelle et sociale dépend de celles et de ceux qui ont le souci de contribuer à la construction d'une société cosmopolite plus équitable et plus solidaire.

La dynamique interculturelle, ne peut se vivre que comme une riposte au repli identitaire des uns (les plus démunies) et sécuritaire des autres (les plus prospères et les plus arrogants. Car il s’agit, avant tout autre chose, d’un pari sur la coexistence pacifique, le bon voisinage la coopération plutôt que sur la compétition, le mépris et l'hostilité ; d’une riposte volontariste à l’obsession de l’angoisse et de la méfiance. C’est vouloir faire apprivoiser l’altérité plutôt que de la combattre, construire des ponts plutôt en démantelant les murailles, c'est remplacer la crispation identitaire par un dialogue toujours fécond, même s'il se révèle très souvent difficile.

Comment stimuler les rencontres et les interactions entre porteurs d’identités différentes ?

L’engagement multiculturel c'est comme  les chiens de faïence qui se font face à face, cela se limite à un constat de coexistence, entre porteurs d’identités culturelles différentes. En revanche, la dynamique interculturelle génère et multiplie les interactions et les rencontres entre individus et groupes porteurs d’identités culturelles différentes mais très conscients de construire ensemble un avenir commun plus riche.

De telles interactions se produisent rarement par hasard en dehors d’un dessein volontariste, porté rarement par des groupes mais bien souvent par des individus audacieux, originaux pionniers créatifs et ce qui est plus rare encore: altruistes et généreux. Ceux-là pratiquent l’interculturel avec leurs tripes et leur cœur dans des lieux qu'ils découvrent ou qu'ils créent  et où ils font régner une sagesse faite de réalisme et de bon sens.

Mais qu'on ne se leurre pas: la compréhension et l'échange entre individus de cultures différentes ne va jamais de soi. La simple compétence linguistique est condition nécessaire mais non point suffisante.

Assurément, il existe diverses manières de vivre ensemble en relative harmonie à l’échelle d’un quartier, d’une école, d’une maison de soins, d’un bistro de quartier, d’un centre culturel voire d’une commune, d’une ville... Comme dit Assita Kanko: L’intégration, cela ne veut pas dire que je ne peux plus manger du couscous et du manioc, que je ne peux pas porter une robe africaine, cela veut dire que j’apprends les langues d’ici, que je m’intègre dans la société de manière libre. Bien sûr, on est libre de ne parler, par exemple, que le turc, mais si on ne trouve pas un emploi, alors il ne faut pas se plaindre. Or, c’est quand même sur mon salaire que l’on prélève de quoi entretenir celui qui a choisi de ne parler que le turc… "

L’interculturel se vit le plus spontanément entre sujets cosmopolites (incarnant une  pluralité d’identités et de cultures), capables de se mettre franchement à la place de l’autre, de développer une relation d'empathie, de se  projeter dans une autre perspective que celle de sa communauté d’origine.

Il existe dans toutes les grande villes cosmopolites et à Bruxelles en particulier un certain nombre de lieux interculturels créés et animés par des pionniers du vivre ensemble. Des hommes et des femmes qui, spontanément, se mettent en action pour que les choses changent et se mettent ainsi en recherche d’une autre mentalité et d'une autre façon de vivre ensemble.

Jan Goossens déclarait dans une interview à DiverCity que Bruxelles sera interculturelle ou ne sera pas ! Gageons que, plus globalement, l'Europe sera interculturelle ou ne sera pas. Dès lors, qui aura le courage de faire de la capitale de l'Europe, notre capitale Bruxelles, ce qu’elle est en germe : une cité cosmopolite où les diverses cultures présentes se fécondent pour déboucher sur une «culture commune» qui à la fois les englobe toutes et les dépasse ?

Saint-Gilles est assurément la commune la plus interculturelle de la Région bruxelloise. Elle baigne dans un vrai bouillon de cultures (au pluriel). Mais il existe bon nombre d'autres lieux de diversité à Bruxelles qui nous invitent à repenser notre manière d’être à l’autre, qui nous  interpellent sur notre vision du monde notre relation à l’autre. Il serait bon que les pouvoirs politiques locaux stimulent la création d'espaces de dialogues à investir par la parole, afin de (ré)apprendre à aller vers l’autre sans préjugés et à créer ainsi du lien social.

Tous ces lieux d’échanges doivent faire de Bruxelles un laboratoire cosmopolite en induisant une dynamique interculturelle faisant de la capitale de l'Europe un prototype pour l’Europe. Comme la terre d'Andalousie autrefois (du huitième au quatorzième siècle),  la terre bruxelloise est un excellent terreau interculturel.L'intercultuel est un formidable défi et un superbe horizon pour nos politiques encaqués dans le court terme mais c’est surtout une chance immense pour la construction de notre avenir commun si tant est que nous rêvons encore d'un avenir commun.

L'avenir se décidera entre les deux branches de l'alternative: l'interculturel ou la barbarie.

L'enjeu de cette bataille demeure aujourd'hui très incertain.

DiverCity

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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