vendredi 9 août 2013

Pas tous égaux face à l’léchec scolaire?

BOCART STÉPHANIE  La Libre Belgique


Ecolo a obtenu les chiffres de taux d’échec par bassins scolaires. Il ressort  de leur analyse qu'il est lié à la zone locale d’enseignement.


Pour la première fois en Communauté française, on dispose d’une cartographie de l’échec scolaire. Soit : quels sont les taux d’échecs selon les zones d’enseignement (ou bassins scolaires) fréquentées par les élèves du primaire et du secondaire.

Pour ce faire, dix députés Ecolo ont demandé par voie de questions écrites, à la ministre de l’Enseignement obligatoire, de leur transmettre les chiffres et statistiques de leur bassin scolaire. Ceux-ci sont en effet au nombre de dix : Bruxelles-Capitale, Nivelles, Huy-Waremme, Liège, Verviers, Namur, Luxembourg, Hainaut occidental, Mons-centre et Charleroi-Hainaut Sud.

"Les statistiques relatives à l’enseignement publiées chaque année sont des moyennes de toute la Communauté française, rappellent-ils, et ne nous apprennent donc rien sur les réalités pourtant différentes des bassins scolaires".

Pour "en avoir le cœur net", ils ont donc demandé que soient ventilées, bassin par bassin, des données telles que le redoublement, l’indice socio-économique (ISE) des élèves dans la zone fréquentée, la part d’élèves dont la nationalité n’est pas belge, etc. "Il s’agit d’une première en Communauté française, souligne Ecolo, puisque ces données n’auraient pas été publiées sans l’intervention des députés Ecolo".




15,3 % D’ECHECS EN SECONDAIRE

Selon les chiffres recueillis par les verts, en 2010-2011, le taux de redoublement des élèves du primaire s’élève à 3,9 %, soit 12 151 enfants sur une population scolaire totale de 307 637 élèves. Un pourcentage qui grimpe à 5,5 % dans la zone de Charleroi-Hainaut Sud, mais baisse à 2,1 % dans le bassin scolaire de Nivelles.

Au niveau du secondaire, ce sont 53 508 élèves qui ont redoublé en 2010-2011, soit 15,3 % des 349 030 enfants scolarisés cette année-là. A l’échelon local, le taux d’échec atteint 18 % dans la zone de Bruxelles-Capitale, 17 % dans la zone Mons-Centre, 16,1 % dans celle de Charleroi-Hainaut Sud, contre 12 % à Huy-Waremme ou 12,1 % dans le Luxembourg.

Comparativement, cinq ans plus tôt, en 2006-2007, le taux d’échec moyen était de 4,3 % en primaire (pour 301 355 élèves) et de 13,6 % en secondaire (pour 357 438 élèves). "Si la tendance est à la baisse (légère) (- 0,4 %) dans le primaire, commente Ecolo, elle est par contre à la hausse (+ 1,7 %) dans lesecondaire,où la situation semble donc s’aggraver".

Pour les verts, il importe dès lors de construire avec les enseignants des alternatives pragmatiques et efficaces au redoublement, en mettant, notamment, à profit les expertises d’autres bassins sur le terrain. Ils plaident également pour un "véritable tronc commun" jusqu’à 14 ans avec des apprentissages techniques, scientifiques, artistiques et créatifs qui permettent de poser des choix éclairés.

En outre, le détail du taux d’échec par bassin scolaire "confirme bien le lien que l’on peut opérer entre indice socio-économique (ISE) (1) et réussite scolaire, observe Ecolo, à savoir que plus le premier est faible, plus les difficultés scolaires sont présentes". Autrement dit, les enfants des milieux urbains et défavorisés souffrent davantage de l’échec scolaire.

PLUS DE QUALIFIANT EN HAINAUT

Ainsi, dans les bassins de Bruxelles et de Charleroi-Hainaut Sud, où les taux d’échec sont les plus élevés, le niveau socio-économique est en-dessous de la moyenne de la Communauté française (0), soit à respectivement - 0,38 et - 0,34. A contrario, les bassins qui présentent le moins d’échecs scolaires comme Nivelles, Huy-Waremme ou le Luxembourg sont ceux dont l’ISE est plus élevé que la moyenne, soit 0,95, 0,46 et 0,47. A cet égard, Ecolo propose une évaluation participative et de fond du décret de 2009 organisant l’encadrement différencié des écoles.

Les chiffres par bassins scolaires mettent en évidence d’autres divergences locales. Bruxelles compte ainsi la plus forte proportion (23 %) d’élèves qui n’ont pas la nationalité belge, contre 2 % à Huy-Waremme ou 6 % à Verviers. De même, 59 % des élèves du Hainaut occidental fréquentent l’enseignement qualifiant, tout comme 58 % des élèves de la zone Mons-Centre ou 56 % de la province de Namur, contre 34 % des élèves du bassin de Nivelles. Autant de spécificités qui mènent Ecolo à estimer qu’il conviendrait de"différencier les politiques par bassins scolaires pour qu’elles s’ajustent aux réalités des écoles et de leurs territoires".

(1) L’ISE est calculé sur la base de cinq critères : le revenu par habitant, le niveau de diplôme, le taux de chômage, les activités professionnelles et le confort des logements.

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COMMENTAIRE DE DIVERCITY

DIFFERENCIER LES POLITIQUES EDUCATIVES PAR BASSINSSCOLAIRES

Il ne serait pas inutile de connaître, à titre de simple comparaison, la cartographie de l'échec scolaire en Flandre et dans les régions frontières de France, du Luxembourg et de Hollande. Ceci dit, la démarche écolo est éclairante. Il allait "sans dire" que la situation de Bruxelles était préoccupante et voilà que cela se confirme de manière lumineuse par le biais des statistiques.  On s'étonnera qu'il ait fallu cette initiative des verts pour prendre conscience du problème.  Il est clair que la gestion de la problématique de l'échec scolaire et de l'enseignement de manière générale ne saurait se piloter de la même manière à Bruxelles qu'à Nivelles ou à Namur comme c'est actuellement le cas.  La solution consisterait-elle à régionaliser l'enseignement, de manière à ce que la Région Bruxelles Capitale bénéficie d'une autonomie de gestion de ses écoles? Certains le croient; nous n'en sommes pas convaincus et estimons au contraire qu'il conviendrait de plaider pour une gouvernance par bassin scolaire. C'est, nous semble-t-il, à juste titre  qu’il conviendrait -comme le suggèrent les verts- de"différencier les politiques par bassins scolaires pour qu’elles s’ajustent aux réalités des écoles et de leurs territoires".

Autrement dit, chaque bassin scolaire devrait pouvoir bénéficier d'une autonomie de gestion c'est-à-dire de pilotage de son enseignement. Autonomie financière mais surtout autonomie pédagogique en termes de projets éducatifs.  Il va de soi que ceci implique, singulièrement à Bruxelles, un effort d'investissement en personnel, en matériel et en soutien dans les enseignements techniques et professionnelsC'est dire que la faveur dont jouit l'enseignement général doit être tempérée et compensée par un effort considérable au bénéfice des autres formes d'enseignement à savoir l'enseignement qualifiant .  Mais cela vaut également pour l'enseignement primaire. On parle beaucoup, sans toujours bien le définir, d'enseignement différencié. Il va de soi qu'on n'enseigne pas de la même manière à Molenbeek qu'à Uccle Calevoet,  ou alors j'ai tout faux!

MG

 

 

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