lundi 19 août 2013

Siegfried Bracke: "La N-VA est souvent d’accord avec le MR"


ENTRETIEN FRANCIS VAN DE WOESTYNE 

 


Siegfried Bracke détaille la stratégie des nationalistes flamands pour 2014.

Pour l’heure, il se repose près de Perugia, splendide ville italienne. On pourrait organiser, là, l’été, quelques rencontres politiques: pas très loin, à l’est, Elio DiRupo a ses habitudes, et un peu à l’ouest, Guy Verhofstadt cultive son huile d’olive et ses vignes. Bientôt, Siegfried Bracke, l’ancien journaliste vedette de la VRT, aujourd’hui député N-VA, gagnera sa “deuxième ville” comme il l’appelle, Rome, là où il se rend au moins quatre à cinq fois par an. Comme on le comprend. C’est là qu’il recharge ses “accus”. Car des forces, il en aura besoin, à la rentrée. C’est sur lui que la N-VA compte pour lancer son “roadshow” destiné à démonter le “good news show d’Elio Di Rupo”. Nous l’avons extrait quelques instants de son farniente.

VOUS LANCEZ TRES TOT VOTRE CAMPAGNE… 


C’est “De Tijd” qui a dit que ce roadshow constituait le début de la campagne électorale. C’est plus nuancé. En avril- mai 2013, nous avons lancé l’idée d’expliquer aux gens ce qu’est vraiment la N-VA, son premier engagement… 


L’ARTICLE PREMIER, C’EST L’INDEPENDANCE…


Notre premier objectif, c’est le social et l’économie. C’est la prospérité et le bien-être des citoyens. Si nous proposons des changements institutionnels, c’est dans l’objectif de restructurer l’économie. La réforme de l’Etat n’est qu’un moyen pour amener ces changements. L’Europe et le monde changent, la Belgique doit changer aussi. Nous voulons montrer que ce que le gouvernement dit, à savoir que la Belgique ne va pas trop mal, et bien ce constat doit être, à tout le moins, nuancé. 


TOUT N’EST DONC PAS MAUVAIS… 


Oui, il y a des choses qui vont mieux. Mais il y en a peu, très peu. Des évolutions ont lieu, dans certains domaines, notamment dans le secteur des pensions. Mais quand vous comparez ce que l’on fait ici, avec ce qui se fait ailleurs, ce n’est vraiment qu’un tout petit, petit pas… Mais il ne faut pas désespérer puisque certains pays européens y arrivent. 


QUELS CHANGEMENTS PROPOSEZ-VOUS?


Aujourd’hui, nous nous contentons de dresser l’analyse de la situation. Nos réponses, nous les présenterons lors de notre congrès en janvier-février 2014. Nous n’allons pas tirer sur le gouvernement mais seulement présenter des faits, des analyses. La réalité est notre principal argument. 


IL Y A EU DES ASSAINISSEMENTS (20 MILLIARDS), UNE REFORME DE L’ETAT, UNE SCISSION DE BHV, N’EST-CE PAS LA REALITE? 


Vingt milliards d’économies? Non. Ce ne sont pas des réductions de dépenses, mais des recettes supplémentaires. BHV scindé? Les compensations offertes par les Flamands, au niveau électoral et judiciaire, sont incroyablement trop importantes. Voyez l’étude de KPMG; cette scission va créer beaucoup de problèmes et il faudra engager des magistrats flamands mais aussi francophones à un moment où il faut faire attention au moindre centime. 


IL FAUT BIEN REGLER L’ARRIERE JUDICIAIRE…


Bien sûr. Mais il faut voir d’où vient cet arriéré. Et il ne faut pas utiliser la clé 80/20 si la réalité est 70/30. Sinon, on recrée un arriéré. 


VOUS PARLEZ BEAUCOUP DU BIEN-ETRE, MAIS LE COMMUNAUTAIRE EN FAIT, EST PARTOUT A LA N-VA.


Je reviens à l’article premier de nos statuts dans lequel nous plaidons pour l’indépendance. On ne veut pas y arriver et puis dire: voilà, c’est fini. Non, cette évolution doit permettre de prendre des décisions dans l’intérêt des Flamands. Il est urgent de rétablir la position concurrentielle des entreprises. Mais à présent, ce n’est pas possible parce que, dans le sud du pays, des gens ne sont pas d’accord avec nous. Dès lors, ils bloquent ces décisions au niveau fédéral. C’est là où la réforme de l’Etat touche à l’économie et au bien-être. Nous avons besoin de l’autonomie pour prendre des décisions nécessaires à l’épanouissement des générations futures. On dit toujours que notre système de soins de santé est le meilleur d’Europe… 


ET CE N’EST PAS VRAI


Venez au roadshow, vous verrez… 


LES AUTRES PARTIS FLAMANDS NE VEULENT PAS D’UNE 7 EREFORME DE L’ETAT?


Nous pensons qu’il faut plus d’autonomie, et que francophones et Flamands doivent décider ce qu’ils veulent encore faire ensemble, via l’Article35 de la Constitution. 


VOUS SEREZ SEULS, POUR CELA…


Bart De Wever l’a déjà dit: nous ne négocierons pas pendant 500 jours. Si nous sommes appelés à gouverner au niveau fédéral et régional, nous nous mettrons tout de suite au travail. 


LA N-VA EST DONC CANDIDATE AU FEDERAL… 


C’est clair: la N-VA est candidate partout, au fédéral, au régional. Et on est prêt à appliquer, en priorité, un programme socio-économique. 


POURQUOI LA NEGOCIATION REUSSIRAIT-ELLE EN 2013 ALORS QU’ELLE A ECHOUE EN 2011 AVEC VOUS? 


Parce que le monde a changé. L’urgence est là. Sinon, ce sera trop tard. On tombera dans la situation de la Grèce. Et contrairement à ce qu’on dit, nous sommes évidemment prêts à faire des compromis, nous en faisons tous les jours au gouvernement flamand, dans les villes que nous dirigeons. Et au Parlement, nous sommes souvent d’accord avec le MR. 


C’EST AVEC EUX QUE VOUS VOULEZ GOUVERNER


La meilleure coalition est celle qui enclenchera des réformes dont le pays a besoin. Avec qui? Qu’ils soient bleus, rouges, orange, verts, on verra… 


SI VOUS ETIEZ TOUJOURS JOURNALISTE, VOUS N’AURIEZ PAS ACCEPTE CETTE REPONSE TRES “LANGUE” DE BOIS… 


Je répète: tout dépendra des élections. 


IL FAUDRA BIEN NEGOCIER AVEC D’AUTRES PARTIS… 


Attendons le verdict de l’électeur qui devra choisir entre les partis traditionnels qui ont scellé leur sort et la N-VA. 


VOTRE PROGRAMME EST BIEN DE CENTRE DROIT… 


Oui, bien sûr. Et si nous pouvons choisir, nous choisirons des partis qui sont proches de nous. Nous ne sommes pas des ultralibéraux mais je constate que les socialistes sont les plus éloignés de nous: ils créent des structures, ils dépensent… 


UNE EXCLUSIVE A L’EGARD DU PS?


Il faudrait être fou pour faire cela. 


UN PREMIER MINISTRE FRANCOPHONE, EST-CE POSSIBLE POUR VOUS?


D’abord le programme. Didier Reynders serait-il un Premier acceptable pour vous? Tout dépend du programme. 


BART DE WEVER VA-T-IL RESTER BOURGMESTRE D’ANVERS JUSQU’EN 2018? 


C’est ce qu’il a promis. 


IL NE JOUERA DONC PAS DE ROLE AU FEDERAL


On verra, d’abord le programme, puis les élections, puis les “postjes”.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

"NOUS SOMMES EVIDEMMENT PRETS A FAIRE DES COMPROMIS"

 

Voici résumée en dix points la feuille de route électorale de la N-VA à travers la voix son porte-parole Siegfried Bracke, l'intello de la N-VA, l'homme qui se veut rassurant quand d'autres soufflent un vent glacial à en avoir froid dans le dos. Depuis des mois et jusqu'en mai 2014 la N-VA ne cessera d'alterner douche médiatique glacée et jet de vapeur pour attirer l'électeur. Et ça marche!

En somme plus les francophones consentent des concessions, plus ils aiguisent les appétits de la N-VA. Cette escalade sans fin à pour but de les inciter à demander eux-mêmes la scission du pays en vertu de la célèbre doctrine Maddens. Il s'agit d'une stratégie politique flamande pour le dialogue communautaire développée par le politicologue Bart Maddens de la KU Leuven, visant à rendre la partie opposée (les francophones de Belgique) demandeurs.

Elle se résume comme suit :

utiliser toutes les arcanes juridiques possibles pour créer un système politique flamand parallèle et autonome en Flandre,

assécher les ressources de l’État fédéral et donc tarir les ressources financières wallonnes et bruxelloises,

puis échanger de nouvelles compétences pour la Flandre contre un refinancement des niveaux fédéral, régional wallon et bruxellois.

En fait, plutôt qu'une doctrine, c'est une idée répandue en Flandre selon laquelle l’indépendance flamande s’achètera grâce à l’impécuniosité et la mauvaise gestion chronique francophones.

A bien considérer les dix points mis en avant par Siegfried Bracke ils épousent parfaitement les trois objectifs de cette doctrine.

Notre premier objectif, c’est le social et l’économie. La réforme de l’Etat n’est qu’un moyen pour induire ces changements. Nous voulons restructurer l’économie.

Nos réponses, nous les présenterons lors de notre congrès en janvier-février 2014.

Vingt milliards d’économies? Non. Ce ne sont pas des réductions de dépenses, mais des recettes supplémentaires. BHV scindé? Les compensations offertes par les Flamands, au niveau électoral et judiciaire, sont incroyablement trop importantes.

Il est urgent de rétablir la position concurrentielle des entreprises. Mais à présent, ce n’est pas possible parce que, dans le sud du pays, des gens ne sont pas d’accord avec nous. Dès lors, ils bloquent ces décisions au niveau fédéral.

Nous avons besoin de l’autonomie pour prendre des décisions nécessaires à l’épanouissement des générations futures.

il faut plus d’autonomie, francophones et Flamands doivent décider ce qu’ils veulent encore faire ensemble, via l’Article35 de la Constitution. 

La N-VA est candidate partout, au fédéral, au régional. Et on est prêt à appliquer, en priorité, un programme socio-économique. 

L’urgence est là. Sinon, ce sera trop tard. On tombera dans la situation de la Grèce.

Nous sommes évidemment prêts à faire des compromis,

au Parlement.

Nous sommes souvent d’accord avec le MR les socialistes sont les plus éloignés de nous: ils créent des structures, ils dépensent, dépensent, dépensent… 


 

Aucun commentaire: