mardi 20 août 2013

Valls jette un froid à la table du séminaire

Libération



Manuel Valls, lundi, lors du séminaire à l'Elysée. (Photo Rémy de laMauvinière. AFP)

COULISSES Une sortie du ministre de l'Intérieur sur la politique migratoire et l'islam a choqué certains ministres.

Par GRÉGOIRE BISEAU

Les ministres qui avaient été passablement agacés par les sorties estivales du ministre de l’Intérieur n’ont pas été déçus de leur séminaire de rentrée à l'Elysée, en retrouvant ce matin un Manuel Valls, égal à lui-même. «Il a franchi un cap hallucinant», confie anonymement un ministre. «Ça pose un vrai problème politique», rajoute un autre. Alors que le débat sur le thème du «vivre ensemble» était en train de toucher à sa fin, le ministre de l’Intérieur a pris la parole pour évoquer les deux défis majeurs qui attendent la France. D’abord la poussée démographique, notamment africaine va, selon Valls, «obliger d’ici à dix ans à repenser notre politique migratoire». Et d'ajouter que la«question du regroupement familial pourrait être revue». L’autre défi serait de faire la démonstration que «l’islam est compatible avec la démocratie».

Une sortie qui a manifestement divisé la table. Certains ministres y ont vu «un moment de consternation outrée», selon les mots d’un des participants. D’autres n’ont rien entendu «ni de neuf, ni de choquant».Manuel Valls lui assume et déclare à Libération s’être «appuyé» sur les déclarations de François Hollande à Tunis pour affirmer que la France«allait faire la démonstration que l’islam est compatible avec la démocratie». Et que c’est faire preuve de «mauvaise foi que de comprendre autre chose». Etant le dernier à parler, Valls n’a pas pu lever l’ambiguïté. Et comme François Hollande n’a rien relevé dans ses conclusions, chacun est reparti avec ce qu’il avait voulu entendre.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

SURPRENANT

Cela fait des années que nous plaidons en faveur d'une refexion au niveau du temps long, quand le monde politique est obsédé par un horizon électoral de maximum quatre ans.

En cela, l'initiative de Hollande est remarquable.

Chacun en tirera ses conclusions facilement transposables à notre pays du reste.

MG

 


JEAN PISANI-FERRY : «PRENDRE UNE PERSPECTIVE A DIX ANS, C’EST SE FORCER A UN DIAGNOSTIC PLUS PROFOND»

Le séminaire de rentrée du gouvernement, invité à plancher sur le thème de «la France en 2025», s'est conclu hier, lundi 19 août. L'objet de cette réunion de rentrée : définir un cap pour la France sur le moyen terme. 

Nommé en mai 2013 Commissaire général à la stratégie et à la prospective, l'économiste Jean Pisani-Ferry a été chargé de proposer, dans un rapport qu'il doit rendre d'ici la fin 2013, une stratégie pour le pays, sur dix ans. 

A QUOI SERT DE SE LIVRER A UN TEL EXERCICE ?

Aujourd’hui il y a une grande difficulté dans l’opinion, dans la société française à se donner une perspective. Il y a un énorme pessimisme sur l’avenir. Quand on demande aux gens si leurs enfants vivront plus mal qu’eux, majoritairement ils le pensent. Ce n'était pas le cas au début des années 2000. Mais aujourd'hui, l’angoisse du présent est redoublée par le fait qu’on ne voit pas clair sur l’avenir.

Donc l’idée, c’est de clarifier un certain nombre de perspectives, de trancher un certain nombre de choix, de se donner des objectifs concrets qui orientent l’action publique.

CETTE INITIATIVE EST-ELLE INEDITE ?

Beaucoup de pays se sont donné des objectifs à dix ans, particulièrement dans des situations d’incertitude, de doute soit sur la performance économique, soit sur le modèle de croissance, le modèle social... bref, dans des moments de réexamen. On pense évidemment à l’Allemagne en 2003, mais on peut penser aussi à la Suède dans les années 1990...

Qu’a fait Schröder en 2003 ? Il a fixé un agenda 2010. A l’époque, on disait de l’Allemagne qu’elle était l’homme malade de l’Europe !

Pourquoi dix ans ? Parce qu’il faut du temps pour obtenir des résultats. Quand une équipe arrive au pouvoir, elle a son programme électoral, mais cinq ans, c’est un délai extrêmement court, vous ne pouvez pas vous fixer des objectifs de transformation. Vous n’avez pas le temps de repenser votre modèle de l’égalité, ou votre insertion dans la mondialisation, et de voir les résultats.

Prenez l’école. 140 000 jeunes décrochent chaque année du système scolaire, en sortent sans diplôme. Pour réduire ce nombre il faut prendre les choses en amont, bien avant que le décrochage soit avéré. Il faut repenser les méthodes.

 

Il faut comprendre vraiment ce que pensent les citoyens, par exemple sur la question de l’égalité, ce qui est très mal ressenti ce sont les inégalités d’accès, au savoir, au logement, aux transports, à la santé... Les gens acceptent une certaine inégalité de revenus, mais il y a des inégalités qu’ils n’acceptent pas – à juste titre d’ailleurs. Notre travail c’est aussi de comprendre comment les Français vivent concrètement aujourd’hui la question de l’égalité. 

DANS VOTRE INTRODUCTION DU SEMINAIRE GOUVERNEMENTAL CE LUNDI MATIN, VOUS AVEZ EVOQUE UNE FRANCE «PLUS VIEILLE, PLUS PETITE, MOINS RICHE», MAIS QUI «NE MANQUE PAS D’ATOUTS». QUELS SONT-ILS ?

La France est riche d’une population active mieux formée que dans toutes ces dernières décennies, et pour les équipements (électricité, télécommunications, autoroutes, etc.) elle est extrêmement bien placés au niveau international (nous sommes 5e au niveau mondial).  Certes nous sommes un peu moins bons sur l’équipement internet, mais néanmoins à un niveau correct. Beaucoup de gens veulent vivre en France et c’est un atout : la créativité, c’est aussi une affaire de villes où les gens ont envie de vivre.

 

«L’EUROPE DANS 10 ANS APPARAIT AVEC MOINS DE NETTETE». COMMENT FIXE-T-ON UN CAP QUAND L’ETAT DE L’UNION EUROPEENNE EST SI INCERTAIN ? 

Aujourd’hui l’Europe est un facteur d’incertitude. L’Union a mal géré l’avant-crise et la crise. En matière de gouvernance de la zone euro, le travail n’est pas fini. Politiquement, l’Europe est impopulaire partout, on parle même ici ou là de sortie du Royaume-Uni. Le risque de délitement existe. Paradoxalement il y a plus de certitudes au niveau mondial qu’au niveau européen. 

 

 

 

 

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