lundi 30 septembre 2013

"La N-VA, c'est tout pour Anvers, rien pour Bruxelles"

MATHIEU COLLEYN La Libre Belgique



 Guy Vanhengel (Open VLD), ministre régional du Budget, affirme que Bruxelles-Capitale est mieux gérée que ce que laisse entendre fréquemment la N-VA. En 2014, il préférerait que les nationalistes flamands ne se trouvent au pouvoir nulle part...

Guy Vanhengel ne boude pas son plaisir. Le ministre du Budget de la Région bruxelloise et chef de file des libéraux néerlandophones de la capitale annonce un équilibre budgétaire avec deux ans d’avance sur les prévisions. Et ne mâche pas ses mots à l’égard de la N-VA qui, selon lui, pollue le débat politique à coups de déclarations mensongères.


LES FINANCES DE LA REGION BRUXELLOISE SONT DONC SAINES… 

Elles sont à nouveau saines parce que nous avons fait comme dans les autres entités du pays. On a coupé dans les dépenses, serré la vis et diminué les frais de fonctionnement. On le fait depuis quelques années. Lorsque je suis entré au gouvernement bruxellois, on avait un déficit qui dépassait les 300 millions. En travaillant durement, nous sommes parvenus à l’équilibre. Et ce, aussi grâce au plus juste financement de Bruxelles obtenu dans la sixième réforme de l’Etat.Comme je l’avais promis, avec un financement correct, les efforts sur le déficit seraient fournis. On y est. 


LA REGION BRUXELLOISE PARVIENT-ELLE A RENVERSER L’IMAGE NEGATIVE VEHICULEE EN FLANDRE?

Un des grands préjugés par rapport à Bruxelles est en train de tomber : "Bruxelles est mal gérée". Nous démontrons que nous savons gérer si on nous donne les moyens qui correspondent à notre force économique au sein du pays. Nous avons 350 000 personnes qui viennent travailler chez nous chaque jour, qui profitent des investissements que nous faisons mais ne participent pas au financement de l’ensemble. 


UN STADE, UN MUSEE, UN NOUVEAU PLAN PROPRETE, UN MILLION D’ARBRES PLANTES. CES GRANDS PROJETS NE SERVENT-ILS PAS A CACHER UN BILAN EN DEMI-TEINTE DE VOTRE GOUVERNEMENT ? EN TERMES DE LOGEMENT OU D’EMPLOI PAR EXEMPLE.

On ne peut pas dire que la Région ne parvient pas à créer de l’emploi. Nous sommes le bassin d’emploi le plus important du pays. Mais le grand problème, c’est que beaucoup de ces emplois nécessitent de hautes qualifications. Il y a un problème d’enseignement. Ce sont les Communautés qui doivent prendre leurs responsabilités à cet égard, mais on y travaille. Ensuite, il faut chercher les secteurs économiques où la croissance profite à des personnes qui ne sont pas universitaires. 


PARLONS ELECTIONS: LES NEERLANDOPHONES SE PRESENTERONT-ILS SUR UNE LISTE UNIQUE A LA CHAMBRE? 

Je cherche des kamikazes (rires). Je crois que chaque parti participera aux élections en sachant que les voix qu’ils pourront récolter ne suffiront pas pour obtenir un siège à la Chambre. Faire collaborer tous ces partis pour faire une liste unique me semble infaisable. Où siégerait l’élu qui en sortirait? Comme indépendant ? En solitaire ? Pourquoi les autres partis favoriseraient-ils un siège pour un autre sachant que cela peut peut-être faire basculer une majorité?


SI VOUS ETIEZ DANS LE PREMIER PARTI, VOUS PLAIDERIEZ POUR UNE LISTE UNIQUE… 

Mais je suis dans le premier parti… 


DANS LES SONDAGES, C’EST LA N-VA. 

Ils nous frôlent mais dans les résultats effectifs c’est nous, depuis quelques années déjà. 



LA N-VA MULTIPLIE LES DECLARATIONS CHOC… COMMENT ANALYSEZ-VOUS CETTE STRATEGIE?

Ce sont des déclarations mensongères. Sur la prison au Maroc, c’est irréfléchi. C’est impossible et ça ne sert à rien. Mais ça peut marcher dans l’électorat. Cela démontre que la N-VA se rapproche de plus en plus des idées du Vlaams Belang.


EN A-T-ELLE JAMAIS ETE ELOIGNEE? 

Elle a toujours fait croire qu’elle en était éloignée. C’est cela qui est mensonger. Et ce qui est encore mensonger, c’est qu’elle n’avoue pas qu’elle est un parti séparatiste. Tout ce discours soi-disant confédéraliste. Quelle en est l’utilité ? Attirer les autres partis pour les mettre dans le bain. C’est un jeu sémantique qui cache le séparatisme. Et ce dernier ne peut qu’appauvrir l’ensemble du pays, Flandre comprise ! C’est ce que je m’efforce d’expliquer. Il y a des dogmes qui s’installent suite au discours N-VA. Mais ces dogmes ne se vérifient pas dans la réalité. Comme pour la gestion de Bruxelles.


IL NE VAUT MIEUX PAS QUE LA N-VA SE RETROUVE AU GOUVERNEMENT FEDERAL, A VOUS ENTENDRE?

Il vaut mieux qu’elle ne se retrouve nulle part.


AVEC CETTE DIVERGENCE, GOUVERNER AVEC ELLE… DIFFICILE OU IMPOSSIBLE?

Il ne faut jamais dire jamais mais ce sera difficile. Ils essayent de faire croire qu’ils veulent s’occuper de Bruxelles. Les Bruxellois doivent savoir que la N-VA ne peut rien leur apporter. La finalité de la N-VA, c’est d’en compliquer la gestion pour parvenir à l’indépendance de la Flandre. 


POUR "RECUPERER" BRUXELLES?

Non. S’introduire ici pour faire sauter la baraque. Il n’y aura pas d’indépendance flamande sans faire sauter les institutions belges et bruxelloises. Leur discours est mensonger, je le répète.


ET RACISTE?

Non, je n’oserais pas dire cela. Stigmatisant parfois, par rapport aux francophones ou même aux Bruxellois. Le dédain avec lequel ils parlent de nous ! Vous savez ce qu’on me dit en Flandre ? Que M. Bourgeois veut changer l’inscription de la tour de l’Yser. Avant c’était AVV VVK, "Alles voor Vlaanderen Vlaanderen voor Christus". Maintenant il va mettre AVA NVA :"Alles Voor Antwerpen Niks Voor Anderen". Tout pour Anvers rien pour les autres. C’est un des éléments de ce parti : tout est axé sur la future capitale de la Flandre : Anvers.


VOUS NEGOCIEREZ AVEC LA N-VA EN 2014? 

De préférence pas. Mais il faut attendre les résultats. J’ai l’expérience du fait que ceux qui votent pour les partis néerlandophones de Bruxelles sont plus sages qu’on ne le pense et que quand des problèmes de ce type-là peuvent surgir, la volonté est de renforcer ceux qui défendent Bruxelles. 


VOTRE COLLEGUE BRUNO DE LILLE (GROEN) PARLE D’ACCORD PREELECTORAL ENTRE L’OPEN VLD ET LE SP.A QUI EST DANS L’OPPOSITION.

La vérité? C’est le "running gag" du moment. Cela m’amuse beaucoup. Du fait que nous ne sommes pas en bagarre permanente, ce qui serait dommage puisque Pascal Smet (future tête de liste SP.A à la Région) est ministre de l’Enseignement, on nous soupçonne. Là où probablement l’arithmétique ne permettra pas à deux partis de fonctionner à eux seuls.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

VANHEGEL EN CAMPAGNE CONTRE LA N-VA



Ma mère raconte volontiers avec l'accent russe une blague éculée: "qu'est ce qui fait peur à grrrenouille et couple amourrrreux?...La cigogne!"

Qu'est ce qui fait peur au VLD Van Engel et à l'ensemble des élus régionaux bruxellois flamands?...La N-VA.

En effet, si la N-VA devait devenir le parti le plus puissant des quatre partis flamands (CD&V, Spa, VldGroen) elle serait en mesure de bloquer la formation d'un gouvernement bruxellois.

Le rêve de la N-VA: paralyser Bruxelles et faire d'Anvers la capitale de la Flandre indépendante. Selon Vanhengel, la N-VA veut: "s’introduire ici pour faire sauter la baraque. Il n’y aura pas d’indépendance flamande sans faire sauter les institutions belges et bruxelloises. Leur discours est mensonger. Je le répète: la finalité de la N-VA, c’est de compliquer la gestion de Bruxelles pour parvenir à l’indépendance de la Flandre." "Avant c’était AVV VVK, "Alles voor Vlaanderen Vlaanderen voor Christus". Maintenant il va mettre AVA NVA : "Alles Voor Antwerpen Niks Voor Anderen". Tout pour Anvers rien pour les autres. Tout est axé sur la future capitale de la Flandre : Anvers."

 

Commentaire d'un internaute"Vanhengel tremble, il tremble à mort car les prochaines élections verront une belle percée de la NVA à Bruxelles. Son parti Open-VLD court en plus le danger de s'effondrer en Flandre. Vanhengel est mort de peur. Il sait que le Flamand préfère l'original NVA à la copie OpenVLD"

Un autre: "C'est grâce à la menace de succès de la NV-A aux prochaines élections que Bxl atteint l'équilibre budgétaire. Vanhengel sent le risque de se faire dépasser par ce parti en 2014 et se veut le plus vertueux possible."

Conclusion pour voter intelligent à Bruxelles: voter contre la N-VA car "la N-VA se rapproche de plus en plus des idées du Vlaams Belang."

Comment? A chacun sa méthode!

MG

 

 

dimanche 29 septembre 2013

Les partis rendent hommage à l'ancien ministre François Perin

BELGA Le Soir



BELGIQUE L'ancien ministre n'a jamais cessé d'être un esprit libre, non conformiste et guidé en permanence par son franc-parler. 

Le professeur émérite François Perin, un des pères du régionalisme, est décédé dans la nuit de jeudi à vendredi à l'âge de 92 ans. Ce juriste liégeois a été l'un des acteurs majeurs des réformes institutionnelles et l'un des moteurs de la marche de la Belgique vers le fédéralisme. On lui doit notamment la copaternité de l'article 107 quater de la Constitution (ancienne numérotation) consacrant les Régions wallonne, bruxelloise et flamande. Ce "107 quater" enflamma la vie communautaire belge durant deux décennies, en raison des revendications asymétriques, au nord et au sud, quant à l'avenir institutionnel du pays. Cette situation se débloqua définitivement avec la création effective de la Région bruxelloise en 1988, en échange de l'accord dit de pacification communautaire à Fourons.

Professeur de droit constitutionnel à l'ULg, François Perin a connu un parcours politique sinueux: socialiste, anti-léopoldiste, renardiste, régionaliste, réformateur libéral, happartiste, et enfin rattachiste.

Lors de l'épisode de la "question royale" (1945-1951), l'homme s'affirme. Il s'engouffre dans la fracture, nette, entre le nord et le sud du pays grâce à ses talents d'orateur et de débatteur, qui en font un plaideur pour le fédéralisme et un politicien de premier ordre.

François Perin devient ensuite président de parti, puis député en 1965, premier élu sur une liste exclusivement wallonne. Après avoir négocié, depuis l'opposition, la réforme de l'Etat de 1970, préfigurant l'Etat fédéral (trois Communautés et trois Régions), il sera le premier membre, de l'histoire du pays, d'un gouvernement (Tindemans) issu d'un parti régionaliste.

En 1976, il quitte, sur fond de dissensions, la formation du Rassemblement Wallon qu'il a fondé. Après des tractations avortées avec le PSC, il met sur pied, avec une série de personnalités dont Jean Gol et Etienne Knoops, le Parti des Réformes et de la Liberté de Wallonie (PRLW) qui succède au PLP d'André Damseaux. Cette nouvelle formation deviendra rapidement le PRL, ancêtre de l'actuel Mouvement réformateur (MR).

François Perin siège comme sénateur jusqu'en 1980 quand il décide alors de quitter définitivement cet hémicycle en déclarant "ne pouvoir rester représentant d'un État auquel il ne croit plus et d'une nation qui n'existe plus". Il quitte le PRL dont il ne peut plus "cautionner la politique conservatrice" et vision fédéraliste européenne.

Sur la fin de sa vie, il embrasse la cause rattachiste. Il figure sur une liste du Rassemblement Wallonie-France (RWF) en 2006.

Régionaliste convaincu tout au long de sa vie politique, François Perin voyait la Communauté française comme une osmose naturelle qui n'avait pas besoin d'institutions. Comme dans un dernier pied de nez, il s'en est allé un 27 septembre, à l'heure où les huiles francophones s'interrogeaient sur l'avenir de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Une personnalité attachante, un esprit brillant et un grand pédagogue. Telle est en substance la façon dont Didier Reynders a décrit François Perin. Le vice-premier ministre MR fut élève-assistant de François Perin à l'Université de Liège dans la 2e moitié des années 1970, dès sa deuxième candidature en droit.

"Son cours d'introduction au droit public en première candidature a marqué des générations d'étudiants. C'était un professeur qui remplissait son auditoire. Ce qui était frappant, c'était de voir des étudiants d'années supérieures qui revenaient écouter son cours", a expliqué M. Reynders.

François Perin fut aussi un grand Wallon: "Il a fait naître une conscience wallonne à travers le Rassemblement Wallon", a rappelé le vice-premier.

"C'est une personnalité attachante, parfois un peu professeur Tournesol, , un intellectuel brillant et un homme qui a mobilisé beaucoup de monde autour de lui et du Rassemblement Wallon avant de le quitter pour mettre sur pied le PRL avec des gens comme Jean Gol, Etienne Knoops ou François-Xavier de Donnea", a ajouté M. Reynders.

François Perin a quitté la politique au début des années 1980. Le temps passant, son scepticisme n'a cessé de grandir à propos de l'avenir de la Belgique.

"L'avenir nous dira si son pessimisme sur la Belgique se réalisera. Nous, nous avons choisi de faire un pari que lui ne faisait pas. Nous avons réorganisé l'Etat en donnant plus d'autonomie aux entités fédérées mais en garantissant quelque chose de fédéral", a encore dit M. Reynders.

RUDY DEMOTTE PLEURE LA DISPARITION D'UN DES DERNIERS PERES HISTORIQUES DE LA WALLONIE

"C'est un des derniers pères historiques de la Wallonie qui nous quitte". Dans les années 70, François Perin fut de ceux qui parvinrent à traduire dans les textes et dans les faits la revendication fédéraliste wallonne qui remontait à des décennies. Avec des personnalités comme Robert Moreau et Fernand Massart, il avait choisi la voie des partis wallons pour porter le combat fédéraliste devant la population qui lui apporta un grand soutien. En 1971, le Rassemblement wallon fut, en effet, la deuxième force politique de Wallonie. "Avec le socialiste Freddy Terwagne, il permit l'inscription de la Région wallonne dans la Constitution, via le célèbre article 107 quater. Il fut aussi à la base de l'expérience de régionalisation préparatoire lancée en 1974", a rappelé Rudy Demotte dans un communiqué.

Le ministre-président a salué l'"esprit aussi brillant qu'indépendant" de François Perin, un homme qui a activement concouru à la pose de plusieurs jalons importants de la naissance politique de la Wallonie, "une Région qui n'a cessé, depuis, d'approfondir son autonomie et sa position centrale au sein de l'Etat belge".

wallon en lequel il croyait et auquel il aura consacré toute son énergie".

"C'ETAIT MON PROFESSEUR", RAPPELLE ONKELINX

"C'était mon professeur. "Il était intelligent, joyeux, bouillonnant.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

"VOLTAIRE EST MORT UNE SECONDE FOIS



Un sacré bonhomme, ce sage voltairien qui nous quitte sur la pointe des pieds, ce Diogène armé de sa lanterne de libre penseur.

Encore un extra lucide qui s'en va dégoûté du spectacle qu'offre une Belgique à l'agonie face à la nation flamande mobilisée et  consciente de soi, "élitaire et dominatrice" comme disait de Gaulle du peuple israélien.

Un esprit clair, d'une implacable rigueur intellectuelle, un homme libre; libre comme l'esprit qui souffle où il veut, qui soufflait, dirons-nous mais qui continuera longtemps à animer (de "anima" le souffle) notre réflexion sur l'avenir.

Nous avions une immense tendresse pour ce personnage délicieux et complètement hors norme à la silhouette fragile mais au caractère d'acier. Salve d'honneur pour Perin de tous les partis et des quelques hommes et femmes d'Etats que compte encore la francophonie.

Pas un mot dans la presse flamande hormis une dépêche Belga dans Knack "Oud-minister professor-emeritus grondwettelijk recht François Perin is overleden. Perin was een van de drijvende krachten achter de institutionele hervormingen en een voortrekker van het federalisme." Preuve par l'absurde que ce pays en contient désormais deux.

Pour Perin, l'inéluctable indépendance de la Flandre ne pourra que déboucher, à terme, sur un rattachement de la Wallonie à la France. On est assez d'accord avec cela malgré le faible succès du courant rattachiste en Wallonie. On lira avec le plus vif intérêt une ancienne interview du germaniste Jules Gheude tirée du blog de Clause Thayse.

Attention, les faits commentés remontent à plusieurs années. Tout l'intérêt de cette interview réside dans le fait qu'elle regarde l'évolution belge par la lorgnette du temps long. C'était l'immense mérite de ce délicieux professeur Perin tellement original, avatar liégeois du grand Voltaire à qui il ressemblait et pas que physiquement.

Le pessimisme radical de ce non conformiste génial quant à l'avenir de la Belgique n'est hélas démenti par rien. Au contraire, l'"incurable mal belge" n'est rien d'autre que le nationalisme flamand triomphant que confirmeront à l'évidence les urnes de Flandre le 25 mai prochain. .

MG

 


A PROPOS DU LIVRE : L’INCURABLE MAL BELGE – SOUS LE SCALPEL DE FRANCOIS PERIN

 

 

 

JULES GHEUDE, VOUS QUI SUIVEZ L’EVOLUTION COMMUNAUTAIRE DEPUIS PRES DE QUARANTE ANS, QUEL CONSTAT DRESSEZ-VOUS AUJOURD’HUI ?

 

Le fédéralisme, en faveur duquel je me suis engagé au lendemain du fameux « Walen buiten » en 1968, se révèle être aujourd’hui un échec total. Pour réussir une recette fédérale - peu importe finalement le nombre de composantes -, il faut une volonté clairement exprimée de continuer à vivre ensemble dans un climat de confiance et de respect mutuels, où chacun est prêt, si le besoin s’en fait sentir, à jouer le jeu de la solidarité. Chez nous, c’est l’agressivité, la suspicion et la chamaille constantes.

 

LA FAUTE A QUI ?

 

En fait, l’explication de l’échec se trouve résumée dans le sous-titre que Manu Ruys a donné à son ouvrage « Les Flamands » en 1973 : « Une nation en devenir ». La Flandre s’est bel et bien érigée en nation. On commence par fixer une frontière en 1961, sur une base exclusivement linguistique. La « moedertaal » est le critère objectif suprême. Pas question de recourir, de près ou de loin, à un référendum pour connaître la volonté des individus. L’appartenance à la communauté flamande est imposée par la transmission, de génération en génération, du dialecte ancestral. Une fois le territoire fixé, il s’agit d’en assurer l’homogénéité linguistique : ce sera chose faite en 1971, avec le décret de septembre : obligation de s’exprimer en flamand dans les entreprises, avec sanction judiciaire à la clé ! Aujourd’hui, les projets de Constitution flamande parlent expressément de « nation flamande ».

 

IL N’Y A PAS DE PHENOMENE IDENTIQUE DU COTE WALLON ?

 

Non. Il y a bien eu cette mouvance Van Cauwenberghe-Happart qui s’obstinait à vouloir forger une « identité wallonne ». S’il faut la forger, c’est qu’elle n’existe pas. Et pour cause. Nous sommes de langue et de culture françaises. Point. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille nier les dialectes et les colorations locales.

 

LES WALLONS, DANS LEUR GRANDE MAJORITE, SE SENTENT DONC ENCORE BELGES ?


Oui. Et c’est là qu’est le drame. Car la « nation belge » n’existe plus, si tant est qu’elle ait jamais existé. Vous connaissez la définition qu’ Ernest Renan donnait de la nation : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune, un plébiscite de tous les jours. On est bien loin du compte !

 

LES SONDAGES NE REFLETENT DONC PAS LA REALITE ?

 

Certainement pas. Ils peuvent d’ailleurs être totalement contradictoires. Le même Flamand se déclarera contre le séparatisme mais pour la scission de la sécurité sociale. Or, on ne peut vouloir à la fois le maintien de l’Etat belge et la disparition de l’un des derniers piliers de la solidarité !


 

VOTRE DERNIER OUVRAGE EST INTITULE « L’INCURABLE MAL BELGE ». CE MAL, COMMENT LE DEFINIRIEZ-VOUS ?

 

Il porte un nom très simple : le nationalisme flamand. Et il est irréversible.

 

VOUS AVEZ PRIS FRANÇOIS PERIN COMME FIL CONDUCTEUR. VOUS ETES VISIBLEMENT TOUJOURS SEDUIT PAR LE PERSONNAGE.

 

J’ai eu la chance de faire partie de son cabinet de la Réforme des Institutions, de 1974 à 1976. C’est l’imagination créatrice personnifiée. Il a dépensé une énergie peu commune pour faire aboutir la réforme fédérale de l’Etat. Et même lorsqu’il était dans l’opposition, il a toujours adopté une attitude constructive, n’hésitant pas parfois à se mettre à dos ses propres amis politiques…

 

JEAN GOL, PAR EXEMPLE ?


 

J’ai également été l’un des proches collaborateurs de Jean Gol, en 1980. C’était un esprit brillant, mais qui était incapable de concevoir l’opposition d’une manière positive. Par ailleurs, son manque de ferveur européenne a été à l’origine de la rupture de François Perin avec le PRL, en 1985. Car la construction de l’Europe sur une base fédérale constituait, avec l’instauration du fédéralisme en Belgique, tout l’enjeu du combat politique de François Perin. Le moins qu’on puisse dire est que, sur ces deux plans, il a de sérieuses raisons d’être déçu aujourd’hui…

 

 

FRANÇOIS PERIN A QUITTE LE PARTI SOCIALISTE POUR FONDER LE PARTI WALLON DES TRAVAILLEURS, PUIS LE RASSEMBLEMENT WALLON. A LA SUITE DE LA CRISE SURVENUE AU SEIN DE CE PARTI EN 1976 - CE QUE CERTAINS ONT APPELE A L'EPOQUE LE « VIRAGE A GAUCHE » DE PAUL-HENRY GENDEBIEN-, IL S’EST TOURNE VERS LES LIBERAUX POUR CREER LE PRL, PRL DONT IL A DEMISSIONNE EN 1985. COMMENT EXPLIQUEZ-VOUS CE PARCOURS TUMULTUEUX ?

 

François Perin a toujours conçu les partis comment des instruments d’action en fonction du but qu’on poursuit et non comme des tribus auxquelles il faut être fidèle jusqu’à la mort et de génération en génération. Atteindre l’essentiel en tenant compte du circonstanciel, telle était sa règle.

 

LE LIVRE QUE VOUS PUBLIEZ AUJOURD’HUI EST ENTOURE D’UN BANDEAU ROUGE AVEC LA MENTION « QUI PEUT ENCORE PARLER DE FICTION ? ». ON Y TROUVE UN ARTICLE REDIGE PAR FRANÇOIS PERIN EN 1983 ET DANS LEQUEL IL IMAGINE LE SCENARIO DE LA PROCLAMATION UNILATERALE D’INDEPENDANCE DE LA FLANDRE. CELA, 23 ANS AVANT LE FAMEUX DOCU-FICTION DE LA RTBF…

 

L’un des traits de François Perin, c’est également son étonnante clairvoyance. Aujourd’hui, la fiction est sur le point de rejoindre la réalité.

 


MAIS IL Y A BRUXELLES… QUI RESTE UN OBSTACLE. QUEL EST VOTRE POINT DE VUE SUR CE POINT PRECIS ?

 

Oui, « une bombe à retardement ». Ma conviction profonde est qu’en cas d’implosion du Royaume de Belgique, Bruxelles n’appartiendra ni aux uns, ni aux autres. Mais je n’exclus pas qu’un certain fanatisme flamand concernant ce point précis puisse déboucher sur des actes de violence !

 

VOUS IMAGINEZ, COMME CERTAINS, UN DISTRICT EUROPEEN POUR BRUXELLES ?

 

Inconcevable. Il n’existe pas actuellement un Etat européen. Non, je penche plutôt pour un statut de « ville libre internationale ». Mais, de toute façon, rien ne pourra se faire sans demander l’avis des Bruxellois eux-mêmes, par voie de référendum.

 

ET LA WALLONIE ?

 

Elle ne serait pas viable en tant qu’Etat indépendant. La Région peine à se redresser, malgré le Plan Marshall. Le redressement nécessitera encore de longues années et, surtout, un profond changement des mœurs politiques et une mobilisation du peuple lui-même, laquelle fait aujourd’hui défaut.

 

QUE DEVIENDRAIENT DONC LES WALLONS S’ILS DEVAIENT SE RETROUVER SEULS DEMAIN, A LEUR CORPS DEFENDANT ?

 

Ils n’auraient d’autre alternative que de se tourner vers la France, dont ils ont été finalement exclus par les hasards de l’Histoire.

 

ENCORE FAUT-IL QUE LA FRANCE VEUILLE BIEN DE NOUS… CRAIGNENT CERTAINS !

 

A la fin des années soixante, le général de Gaulle avait déclaré au professeur Robert Liénard de l’Université de Louvain : J’ai pourtant la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons.

Peut-on imaginer la France refuser de s’agrandir pacifiquement et de voir sa population augmenter de plus de 3 millions d’habitants ? Aujourd’hui, 40% des grandes entreprises wallonnes sont déjà françaises.

 

VOUS NE FAITES DONC PAS CONFIANCE A ELIO DI RUPO ?

 

Obsédé par sa communication et son ambition de devenir Premier ministre fédéral, il ne parvient même plus à percevoir la vraie réalité. Il pratique ce que Paul-Henry Gendebien qualifie de « belgo-opportunisme »… Il faut sauver certains meubles « belges » par tous les moyens, dont la sécurité sociale fédérale, cette « rente alimentaire » de la Wallonie. Comme le dit François Perin : Les socialistes constituent une sclérose, une véritable maladie chronique.

 

Lorsque François Perin a écrit son article « Et si les Flamands proclamaient leur indépendance » dans le « Pourquoi Pas ? » du 9 mars 1983, Jean Gol avait d’ailleurs tenu à lui adresser le petit mot manuscrit suivant : Je suis d’accord à 100% avec votre article. Mais le délai est sans doute un peu plus long ; je ne suis pas fonctionnellement en position d’exprimer publiquement mon accord. J’agis cependant chaque jour pour préparer cette échéance et une réponse francophone de survie digne, raisonnable et dans l’ordre. Pour en avoir souvent parlé avec lui, je peux vous certifier que cette réponse francophone passait par la France…

 

QUE REPONDEZ-VOUS A CEUX QUI DISENT QUE LES WALLONS SERAIENT LES PARENTS PAUVRES DE LA FRANCE ?

 

On ne peut faire le bonheur des gens malgré eux. S’ils trouvent plus honorable d’être qualifiés de « boulets » par une Flandre de plus en plus agressive, c’est au fond leur problème… En ce qui me concerne, je préfère appartenir à un Etat digne de ce nom, dont je me sens vraiment très proche : même langue, même  culture, mêmes principes démocratiques. Dois-je rappeler que la France est la 5e puissance économique du monde et qu’elle a aussi une tradition sociale forte ? La Wallonie y trouverait une expansion économique mieux soutenue par la solidarité nationale et mieux répartie.   

 

Il faut dire la vérité aux Wallons. Leur expliquer que la disparition de la Belgique est loin d’être chimérique. Les préparer, à l’aide d’études sérieuses, à cette synergie avec la France, qui leur permettra de retrouver grandeur et fierté. D’autre part, il est également impératif de conscientiser l’opinion publique internationale à ce qui risque de survenir en Belgique.

 

 

(*) L’incurable mal belge – Sous le scalpel de Francois Perin

Préface de Xavier Mabille, Président du CRISP. Aux Editions Mols, 480 pages, 29 euros.


Paul-Henry GENDEBIEN, La raison et le cœur. Oui à la France, Éditions Mols, 2010


Claude JAVEAU, La France doit-elle annexer la Wallonie ?, Larousse, 2009


JULES GHEUDE : « IL N’Y A D’AVENIR WALLON POSSIBLE QU’EN FRANCE ! »

Interview réalisée par Jean-Paul Bombaerts dans l’Echo de ce 18 juillet 2013 à propos du récent livre de Jules Gheude « Lettre à un ami français ».

Jules Gheude a signé un essai sous la forme d’une lettre adressée à « un ami français » et qu’il intitule « De la disparition de la Belgique » (éditions Mon Petit Editeur).

 

L’ECHO : POURQUOI LE CHOIX D’UNE LETTRE ADRESSEE A UN AMI FRANÇAIS ?

 

Jules Gheude :S’ils ont entendu parler de l’affrontement entre Flamands et Wallons, nombre de Français ignorent l’ampleur du problème. Ils sont loin d’imaginer qu’un phénomène de balkanisation est en train de se dérouler à leur frontière nord. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Ce n’est pas pour rien que la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française a chargé, en juillet 2011, deux de ses élus, l’un de la majorité, l’autre de l’opposition, de se rendre chez nous afin de faire un rapport sur la situation intérieure du pays. Et le moins qu’on puisse dire, c’est ce que ce rapport émet de sérieux doutes quant à la survie de la Belgique. Voyez ce qu’a déclaré le député PS Jean-PierreKucheida : « J’ai l’ultime conviction que les Flamands ne seront jamais satisfaits dans le cadre actuel de la Belgique, ils ne pourront être satisfaits que si le cordon belge est coupé ou, tout au moins, largement distendu »… 

L’ECHO : C’EST CETTE REALITE QUE, SELON VOUS, LES RESPONSABLES FRANCOPHONES NE VEULENT PAS ADMETTRE….

Jules Gheude : Oui. A travers l’ami français, c’est donc aussi à eux que je m’adresse. Ils ne veulent pas comprendre que la Flandre est devenue une Nation, comme cela figure d’ailleurs expressément dans le préambule de la Charte pour la Flandre, qu’un Parlement flamand unanime a adoptée il y a deux ans. Cet aveuglement volontaire est proprement suicidaire. Alors que la Flandre sait clairement où elle veut aller, c’est-à- l’indépendance complète par étapes – fédéralisme, confédéralisme-, les élites francophones, soucieuses avant tout de préserver leur rente de situation, continuent d’agir comme s’il était écrit quelque part que la Belgique avait valeur d’immortalité. Il faut le dire, haut et fort :aucune réforme de l’Etat ne viendra à bout du nationalisme flamand. Voyez le dernier Baromètre du « Soir » qui indique, à un an des prochaines élections fédérales et régionales, que la N-VA et le Vlaams Belang récoltent 44,4% ensemble des intentions de vote. 

L’ECHO : COMMENT VOYEZ-VOUS LES CHOSES SI CE SCORE DEVAIT SE CONFIRMER EN 2014 ?

Jules Gheude : En partant d’un sondage de février, Christian Behrendt, le constitutionnaliste de l’ULg, a fait ses calculs : N-VA et Vlaams Belangpourraient obtenir 44 des 87 sièges que compterait le groupe linguistique néerlandais. C’est la majorité absolue, au siège près. Ce résultat se passe, je crois, de tout commentaire. On imagine déjà les turbulences que cela va engendrer dans le ciel politique ! Je ne sais dire avec exactitude quand la scission de la Belgique interviendra, mais le fait est qu’elle apparaît de plus en plus inéluctable. L’émission « c’est du belge » pourrait, plus vite qu’on ne pense, devenir « c’était du belge »…

L’ECHO : VOUS DITES QUE LES ELITES FRANCOPHONES NE REFLECHISSENT PAS A L’APRES-BELGIQUE. MAIS IL Y POURTANT CE PLAN B…

Jules Gheude : Ne tournons pas autour du pot. Comme ils redoutent comme la peste de voir leurs avantages et prérogatives actuels disparaître le jour où, forte de sa légitimité démocratique, la Flandre larguera unilatéralement les amarres, ils s’imaginent, avec une grande naïveté, pouvoir poursuivre la route avec une Belgique seconde ou continuée. Car c’est, à leurs yeux, ce que devrait devenir cette Fédération Wallonie-Bruxelles qu’ils tentent aujourd’hui d’affirmer. Depuis 2007, j’ai placé ma réflexion dans l’après-Belgique. Avec les Etats généraux de Wallonie, initiative citoyenne que j’ai mise sur pied en mai 2009 et que le monde politique a préféré snober, des rapports fouillés ont été rédigés, à charge et à décharge, sur les diverses options d’avenir possibles pour la Wallonie. Et le constat est clair : ni un Etat Wallon indépendant, ni un Etat Wallonie-Bruxelles ne constitueraient des formules réalistes et, surtout, financièrement viables.

L’ECHO : DANS VOTRE LIVRE, VOUS QUALIFIEZ CETTE FEDERATION WALLONIE-BRUXELLES DE « VASTE FUMISTERIE »…

Jules Gheude : Non seulement l’appellation n’est pas constitutionnelle, mais elle ne peut prendre corps, pour la simple raison que le Parlement bruxellois, contrairement au Parlement wallon, ne pourra jamais délibérer pour l’approuver.


En effet, les élus flamands disposent du droit de veto au sein de l’institution bruxelloise et ils ne manqueraient pas d’en user. Par ailleurs, selon un sondage du 23 mars dernier, 68% des Bruxellois se prononcent sans hésiter pour une Région bruxelloise indépendante. Voilà qui met à mal cette Fédération Wallonie-Bruxelles que 61% des Wallons voudraient voir se transformer en Belgique résiduelle. Sans oublier les difficultés que rencontrerait une telle Belgique au niveau de sa reconnaissance sur le plan international.

L’ECHO : SELON VOUS, IL N’Y A DONC D’AVENIR WALLON POSSIBLE QU’EN FRANCE ?


Jules Gheude : Oui, mais au départ d’une union-intégration, avec statut particulier. C’est une formule que permettrait sans problème la Constitution française. Nous avons comparé, aux Etats généraux de Wallonie, les systèmes belges et français en matière d’enseignement, de santé, de législation sociale, de fiscalité, de justice. Il y a des divergences majeures qui empêcheraient une assimilation immédiate.

L’ECHO : LA FRANCE CONNAIT EN CE MOMENT DE GROSSES DIFFICULTES BUDGETAIRES. POURRAIT-ELLE S’ENCOMBRER DE LA DETTE WALLONNE ?

Jules Gheude : L’économiste Jules Gazon a calculé qu’en 2010, on obtenait un solde net à financer pour la Wallonie, intérêts de la dette publique compris, de 9,074 milliards, soit 22% des dépenses publiques. Et il arrivait à 33% si la Wallonie était contrainte de refinancer sa dette avec un taux d’intérêt à 12%, pour reprendre l’exemple de la Grèce. Une situation proprement intenable au plan des finances publiques et qui ne permettrait pas l’émergence d’un Etatwallon indépendant. Mais il est évident que le contexte serait tout autre si la Wallonie intégrait la France. Non seulement, elle ne devrait pas affronter le scénario infernal du refinancement de la dette à des taux usuraires, mais son déficit se marginaliserait à l’échelle de la France. Et l’impact sur la dette et les besoins de financement de la République serait mineur et tout à fait tolérable. J’ajoute que la France, par cette opération, gagnerait – de manière tout à fait pacifique – un accroissement territorial et démographique, qui lui permettrait de réduire sensiblement son différentiel avec l’Allemagne et d’augmenter ses droits de vote dans les institutions européennes. La mariée, comme on dit, ne viendrait pas les mains vides.

L’ECHO : BEAUCOUP DE WALLONS DISENT AIMER LA FRANCE, MAIS NE VOUDRAIENT PAS DEVENIR FRANÇAIS…


Jules Gheude : Ces états d’âme disparaîtront très vite le jour où l’on sera le nez sur le mur. Car on percevra alors très vite le cadre dans lequel la population wallonne a le plus de garanties de s’épanouir.

L’ECHO : QUE VOUS INSPIRE L’ACCESSION AU TRONE DE PHILIPPE ?

Jules Gheude : D’aucuns se réjouissent de voir Philippe arriver à la tête d’une Belgique pacifiée. Or, cette accession au trône intervient à dix mois d’élections à très haut risque, qui pourraient compromettre la survie même du pays. Par ailleurs, la personnalité de Philippe est fortement controversée en Flandre où l’on n’a pas oublié ses écarts de 2004 (son irritation à l’égard du VlaamsBelang) et de 2007 (sa manière de tancer vertement deux journalistes flamands). D’où les mises en garde faites récemment par cinq présidents de parti flamands dans la lettre qu’ils lui ont adressée. Et Bart De Wever de résumer ainsi la situation : C’est un secret de Polichinelle qu’à peu près aucun parti ne veut voir Philippe sur le trône. » Un Bart De Wever qui, comme la majorité de ses collègues, entend réduire la fonction royale à la portion congrue, strictement protocolaire.

 

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

"AUCUNE REFORME DE L’ETAT NE VIENDRA A BOUT DU NATIONALISME FLAMAND."

Regardée dans la perspective du temps long, la réflexion de Jules Gheude est parfaitement sensée.

Revenons au Congrès de Vienne de 1815, il y a deux siècles exactement. Napoléon définitivement vaincu à la bataille de Waterloo fera perdre à la France les territoires de l'actuelle Belgique qu'elle administrait depuis 1795. Dans le dessein avoué d'affaiblir définitivement la France, les Anglais ont obtenu de leurs puissants alliés d'alors, notamment la Prusse et la Russie tsariste la constitution d'un état tampon Hollande-Belgique qui tiendra à peine 15 ans. Les élites bourgeoises francophones tireront parti de la révolution contre les Hollandais calvinistes honnis pour installer un gouvernement provisoirelibéralo-catholique (leur union fera leur force) parlant uniquement la langue de Voltaire. On se tournera naturellement vers la France pour y choisir notre futurroi. Ce choix spontané se heurta au véto des Anglais qui redoutaient un renforcement de la France à leur détriment. 


Nous aurons donc un roi allemand qui faillit devenir prince consort de l'empire britannique: bref un quasi sujet de sa gracieuse majestéoncle de la reine Victoria par sa mère et oncle par son père de son mari Albert de Saxe Cobourg Gotha.


Alberto, Victoria et leurs neuf enfants

 

Et voilà que près de deux siècles plus tard la construction Belgique imaginéeautrefois par Londres implose.

Quoi de plus normal que de voir la partie francophone de ce pays artificiel vouloir rejoindre la république.

Bien sûr cvoeu si cher à Gheude n'est pas partagé par le personnel politique wallon craignant de perdre ses petits et grands privilèges dans une telle aventure.  Regardée dans la perspective du temps long, la réflexion de Jules Gheude est parfaitement clairvoyante et sensée. Elle s'inscrit dans la logique de l'histoire. "was zussammen gehört wird zusammenwachsen" disait Willy Brandt une décennie avant la réunification de l'Allemagne. L'histoire lui donna raison.

Nous sommes pour notre part persuadé que le pronostic de Gheude est le bon. Reste évidemment la question épineuse du sort de Bruxelles enclavée dans le futur état flamand?

MG